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L’étranger
Benoît PIVERT - Le partage de minuit
Il y a ceux qui viennent d’ailleurs et parlent une autre
langue et ceux qui sont de nulle part, plus étrangers encore, plus radicalement
autres... Il était minuit passé. C’était la dernière rame. Le
compartiment était à moitié vide. Une jeune femme entra, l’air faussement
détaché. Difficile de dire si elle était encore étudiante. Elle devait avoir
une vingtaine d’années. Elle portait de longs cheveux blonds. Sa pâleur donnait
à son visage quelque chose d’un peu torturé et malgré une feinte assurance on
devinait dans son regard un malaise qui n’était peut-être pas seulement le
fruit de l’heure tardive. A bien y réfléchir, en dépit de cette serviette
de cuir noire qu’elle tenait comme un bouclier, elle semblait plutôt sans
défense et fragile dans son long manteau noir sur lequel ses cheveux
retombaient en cascade. A l’instant où elle s’assit, sa serviette lui glissa des mains
et le contenu se répandit à terre. Dans le plus parfait désordre vinrent
s’étaler des devoirs biffés d’encre rouge, des chemises cartonnées, quelques
liasses de photocopies, des stylos et un paquet de mouchoirs en papier entamé.
Avant même que la jeune fille ait eu le temps de se baisser, un clochard
s’était précipité. Elle l’avait bien remarqué en entrant dans le compartiment,
avachi à côté d’une bouteille de vin aux trois quarts vide, débitant des
monologues de pochard au cerveau embrumé. Il s’affala sur le contenu renversé
de la serviette et saisit à pleines mains le monceau de papiers en désordre. Le
visage de la jeune femme était écarlate. Elle n’avait pas encore relevé les
yeux que déjà il lui semblait que le reste du wagon se moquait intérieurement
de sa maladresse. Il devait même se trouver quelques bonshommes qui attendaient
de la voir se baisser pour l’imaginer dans des postures obscènes. Dans
l’immédiat, elle n’avait pas besoin de se donner cette peine. Sans qu’elle lui
ait rien demandé, le clochard lui proposa ses bons offices. Son allure avait
quelque chose de répugnant. Tandis qu’il lui parlait, de la salive coulait sur
son menton. Son visage était celui d’un homme de quarante ans ravagé par la
rue. Il portait une barbe de trois jours et des cheveux blonds tellement gras
qu’on les aurait cru noyés sous une épaisse couche de gel. Sa chemise avait dû
être beige autrefois. Elle était maintenant d’une couleur indéfinissable,
maculée d’auréoles de graisse, de poussière et de vin. Dans un passé aujourd’hui
lointain, son pantalon avait, lui, sans doute été kaki. C’était un de ces
pantalons de treillis qui avaient été à la mode quelques années auparavant et
qu’il avait dû ramasser en fouillant dans une poubelle. Ses chaussures avaient
traîné dans la poussière de toutes les rames et ne tenaient plus
miraculeusement que grâce à deux morceaux de ficelle en guise de lacets. A
travers le pantalon fendu par endroits, on apercevait des ulcères violacés qui
mangeaient les chairs. L’odeur que dégageait le personnage était un condensé de
toutes ses taches, une odeur de vieille graisse rancie, de sueur, de crasse et
de vin. Sitôt qu’il levait le bras, il empestait un mètre à la ronde. S’avisant
que les feuilles qu’il tenait entre les mains étaient des copies corrigées, il
entreprit d’interroger la jeune fille sur son métier. Il supposait qu’elle
était professeur et se mit en tête de la féliciter en se lançant dans un de ces
discours pathétiques dont les ivrognes ont le secret. En bredouillant, il tenta de lui faire dire quelle matière
elle enseignait. Il serrait les copies entre ses doigts comme dans un subtil
chantage. Une pile de copies contre une confession, quelques feuilles en
échange d’un semblant d’intimité. La jeune fille répondit avec un sourire un
peu forcé : « Philosophie ». Ce mot fouetta les
sangs du clochard qui se lança dans une tirade avinée sur le sacerdoce de
l’enseignement et la noblesse de la philosophie. Toutes ses phrases
brinquebalantes étaient entrecoupées de félicitations qu’il tenait absolument à
souligner d’une poignée de mains. La jeune fille regardait les doigts tendus
dans sa direction. La crasse avait comblé les plis des paumes et les ongles
étaient noirs. Le dos de la main était luisant de salive car l’homme n’arrêtait
pas de s’essuyer la bouche en parlant. La jeune fille imagina soudain tous les
yeux rivés sur elle. On allait la juger. En elle, la répulsion le disputait à
la honte. A chaque seconde durant laquelle son immobilité se prolongeait, elle
sentait plus pesante la condamnation anonyme et silencieuse. Elle aurait aimé
pouvoir être aspirée dans un grand trou noir et disparaître cent pieds sous
terre. Elle se sentait autant prisonnière du regard des autres que de sa bonne
éducation. Elle se maudissait d’être incapable d’arracher des mains du clochard
la liasse de papier avec un sourire ferme et de quitter le wagon la tête haute.
Elle maudissait sa fichue gentillesse, cette obsession stupide de ne jamais
déplaire, de toujours traiter l’autre avec
égard. Au prix d’un pénible effort sur elle-même, elle tenta d’amadouer
l’homme par quelques paroles prononcées d’une voix douce sur la grandeur et les
servitudes de l’enseignement de la philosophie. En dépit des propos qu’il avait
tenus quelques instants auparavant, le clochard qui semblait avoir fait de la
révolte un art de vivre s’époumonait maintenant dans un discours sur
l’inutilité de l’enseignement auquel il opposait les leçons de la rue. Les
professeurs ne savaient rien, n’avaient rien compris et étaient des bons à rien
uniquement animés par le goût du pouvoir et des pulsions sadiques. Comme pour
asseoir ses déclarations, il sortit du paquet qu’il tenait une copie corrigée.
La jeune femme trembla à l’idée que dans son délire il en vienne à déchirer le
devoir. En une fraction de seconde, elle imagina les explications embarrassées
qu’il lui faudrait fournir pour justifier l’accident, les protestations de
l’élève et les ricanements hostiles de la classe. Par chance, il se contenta de
porter la copie à la hauteur de ses yeux et s’escrima vainement à déchiffrer
l’appréciation rédigée à l’encre rouge. L’illisibilité de l’écriture augmenta
sa fureur et malgré les brumes de l’alcool, il parvint à lancer une formule
bien sentie sur la nécessité d’écrire clairement lorsque l’on prétend apporter la
lumière. Déjà honteuse de la maladresse qui lui avait fait répandre à terre le
contenu de sa serviette, la jeune femme se sentait maintenant coupable et
accusée devant tout un wagon certes à moitié vide. D’autres qu’elle ne se
seraient pas formalisé des paroles d’un ivrogne mais quoi qu’il lui en coûtât
en auto-flagellations douloureuses, il était dans sa nature de se demander si
l’autre n’avait pas raison. En cet instant, elle se sentait nulle, incapable,
lâche. Voyant que le clochard ne semblait pas disposé à rendre la copie et
lisant sur le visage de la jeune femme le comble de la détresse, un homme se
leva pour s’interposer. Il devait avoir une trentaine d’années, était vêtu d’un
imperméable beige et portait des lunettes cerclées qui lui donnaient l’air un
peu austère mais on devinait à son regard un fond d’altruisme et de générosité
qui semblait l’héritage d’une éducation un peu bourgeoise. Poliment mais
fermement, il tenta de raisonner le clochard et de lui arracher la copie des
mains. La jeune femme ne savait plus où se mettre. Tout autant qu’elle tenait à
récupérer la copie, elle se refusait à offenser le clochard - aussi bien par
peur du regard d’autrui que pour être en paix avec sa propre conscience. Cela n’avait pas manqué ! Le clochard qui s’était senti
humilié par la tournure des événements était maintenant en train de vociférer
comme un Harpagon à qui l’on aurait tenté de dérober sa cassette. D’un geste
rageur, il jeta la copie qui, après avoir plané quelques secondes, alla se
poser sur le revêtement crasseux du wagon, à quelques centimètres d’une flaque
de Coca-Cola renversé qui commençait à sécher. Lançant un regard furieusement
désapprobateur, le bon Samaritain releva la feuille de papier et la remit à la
jeune femme comme un trophée. Partagée entre colère et gratitude, elle esquissa
un sourire en demi-teinte. Par chance, l’homme descendit à la station suivante.
Elle n’eut donc pas à lui faire la conversation et à se répandre en
remerciements au risque de s’aliéner la sympathie du clochard. Comme pour se
faire pardonner d’avoir mis la jeune fille dans l’embarras, ce dernier semblait
maintenant décidé à fraterniser. Il lui rendit ses copies, s’empara de sa
bouteille de vin rouge et la leva d’un geste mal assuré en la tenant par le
goulot. Vacillant au rythme des secousses de la rame, il risquait à tout moment
d’éclabousser la jeune femme qui lançait en sa direction des regards dans
lesquels le désir de n’être pas désobligeante le disputait à l’inquiétude. Estimant qu’il devait à tout prix réparer ce
qui lui apparaissait maintenant comme une grossièreté sans nom, il proposa à la
jeune femme de partager sa bouteille en signe de réconciliation. Charité bien
ordonnée commençant par soi-même, il porta la bouteille à sa bouche et sirota
une gorgée. Comme il tremblait, du vin goutta sur son menton et alla se
mélanger à la salive qui suintait régulièrement de la commissure des lèvres. La
jeune femme était effarée par la proposition mais n’en voulait rien laisser
paraître. Elle n’arrivait pas à prononcer un mot. Elle s’en voulait tout autant
qu’elle lui en voulait de l’avoir attirée dans un tel traquenard. Seule la
prunelle dilatée de ses yeux aurait révélé à un observateur avisé le trouble
qui l’agitait. Ce clochard n’était sans doute pas un mauvais bougre mais il
fallait être vraiment stupide pour vouloir se racheter ainsi en aggravant son
cas. Elle s’obligeait à l’indulgence mais n’en finissait pas de le maudire. En
l’espace de quelques secondes une haine irrépressible monta en elle avec la
violence d’une vague s’apprêtant à rompre toutes les digues. « Qu’il crève
dans sa crasse ! », songea-t-elle. Elle l’imagina, vautré à demi inconscient au bord d’un quai de
métro désert et elle se vit planter le bout pointu de sa chaussure dans ses
loques pour le faire chuter sur la voie et le voir disparaître, broyé sous une
rame. Ecrasé pour avoir voulu lui pourrir la vie. Mais aussitôt la honte
l’emporta sur la haine. N’importe qui aurait décliné d’un sourire sans appel
l’offre du clochard ; elle s’en sentait incapable. Elle se savait lâche et
avait sa lâcheté en horreur. Elle se voyait déjà poser ses lèvres sur la
bouteille et mêler sa salive à celle de cet individu qui la dégoûtait. Elle
imaginait comme sous un microscope des milliers de germes grouillant sur le pourtour
du goulot. Son regard allait de la
bouteille aux lèvres de l’homme, soulignées d’un trait violacé, irrégulier
comme une marque de café au lait. Quelques gouttes de vin étaient allées se
nicher dans les poils de sa barbe où elles restaient suspendues comme de
grosses lentes. Quand il lui posa la main sur l’épaule, elle sut que le sort
en était jeté et qu’il lui faudrait boire au calice, la mort dans l’âme comme
on marche vers son martyre. Elle resserra aussitôt machinalement en arrière ses
cheveux qui s’étalaient sur le col de son manteau pour que le clochard ne fût
pas tenté d’y plonger les doigts. Ce dernier lui planta la bouteille dans la
main aussi vigoureusement que si elle avait été l’un de ses habituels
compagnons de beuverie. Elle accusa un peu le coup mais parvint à faire bonne
figure. Pendant tout ce temps, elle était restée muette et continuait de garder
le silence de crainte de perdre soudain tout contrôle. Elle ne savait, du
reste, pas quoi dire en pareille circonstance. Elle ne se voyait pas pousser
l’hypocrisie jusqu’à remercier le clochard de sa sollicitude mais dès que des
paroles haineuses affleuraient à sa conscience, elles se figeaient
instantanément dans sa bouche. Elle finit par lever lentement la bouteille, fit
en sorte qu’on ne lût pas sur ses lèvres la moue de dégoût qu’intérieurement
elle voyait se dessiner sur son visage et elle but. Plusieurs gorgées. Il
fallait que le sacrifice fût complet. Elle aurait pourtant pu dire sans mentir
qu’elle ne buvait jamais de vin mais elle voulait éviter de faire naître tout
soupçon de snobisme. Le vin lui laissa un goût âcre dans la bouche. Elle était
à la fois fière de son sacrifice et en proie à un profond dégoût d’elle-même.
Quelle que soit l’incommodité qui devait résulter d’une situation, elle était
foncièrement incapable de dire non, de blesser, d’offenser. Si dans un
compartiment un vagabond nauséabond prenait place à ses côtés, elle préférait
retenir sa respiration jusqu’à étouffer plutôt que changer de siège au risque
d’humilier un voisin qui n’avait, lui, pas tant d’égards pour elle. Si un
individu au visage répugnant ou défiguré s’asseyait devant elle, elle
s’obligeait à croiser son regard à intervalles réguliers afin qu’il n’aille pas
penser que sa vue l’emplissait de dégoût.
Son incapacité à dire non tenait sans doute moins à son éducation qu’à
la peur d’être elle-même un jour rejetée, humiliée, offensée. Ce partage de
minuit était toutefois à ce jour le plus grand sacrifice auquel elle avait
consenti et cela lui faisait peur. Jusqu’où serait-elle prête à aller pour ne
pas déplaire ? Que serait-elle encore capable d’accepter d’un homme par
lâcheté ? Afin de ne rien laisser paraître, la jeune fille rendit sa
bouteille au clochard avec un sourire forcé. C’en était assez pour aujourd’hui.
Elle avait accompli plus que son devoir. Ne tenant pas à prolonger inutilement
l’épreuve, elle se mit à rassembler ostensiblement ses affaires. Egarée par ce
tourbillon d’émotions, elle avait fini par perdre de vue le nom des stations.
Elle jeta un regard anxieux en direction du plan de la ligne au-dessus des
portes. Par chance, sa station approchait mais comme cela se produit souvent
lorsqu’un geste conciliant est pris pour de la faiblesse, le clochard tenta
d’abuser de la situation. Tanguant au rythme du wagon, il brandissait sa
bouteille comme un trophée et, une goutte de salive au bord des lèvres, se
répandait en remerciements insistants à l’adresse de la jeune femme. Emporté
par un élan de reconnaissance, il entreprit de l’embrasser et posa la main sur
l’étoffe noire de son manteau. Immédiatement, le regard de la jeune femme se
posa sur ces mains qui la serraient. Ses yeux remontèrent le long du bras et
découvrirent sous un duvet blond des entailles recouvertes de croûtes et un
tatouage bleuté. Elle n’eut pas le temps de déchiffrer le dessin. Déjà le
clochard avançait son visage. A la simple idée que les poils de ce menton
rugueux puissent venir lui labourer la peau, elle frémit. Elle sentait déjà les
relents de vieille sueur monter de dessous les aisselles à travers l’échancrure
de la chemise et imaginait la salive du clochard coulant sur sa joue. Dans un
sursaut d’héroïsme, comme un poisson glissant entre les mains du pêcheur, elle
s’arracha à son emprise. Désarçonné, le clochard vacilla. Le sort qui depuis le
début semblait s’acharner sur elle lui sourit enfin. La rame venait d’atteindre
sa station. Elle était arrivée à bon port. Sans regarder en arrière, elle leva
la poignée avec toute l’énergie du désespoir. Le clochard s’agrippa à son
manteau. En une fraction de seconde, le visage de la jeune femme s’empourpra et
la panique se lut dans ses yeux. Personne ne bougea. Le conducteur de la rame
qui manifestement ne surveillait pas le quai actionna le signal sonore et d’un
bruit sec, la porte se referma sur les doigts de l’homme qui, sous la violence
du choc, lâcha le manteau. Alors que la rame s’élançait, elle le vit extraire
ses doigts et tituber dans le wagon qui finit par disparaître dans l’obscurité
du tunnel. La jeune femme était aussi épuisée qu’au sortir d’un combat.
Elle ne voyait ni les carreaux de faïence poussiéreux de la station ni les
affiches bigarrées dont étaient recouverts les murs. Le sang lui cognait dans
les tempes. Elle monta d’un pas lourd les marches de la bouche de métro,
maudissant une fois encore l’escalier malaisé, sans pitié pour les voyageurs
fatigués. Elle était incapable de fixer son attention sur quoi que ce soit.
Toutes ses pensées étaient accaparées par le goût âcre du vin qui tapissait son
palais. Dès qu’elle eut gagné la rue, elle chercha un recoin obscur entre deux
immeubles, jeta un coup d’œil inquiet alentour puis s’enfonça deux doigts
profondément dans la gorge. Comme pour se punir de cette lâcheté qui lui
faisait horreur, elle se martyrisait maintenant les chairs. L’action de ses
doigts conjuguée au dégoût du souvenir la fit vomir à plusieurs reprises
bruyamment. Elle examina la bouillie expulsée par son œsophage. Elle tenait à
s’assurer qu’elle était délivrée de toute souillure. D’un geste nerveux, elle
chercha dans son sac un mouchoir en papier et s’essuya les lèvres. Elle passait
et repassait sur les contours, laissant pénétrer le papier à l’intérieur de la
bouche jusqu’à s’irriter les muqueuses. Une fois encore, elle s’assura de
n’avoir pas été vue. Alors qu’elle refermait sa serviette, elle aperçut sous
une porte cochère, affalé sur un carton, un clochard. L’homme qu’elle avait
dérangé dans son sommeil se redressa sur ses coudes et grommela pour
réclamer un peu de silence. Intérieurement, la jeune femme se confondit en
excuses. Puis, marchant sur la pointe des pieds pour ne déranger personne, elle
s’empressa de disparaître dans la nuit. |
![]() L'étranger est paru. Voir sommaire dans le nº22 de la RAL,M. |
design: ©Patrick CINTAS
Numéro spécial
L'ancrage : revue de recherches interdisciplinaires (The School of Arts and Sciences/
The University of Pittsburgh/University Center for International Studies/Center for West European Studies)
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Revue d'art et de littérature, musique (Le
chasseur abstrait, éditeur - Patrick CINTAS - Venta del Lorquino -
ALFAIX - 04280 Los Gallardos - España):Dépôt légal: AL-44-2004 - ISSN: 1697-7017 - Junta de Andalucía - España