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L’étranger
Benoît PIVERT - Etrangère parmi les siens
Il est
des exils que l’on choisit et d’autres que la vie vous impose. Else
Lasker-Schüler (1869-1945) en qui Gottfried Benn voyait la plus grande
poétesse de langue allemande a connu les deux. Après avoir déserté le monde
confortable de la bourgeoisie pour émigrer dans la bohême berlinoise et y vivre
déguisée en Orientale, Else
Lasker-Schüler, que ses origines mettaient en péril, décida en 1933 de quitter
l’Allemagne pour la Suisse. C’est au cours de cet exil de six ans qu’à
l’invitation d’un couple de mécènes, elle se rendit pour la première fois en
1934 dans cette Terre promise où la conduisait depuis toujours son imagination
poétique. A l’occasion d’un troisième périple en 1939, en raison de la
situation politique internationale, Else Lasker-Schüler, se vit refuser par la
Suisse son visa de retour. Ce qui devait n’être qu’un voyage devint un autre
exil. A soixante-dix ans, celle qui se considérait comme la lyre du
peuple juif fut donc contrainte de s’établir en Palestine, de recommencer
une nouvelle vie dans ce pays qui lui avait inspiré tant de livres depuis les Ballades
hébraïques[1]
(1913) jusqu’au Pays des Hébreux[2]
(1937). Au-delà des expériences communes
à tous les exilés, l’histoire d’Else Lasker-Schüler présente un intérêt
spécifique lié à l’itinéraire particulier de l’écrivain, à sa personnalité hors
du commun ainsi qu’à son judaïsme. Dans la biographie d’Else
Lasker-Schüler, la Palestine apparaît comme le dernier rêve brisé d’une femme
déjà malmenée par la vie. L’exil fut comme un coup de grâce, une invitation à
fuir hors de ce monde que reflète la tonalité nettement religieuse des derniers
poèmes. Il semble toutefois que
l’écrivain ait largement forcé le trait et dépeint un exil plus noir qu’il ne
fut en réalité. On peut ainsi se demander si la vieillesse combinée à l’exil
n’avait pas exacerbé - et n’exacerbe pas en général - des tendances
pathologiques latentes. Une autre question tient enfin au judaïsme d’Else Lasker-Schüler.
Au sens strict, un juif ne saurait être en « exil » en terre d’Israël
puisqu’il s’agit d’un retour dans la « terre des ancêtres ». Pourtant
Else Lasker-Schüler se sentit étrangère parmi les siens. C’est donc, à
l’intérieur du judaïsme, à toute une réflexion sur les notions de
patrie et de racines qu’invite l’histoire de l’exil
tardif et de la vieillesse douloureuse d’Else Lasker-Schüler à Jérusalem.
I. La Palestine ou le dernier
rêve d’un poète Pour comprendre la place de
l’exil dans la vie et l’œuvre d’Else Lasker-Schüler, il convient de se pencher
un instant sur la biographie de l’écrivain. Il est des artistes qui émigrent
jeunes, s’installent dans l’exil et vieillissent en exil, la terre d’accueil devenant
progressivement une seconde patrie. Tel ne fut pas le cas d’Else Lasker-Schüler
qui ne prit qu’à un âge avancé le chemin de l’exil. L’exil ne fut pas pour elle
la première étape d’un itinéraire mais la dernière station d’un calvaire déjà
long. La biographie d’Else Lasker-Schüler prend souvent, en effet, l’allure
d’un inventaire de désastres. Née en 1869 à Elberfeld en
Rhénanie, la jeune Elisabeth Schüler alla d’abord d’amours malheureuses en
amours impossibles. Son premier mariage avec le médecin Berthold Lasker fut un
échec dû à l’union impossible entre la rigueur scientifique et la déraison
poétique. Son second mariage avec le musicien Georg Levin périclita sur fond
d’infidélité et de soucis financiers. Tout aussi malheureuses furent les amours
en dehors des liens du mariage comme cette passion à sens unique pour le poète
expressionniste Gottfried Benn. Le seul amour véritablement partagé fut sans
doute celui qui l’unit à son fils Paul - mais Paul était tuberculeux et sa mère
assista impuissante à son agonie qui survint alors qu’il n’était âgé que de 27
ans. C’est une même fatalité qui
sembla peser sur les amitiés de la poétesse. Pour une grande part, ses amis
tombèrent au front lors de la première Guerre mondiale et l’arrivée au pouvoir
des nazis acheva de disperser les survivants. A ces deuils et à ces
séparations venait s’ajouter le dénuement matériel car en ayant divorcé d’avec
son mari médecin, Else Lasker-Schüler avait choisi de quitter le monde
rassurant de la bourgeoisie pour s’établir dans la précarité durable de la
bohême berlinoise. Ses journées, elle les passait dans des cafés enfumés, ses
nuits dans des chambres d’hôtel modestes quand ce n’était pas dans une cave.
Son unique succès fut sa carrière littéraire couronnée en 1932 par l’attribution
du prix Kleist, plus haute distinction des lettres allemandes. Toutefois, dès
l’année suivante, en 1933, après avoir été agressée par des nazis, Else
Lasker-Schüler décida de s’enfuir pour Zurich. Ce premier exil signifia l’adieu
aux amis, la perte de la patrie et surtout la perte d’un public car la
notoriété d’Else Lasker-Schüler ne dépassait guère les frontières de
l’Allemagne. On comprend que dans la
grisaille de l’exil sur le sol helvétique, Else Lasker-Schüler ait accueilli en
1934 avec enthousiasme la proposition d’un couple de mécènes qui l’invitait à
découvrir la Palestine, ce pays dans lequel depuis l’enfance son imagination
vagabondait. Le premier voyage fut un
émerveillement. Else Lasker-Schüler avait le sentiment de voir renaître un pays
où couleraient bientôt le lait et le miel. Elle avait choisi de fermer les yeux
sur les réalités les plus dérangeantes pour rédiger à son retour Le pays des
Hébreux et en faire un hymne à la terre d’Israël. Malgré l’enthousiasme,
Else Lasker-Schüler était, en effet, rentrée à Zurich car elle avait compris au
cours de ce voyage qu’elle était avant tout européenne dans l’âme, qu’elle
avait besoin des théâtres, des cinémas, de la presse et de toute cette vie
intellectuelle que la Palestine d’alors ne pouvait lui offrir. Au cours d’un second voyage en
1937, le rêve avait commencé de se fissurer. Else Lasker-Schüler avait été
agacée par le vacarme des rues de Jérusalem et davantage encore par
l’indifférence des autorités culturelles sionistes à sa personne. Elle accepta
pourtant la proposition d’un troisième voyage en 1939 qui devait être un voyage
sans retour puisque, en raison de l’imminence de la guerre, l’écrivain n’obtint
pas l’autorisation de regagner la Suisse. C’est donc une femme fatiguée, à la
santé chancelante et éprouvée par la vie qui s’installa contre son gré en
1939 à Jérusalem. Très vite, Else Lasker-Schüler prit en grippe le lieu de son
nouveau séjour. Elle se plaignit des rigueurs du climat, de la rudesse des
mœurs, de l’inconfort de son logement, de la pauvreté de la vie culturelle et
de la misère qui l’environnait dans les rues de Jérusalem. C’est ainsi que la
Palestine devint peu à peu le dernier rêve brisé de l’écrivain, non pas une
terre d’accueil mais une terre inhospitalière.
Malgré l’âge avancé qui était le
sien lorsque Else Lasker-Schüler s’installa à
Jérusalem, malgré sa vue qui déclinait et un bras endolori par
l’arthrose, l’exil ne signifia pas pour l’écrivain la fin de l’activité littéraire.
Certes ses œuvres majeures demeurent antérieures à l’exil mais parce que la
littérature était pour Else Lasker-Schüler une autre raison de vivre, dès son
arrivée en Palestine, elle entreprit de continuer à écrire. En 1942, elle fonda
même un cercle littéraire baptisé Kraal auquel elle convia un groupe
d’intellectuels émigrés comme le philosophe Martin Buber, l’écrivain Werner
Kraft ou encore le rabbin Kurt Wilhelm. De cette période, il convient de
retenir trois entreprises littéraires : la rédaction d’une pièce de
théâtre baptisée Ichundich (Moietmoi)[3],
la correspondance et le dernier recueil de poèmes ayant pour titre Mein
blaues Klavier (Mon piano bleu)[4]. La pièce Ichundich rédigée
durant l’hiver 1940/41 et demeurée inachevée a alimenté après la mort d’Else
Lasker-Schüler bien des controverses. En raison de son caractère baroque et de
l’imagination débridée qui s’y déploie au mépris de la syntaxe, elle pouvait
laisser planer le doute sur l’état des facultés intellectuelles de la
dramaturge Else Lasker-Schüler a recours dans cette pièce au mythe de Faust
et de Méphisto pour donner un visage au mal qui s’est abattu sur l’Allemagne et
personnifier la partie diabolique de l’homme qui a trouvé à s’exprimer à
travers la barbarie nazie. C’est toutefois avec une totale liberté qu’elle
réécrit le mythe. Elle fait apparaître sur scène Faust, Méphisto, Hitler,
Goebbels et Goering, fait alterner pitreries et chansonnettes. Au cinquième
acte, Hitler disparaît dans la boue de l’enfer. Cela ne suffit toutefois pas à
faire de la pièce une pièce militante comme pouvait l’être chez Bertolt Brecht Grand
peur et misère du Troisième Reich (1934). Else Lasker-Schüler qui avait
défini un jour le théâtre comme poésie déambulatoirereste ici fidèle à
sa définition et c’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles cette pièce
quasiment injouable n’a été que rarement mise en scène. A la lecture de
l’œuvre, il n’est pas interdit de
s’interroger sur un possible lien entre l’exil de l’écrivain et la genèse de
cette pièce. Il convient, en effet, de constater qu’il s’agit de l’unique
création littéraire dans laquelle Else Lasker-Schüler aborde, de manière certes
poétique, un sujet politique, le Troisième Reich. On ne peut donc guère
s’empêcher de penser qu’il fallait à l’auteur l’éloignement imposé par l’exil
pour trouver la distance nécessaire à la réflexion politique que la proximité
géographique avait jusqu’alors entravée. En ce sens, la pièce n’apparaît pas
comme une pièce sur l’exil mais comme un fruit littéraire de l’exil. Il en va
tout autrement de la correspondance. Else Lasker-Schüler fut toute sa
vie une infatigable épistolière qui, sans jamais faire de la correspondance un
genre littéraire, entretint des échanges réguliers avec des grands noms de
l’époque comme les peintres Franz Marc et Kokoschka ou encore les écrivains Max
Brod et Karl Kraus. Comme toujours avec Else Lasker-Schüler, il appartient au
lecteur d’apprendre à lire entre les lignes, d’essayer aussi de faire la part
des outrances dont l’épistolière était coutumière et de l’amertume due à l’âge.
En effet, au-delà des lamentations souvent théâtrales, les lettres des années
d’exil[5]
constituent un précieux document sur les conditions de vie dans la Palestine
des années 40 mais aussi plus généralement sur la vieillesse et l’émigration.
Cela va de l’indéracinable nostalgie du pays natal qui faisait dire à Freud que
« l’on aime toujours la prison dont on a été délivré »[6]
au refus de s’installer dans l’exil et de posséder un lit en passant par les
difficultés matérielles pour mettre sur pied un semblant de vie littéraire,
trouver des salles pour se réunir ou de simples considérations sur la rigueur
des hivers en Palestine et la rareté des cinémas à Jérusalem. Le ton général de
la correspondance des années d’exil transparaît à travers une phrase qui a
donné son titre au volume contenant les lettres échangées avec l’éditeur Salman
Schocken réfugié aux Etats-Unis : Que suis-je venue faire ici ? (Was soll ich hier ?)[7] C’est ce même sentiment qui
s’exprime en vers à travers le dernier recueil poétique d’Else Lasker-Schüler
intitulé Mon piano bleu. La dédicace sur laquelle s’ouvre le recueil
donne la mesure de la nostalgie qui tenaillait l’expatriée : « A mes
inoubliables amis et amies des villes d’Allemagne - et à ceux qui comme moi ont
été chassés et sont maintenant dispersés de par le monde, Dans la
fidélité ! »[8]. Avec une remarquable indulgence,
Else Lasker-Schüler ne confond jamais l’Allemagne avec la barbarie nazie. C’est
ce qui lui permet de continuer à aimer un pays qui selon elle n’est pas coupable
mais victime de ses bourreaux et qui porte le deuil. Ce n’est qu’ainsi qu’il
lui est possible de garder intacte son image du passé et de s’y réfugier à
l’occasion. Dans le poème Quand vient le soir, elle écrit : Quand vient le soir, je plonge parmi les étoiles Pour ne pas oublier le chemin de la patrie que j’avais au
cœur Même si mon pauvre pays porte un voile de deuil* depuis
longtemps (...) [9] Il est remarquable que dans ce
poème, Heimat, la patrie, la terre natale se rapporte désormais à
l’Allemagne. On assiste ici à un déplacement du lieu de l’exil. Jadis, c’est en
Allemagne que Else Lasker-Schüler, orientale dans l’âme, juive par ses racines,
se sentait étrangère. On se souvient par exemple du poème Heimweh,
« mal du pays », dans lequel elle décrivait son déracinement en
Allemagne et ses rêveries orientales : « Je ne sais pas la langue De ce pays froid Ni emboîter son pas (...) Je ne puis m’empêcher de songer sans cesse aux forêts des
Pharaons. »[10] Dans Mon piano bleu, le
poème Jerusalem témoigne, lui aussi, de ce renversement. La ville n’y
est plus célébrée avec les accents enthousiastes du Pays des Hébreux
mais décrite comme des « mausolées » entourés de « mers
mortes »[11] . Si dans certains poèmes la
nostalgie apparaît comme un refuge, bien souvent le sentiment d’exil semble
impropre à toute consolation. La magie du souvenir n’opère pas toujours. Le
temps faisant son œuvre, le passé devient insaisissable, fuyant. Lorsque la
poétesse ouvre les yeux et fait le bilan de sa vie, c’est le désarroi qui prévaut.
Elle prend conscience que du passé, il ne reste plus rien, ainsi ce constat
amer contenu dans le poème Sur des graviers scintillants : Si je pouvais m’en retourner - Les lumières s’effacent - Leur ultime salut s’éteint. Où donc aller ? O ma mère, le sais-tu ? Même notre jardin est mort ! ...[12] Le présent, lui non plus,
n’offre aucune consolation, comme en témoigne un autre poème intitulé Je
dors la nuit : Je dors la nuit contre des murs étrangers Et je m’éveille le matin contre un mur étranger Et j’ai remis mon sort entre des mains cruelles Et j’enfile des larmes, les perles les plus sombres que
j’aie jamais trouvées.[13] Dans ce poème, Else
Lasker-Schüler décrit tout d’abord le déracinement puis l’impossibilité de
revenir en arrière ( « J’ai connu jadis un sentier bleu / Mais je ne
sais plus où j’étais avant d’habiter ce monde ») et enfin une langueur inconsolable. Le lecteur comprend
alors que dans le vers « Et - ma nostalgie (Sehnsucht) est sans
fin », le mot Sehnsucht qui désigne à la fois, le désir, la
nostalgie et la langueur n’a plus pour objet un horizon terrestre. En effet,
au-delà de Jérusalem, dans le recueil Mon piano bleu, c’est le monde
lui-même qui apparaît comme le lieu de l’exil. Il n’existe nulle part sur cette
terre de havre de paix, il n’y a pas de terre d’asile, d’où la nécessité de porter son regard plus
loin : Le monde est devenu froid, l’Homme, terne. Viens, prie avec moi - car Dieu me réconforte (...)[14] Au terme d’un long chemin, Else
Lasker-Schüler est parvenue à la conclusion que le paradis qu’elle cherchait
depuis toujours n’était pas de ce monde : Et moi j’ai cherché sans relâche un ciel où... La révélation seule en sait le chemin tout proche (...)[15] La foi apparaît désormais comme
l’unique chemin conduisant au salut, d’où la tonalité profondément religieuse
de ce dernier recueil dans lequel la poétesse supplie Dieu de l’arracher à son
exil terrestre. Ceux qui ont connu l’écrivain dans ses dernières années parlent
de ses absences, de ses monologues étranges avec des créatures invisibles. Il
semble, en effet, qu’avant même de mourir, la poétesse n’était déjà plus de ce
monde, qu’elle ne l’habitait plus que physiquement, qu’en pensées elle était
déjà ailleurs. Dans un poème qui commence par Je sais qu’il me faudra mourir
bientôt, elle note : Mon souffle plane sur les eaux du fleuve de Dieu - Sans bruit je pose mon pied Sur le chemin qui mène à la demeure éternelle[16] Pour un lecteur germanophone, la
demeure, Heim, est indissociable de Heimat, la terre natale, la
patrie. C’est bien de la quête d’une nouvelle patrie, patrie désormais céleste,
qu’il s’agit ici... A travers le recueil Mon
piano bleu, il apparaît donc qu’Else Lasker-Schüler traditionnellement
classée parmi les écrivains expressionnistes était avant tout une romantique
dévorée par la Sehnsucht, ce désir sans objet, cette quête d’une
plénitude qu’aucune réalité terrestre ne parvient à combler. Après la perte des
illusions amoureuses, la disparition des amis et l’effondrement du rêve d’une
terre promise, il était logique, en somme, que cette quête se tourne vers un
ailleurs qui ne fût pas de ce monde.
Elephant mit jussuf III. Psychopathologie de l’exil Malgré la perspective d’un
au-delà meilleur, Mon piano bleu compte parmi les œuvres les plus
sombres d’Else Lasker-Schüler. Or quiconque confronte la représentation de
l’exil dans l’œuvre poétique et la correspondance d’Else Lasker-Schüler à la
description qu’en font ses biographes ne peut qu’être troublé devant le
décalage entre les données objectives recueillies et la perception subjective livrée par l’écrivain. Le fossé est
parfois si grand que l’on peut se demander si l’exil n’avait pas altéré le
psychisme de l’écrivain. Alors qu’Else Lasker-Schüler
décrit dans sa correspondance une existence dans un taudis infesté de punaises
et se plaint d’être abandonnée de tous, des sources plus objectives font
apparaître une situation toute différente, d’où l’article en forme de
rectificatif publié par Margarete Pazzi sous le titre Nuances apportées
à une opinion communément répandue[17].
D’autres voix se sont jointes pour dénoncer une déformation grossière de la
réalité ainsi celle de l’écrivain Shalom Ben Chorin dans Else Lasker-Schüler
et Israël[18]. Avant de s’interroger sur les
possibles ravages psychologiques de l’exil, il convient de rappeler que l’équilibre
psychique d’Else Lasker-Schüler fut toujours sujet à caution. Le philosophe
Walter Benjamin qui admirait pourtant ses poèmes avait dit d’elle après l’avoir
rencontrée en 1914 : « Dans sa conversation, c’est quelqu’un de creux
et de malade - une hystérique [19] ».
Bien avant l’exil, Else Lasker-Schüler présentait, en effet, toutes les
caractéristiques d’une personnalité hystérique, à savoir histrionisme,
égocentrisme, érotisation des rapports sociaux, labilité émotionnelle, tendance
à la mythomanie et à la fabulation[20].
Derrière l’histrionisme, on retrouve sans peine l’image d’Else Lasker-Schüler
déambulant dans Berlin vêtue de pantalons bouffants, un poignard à la ceinture.
L’égocentrisme transparaît, lui, dans l’incapacité qu’avait Else Lasker-Schüler
à supporter la moindre critique. Les
poètes qui ne partageaient pas sa conception de l’art se voyaient immédiatement
excommuniés. L’érotisation des rapports
sociaux est, elle, particulièrement manifeste dans la correspondance mais aussi
dans les poèmes. La correspondance est également le reflet de l’instabilité
émotionnelle hystérique. Au fil des pages, à l’euphorie succède le désespoir,
aux déclarations enflammées les jets de fiel mais c’est sans doute la
mythomanie et la fabulation qui ont fait d’Else Lasker-Schüler une légende des
lettres allemandes. Cette mythomanie était bien antérieure à l’exil. Au début
du siècle, Else Lasker-Schüler s’était, en effet, auto-proclamée Youssouf,
prince de Thèbes, avait déclaré être née en Egypte et prétendu habiter des palais
alors même qu’elle vivait dans des chambres d’hôtel des plus modestes. L’exil n’a en rien entamé ces
excentricités. L’hystérie est demeurée intacte tant en Suisse qu’à
Jérusalem. L’histrionisme qui avait
débuté à Berlin s’est poursuivi en Suisse puis en Palestine comme en témoigne
ce témoignage de Friedrich Sally Grosshut sur Else Lasker-Schüler à Jérusalem :
« Nous avions devant nous quelqu’un qui semblait appartenir à une autre
époque. Une créature gracieuse, de petite taille, vêtue d’un curieux
accoutrement. Une cape de velours retenue par une épingle à nourrice argentée.
Sur sa tête était posée une petite toque en léopard. De longues boucles noires
formant un curieux mélange en dépassaient. Else Lasker-Schüler était vêtue d’un
pantalon de taffetas à carreaux rouges et noirs. A ses oreilles pendaient de
longs anneaux de verre de couleur rouge corail qu’elle troqua plus tard contre
des anneaux aux reflets d’un vert criard. Une énorme bague en verre de forme
carrée brillait à l’index d’une main joliment dessinée. Sur ses chaussures
noires étaient fixées de petites clochettes argentées. »[21] Si l’hystérie était restée
intacte, au cours des années d’exil étaient venues se rajouter des tendances
paranoïaques de plus en plus marquées. Dès Zurich, Else Lasker-Schüler se crut
persécutée par la Gestapo. Sitôt que quelqu’un posait sur elle un regard un peu
trop insistant, elle était persuadée qu’il s’agissait d’un espion chargé de la
surveiller. Selon l’un des informateurs des services de police zurichois, la
propriétaire de l’hôtel Seehof - où
logeait la poétesse - aurait
déclaré que l’on notait chez Else Lasker-Schüler des signes de
folie de la persécution. Il se permettait d’ajouter qu’une lettre adressée par
cette dernière au Conseil fédéral laissait penser que l’auteur était dérangé
mentalement[22]. Les choses semblent s’être
aggravées en Palestine. Dans ses souvenirs, l’écrivain hébreu Shalom Ben Chorin
décrit la première impression que lui fit la poétesse. Il évoque dans son regard des « éclairs de folie »[23].
Au terme du second voyage d’Else Lasker-Schüler en Palestine, il décrit
« des manifestations de haine - souvent sans fondement - à l’encontre des
personnes les plus bienveillantes, une haine qui confinait souvent à la
paranoïa »[24]. Lorsque
Else Lasker-Schüler fut contrainte de s’installer définitivement à Jérusalem,
il semble que le sentiment de persécution ait atteint son apogée. Elle se plut
à raconter qu’elle était en butte aux vexations d’une logeuse aux allures de
sorcière payée pour l’espionner. Elle finit par ne plus communiquer avec cette
dernière que par l’intermédiaire de sa petite fille. Dans les faits, elle
vivait dans un immeuble moderne de l’élégante King George Street et son
appartement était tenu par une jeune femme. D’après les témoignages de ses
contemporains, la poétesse était, contrairement à ses plaintes, loin d’être
abandonnée de tous et son quotidien
était très éloigné des descriptions sinistres qu’elle en donne. Une telle altération du sens des
réalités s’aggravant au cours des années d’exil semble corroborer les
conclusions des psychiatres viennois Berner et Zapotocky qui dans Psychopathologie
des transplantés[25]
étudient les incidences de la migration sur le psychisme. Ils décrivent des
états dépressifs et confuso-oniriques, des états délirants aigus ou chroniques
comme la paranoïa de Kraepelin. Leurs conclusions se retrouvent chez la
psychanalyste d’origine sud-coréenne Heykyöng Moser-Ha dans un article intitulé
Ce que cela signifie que d’être un immigrant [26]
publié dans le journal helvétique Neue Zürcher Zeitung. L’auteur note
que « le fait de quitter ce qui vous était familier peut engendrer une
dépression, l’inconnu fait naître non seulement l’insécurité mais un sentiment
de menace qui peut aller jusqu’au délire de persécution. »[27],
une analyse confirmée également par une anecdote livrée par le docteur Fineltain, neuropsychiatre à
Paris. Interrogé sur le cas d’Else Lasker-Schüler, il nous a fait part de ses
propres observations cliniques faites en 1973 sur des dissidents russes
martyrisés par des psychiatres soviétiques. Le médecin se souvient qu’à leur
arrivée à Paris ces exilés voyaient le KGB à chaque carrefour de la capitale.
Entre Gestapo et KGB, on admettra que
la limite est ténue... Toutefois, tous les psychiatres
ne s’accordent pas à penser que l’exil puisse induire une psychose. Le Dr
Rotenberg, spécialiste des troubles psychiatriques des immigrants russes en
Israël, est d’avis qu’« habituellement le stress dû à l’émigration ne
provoque pas l’apparition de maladies mentales telles que la schizophrénie ou
la paranoïa, toutefois s’il existe des prédispositions, ces troubles peuvent
s’accentuer dans de telles conditions ».[28] La biographie d’Else
Lasker-Schüler ne permet malheureusement pas de départager véritablement les
points de vue en présence. Il semble bien que chez l’écrivain la paranoïa soit
apparue durant l’émigration. Peut-on parler pour autant d’un rôle psychogène de
l’exil dans la mesure où avant même de quitter l’Allemagne la santé psychique
d’Else Lasker-Schüler n’était guère florissante ? Il convient peut-être
surtout de ne pas mésestimer la part de la vieillesse et de ne pas oublier la
fréquence de la plainte paranoïaque chez la personne âgée. Il ne nous
importait, du reste, pas tant de poser un diagnostic que de souligner ici
l’existence d’un lien possible entre l’exil et l’altération du psychisme mais
c’est aux psychiatres qu’il appartient de poursuivre ces réflexions plus avant.
Bien que nous ayons jusqu’à
présent parlé d’exil sans utiliser de guillemets, l’expérience d’Else
Lasker-Schüler à Jérusalem ne manque pas de susciter une interrogation d’ordre
religieux. Est-il possible, en effet, qu’au regard du judaïsme un juif puisse
être en exil en terre d’Israël alors même que le pays des Hébreux constitue la
terre de ses ancêtres et que l’immigrant - volontaire ou forcé - retourne
marcher sur les traces de l’histoire de son peuple ? L’expérience d’Else
Lasker-Schüler apparaît en contradiction tant avec certaines prescriptions du
Talmud qu’avec les textes de la liturgie juive. On ne compte pas les prières
qui évoquent le retour à Sion. De même, l’un des chants de la liturgie
pascale s’achève sur cette promesse : L’an prochain à Jérusalem. Le
traité talmudique de Ketubot contient, lui, une affirmation plus catégorique
encore : « On devrait toujours vivre en terre d’Israël (...) car celui qui demeure en terre d’Israël est
considéré comme ayant un Dieu tandis que celui qui demeure en dehors est
considéré comme un homme sans Dieu. »[29]
C’est pourquoi bien avant le congrès sioniste de Bâle des communautés de juifs
orthodoxes étaient allées s’établir sur la terre de leurs ancêtres. Le Talmud
abonde d’arguments en faveur de la terre sacrée. Il y est dit encore
que l’air d’Israël inspire le bon sens[30].
Dans le judaïsme, c’est donc la diaspora qui apparaît comme le lieu de l’exil.
Un exil en terre d’Israël semble proprement inconcevable. Face aux textes
religieux, le sentiment de déracinement d’Else Lasker-Schüler à Jérusalem
apparaît moins comme un manque de foi que comme le résultat de la distension du
lien religieux sous l’effet de l’assimilation dans la société allemande. Si
elles n’ont rien perdu de leur vérité, les paroles ont fini par perdre de leur
impact. C’est sans doute ce sentiment qu’Else Lasker-Schüler avait exprimé de
manière poétique à travers le poème Mon peuple (Mein Volk)
dans lequel elle se comparait à une eau jaillie d’un vieux rocher qui ne
faisait plus que ruisseler avant que d’aller se perdre dans la mer. Même si
Else Lasker-Schüler avait la foi, son rapport au judaïsme était comparable au
rapport qu’entretenaient bon nombre de romantiques avec le christianisme. Le
lien était de l’ordre du cœur et non de la loi. Elle connaissait sans doute trop
peu la liturgie juive pour s’y sentir liée. Tout ceci explique que, une fois
retombé l’enthousiasme du premier voyage en terre d’Israël, elle ne se sentit
pas viscéralement, charnellement, spirituellement attachée à ce pays. L’expérience de l’exil chez Else
Lasker-Schüler s’oppose non seulement à la tradition juive mais aussi à la
littérature de la régénération du
judaïsme par l’émigration en Terre d’Israël à laquelle elle inflige un cinglant
démenti. Sous l’influence du sionisme, depuis le début du XXème siècle, des
écrivains juifs mettaient régulièrement en scène des personnages désespérés par
l’échec de leur assimilation dans les sociétés européennes et leur incapacité à
retourner vivre dans le ghetto. Seul l’espoir d’une vie nouvelle en terre
d’Israël permettait de donner encore un sens à leur vie. Dans L’exode,
M. J. Berdichevsky fait dire à son héros : « Rabbi Joshua Nathan,
emmène-moi au pays de nos pères car si tu ne m’emmènes pas, je mourrai. »[31] L’expérience d’Else
Lasker-Schüler réfute de manière radicale cette littérature de la régénération
aux sources dont les principaux représentants ont pour noms Shlomo Tzemach et
Meir Wilkansky, arrivés tous les deux en Palestine lors de la seconde vague
d’immigration en 1904. Leurs récits évoquent l’âpreté du travail agricole, la
cohabitation tendue avec les Arabes, les rigueurs du climat mais exaltent
surtout les fruits d’un labeur collectif et la joie de voir une terre renaître. Malgré les accents volontiers
édifiants de la littérature de la régénération, nul doute que nombreux furent
les juifs immigrés qui se sentirent déracinés voire en exil en terre Israël
mais rares furent ceux qui eurent le courage ou le talent de l’écrire. L’un des
premiers au XXème siècle fut l’écrivain russe Uri Nissan Gnessin (1881-1913)
qui, après un détour par Londres, émigra en Palestine à l’automne 1907.
Incapable de s’adapter au pays, déçu par ses coreligionnaires, il rentra en
Russie en 1908 et mourut peu de temps après à Varsovie. Ses lettres se font
l’écho de sa désillusion. Parmi les émigrés juifs allemands déracinés en terre
d’Israël on notera encore Arnold Zweig né en 1887. Il débarque en décembre 1933
à Jaffa pour fuir le nazisme. Rapidement l’auteur de romans pacifistes se
heurte au nationalisme sioniste et souffre du rejet de sa langue maternelle. Désabusé,
il confie à Freud en septembre 1935 : « Je ne fais plus aucun cas du
« Pays de nos pères ». Je n’ai plus aucune sorte d’illusion sioniste.
Je considère la nécessité de vivre ici parmi des juifs sans enthousiasme, sans
volonté d’enjoliver les choses, je ne parviens même pas à en rire. »[32]
C’est ainsi qu’à la faveur d’une invitation à Prague, Zweig quitta Israël en
octobre 1948 et décida de s’installer à Berlin-Est. Après avoir perdu ses
illusions sionistes, Zweig avait décidé de croire au rêve du communisme. A peu près à la même époque,
Edgar Hilsenrath né en 1926 à Leipzig et qui a survécu au ghetto de
Mogilev-Podolsk en Ukraine gagne la Palestine à la fin de la guerre. Il exerce
successivement plusieurs petits métiers. Incapable de s’enraciner, il décide
après un détour par la France d’émigrer aux Etats-Unis en 1950 où il débute une
carrière littéraire. Dans ses souvenirs de cette époque il note :
« je me trouvais dans un environnement complètement étranger à ma nature.
Je pensais arriver en terre juive, être parmi des juifs, donc parmi les miens.
Mais j’étais parmi des « Israéliens » avec qui je n’avais absolument
rien en commun. Les Israéliens m’apparaissaient comme des gens modernes, sans
états d’âme, qui n’avaient pas de lien véritable avec leur passé. »[33] La lecture de ces témoignages
peut sembler accablante pour l’Etat hébreu qui n’était à l’époque
qu’embryonnaire encore. Toutefois, il convient de relativiser la portée de ces
témoignages. Chaque échec reste avant tout un échec personnel. L’expérience de
l’exil demeure une expérience éminemment individuelle. Chez Else
Lasker-Schüler, la vieillesse a sans doute compromis tout nouvel enracinement.
Il est peu probable qu’à soixante-dix
ans il eût été pour elle plus facile ailleurs d’écrire, de nouer de nouvelles
amitiés et de goûter les plaisirs de la vie dans un corps usé par les épreuves.
Quelle qu’eût été la terre d’accueil, la vue déclinante et l’arthrose
invalidante auraient suffi à transformer l’expatriation en calvaire. Il en va
de l’homme comme de l’arbre ; on ne transplante pas un vieux chêne.
Toutefois, au-delà de la vieillesse, il n’est pas interdit de se demander s’il
existe quelque part sur cette terre un pays dans lequel Else Lasker-Schüler ne
se fût pas sentie étrangère ou déracinée. Il semble bien, en effet, qu’Else
Lasker Schüler n’ait jamais eu pour patrie qu’une patrie imaginaire, Thèbes, la
cité mythique dont elle se proclamait le prince. Partant, tout séjour terrestre ne pouvait être qu’un exil comme
semblent le suggérer ces vers : Ma joie de vivre a perdu ses couleurs - ... Je suis tombée sur terre, si solitaire, Nul n’a jamais su d’où je venais.[34] Benoît Pivert Nous utilisons dans les notes qui suivent ELS pour
Else Lasker-Schüler [1] ELS, Hebräische Balladen, Berlin-Wilmersdorf, A.R. Meyer Verlag, 1913. [2] ELS, Das Hebräerland, Zurich, Oprecht Verlag, 1937. [3] ELS, , Ichundich., édité par M.
Kupper in Jahrbuch der deutschen Schillergesellschaft, Stuttgart, 1970,
p. 24-99. [4] ELS, Mein blaues Klavier,
Jerusalem, Jerusalem Press Ltd, 1943. [5] Correspondance des années d’exil
actuellement disponible : -
Wo ist unser buntes Theben (Qu’est devenue Thèbes, notre
cité aux mille couleurs ?), Munich, Kösel Verlag, 1969. -
Was soll
ich hier ? Exilbriefe an Salman Schocken, Heidelberg, Verlag Lambert Schneider, 1986. [6] Sigmund Freud, Briefe 1873-1939, Francfort-sur-le-Main,Fischer
Verlag, 1968, p. 462. [7] cf. supra. [8] ELS, Mon piano bleu, trad. de l’allemand par
J.Y. Masson et Annick Yaiche, Fourbis, Paris, 1994, p. 7 [9] ibid., p.
295 * A la traduction proposée dans Mon piano bleu, « mon pauvre pays s’est voilé »,
nous préférons « porte un voile de deuil » qui nous semble mieux
rendre compte de l’idée de deuil contenue dans le vers d’origine. [10] Ibid., p. 41. [11] Ibid., p. 279. [12] Ibid., p.
289. [13]
Traduit par nos soins d’après ELS, Gesammelte Werke in 3 Bänden, vol. 3, Suhrkamp, Francfort / Main,
p. 123. [14] ELS, Celle
qu’on a chassée in Mon piano bleu, p. 305 [15] Le soir
venu, ibid., p. 301 [16] Je sais,
ibid., p. 311. [17] Margarete Pazzi, „Else Lasker-Schüler in
Jerusalem - Zur Nuancierung einer allgemeinen Meinung“, Deutsche
Vierteljahresschrift für Literatur und Geistesgeschichte, n° 53, 1979. [18] Shalom Ben Chorin, Else Lasker-Schüler
und Israel, Literatur und Kritik, n° 11, 1976. [19] Walter Benjamin, Briefe, cité par
Sigrid Bauschinger dans ELS - Ihr Werk und ihre Zeit, Heidelberg, Lothar
Stiem Verlag, 1980, p. 125. [20] cf.Ludwig
Fineltain, Bulletin de psychiatrie, bulletin n° 15, 30 avril 2004, Paris [21] F.S. Grosshut, „Else Lasker-Schüler in
der Emigration“, ELS. Dichtungen und Dokumente, Munich,
Kösel,1951, p. 590 sqq. [22] Cité par Erika Klüsener dans Lasker-Schüler,
Reinbek, Rowohlt, 1980, p. 113. [23] Shalom Ben Chorin, „Jussuf in Jerusalem“,
Else Lasker-Schüler, Wuppertal, Michael Schmid, p.56 sqq. [24] Ibid. [25] P. Berner,
H.G. Zapotocky, « Psychopathologie des transplantés », Confrontations
psychiatriques, n°4, 1969, p. 135-154 [26] H. Moser-Ha, „Was es heisst, Einwanderer
zu sein“, Neue Zürcher Zeitung, 07/08/99. [27] ibid. [28] courrier personnel [29]
Cité d’après Epstein, I., The
Babylonian Talmud, tr. Anglaise, 1-18, Londres, 1935-1952 et réimpr. [30]Talmud de Babylone, Baba Batra 158b [31]
M. J. Berditchevsky, The Exodus, cite d’après Nurit Govrin, Alienation
and Regeneration, Tel Aviv,MOD Books, 1989, p. 51. [32] Cité d’après Doris Maurer, « Exil in
der Heimat », Die Zeit, 6/11/1987. [33] Edgar Hilsenrath, Das Unerzählbare
erzählen, Munich, Piper, 1996, p. 16. [34] ELS,
Abendzeit in Mein blaues Klavier, traduit par nos soins
d’après Helles Schlafen - dunkles Wachen, Munich, DTV, 1981, p. 164. |
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Numéro spécial
L'ancrage : revue de recherches interdisciplinaires (The School of Arts and Sciences/
The University of Pittsburgh/University Center for International Studies/Center for West European Studies)
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Revue d'art et de littérature, musique (Le
chasseur abstrait, éditeur - Patrick CINTAS - Venta del Lorquino -
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