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L’étranger
Bassidiki KAMAGATE - L’équipe - saynète
Cela se passe
quelque part dans le monde avec : Entraîneur
# 1 : Patriarche des djatigui. Le capitaine :
Aîné des djatigui Le reporter Les Sranhouflé :
Ils sont de différents teints. Entraîneur # 2 :
Nouveau patriarche djatigui après la retraite de l’entraîneur # 1. Les supporteurs
# 1 et 2. Groupe de
supporters. SYNOPSIS I :
Le miel Regard 1 Un stade d’entraînement de
quartier. Les joueurs présents sont tous issus de la même famille. L’entraîneur
est au bord de la crise de nerfs. Entraîneur # 1
(S’adressant à des joueurs) : Jamais vous ne respectez les
consignes données. Le football est un
jeu, mais pas un jeu pour plaisantins. Vu vos performances, des renforts
s’imposent. Le capitaine (la mine défaite) :
Coach ! Cette équipe est une propriété familiale. Mais si pour sa survie ou son
meilleur devenir, nous nécessitons des joueurs d’autres familles, nous nous
inclinons. Entraîneur # 1 (paternaliste) : Nulle envie de ma
part de dévoyer une tradition. Intégrer le concert des grandes nations du foot
exige des sacrifices dont le recrutement de talents autres que les nôtres. Le capitaine (interpelle un
journaliste venu couvrir les entraînements de l’équipe par dérision) :
L’écho, notre entraîneur a une importante déclaration à faire. (Le reporter accourt) Le reporter (à l’entraîneur)
: Vous quittez votre poste ? L’entraîneur # 1 (pince sans
rires) : Ce n’est pas demain la veille. Le reporter : Pourtant les
résultats de l’équipe des djatigui ne plaident pas en votre faveur. L’entraîneur # 1 : On ne saurait
cacher le soleil avec une main. J’ai la solution à nos insuccès. Le reporter (plus qu’intéressé) :
Et qu’envisagez-vous ? L’entraîneur # 1 : Intégrer des
sranhouflè au sein de l’équipe des djatigui. Le reporter (ébahi) : Pour
un scoop, c’en est un ! Ne craignez-vous pas une opposition des autres membres
de la famille ? L’entraîneur # 1 : Tous d’accord !
(Les joueurs acquiescent de la tête). Le reporter : Le profil du joueur
demandé ? L’entraîneur # 1 : Avoir du talent
et présenter une licence de Sranhouflè. Aucune lettre de libération de la
fédération Sranhouflè n’est exigée. Regard 2 Même terrain d’entraînement. Tous réunis sous un olivier, des
joueurs sranhouflè se présenteront au
coach et aux joueurs djatigui. Sranhouflè-fiman : Pour la
défense, confiez-vous à mon physique. Aucun
adversaire ne me tient tête. (Pour rire) les attaquants djatigui
en savent quelque chose. Sranhouflè- gbêman : Mon
intelligence et ma malice déjoueront tous les systèmes adverses. Je vous
garantis des buts à la pelle. Ma technique n’est à nulle autre pareille. Sranhouflè-nêrêman : Quand je mets
mes techniques de combat au service du football, je suis intraitable. Nos
adversaires n’y verront que du feu. Sranhouflè -wouléman : Mes passes
sont aussi précises que mes flèches que je décoche. Nos adversaires croiront à de la magie. (Pendant
la présentation, les joueurs sranhouflè dégagent la sérénité et la joie
se lit sur le visage des djatigui). Entraîneur 1 (joie contenue et autorité apparente) :
Assis, tout le monde sait danser. Sachez seulement qu’en tant que joueurs, vous
avez les mêmes droits et devoirs. L’équipe appartient à celui qui la fait
rayonner. Djatigui ou sranhouflè, peu importe. Le capitaine (large sourire) :
Soyez les bienvenus dans l’équipe. Considérez-vous comme des djatigui. (Pour
rire) Nous espérons pour vous que vos talents seront à la hauteur de votre
grande gueule. Entraîneur #
1 : Assez parler ! Place au jeu ! Et que la nouvelle équipe djatigui pète
le feu ! C’est aux résultats que nous serons jugés. Regard 3 Le melting-pot des djatigui
est irrésistible. La cohésion de l’équipe imparable. A la fin d’un match des
djatigui. Le reporter (à l’adresse de
l’entraîneur djatigui) : Coach, le sourire est de retour. Vous imposez de
plus en plus de respect. La recette ? Entraîneur # 1 (très affable) : Rien de sorcier !
Certes des qualités d’entraîneur, mais surtout des joueurs disciplinés et
respectueux des consignes comme ceux que j’ai. L’entente entre djatigui et
sranhouflè fait le reste. Le reporter : Pari gagné alors ? Entraîneur # 1 : Nous avons misé sur le talent des uns et
des autres, sans distinction de la famille d’origine. Au-delà des résultats,
nous avons réussi à créer une grande famille : celle des joueurs. A mes yeux,
c’est cela le plus important. Le reporter (se tournant vers
le capitaine) : Les éloges du coach à l’endroit des recrues ne vous font-ils
pas peur ? Ne craignez-vous pas que les Sranhouflè vous fassent ombrage ? Le capitaine (Sûr de son fait) :
Vous autres reporters, vous aimez toujours chercher la petite bête. Nous sommes
sans appréhension aucune. Ce n’est pas l’équipe des djatigui mais celle des
joueurs. Le reporter : Des rumeurs de
mécontentement de jeunes djatigui écartés à cause des nombreux sranhouflè
courent. Le capitaine : Les Sranhouflè font
la renommée des djatigui. C’est cela l’essentiel. La gloire des djatigui passe
avant tout autre considération. L’entraîneur # 1 (venant au secours de son capitaine) :
Dans le milieu du football, il peut y avoir des frictions entre joueurs. Chacun
veut s’exprimer. Ce qui se dit ne signifie pas une remise en cause de la
nouvelle équipe djatigui. Tout le monde y a
sa place. Le respect : Seul votre charisme
maintient la maison en l’état... Entraîneur # 1 :
Avec ou sans moi, je pense que la famille que nous avons bâtie restera
inséparable. J’ai foi en mes joueurs. D’ailleurs, à compter de ce jour, je
prends ma retraite. Mon entraîneur adjoint me succède. Il a ma totale
confiance. (Le lendemain, les journaux
titreront qu’une page vient de se tourner pour l’équipe. Les lendemains ne sont
pas aussi certains que l’entraîneur le faisait croire. Il était l’arbre qui
cachait la forêt.) SYNOPSIS II
La citronnade Regard 1 Toujours le stade d’entraînement des djatigui. L’olivier a été
déraciné. Loin des autres joueurs, le
capitaine et le nouvel entraîneur discutent dans les vestiaires. Le capitaine (un peu
soucieux). Je n’arrive plus à contenir mes jeunes frères. Comme eux, je
crois que l’équipe échappe aux djatigui. Il faut faire quelque chose. Entraîneur # 2 (surpris) :
Nous gagnons. N’est ce pas l’essentiel ? Pourtant, on parle de notre réussite comme d’un miracle. Les
Sranhouflè jouent bien leur partition. Le capitaine : Trop à mon goût et
à celui de mes frères. Je les soupçonne de vouloir nous prendre notre équipe. Entraîneur # 2 : Que fais-tu de l’honneur des djatigui
qu’ils défendent ? Le capitaine : Sauver l’héritage
familial se révèle plus important que la vanité de la gloire. Maintenant que
notre équipe a de la renommée, nous n’avons plus besoin des sranhouflè. Entraîneur # 2 (un peu perplexe) : Nous risquons
d’avoir tous nos supporters Sranhouflè sur le dos. Les sympathisants djatigui aussi ne
nous pardonneront pas. Le capitaine (sans se démonter) :
Je me charge de leur trouver une explication imparable. Je m’adresserai à la presse après
l’entraînement (Ainsi sera-t-il fait) Regard 2 (
A la conférence de presse après les entraînements.) Le reporter : Capitaine, vous
m’avez semblé un peu perturbé pendant les entraînements. Le capitaine : Ce que j’ai à vous
dire me peine le cœur. Le reporter : Une mauvaise
nouvelle ? Le capitaine : Elle peut ne pas faire
plaisir. Le reporter (intéressé) :
De quoi s’agit-il ? Le capitaine (feignant d’être
attristé) : Nous avons changé les conditions de nos recrutements. Désormais
le talent seul ne suffit pas. A défaut d’être djatigui de naissance, il
faudra présenter une carte de supporter
qui montre que vos parents ont été supporters des djatigui depuis la création
de l’équipe. Seulement après, il faudra attester que vous habitez le quartier
des djatigui depuis quelques années. Ceci est in-dis-cu-ta-ble. Le reporter : C’est un virage à
quatre vingt dix degrés ! Le capitaine : Un changement de
cap s’impose à nous. Certes les sranhouflè nous ont aidés mais nous devons aujourd’hui donner la chance
aux petits djatigui qui ont grandi. Eux aussi ont besoin de faire la preuve de leur
talent. Le reporter : Vous chassez les
sranhouflè ? Le capitaine : Non !Notre choix
répondait aux nécessités de l’époque. De nouvelles réalités se présentent et nous ne pouvons les ignorer.
Nos jeunes frères ont besoin eux aussi de crever l’écran. Nous n’excluons
personne. Nous devenons plus tatillons simplement .Et c’est mon dernier mot. (Stupeur et incompréhension chez les
sranhouflè et de nombreux djatigui). Regard 3 Au bar
de l’équipe. Des supporters commentent la conférence de presse. L’ambiance est
surchauffée. Supporter # 1 :
Quelle idiotie ! Payer en monnaie de singe ceux qui ont fait notre gloire. Supporter #
2 : Sage décision. Moi, je dis qu"il était temps. Ces sranhouflè
nous envahissent. Supporter #
1 : Vous jalousez leurs exploits sur votre stade. Leur succès vous tient
aux entournures. Aigris ! Supporter # 2 : Ils ont envoûté nos filles et nos femmes
ne jurent plus que par leur nom. D’ailleurs l’équipe joue de moins en moins
bien. Supporter # 1 : Vous gagnez pourtant.... Supporter # 2 : Je préfère une équipe de djatigui
perdante à une équipe comprenant des sranhouflè même si elle triomphe de
l’adversaire par 20 buts à 0. Supporter # 1 : (Très remonté) : C’est de la
sorcellerie sportive ! Le fait sportif doit triompher. Supporter # 2 : Faits sportifs ou pas, s’ils s’entêtent,
les sranhouflè iront par la force. (A ses côtés, se trouve un sac rempli de
pierres. Un lance-pierre est posé sur la table). Je vais leur enlever toute envie de jouer
sous nos couleurs. (D’autres
supporters viendront s’asseoir autour de la table des deux supporters en fonction de leur opinion). Regard 4 Terrain d’entraînement des
djatigui. Tous les joueurs Sranhouflè restent en tenue de ville. Les
équipements sportifs sont paquetés. La scène ressemble à des adieux. Le capitaine (narquois) :
Eh ! Les sranhouflè, ça fait la grève du foot ? Sage décision ! Quittez
l’équipe et elle se portera mieux. Les sranhouflè (dégoûtés) :
La trahison et l’ingratitude. Même si le coq danse mille fois devant l’épervier, cela ne lui
plaira jamais. Le capitaine : Si tu ne
t’approches pas du fromager, tu ne
sauras pas qu’il a des fentes. Les sranhouflè : Si tu suis un
éléphant, tu ne peux être touché par la rosée. Le capitaine:La biche ne fuit pas
son village parce que le fleuve a tari. Le sranhouflè : Ce n’est pas tous
les jours que le babouin dort sur le rocher. Le capitaine : Le nid du vautour
n’est pas un endroit où l’épervier va
pondre. Les sranhouflè (décidés) : Le
poulailler sent mauvais, mais il reste toujours le dortoir du poulet. Le capitaine : Heureusement. Je
croyais que vous l’ignoriez. Bon
débarras. Les Sranhouflè (enorgueillis) : Echos,
nous avons répandu les clameurs de ta gloire. Tango, nous avons nourri tes confidences
sentimentales. Rumba,
notre rythme frénétique a réjoui ton manoir Ane, notre
nom de gloire gravé dans ton mental. Nègres de
genet, nous emplissons tes foires Galvaudées
sont nos sueurs pour ton sourire triomphal. Etrangers,
notre nom de caresse pour ton pouvoir. Rhum, notre couleur enivrait tes yeux amateurs Souvenirs d’un moment
prometteur. ( Ils vont pour
quitter le stade. Des djatigui feront le geste de les retenir) Djatigui : Tuteur ( langue
malinké) Sranhouflè : Quelqu’un
d’autre( langue Baoulé) Fiman : Noir(malinké) Nêrêman : Jaune(malinké) Gbêman : Blanc(malinké) Wouléman : Rouge(malinké) |
![]() L'étranger est paru. Voir sommaire dans le nº22 de la RAL,M. |
design: ©Patrick CINTAS
Numéro spécial
L'ancrage : revue de recherches interdisciplinaires (The School of Arts and Sciences/
The University of Pittsburgh/University Center for International Studies/Center for West European Studies)
&
Revue d'art et de littérature, musique (Le
chasseur abstrait, éditeur - Patrick CINTAS - Venta del Lorquino -
ALFAIX - 04280 Los Gallardos - España):Dépôt légal: AL-44-2004 - ISSN: 1697-7017 - Junta de Andalucía - España