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Éditorial
RAL,M &
L’ANCRAGE : une affaire
à suivre... Par Nacer Khelouz « J’ai
ramassé dans la rue un de ces êtres sans lendemain (un enfant). Il tuait le
temps gaspillé par son père ou sa mère, je ne sais plus. »
Voilà de ces
phrases qui vous sautent aux yeux. Elles vous arrêtent et vous forcent à mimer
le geste de se baisser pour cueillir. Ramasser, mais quoi ? (Un enfant)
nous dit Patrick CINTAS. Et n’allez pas imaginer que le reste de la
phrase n’est pas de lui. Je vous le rappelle seulement si vous l’avez
déjà oublié. Entre parenthèses, (l’enfant). Est-il donc prisonnier ? On
peut le penser en effet. Mais moi, je me suis plu à y voir les bras de dame
Poésie qui enlacent, mais dont on se douterait bien qu’ils étouffent autant
qu’ils protègent. Pas de temps à perdre, je me suis à mon tour penché sur le
trottoir de Pittsburgh pour ramasser un poème. Tuer le temps, puis gaspiller ce
qui en reste. La poésie promise par Patrick CINTAS a intérêt à tuer
le temps. Mais tout de même, quelle idée d’aller ramasser des poèmes (pardon
des enfants mais c’est quand même pareil) dans la rue ! De toute façon,
poursuit Patrick, « sa mère
[l’enfant ? le poème ?] et son
père ne faisaient qu’un. » Un autre enlacement sidéral. À moins que ce
ne soit pour tromper le littérateur parasitaire. Celui-là il faudra s’en
méfier, lui qui arrive toujours avant l’incendie. Prendre tout et pétrir la
pâte. Malaxer les mots, et en organiser le roulis continuel ; qui aspire.
Les blessures aussi. L’art n’est-il pas un peu blessure à froid ? Et le poète
d’errer dans la rue pour ramasser des brindilles de génie au milieu des
poussières aériennes. Ce plongeon sans filet m’a plu. Et je ne vais plus citer
Patrick car vous êtes intelligents et vous sentez ces choses-là. Autrement,
gardez-vous bien d’être poètes si vous osez vous déchausser de peur de salir
les moquettes des salons mondains. O Poète ! Songe seulement qu’il est des
moquettes plus sales encore que la semelle de tes chaussures. Il m’est d’avis
que tu devrais hanter les cimetières ; ces lieux où l’on creuse. Demandez
donc à Nerval ! Ou plutôt à Baudelaire. Celui-là refuse de décolérer
depuis que sur la literie de la Divine, il y a de la soie en lieu et place des
pieux qui empêchent de dormir. Ô chevelure ! Patrick ne sait
plus ; moi non plus tant qu’à dire. J’étais là le jour
où la RAL,M a ramassé cet enfant dont
le père et la mère ne faisaient qu’un. C’était le premier numéro et j’y suis
allé de mon numéro de saltimbanque : un voyage politique chez les
romantiques, y compris Hugo car celui-là a toujours droit de réponse. Patrick,
promis c’est la dernière fois, m’invita à pousser l’idée au plus loin. Alors
j’ai continué. Si loin que j’ai failli oublier qu’il y avait L’Ancrage, cet autre enfant ramassé dans
la rue. C’est fou ce qu’il y a d’enfants qui traînent ! Mais je sais que
cela ne vous dit rien un ancrage.
Vous voyez de là où vous êtes des bateaux, des marins, des putes, de la bière
hollandaise et des pets. Et vous pourriez même vous croire (si, si) chez Camus
ou mieux chez Brel. Pour vous désespérer tout à fait sachez quand même que tout
est factice. On n’est même pas assez hardis pour fouler la côte
espagnole ! Pardon de confesser cette maladresse ; on est de
Pittsburgh. Pitts-bourgeois si vous
avez des doutes sur notre honorabilité. Nul n’est parfait. Désolé de n’avoir
aucun port à sentir les départs ; aucun bateau à vous prendre sous sa
houlette. Nous sommes décidément un drôle d’équipage dont l’ancre n’est que d’encre. Notre onde est là sur la surface
de la feuille ; il n’y a qu’à se pencher pour commettre des taches
indélébiles (cela fait partie de votre initiation) sur vos beaux vestons. Nous
avons, la RAL,M & L’ANCRAGE, décidé d’un commun accord de tracer
nos premières lignes sur tous les beaux vestons, sur toutes les moquettes du
monde. Voici donc un ticket aller simple.
Nous ne garantissons pas les retours. C’est notre première et dernière
exigence. Ramer à la force du poignet. Audaces
fortuna juvat. L’idée d’un tel rapprochement, un précédent entre deux
revues des deux côtés de l’Atlantique, peut sembler étrange. Et bien justement.
Nous traitons ici de l’étrange, de
l’étranger. (Victor Grauer et Patrick opteront pour l’idée d’Aliens.) De sorte que le moment ne pouvait pas être
plus propice à l’aventure. ¡La aventura comienza con
el hombre ! Peu à peu l’oiseau n’a pas fait que son
nid ; il s’installe tout doucement. La collaboration avec la RAL,M
nous a tous rajeunis. L’Ancrage a
vu le jour il y a de cela quatre années et la RAL,M a un an ; tandis
qu’aujourd’hui RAL,M & ANCRAGE ensemble,
le temps d’une escale sont en train de naître sous vos yeux. On a toute la vie
pour apprendre. Rejoignez-nous,
l’aventure appartient à ceux qui se penchent et ramassent des enfants dans la
rue. Pour les tirer de l’oubli ? Cela, il est plus prudent de demander à Patrick
CINTAS s’il l’a dit. Nacer KHELOUZ |
![]() L'étranger est paru. Voir sommaire dans le nº22 de la RAL,M. |
design: ©Patrick CINTAS
Numéro spécial
L'ancrage : revue de recherches interdisciplinaires (The School of Arts and Sciences/
The University of Pittsburgh/University Center for International Studies/Center for West European Studies)
&
Revue d'art et de littérature, musique (Le
chasseur abstrait, éditeur - Patrick CINTAS - Venta del Lorquino -
ALFAIX - 04280 Los Gallardos - España):Dépôt légal: AL-44-2004 - ISSN: 1697-7017 - Junta de Andalucía - España