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Nouvelle page 1 l'Ancrage/Revue d'art et de littérature, musique - sur le thème de l'étranger
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Robert VITTON - L’exilé



L’exilé

 

La Mer lâche ses goélettes

Et charrie dans les ports ses débris ses squelettes

Ses herbes ses chansons ses bouquets de violettes

La Mer me laisse sur ses grèves

Ses ailes ses chagrins ses bouteilles ses rêves

Ses musiques ses mots ses longues et ses brèves

La Mer brusque les harengères

Froisse les plumetis des lascives lingères

Et lie dans mes idées des barques naufragères

 

Ma tête de fou

Ne grisonne guère

Ma tête de fou

Ne grisonne pas

 

La Mer m’empêtre dans ses cordes

Ses harpes ses voiliers ses forçats se discordent

Je livre mes pensées à sa miséricorde

La Mer sur ses rives rivales

Délaine ses moutons dessale ses cavales

Ses chœurs trompent mes soifs et mes faims estivales

La Mer corne toutes mes pages

Ses encres vertes bleues grises noires tapagent

Et ses oiseaux criards percent mes équipages

 

Ma tête de fou

Ne grisonne guère

Ma tête de fou

Ne grisonne pas

 

La Mer brise ses balancelles

Violente ses violons voile ses violoncelles

Raisonne ses tambours et joue les jouvencelles

La Mer dans ses grands champs étales

Sous ses ciels étamés me couvre de pétales

Sur de visqueux étals ses plus beaux fruits se talent

La Mer m’énarre ses voyages

Et tandis que les chants d’Orphée louent ses sillages

Les filles de Nérée m’ouvrent leur coquillage

 

Ma tête de fou

Ne grisonne guère

Ma tête de fou

Ne grisonne pas

 

Venez à Corfou

Je mourrai pour vous

 2002

 

 

Les raccommodeuses de filets

 

A l’ombre tiède des figuiers, on dit que les chiennes impétueuses de delà l’eau détraquent les cervelles et gâtent le sang ; on dit que des goîtreux, des pieds bots habitent les flancs arides de la montagne ; on dit que ces infirmes expient la faute de l’un de leurs ancêtres qui échoua sa barcasse sur le continent ; on dit que l’île, dans le temps si boisée, si fleurie, si fructueuse, n’est plus qu’une terre impie, impitoyable, ingrate, stérile ; on dit que, certaines fois, les femmes enfantent dans de grandes douleurs des lambeaux de chair ; on dit que les sources empoisonnent les troupeaux ; on dit que des revenants s’embusquent dans les ravins et dans les grottes ; on dit que, l’hiver, des traces de feux et de pas creusent le sable gris des criques ; on dit que les chants de la mer, autrefois si mélodieux, si prenants, si colorés, si odorants, délabrent les toits et les toiles ; on dit que les mouettes ne se posent, ne se reposent plus sur le môle.

A l’ombre tiède des figuiers, on parle aussi de choses et d’autres...

2003









L’étranger

L_ancrage
L'étranger est paru.
Voir sommaire dans le nº22 de la RAL,M.
> Robert VITTON - L’exilé
1er décembre 2005
par Paul de Maricourt

Formidable, Robert !

J’ai manqué de temps pour visiter ce site, manqué de temps pour la poésie... Je savoure l’impacte de chaque mot. A moi aussi, elle me fait tout ça, la mer.

A bientôt, pour une rencontre d’exilés ! Paul de Maricourt







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Numéro spécial

L'ancrage : revue de recherches interdisciplinaires (The School of Arts and Sciences/ The University of Pittsburgh/University Center for International Studies/Center for West European Studies)
& Revue d'art et de littérature, musique (Le chasseur abstrait, éditeur - Patrick CINTAS - Venta del Lorquino - ALFAIX - 04280 Los Gallardos - España):Dépôt légal: AL-44-2004 - ISSN: 1697-7017 - Junta de Andalucía - España