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L’étranger
Francisco AZUELA - Mythe sans voix
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Je suis le chemin que je ne trouve pas,
la chute d’eau horizontale,
mythe sans voix
d’un chemin sans terre ;
je suis celui qui ne sait rien des silences
de ce voyage autour de soi,
la fatigue et la germination
de ce qui finit par recommencer,
celui qui vient maintenant pour s’en aller ensuite.
Il y a un lieu que je n’atteins pas,
ce que je possède est hors de moi,
et sans laisser aucune ombre,
la lumière s’éteint avant l’heure prévue.
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Mes pieds cessent d’exister
et je n’atteins pas la porte
je ne saurais dire
si je suis passé près de la taverne
où j’ai rempli ma bouche de bière ;
ils sont nombreux à me regarder
mais je ne reconnais personne.
J’arrive en brisant les étoiles
pour construire un chemin qui se consume,
je me laisserai mourir parmi les grillons
en donnant tout,
croyant avoir fait ce que je devais faire comme un soleil
qui ne peut se donner sans espace.
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Mon frère,
poète des premiers temps
où tu fus traversé par l’espoir
l’angoisse de mourir
sous les sapins et les joncs.
Un noyer recueillit ton souffle
et tu t’en allas dans l’autre dimension du monde
comme un petit nard qui a perdu son parfum,
comme un fusil qu’on a pas tiré,
comme une voix qui te vole la vie,
comme un volcan silencieux
sur le chemin de ta patrie.
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Au coeur du désert,
lieu de cendre et de pierre,
un cimetière
d’une seule tombe
et un squelette dessus.
Quelle étrange manière
d’enterrer les morts !
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Le jour où ils arrachèrent son coeur à l’homme,
il dormait,
et le jour où ils lui ouvrirent les veines,
il était ailleurs ;
quand ils le tuèrent
il était à la recherche de ses souvenirs,
et le jour où ils défoncèrent sa porte
l’homme était déjà loin,
mais le jour où il rencontra son silence
naquit la poésie.
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Les yeux ne reconnaissent pas l’autre côté,
la fenêtre n’a pas de miroirs,
la chaise est l’unique repos ;
je ne souhaitais pas parler avec l’écho des autres
ni crier le nom que je ne trouve pas.
Demain, quand j’ouvrirai mes bras
je toucherai peut-être mes os
pour me jeter à la rivière. |
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Personne ne voudra m’apprendre que je suis mort
sans savoir que j’existais,
j’espérais un chant profond,
haletant,
qui sortit souvent pour se suicider
rompant le contact des feuilles
pour s’embaumer
dans l’herbe humide.
Personne ne voudra m’apprendre
que je suis mort deux fois,
les ailes sont assez grandes
pour rester tranquilles
et la vie
continuera sa séquence de sang.
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Père,
les cigognes sont mortes,
les rossignols
et les grues devineresses
sont morts eux aussi ;
dans ces fleuves chargés de mystères
ne passent que des oiseaux noirs.
Que veux-tu
la mémoire s’en est allée aux océans,
nous sommes des pierres mordues par le vent,
et un rêve nous arrache l’espoir
quand nous voulons redonner vie aux souvenirs. |
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Les vents s’en sont allés
il y a longtemps
personne ne les a vus.
L’heure est-elle arrivée
de renaître autre part ?
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Les dieux dorment
et les chants se brisent
en petits éclats
d’herbe ensomeillée.
La branche n’appartient plus à la forêt,
et les ailes qui viennent chercher l’heure,
s’en retournent jusqu’à rencontrer
le mot nouveau.
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Que nous reste-t-il à faire
sinon nous déchausser
et nous mettre à courir ?
Je sais que nous sommes nombreux,
les vicieux de la pauvreté,
ce qui ne me fait pas sourire
parce que nous n’avons aucun espoir
de nous réconcilier avec les gens.
Se savoir égaré dans une ville déserte,
- abandonnée par les dieux -
sentir son propre corps
pendu à une corde,
de l’autre côté de la fenêtre,
entre les lumières,
comme un vol d’alouettes suspendu dans le ciel.
Il n’y a personne ici,
je suis la note d’une plainte,
sept silences
dans les oreilles d’un sourd.
Un jour je reviendrai respirer
comme un être vivant,
je me sentirai rassuré,
et j’irai plus loin que ce qui ne va nulle part.
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Dans ce poème des morts
tu as perdu ton père,
tu as perdu ton grand-père et ta semence
et l’après-midi s’est achevée dans un regard.
Dans ce poème des morts
tu as perdu l’amour de tes ancêtres,
tu as perdu tes oiseaux
et l’étoile de ton front s’est tue
comme une poignée de roses malades.
Dans ce poème des morts,
tu as perdu la vie,
et pour la deuxième fois tu as perdu ta patrie
et pendant ce temps tu es resté à regarder
comme un arc-en-ciel sans couleur.
Dans ce poème des morts
ton sang s’est partagé en deux fleurs bleues
et un squelette d’ombre dans tes yeux de neige
cherche malgré tout la liberté de ton peuple.
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Difficile de construire la maison d’un poème,
construire sa cabane
ou lui donner une patrie.
Nous, ceux du sphynx cassé,
nous n’avons pas de maison,
ni patrie, ni cabane ;
nous, sur la plage,
nous réchauffons simplement un poème
dans les nuits de froidure.
Quelquefois,nous aimerions trouver
un foyer allumé, prendre un café
et toucher le petit doigt de Dieu.
Quelquefois, on aimerait donner un enfant au poème
ou ravauder le vers d’un violon
pour faire une symphonie
là où nous volons un baiser au poème
avant de nous coucher dans les vers.
Ah ! pas facile de faire rêver le poète.
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Extraits de La palabra ardiente traduction
Patrick CINTAS
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L’étranger

L'étranger est paru.
Voir sommaire dans le nº22 de la RAL,M.
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