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L’étranger
Robert VITTON - La commande
LE VOYAGEUR : - J’entre dans un tiède silence. Des notes imperceptibles. Les chaises posées sur les guéridons se réfléchissent dans des glaces éteintes. Sous des tentures de velours cramoisi, une forme recouverte d’un drap sombre trône. Un rayon pâle sort un tabouret de la pénombre de l’estrade. Le parquet gémit. J’entends une voix de mêlé-cassis. Je l’entends. LA VOIX : - Que me voulez-vous, jeune homme ? LE VOYAGEUR : - Sur trois tonneaux juxtaposés, des piles de soucoupes, de tasses et de gobelets penchent périlleusement. LA VOIX : - Que me voulez-vous ? LE VOYAGEUR : - Hein, je passais et ... LA VOIX : - Les filles sont couchées ! C’est leur jour de repos ! Un peu de relâche, mignon ! Si c’est... Si c’est pour la bagatelle, vous repasserez. Je descends. Vous flâniez et vous avez vu la lanterne magique. C’est ce que les clients disent. LE VOYAGEUR : - C’est ça, Madame, la lanterne... LA DAME : - Me voilà. Un escalier en escargot. Mes quilles de gisquette, de J3 qui sait où elles gambillent à cette heure ? LE VOYAGEUR : - Mes hommages Mad... LA DAME : - Et le règlement ? Traîne-savate ! Avez-vous un laissez-passer ? Un passe-droit ? Un mot de passe ? Un passe-partout ? Un passe-temps ? Un passe -je- ne- sais- quoi ? Vous voyez ? Dois-je vous chapitrer ? LE VOYAGEUR : - C’est par hasard que... LA DAME : - Le hasard... Chez nous, ce mot n’a pas cours. Vous êtes, cette nuit, dans notre cité. Vous deviez y être. Je vous attendais. Votre figure triste de chevalier errant est placardée sur les façades de la Maison du Pouvoir et votre nom gravé en lettres rondes sur le monument aux morts. Je vous le répète, mon pauvre, le hasard n’est... LE VOYAGEUR : - Troublant, je ne perçois plus le flot de ses paroles. La matrone est là, sur un fond de caissettes, dans une ample robe noire lamée. Sa gorge généreuse étale trois rangées de perles colorées. Un pot de peinture. LA DAME : - Vous êtes sourd ? LE VOYAGEUR : - Hein !...Votre voix me berçait. LA DAME : - Du calme. Je plaisantais. Vous voyez, j’aurais pu être une grande tragédienne. Allez, défaites-vous ! Un doigt de rhum ? LE VOYAGEUR : - Une larme. LA DAME : - Prenez un siège. Installez-vous, je fais le service... Je suis la pianiste de l’établissement. Voilà, ça vient. Douze ans que je tape la romance sur ce méchant instrument. Elle désigne du doigt le fond de la pièce. Tenez ! Mon fidèle sabot. Santé ! Je suis née le jour et l’année de la mort de Busoni, Ferruccio, Ferruccio Busoni, 1866, 1924. Juillet, le 27... Empoli, Berlin. Italie, Allemagne. Et sa Toccata ! Prélude, fantaisie, chaconne ! Preludio, fantasia, ciaccona ! LE VOYAGEUR : - Santé ! LA DAME : - Je suis aussi la serveuse, la servante, la bonniche de tout ce beau monde. Le vieux trumeau astique, décrotte, cire, allume, éteint, console, conseille... Douze ans de bons et loyaux offices. Une vie. Dieu merci, j’ai été belle. Ah ! quelle vermine ! Quel gâchis ! Les restes ! Les beaux restes ! Croyez-moi, j’en ai vu et entendu dans l’alcôve, dans le déduit. Fleurons et fleurettes ! Convoitée, la courtisane ! Vus et entendus... Des soudards armés jusqu’aux ratiches, une grenade dans chaque main, sur mon lit de camp. Des estropiés, des fous, des moribonds sur mon grabat. J’en ai donné des baptêmes, des extrêmes-onctions ! Vus et entendus, je vous dis ! Des princes, des rois, des illuminés dans mon page à colonnes. Des capelans, des mangeurs d’hosties, des LE VOYAGEUR : - La porte s’entrebâille. Un bout d’homme malingre, égrotant, empêtré dans un surtout de couleur grise, pétrissant sa casquette grogne. LA DAME : - Entre Anselme. Je me disais... Quand les verres tintent...qu’il s’agit de se rincer le gosier ou l’œil... ANSELME : - Nom d’un chien ! Cet animal-là ne me quitte pas d’une semelle. LA DAME : - Quand on voit l’un, on voit l’autre. Deux sacs à puces... Deux bonnets en clabaud... Deux qui rongent le même os. ANSELME :- Bonsoir ! LA DAME : - Bonsoir qui ? ANSELME : - Bonsoir, la compagnie ! ANSELME : - Je me suis levé du pied gauche... Le droit, je l’ai mis dans le crottin. Aujourd’hui, ce n’est pas mon jour. A midi, je m’ébrèche le dentier sur un noyau. Ces appareils, de la camelote ! Je regrette mes vieux chicots. Sur la route, un barrage. Interrogatoire. Toujours la même équipe qui vous attend au tournant, la même équipe de cacas d’oie. Cacas d’oie, à cause de leur tenue de merde. « C’est pour l’initiation des nouveaux ! » Cervelles de gélinotte ! Charognards ! Contre un mur, je vous l’aligne, la bleusaille. Du duvet au menton, de la morve au tarin... Et ça vous mâchonne de la chlorophylle ! Des ruminants. « Monsieur le bibliothécaire, ce n’est pas pour vous offenser, mais votre pipe pue. » Mon brûle-gueule ? Moins que toi, tas de fumier, ordure ménagère ! Dis-moi, pisse-au-froc, ce qui ne pue pas, en ces temps, que j’aurais pu lui rétorquer ! Et cet autre... « D’où vous vient cette betterave au milieu de la figure ? » Pas de ton potager, feignant ! « Vous dites ? » Rien, je parle à mon clébard ! « On rapporte, monsieur le bibliothécaire, que votre maman adorée à eu une histoire d’amour avec un dromadaire. Vous entendez les gars ? » Hé oui, ils t’entendent, tous ces fils de pute borgne du quartier pauvre ! Je l’ai pensé tellement fort que le commandant a houspillé les blancs-becs. « Du calme, mauvaise troupe, ne retenez pas notre grand bibliothécaire, il a autre chose à faire dans ce cloaque... » Et le respect, mon brave ? Du respect pour les viocards, vous n’y pensez pas ! Je te les remets en place, et après c’est des Monsieur le bibliothécaire longs comme le bras ! Cacardez ! Cacardez, cacas d’oie ! Des chipeurs ! Ces pourritures vous font les poches. Stylos, calepins, porte-cartes, briquets, clefs... Vous les retrouvez aux Objets trouvés, l’ancienne halle. Contre une petite somme... Les frais de stockage. L’art de faire des profits avec des pertes. LA DAME : - Pose ton panier à salade, mon trésor. Tu arrives comme un carcan sur la soupe. ANSELME : - La soupe à la grimace. LA DAME : - Approche, trottin ! Je n’irai pas au bois par quatre chemins. ANSELME : - C’est sûr, les lauriers sont coupés, la Mère ! LA DAME : - Puis-je abuser ? ANSELME : Abuse, triple buse ! LA DAME : - Tu m’amuses. ANSELME : -Triple muse ! LA DAME : - Je te confie ce jeune homme, vaurien. Et pas de rouspétance, ni de mine rechignée. Je te revaudrai ça. Pour la peine, en attendant, étouffe cette boutanche de pichtogorne de derrière mes fagots. LADAME : - A la gare au plus vite ! LA DAME : - Le bougre, il tient à me voir faire la moue. N’ayez aucune crainte, mon garçon ! Le pèlerin est plein d’à-propos... Un pince-sans-rire. Sa comprenette ne chôme pas. Le pois chiche, toujours à l’affût. Le jour où il en ratera une, il aura les pieds gelés. Quand il a su que vous étiez parmi nous... Ce n’est pas par... Le hasard, ici... Le phénomène a lu tous vos livres. LE VOYAGEUR : - Tous mes livres ? ANSELME : - Tous vos livres. Vos livres, par nécessité et par plaisir. Je suis responsable du Cabinet de lecture. Fabuleux, votre dernier rejeton ! De la dentelle ! Poli et repoli, l’ouvrage. Quelle lime ! Vous êtes orfraie en la matière et vous poussez des cris d’orfèvre. Je suis fier de cette phrase. J’ai rarement l’occasion de la mettre sur le tapis. En ôtant une soixantaine de pages... LE VOYAGEUR : - Une soixantaine de pages ? ANSELME : - Soixante-quatre, pour être précis. J’ai, de surcroît, la délicate tâche de veiller au bien-être moral des habitants. Je fouine, je déblaie, j’épluche, j’expurge les écrits avant de les mettre en montre. De la chirurgie. Un travail délicat, d’arrière-boutique. LE VOYAGEUR : - Une sale besogne, oui ! Un boulot de... ANSELME : - Je sais... Je comprends votre indignation. Ne vous formalisez pas, maître. Ce n’est pas de gaîté de cœur... C’est ça ou le bûcher. Des milliers de titres par les flammes. Des montagnes... Littératures, films, peintures, partitions... Les mains sales de Sartre, l’Etranger de Camus, Les Chants de Maldoror d’Isidore Ducasse, Platon et sa table toujours mise, Kafka et sa colonie, Mallarmé , le professeur d’anglais, Richepin et ses pauvres, Courteline et son administration, Eustache et ses sales histoires, Godard et sa musique, Bacon et sa tronche de lard fumé, Caillebotte, le régatier, Monteverdi, Orff, Busoni ... Et j’en passe. LE VOYAGEUR : - Busoni ? Et la Toccata ? ANSELME : - La Toccata, un cadeau. Grands et petits sont persuadés que la Toccata est une composition de la Mère. Elle a même été médaillée pour la qualité de ce bijou. La Toccata, elle est sur tous les phonos, sur tous les pick-up, sur tous les électrophones, sur toutes les ondes, sur... La Toccata, merveille des merveilles ! Entre nous, un pied de nez, un bras d’honneur à la cheftaine ; un grand coup de tatane dans le derche de la mam’zelle Anastasie, Anesthésie pour les intimes, la garce qui se lave le popotin avec de l’encre verte à l’Académie et rouge dans les caves du Vatican pour la Mère. Je pense à la relève. Une triade de tonsurés de frais est en charge de la Cinémathèque. Une charge qui ne pèse plus sur mon esquine. Blette, la poire. De la pellicule ! De la pellicule ! Des kilomètres de ruban. De la gare de La Ciotat à... Cinecittà, à Hollywood, à... Ces couennes reluquent, se lèchent les babines. Ces queues en tire-bouchon ne s’empaffent pas que du vin de messe. Décemment, on ne peut pas tout montrer ! C’est la trappe, le moins de vingt ans ou le triangle noir. La plèbe, elle, elle peut se la rouler. Ces frères-là ne sont pas des lumières. J’ai perdu le fil. Une fête, vous savez, une fête ! Une véritable purification ! Un jour chômé. Sapristi ! Quand j’y pense, je n’en crois pas mes cinq sens. Tenez Saint-Saëns et ses orgues de Saint-Merri, aux oubliettes ! En attendant Godard ou Godot, tu peux te la couler douce. L’Histoire, les Histoires du cinoche ! Pas d’histoire. Je ne veux plus d’histoires. C’est une honte de gagner la guerre ! Peau de balle, Malaparte ! La semaine et le dimanche, ce n’est pas facile d’être du côté du manche. On pourrait faire une chanson. Un homme comme vous devrait le comprendre. Accordez-moi votre indulgence. Je m’endors péniblement. Des nuits tumultueuses à me battre contre mon drap. J’évite les miroirs, même ceux de la Mère. Non merci, plus d’histoires ! J’ai, paraît-il, été trop coulant. La routine... Ça remonte à quelques années. La mise en garde et les promesses des autorités m’ont refroidi. Voyez-vous, cher monsieur, plus j’avance en âge, plus je tiens à mes os, à mes rhumatismes et à mon chien. L’Enfer, je préfère y croire plutôt que d’y aller voir. N’en dites rien à Dante. Calvaire ! Calvaire ! Ironie ! Ironie ! Je suis né coiffé. De la foutaise ! Une famille albigeoise. Du coton. La vie de château. Ma chambre regardait le grand parc et ses saisons. Solitude des solitudes. L’adolescence. Le dessin, la peinture. Observation, obstination, obsession. Des nuits à crayonner, à peindre, à apprendre. J’abîmais mes yeux sous la lampe nue du grenier. Le dimanche, mes cousines, les jumelles, filles de la sœur jumelle de ma mère, grimpaient dans mon atelier secret cependant que les adultes conversaient bruyamment dans la véranda ou sous les arbres. Dans la retraite du nabot, dans le piège de l’avorton, elles étaient là. Elles me tripotaient. Je léchais leur nuque chatouilleuse, je mordillais le lobe de leurs oreilles, j’écrasais leurs seins naissants. Des mandarines ! Rouges comme des pivoines, elles essuyaient leurs mains visqueuses aux pans de mon sarrau ou à mes chiffons, puis elles s’envolaient. Blanches colombes ! Je les croquais de chic. Etait-ce le bon temps ? Les souvenirs nous empêchent de vivre. C’était... C’était... C’était... C’est... C’est... C’est... LA DAME : - C’est comme ça ! Allez, peau tannée, tu finiras ta chanson de cent lieues une autre fois ! Cette force de la nature ne ferme jamais le quinquet. Sacré Anselme ! Ni le clapet ! C’est qu’il en a des choses à dire, tant il a roulé sa bosse ! Je le soupçonne d ‘écrire ses Mémoires. ANSELME : - « Les Mémoires d’un résidu de bidet » ou « Comment j’ai échappé au pied bot et au bec-de-lièvre ». J’opte pour reprendre les crayons, les pinceaux. Pour sûr, la Mère, je t’en ferai voir du paysage. Tu seras mon modèle. Les filles, des baigneuses... Dimanche, on déjeune sur l’herbe ! Chapeaux de paille, robes légères, corbeilles et musettes garnies. Cerbère, ne va pas trop loin ! LA DAME : - C’est gentil, Anselme, de me poser dans ton rêve. Il se fait tard. Les dés sont jetés, Mallarmé ! Le tour est joué ! Le rideau est baissé. J’aimerais un peu reposer. Ce n’est pas relâche tous les jours. Et, ici, ce n’est pas l’appétit qui manque. Il faut soigner les michetons. ANSELME : - Tu n’as pas tort... Tu as raison, la Mère. LA DAME : - Le coup de l’étrier, les enfants ? ANSELME : - Le gars Anselme, le peinturlureur comme le censeur, ne se gare jamais de ces coups-là. LA DAME : - Le coup, jeune homme ? LE VOYAGEUR : - Le coup. ANSELME : - La Mère, elle est comme mon fantôme, elle a du revenant. Je vais vous en apprendre une belle. La Mère est née le jour et l’année de la mort de Busoni, Ferrucio, Ferrucio Busoni, 1866, 1924... C’est peut-être pour ça qu’elle taquine l’ivoire si joliment, la Mère. Dans le Midi, elle est née... Des émigrés italiens... Un fil à plomb, une truelle, des bribes d’opéras... Des pousseurs de brouettes et de canzones de Pétrarque ! LA DAME : - Ici, que des étrangers ! ANSELME : - Et des enfants d’étrangers ! LE VOYAGEUR : - Comme partout. LA DAME : - Les dirigeants, des étrangers ! ANSELME : - Indésirables dans leur propre patrie. LA DAME : - Ici, on y vient, on y reste. Un jour on y débarque. Ne me demandez pas pourquoi, ni comment. On patiente et on se résigne. Que sommes-nous ? Je vous le demande. Notre jeunesse... LE VOYAGEUR : - Elle n’est pas à nous. Nos idées, nos amours, nos morts, nos nostalgies ne sont pas à nous. Nos mots, nos notes, nos couleurs, nos odeurs ne sont pas à nous. Nos vies... Le théâtre n’a plus qu’à se servir. ANSEME : - Le théâtre... Le théâtre, mon chez-moi ! Aujourd’hui, il sert de remise, d’entrepôt. Le grand débarras ! Je m’y attarde souvent. J’en ai des pincements au cœur. J’entends mille répliques... Molière, Rostand, Feydau, Beckett, Aymé... Les décors de Six personnages en quête d’un auteur sont toujours praticables. Poussiéreux, mais intacts. Un coup de plumeau... A force de tailler dans la trame, il n’est resté que deux personnages... En quête de quoi ? Pauvre Pirandello ! Un chez-moi, la cache du souffleur. Dans le métier on l’appelle la bosse d’Esope à cause du renflement au-devant de la scène et de l’infirmité de l’inventeur de l’apologue. Le souffleur est un comédien à part entière. La pièce dépend de son talent. Personne ne veut le reconnaître. De son trou, il guette les trous de ces beaux parleurs, c’est le cas de le dire. Les rideaux continuent leur vie chez la Mère, ici-même. Je n’aurais pas supporté de les voir partir en fumée. Ils sont là, vous voyez ? Je vais vous faire rire. Un faiseur du troisième dessous me bassinait : « Anselme, je suis en train de t’écrire un rôle sur mesure ! » Quand je lui avais répondu que c’était certainement un petit rôle, que j’avais de l’étoffe, que je n’étais pas une doublure, il s’empressait de faire les mêmes propositions à l’éclairagiste. Un brave garçon, en fin de compte. Un peu simplet. LA DAME : - Je joue sur du velours. LA DAME : - Des gamins. Quatre, ils étaient. Douze pruneaux dans le buffet. Près du square où nous nous plûmes... Je n’entre plus dans un jardin. Une plaque émaillée, des roses anonymes... J’ai fait une croix sur les sentiments. ANSELME : - Quelle connerie la guerre ! LA DAME : - Tu l’a dit, Prévert ! ANSELME : -La Mère, elle a des lettres ! LA DAME : - Toutes celles qui forment le mot « sotte ». ANSELME : - Un cousin, le fils cadet de la sœur aînée de ma mère, une tête brûlée, lançait à la cantonade : « Je suis un emphasiste, peut-être le seul que la terre porte. Je déclame contre la race humaine. N’oubliez pas que j’ai mes lettres de Cracovie. » J’étais admiratif. Je ne savais pas qu’avoir ses lettres de Cracovie voulait dire débiter des bourdes. Et la guerre... LA DAME : - Là, mon fouilleur, tu nous en bouches un coin. Ta guerre, ta guerre... ANSELME : - Pour ma part, nous nous étions réfugiés à la campagne. Le gros de la famille. Rutabaga, topinambour, patate douce... Touche ma bosse, blondinet ! Ça te portera bonheur, sale boche ! Un cousin germain, le fils aîné de la sœur cadette de ma mater, est tombé malade dès son retour de captivité. Des trains, des aiguillages, des gares dans ses cauchemars. Il est mort ces jours-ci. Je l’ai su... J’allais dire par hasard. Des dizaines d’années après, il est mort à la guerre. Maréchaux, généraux, nous voilà ! On pourrait s’apitoyer toute la nuit. Et tout ça me turlupine. LA DAME : - Te voilà raisonnable, tête de mule du pape. Allons, en route, lambins ! ANSELME : - Je lève une dernière fois le coude. Si nous rencontrons l’avaleur de charrettes ferrées nous te l’expédions dans une pochette ! C’est parti, la Mère. LA DAME : - Bonne chance, jeune homme. Au plaisir de ne plus vous revoir, même dans le marc de café. Je ne vous dis pas à la revoyure. Ecrivez-nous mille contes. Bon voyage ! Longue vie ! ANSELME : - Allons-y, le carrosse trépigne. LA DAME : - Derrière vous, pour être tranquille, je verrouille. Merde ! Merde ! Trois fois merde, comme on dit ! LE VOYAGEUR : - Merci pour tout, Madame. |
![]() L'étranger est paru. Voir sommaire dans le nº22 de la RAL,M. |
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Numéro spécial
L'ancrage : revue de recherches interdisciplinaires (The School of Arts and Sciences/
The University of Pittsburgh/University Center for International Studies/Center for West European Studies)
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Revue d'art et de littérature, musique (Le
chasseur abstrait, éditeur - Patrick CINTAS - Venta del Lorquino -
ALFAIX - 04280 Los Gallardos - España):Dépôt légal: AL-44-2004 - ISSN: 1697-7017 - Junta de Andalucía - España