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L’étranger
Stefano LAZZARIN - Visage(s) de l’autre : sur The Outsider de H. P. Lovecraft
I know always that I
am an outsider ; a stranger in this century and among those who are still
men. 1.
Stranger in a strange world * La question de l’altérité,
la littérature fantastique occidentale : pour qui voudrait réfléchir à la
fois sur cette problématique théorique et sur ce corpus textuel, il serait
difficile de ne pas croiser, tôt ou tard, la figure et l’œuvre de Howard
Phillips Lovecraft. D’abord, nous ne pourrions en aucun cas sous-évaluer la
part de l’“altérité” dans l’existence de cet écrivain. Les documents
biographiques en témoignent, Lovecraft fut constamment victime d’un sentiment
d’altérité irrémédiable : il se sentait un étranger, perdu dans un monde
qui le repoussait ; un monde pour qui il était le plus souvent un objet de
curiosité et d’inquiétude, sinon de répugnance et d’horreur. C’est pourquoi le
livre que Michel Houellebecq a consacré au solitaire de Providence, malgré ses
défauts (notamment son manque de profondeur et de rigueur : l’écrivain
français n’y montre aucun souci de documentation scientifique scrupuleuse),
présente au moins un mérite, celui d’avoir efficacement décrit le conflit
primordial qui devait opposer Lovecraft au monde des “autres” et les rendre
réciproquement inconciliables[1]. Cependant, tout est
optique ; ce monde pour qui Lovecraft est un étranger est lui-même
étrange, étranger, aux yeux de Lovecraft : son altérité apparaît à
l’écrivain comme une menace incontrôlable, qu’il essaie d’exorciser à travers
la parole écrite. L’horreur surnaturelle dont il se fait le théoricien[2], et qu’il met en scène dans la totalité, ou
presque, de ses récits, n’est autre qu’un travestissement de réalités,
quotidiennes et privées, sociologiques et historiques ; l’exemple le mieux
connu, de ce point de vue, est celui de la mise en fiction de son expérience
new-yorkaise. Comment ne pas voir, dans la répugnance que suscite en lui New
York, la ville polymorphe et pluriethnique par excellence, le présage des horreurs
interstellaires et batraciennes qui assiègent la civilisation humaine dans les
textes du “cycle de Cthulhu” ? Comment pourrait-on oublier, à ce propos,
l’adhésion de Lovecraft aux doctrines de la race pure, et la sympathie,
attestée dans de nombreuses lettres, pour le parcours idéologique et historique
du nazisme ? Certes, il faudrait nourrir une confiance absolue dans le
déterminisme artistique, et dans la linéarité des processus psychiques, pour
affirmer que Lovecraft n’aurait pas été Lovecraft s’il n’avait jamais été à New
York, s’il n’avait pas lu Mein Kampf... Mais il est certain - et la
critique l’a souligné à juste titre[3] - que le mélange des races qu’il contemple à
Brooklyn, le grand nombre d’immigrés, notamment italiens, qui se bousculent dans
les rues, le triomphe de l’étranger qu’il croit observer dans la métropole au
détriment de l’identité puritaine de la Nouvelle-Angleterre, vont lui fournir
matière à inspiration pour l’édification de son univers grotesque, effrayant et
monstrueux. 2. « The
Outsider » : je est un autre Parmi tous les textes de
fiction de Lovecraft, il en est un qui porte spécifiquement sur cette
question de l’identité et de l’altérité qu’on retrouve tout le long de son
œuvre : c’est le récit intitulé The Outsider (écrit en 1921, mais
publié pour la première fois en 1926, dans « Weird Tales »). Le
titre, dont la traduction, apparemment, n’a pas toujours été une tâche aisée[4], révèle déjà cette attention particulière pour la
thématique qui nous intéresse. Cependant, dans The Outsider la question
de l’altérité est traitée d’une manière, elle aussi, spécifique, qui n’a pas
d’autres exemples, à notre connaissance, à l’intérieur du corpus lovecraftien. Il n’est pas inutile, pour
commencer, de rappeler les données de l’intrigue. Un narrateur à la première
personne, qui semblerait sujet à des amnésies, prend la parole. Il ne maîtrise
pas son passé : il ne sait ni où il est né, ni combien de temps il a vécu
dans un château décrépit et affreux, « infinitely old and infinitely
horrible, full of dark passages and having high ceilings where the eye could
find only cobwebs and shadows »[5]. Il a dû vivre des années dans un tel
endroit : mais il est incapable de mesurer exactement le temps. De même,
tout en sachant que quelqu’un a bien dû pourvoir à ses besoins, il ne peut se
souvenir d’aucune personne à l’exception de lui-même ; il est réduit à
formuler des hypothèses, des inductions qui découlent de sa première conception
d’un être vivant : « I think that whoever nursed me must have been shockingly
aged, since my first conception of a living person was that of somebody
mockingly like myself, yet distorted, shrivelled, and decaying like the
castle »[6]. Ses connaissances du monde extérieur proviennent
des « mouldy books » qui se trouvent en quantité dans le
château : « From such books I learned all that I know »[7]. C’est de là qu’a surgi l’image même qu’il se fait de son aspect
physique, car il n’a jamais pu se voir dans un miroir - au château il n’y a
pas de miroir : « My aspect was a matter equally unthought of,
for there were no mirrors in the castle, and I merely regarded myself by
instinct as akin to the youthful figures I saw drawn and painted in the books.
I felt conscious of youth because I remembered so little »[8]. Tout autour
du château s’étend une forêt dense et interminable, où règne une éternelle
nuit : les arbres sont si hauts qu’ils dépassent le niveau des tours du
château ; il n’y a qu’une seule tour noire qui s’élève au-dessus, dans le
ciel libre, mais elle est à moitié en ruine : « There was one black
tower which reached above the trees into the unknown outer sky, but that was
partly ruined and could not be ascended save by a well-nigh impossible climb up
the sheer wall, stone by stone »[9]. Et pourtant le narrateur, dévoré par le désir de connaître le monde au-delà
de la forêt, de s’évader du château, de voir le ciel ne serait-ce qu’une seule
fois avant de mourir, entreprend un jour d’escalader cette tour. Commence alors
une ascension hallucinante, au cours de laquelle le temps semble s’effacer,
comme cela se produira souvent dans les récits du “cycle de Cthulhu” : le
narrateur rampe pendant une éternité, « an infinity of awesome, sightless,
crawling up that concave and desperate precipice »[10]. Puis, finalement, le toit, ou peut-être un
palier ; une trappe ; une pièce inconnue du château, dont la surface
est bizarrement plus vaste que celle de la tour, et qui, selon toute apparence,
prendrait appui sur la tour même ; derrière une grille, « the radiant
full moon, which I had never before seen save in dreams and in vague visions I
dared not call memories »[11]. C’est pour le narrateur, qui croit avoir atteint la cime suprême du
château, la plus grande joie de sa vie ; immédiatement après, cependant,
survient un choc qui emplit son âme d’une terreur indicible : « The
sight itself was as simple as it was stupefying, for it was merely this :
instead of a dizzying prospect of treetops seen from a lofty eminence, there
stretched around me on the level through the grating nothing less than the
solid ground »[12]. Voici ce que le narrateur entrevoit confusément, et que le lecteur voit,
lui, très clairement : le château, c’était un château souterrain ;
l’éternelle nuit de la forêt était l’obscurité qui règne dans les entrailles de
la terre ; la tour n’était autre qu’un puits ! Le monde extérieur,
celui dont parlent les livres, s’étend non pas au-delà de la forêt, mais
bien au-dessus ; c’est dans ce monde que le narrateur, bouleversé
par sa découverte et par le mystère impénétrable qu’elle semble cacher, s’aventure :
il se laisse guider par « a kind of fearsome latent memory that made my
progress not wholly fortuitous »[13]. Deux heures plus tard, il
arrive à un deuxième château, au sein d’un deuxième bois épais, qui est pour
lui « maddeningly familiar, yet full of perplexing strangeness to
me »[14]. Lorsque les fenêtres de cette demeure lui
offrent l’image d’une compagnie de gens joyeux, en train de s’amuser
bruyamment, il décide, plein d’espoir, de s’adresser à eux. Mais au moment même où il fait son
entrée dans la pièce illuminée, un deuxième choc le plonge dans l’incertitude
et la terreur : « Scarcely had I crossed the sill when there
descended upon the whole company a sudden and unheralded fear of hideous
intensity, distorting every face and evoking the most horrible screams from
nearly every throat »[15]. Tout le monde s’enfuit ; le narrateur, interloqué, tremble à la pensée
de la créature monstrueuse qui doit rôder, sans qu’il la voie, à côté de
lui ; il jette un regard circulaire dans la pièce, il croit voir un mouvement
dans le cadre doré d’une porte ; il s’approche et voit finalement
« the inconceivable, indescribable, and unmentionable monstrosity which
had by its simple appearance changed a merry company to a herd of delirious
fugitives »[16]. C’est le comble de l’horreur, immédiatement
dépassé, comme il arrive toujours chez Lovecraft[17], par une horreur encore plus hyperbolique :
le narrateur fait un geste de la main pour se protéger de l’abomination qui est
en face de lui, ses doigts entrent en contact avec ceux de la bête ; il
crie follement, tandis que la mémoire lui revient d’un seul coup :
« I did not shriek, but all the fiendish ghouls that ride the nightwind
shrieked for me as in that same second there crashed down upon my mind a single
fleeting avalanche of soul-annihilating memory. I knew in that second all that had been ;
I remembered beyond the frightful castle and the trees, and recognized the
altered edifice in which I now stood ; I recognized, most terrible of all,
the unholy abomination that stood leering before me as I withdrew my sullied
fingers from its own »[18]. Nous n’en saurons pas davantage sur cette reconnaissance du passé, que la
conclusion du récit laisse dans le vague. Les dernières phrases de The
Outsider nous apprennent en revanche l’identité du monstre, et la raison du
sentiment d’étrangeté qui accompagne perpétuellement le narrateur :
« I know always that I am an outsider ; a stranger in this century
and among those who are still men. This I have known ever since I stretched out my fingers to the
abomination within that great gilded frame ; stretched out my fingers and
touched a cold and unyielding surface of polished glass »[19]. 3. Interprétations
multiples Si nous nous sommes arrêté
si longtemps sur le déroulement de l’histoire, ainsi que sur les détails de
l’intrigue, c’est parce ce que nous croyons aux vertus interprétatives de la
synthèse. Le résumé qui précède manifeste un fait sur lequel il ne sera pas
nécessaire, dès lors, d’insister : The Outsider est le récit de la
découverte d’une identité inconcevable et indicible. La surprise finale
provoque un renversement absolu et systématique des paradigmes cognitifs et
axiologiques du narrateur : sa jeunesse prétendue est en réalité une
vieillesse décrépite ; son corps incarne une monstruosité inouïe, qu’il ne
soupçonnait pas ; le château de son enfance, c’est le royaume des enfers
(la tour est un puits, les salles des caveaux, les environs boisés, des tunnels
sans lumière, et le ciel, la voûte d’une immense caverne souterraine) ; ses
semblables ne sont pas les hommes dont il a eu connaissance par les livres,
mais les monstres comme lui, les goules avec qui il va désormais chevaucher le
vent de la nuit, après sa fuite du deuxième château (« Now I ride with the
mocking and friendly ghouls on the night-wind »[20]). Minotaure qui se croyait Astérion, le
personnage de Lovecraft conçoit enfin jusqu’à quel point sa vision du monde
était trompeuse : progéniture de rois, il comprend que sa royauté est
insolemment bafouée ; créature divine et unique, habitant une demeure sans
pareille, il devine brusquement qu’il est prisonnier, l’unique reclus d’un
labyrinthe souterrain. C’est une découverte tout aussi tragique que celle du
Minotaure mis en scène par Jorge Luis Borges dans son récit, et auquel nous
avons fait référence dans les lignes qui précèdent[21] ; à la différence près que celui-ci se
précipite vers sa rencontre fatale avec Thésée persuadé qu’il voit dans le
héros grec l’autre lui-même, le deuxième Astérion, dont il avait rêvé
d’innombrables fois[22] ; l’étranger lovecraftien, quant à lui,
s’imaginant fuir un immonde minotaure sorti de quelque abîme innommable, se
retrouve, justement, face à face avec lui-même... Dans la conclusion de The
Outsider, en somme, tout ce qui était blanc devient subitement noir ;
on pourrait condenser cette révélation par une simple formule : “je” est
“un autre”, et cet autre concentre en lui les pires horreurs de l’univers. Le récit lovecraftien ne
serait-il donc qu’un apologue sur l’identité et l’altérité ? Une sorte
d’allégorie de la découverte de l’autre, et des dangers auxquels elle peut nous
exposer ? En vérité, The Outsider se prête à de multiples
interprétations. Il ne serait pas difficile de le soumettre, par exemple, à une
lecture pour ainsi dire “anthropologique”, qui serait construite à partir de
l’image traditionnelle de l’étranger inquiétant, effrayant, diabolique,
présente dans la psychologie et dans l’imaginaire de toute communauté
humaine : Lo
straniero, [...] prima ancora di essere un personaggio di miti e di storie, è
un’immagine o proiezione culturale, presente nella psicologia e
nell’immaginario delle comunità umane, fortemente implicata nei processi di
costruzione dell’identità dei popoli, delle comunità etniche e di quelle
nazionali, quasi sempre caricata di valori simbolici e ideologici.[23] Remo Ceserani, à qui nous empruntons cette
citation, analyse le rôle contradictoire que la littérature a assumé vis-à-vis
des stéréotypes culturels concernant l’étranger : d’un côté, « essa
ha contribuito [...] in modo diretto e deciso a costruire quelle immagini, a
sottolinearne e rafforzarne le caratteristiche ‘altre’ e differenzianti,
ricorrendo al proprio repertorio retorico di creazioni favolose e grottesche
(lo straniero con tratti mostruosi, bestiali, diabolici) » ; de l’autre,
« essa ha anche [...] dispiegato i propri strumenti rappresentativi e
conoscitivi per smontare dall’interno quei tratti di rigidezza ideologica,
facendogli prendere un posto all’interno di un’ampia trama di temi (i temi del
viaggio, del confronto con l’altro, della ricerca di sé, e così via) »[24]. Par rapport à ces deux
pôles représentatifs, Lovecraft pourrait se situer à mi-chemin. Son étranger
est bel et bien inquiétant, voire monstrueux, selon le stéréotype des
communautés conservatrices, renfermées sur elles-mêmes, qui se sentent menacées
dans leur existence et qui, par une sorte de dialectique ou symbolique de la
survie, chargent les étrangers de traits négatifs pour se (s’en)
défendre ; cependant, l’outsider lovecraftien représente, en même
temps, le visage caché de nous-mêmes : grâce au renversement final,
Lovecraft déconstruit le lieu commun, creuse en profondeur une image qui
semblait devoir rester à la surface. Nous n’essaierons pas ici
de développer ce type de lecture, ni d’autres, dont nous voudrions tout de même
signaler l’existence. The Outsider a fait l’objet d’interprétations
psychanalytiques, d’explications par l’autobiographie (auxquelles fait
plaisamment référence Jacques Finné : « Cette infortunée créature
pourrait bien représenter Lovecraft qui se sentait étranger à notre monde et
devait traîner un joli complexe d’infériorité en raison de son physique plus
qu’ingrat »[25]), d’autres interprétations encore - s’il est vrai
qu’un spécialiste de Lovecraft, Dirk Mosig, est allé jusqu’à en proposer cinq[26]. Notre point de vue sera différent : nous
allons nous servir de concepts comme ceux de “tradition”, “genre”,
“héritage(s)”, “maniérisme”, “angoisse de l’influence” (la dernière formule est
l’apanage de Harold Bloom[27], les autres appartiennent à un vocabulaire
critique plus conventionnel et moins idiotique, ou idiosyncrasique). Inutile de
dissimuler au lecteur quelle idée clé nous conduira : il s’agira, une fois
de plus, de lire The Outsider comme un apologue, qui pourtant ne
concernera pas seulement les catégories d’identité et d’altérité,
mais aussi celles de paternité et de filiation. Pour ce faire, il
est nécessaire d’accomplir un détour : nous allons nous interroger sur le
rôle de la mémoire littéraire dans le récit de Lovecraft. 4. La présence d’Edgar
Allan Poe, le grand ancêtre C’est avec un autre grand
auteur fantastique, du siècle précédent, qu’il faudra dorénavant compter :
Edgar Allan Poe. Lovecraft l’a toujours désigné comme son auteur de
prédilection (« Poe, qui fut dès ma première enfance mon écrivain
favori »[28]), et comme son maître incontesté dans le domaine
de la littérature d’horreur ; de nombreux récits conservent les traces de
cette admiration ; il ne serait du reste pas impossible d’identifier, à
l’intérieur du large spectre de l’horreur lovecraftienne, un “type”
particulier, qu’on pourrait appeler “l’horreur à la manière de Poe”[29]. The Outsider ne constitue donc pas une
exception, avec ses multiples références aux récits de Poe et sa technique de
contamination des sources. Le modèle du Masque of
the Red Death, qui a été indiqué par plusieurs lecteurs[30], est sans doute présent : la scène finale du
récit de Lovecraft - ce joyeux banquet dispersé par une apparition de mort, qui
sème la panique parmi les assistants - n’est pas sans rappeler l’intervention
de la Mort Rouge au festin du prince Prospero. Par ailleurs, The Outsider
contient de nombreux clins d’œil en direction d’un autre texte de Poe, Berenice,
dont il semble même une réécriture. Voyons par exemple le début, calqué sur
celui de Poe, dont il reproduit la structure syntaxique et presque les
mots : Misery is
manifold. The wretchedness of earth is multiform.[31] Unhappy is
he to whom the memories of childhood bring only fear and sadness. Wretched
is he who looks back upon lone hours in vast and dismal chambers with
brown hangings and maddening rows of antique books, or upon awed watches in
twilight groves of grotesque, gigantic, and vine-encumbered trees that silently
wave twisted branches far aloft.[32] Une entrée en matière à
l’enseigne du grand prédécesseur... De même, la conclusion déjà citée de The
Outsider évoque les dernières lignes de Berenice ; chez Poe,
tout comme chez Lovecraft, une terrible périphrase nous apprend le mot de
l’énigme - la nature de l’acte accompli par Egæus, l’identité du monstre : But I could not force it open ; and, in my
tremor, it slipped from my hands, and fell heavily, and burst into pieces ; and
from it, with a rattling sound, there rolled out some instruments of dental
surgery, intermingled with thirty-two small, white, and ivory-looking
substances that were scattered to and fro about the floor.[33] I know always that I am an outsider ; a
stranger in this century and among those who are still men. This I have known
ever since I stretched out my fingers to the abomination within that great
gilded frame ; stretched out my fingers and touched a cold and
unyielding surface of polished glass.[34] Lovecraft semble donc se
souvenir de l’incipit et de l’explicit de Berenice
précisément dans l’incipit et l’explicit de son récit : il
est superflu de rappeler qu’il s’agit là des positions “fortes” de tout récit
bref, qui sont aussi, en général, les plus mémorables. En outre, dans les deux
cas, la tentative d’émulation ne vise pas la thématique du modèle, mais bien sa
structure rhétorique : elle porte, respectivement, sur la solennelle
figure de répétition initiale, qui annonce les malheurs du narrateur, et sur la
perfide périphrase finale, qui joue avec ce qu’on peut dire et ce qu’on doit
taire (au cours de sa narration, Egæus avoue qu’il va raconter « a tale
which should not be told »[35]). Tout se passe en somme comme si Lovecraft avait
voulu enserrer son récit entre deux “seuils intertextuels”, qui renvoient à la
fois à Edgar Poe et à son art du discours, au maître et à sa maîtrise de
l’horreur insoutenable... Le scénario de The
Outsider, la personnalité du protagoniste, les thèmes principaux du récit
lovecraftien rappellent également Berenice. Peu d’exemples suffiront à
notre propos. Un
château très ancien apparaît déjà chez Poe : « there no towers in the
land more time-honored than my gloomy, gray, hereditary halls »[36]. Comme les deux châteaux lovecraftiens, celui de Poe est entouré d’une
forêt, ce que nous pouvons déduire d’un passage où Egæus décrit ses journées
solitaires, le silence et les effets de lumière dans sa bibliothèque : il
parle alors des « trellised shadows of the forest at noonday »[37]. À l’intérieur de cette demeure seigneuriale, il
y a une riche bibliothèque, dans laquelle se forme l’esprit bizarre et maladif
d’Egæus ; on ne nous dit pas si ces livres sont moisis, comme ceux du
château souterrain de The Outsider, mais il est certain qu’ils
contribuent activement à développer l’aberration mentale du personnage
principal : « My books, [...] if they did not actually serve to irritate
the disorder, partook, it will be perceived, largely, in their imaginative and
inconsequential nature, of the characteristic qualities of the disorder
itself »[38]. Dans un cadre assez
semblable à celui de The Outsider, Poe introduit un héros qui annonce à
certains égards celui de Lovecraft. Egæus a consumé son enfance sur les
livres, et sa jeunesse en rêves et visions (« I loitered away my boyhood
in books, and dissipated my youth in revery »[39]) ; il ressemble en cela au narrateur lovecraftien,
qui passe des journées entières à rêvasser sur le monde extérieur, sans pouvoir
se décider à accomplir une seule tentative d’évasion : « I would
often lie and dream for hours about what I read in the books »[40]. L’altération des facultés de l’attention qui
caractérise Egæus[41] peut être comparée, d’ailleurs, à cette sorte de
transe de la volonté qui frappe l’outsider lovecraftien, jusqu’au moment
où il se détermine enfin à escalader la tour noire : « So through
endless twilights I dreamed and waited, though I knew not what I waited
for »[42]. Dans l’incipit de
leurs récits respectifs, les deux narrateurs sont obsédés par leur passé. La
mémoire de ce qui a été est angoissante tant chez Poe que chez Lovecraft, mais
pour des raisons opposées : parce que ce passé est heureux dans Berenice
(« The memory of past bliss is the anguish of to-day »[43]), et qu’il est douloureux, comme nous l’avons vu,
dans The Outsider (« Unhappy is he to whom the memories of
childhood bring only fear and sadness »[44]). L’on trouve aussi, chez Poe, ce thème de la
mémoire incertaine et confuse que nous avons relevé chez Lovecraft ; ce
sont les mêmes souvenirs indistincts, qui pèsent sur le présent comme une masse
sombre, inextricable : « a memory like a shadow - vague, variable,
indefinite, unsteady »[45]. C’est une sorte de leitmotiv dans Berenice,
où apparaît, presque inévitablement, le thème du “déjà vu”, des réminiscences
qui reviennent en foule, thème qu’on retrouvera, une fois de plus, chez
Lovecraft : « from the gray ruins of memory a thousand tumultuous
recollections are startled »[46]. 5. De la question de
l’identité à la question de la paternité : un récit à clefs ? Ces nombreux emprunts
indiquent que Lovecraft a conçu The Outsider comme une réécriture de Berenice.
Mais quelle serait la logique de cette opération intertextuelle ? On
pourrait formuler l’hypothèse d’un défi ludique lancé au maître de la
littérature d’horreur : un pari de faire mieux que lui sur son
terrain ; cependant, cette explication, bien que plausible, reste
insuffisante. Il faut, croyons-nous, trouver un lien entre l’histoire de The
Outsider et la manière dont elle est racontée, entre l’apologue sur
l’altérité et les renvois incessants à l’œuvre de Poe, pour essayer de résoudre
la petite énigme interprétative que présente ce récit. Le personnage de Lovecraft
se situe au confluent de deux grands axes symboliques, responsables chacun d’un
réseau sémantique différent : celui de l’identité/altérité et celui de la
paternité/filiation. Du premier point de vue, l’outsider est celui qui
accomplit une bouleversante expérience de soi, apprenant à se voir avec les
yeux des autres ; du second point de vue, c’est la victime d’un pouvoir
parental qui, pour ne pas être explicitement nommé à l’intérieur du récit, n’en
est pas moins oppressif. Exilé dans ce négatif de la demeure familiale qu’est
le château souterrain, le personnage de Lovecraft l’a été en raison de son
aspect hideux, certes, mais surtout par sa qualité de “fils” : il s’agit
là, peut-on supposer, de l’héritier légitime d’une famille noble, sinon royale,
qui a été privé de ses droits à la succession. On peut peut-être mieux
comprendre le sort de l’outsider en le comparant à celui de Segismundo,
le prince déshérité de La vida es sueño de Calderón de la Barca (c’est
le troisième grand écrivain occidental que nous convoquons à notre bureau de
travail, et le deuxième de langue espagnole, après Borges ; qui aurait dit
que l’œuvre de l’Américain Lovecraft allait nous offrir tant d’occasions de
nous tourner vers les littératures hispaniques ? puissances de
l’intertextualité !). Dans la célèbre pièce de Calderón, Segismundo est
victime de son père Basilio, roi de Pologne, qui, effrayé d’un horoscope
néfaste et décidé à interdire à son fils l’accès au trône, de peur qu’il n’exerce
le pouvoir avec la folle cruauté qu’annoncent les astres, le fait enfermer dans
une tour gothique avant la lettre, présage de la tour noire en ruine de
Lovecraft. La prison de Segismundo est située dans un paysage sinistre et
désolé, véritable locus horridus, une étendue inhabitée de rocs et de
crêtes - « laberinto / desas desnudas peñas »[47] - qui n’est pas dépourvue de connotations
infernales ; elle ressemble, en effet, à une bouche ouverte d’où
émanerait, telle une exhalaison fétide, l’obscurité : « La puerta, /
mejor diré funesta boca, abierta / está, y desde su centro / nace la noche,
pues la engendra dentro »[48]. Comme Segismundo dans sa tour au milieu d’un
désert-labyrinthe, l’outsider, enfermé à son insu dans les entrailles de
la terre - « el duro silo / de sus entrañas, el ciego / vientre de su
oscuro limbo », dit Calderón dans l’auto sacramental qui porte le
même titre de la pièce[49] - ignore tout de son identité, de sa
majesté ; pour être précis : il les a oubliées. Ce qui explique les
souvenirs qui l’assiègent à partir du moment où, délivré de ses chaînes non par
ordre du roi, mais en vertu d’un acte volontaire difficile à prévoir de sa
part, il émerge à la surface : surviennent alors l’épouvantable
« latent memory »[50] qui semble diriger ses pas vers le deuxième
château, le sentiment de “déjà vu” que provoque en lui la forêt,
« maddeningly familiar »[51], le flash mémoriel qui lui révèle, entière
et soudaine, la vérité, lorsqu’il touche les doigts de la bête. « I knew
in that second all that had been »[52], écrit Lovecraft : sans trop forcer la
lettre du texte et grâce à la liberté d’exégèse que l’écrivain nous a octroyée,
nous pouvons imaginer que son personnage se rappelle brusquement le passé
lointain où il était admis à partager la présence de ses parents et de leurs
amis ; ceux-ci, du moins certains d’entre eux, sembleraient se trouver
parmi les joyeux convives que l’outsider terrorise par son
apparition : quand il les observe à travers la fenêtre illuminée, le héros
lovecraftien croit vaguement reconnaître leurs visages (« Some of the faces seemed to hold
expressions that brought up incredibly remote recollections »[53]). Un oubli si radical de son passé que celui du
narrateur jusqu’à sa ressouvenance ne peut s’expliquer que par le processus de
refoulement qui prend naissance dans un traumatisme ; une catastrophe
imprécisée, sur laquelle l’écrivain laisse planer un mystère impénétrable, a dû
priver l’outsider à la fois du paradis de son enfance reculée, de sa
dignité d’homme, et de son droit sur le château de la surface, qui n’est rien
d’autre, en somme, que la demeure de ses ancêtres - « [the]
hereditary halls »[54], comme dirait Edgar Poe. C’est de tout cela que
le narrateur lovecraftien se souvient lorsqu’il reconnaît le palais d’où il a
été injustement exclu, ainsi que la prison infernale où il a été confiné
(« I remembered beyond the frightful castle and the trees, and recognized
the altered edifice in which I now stood »[55]). On le voit, une deuxième
question, celle de la paternité, se greffe sur la question de l’altérité. Si le
personnage de Lovecraft est devenu irrémissiblement étranger au monde
des hommes, dirons-nous en simplifiant quelque peu, c’est que son père
l’a rendu tel, le confinant dans un royaume de mort, dans un univers
renversé : comment pourrait - se demande Rosaura dans La vida es sueño
En somme, si l’aspect
hideux de l’étranger donne forme et corps à une intolérable horreur de soi, le
visage absent du Père incarne une angoisse d’influence : The Outsider
est l’histoire d’une double découverte, celle de l’altérité qui se cache en
nous, et celle d’une vocation littéraire problématique, à chercher dans une
confrontation affolante avec le Grand Archétype. C’est la mise en fiction d’une
expérience de soi, mais aussi, pourrait-on dire, le règlement de comptes avec
une paternité encombrante. D’où l’opportunité de puiser aux œuvres d’Edgar
Poe : c’est au Père présent - bien que déguisé - sur la scène de son récit
que Lovecraft emprunte, tout naturellement, les pièces destinées à construire
l’univers fictionnel de son récit. Conscient de sa dette à l’égard du
prédécesseur, Lovecraft serait alors victime de cette sorte de “complexe des épigones”
qui semble caractériser la plupart des écrivains fantastiques du XXe
siècle vis-à-vis de la Grande Tradition du siècle précédent[60]. C’est de là qu’il faut partir, croyons-nous, si
l’on veut interpréter correctement les phénomènes de maniérisme qui caractérisent
son œuvre, et aussi, au moins en partie, son rapport avec le passé. * Ces pages ont été
écrites en France, mes recherches ont été accomplies dans les bibliothèques
parisiennes. C’est pourquoi la plupart de mes références critiques est en langue
française : j’espère qu’on voudra bien excuser cette sorte de partialité,
et qu’on acceptera de voir dans la présente étude un point de vue autre,
le point de vue d’un étranger, sur Lovecraft. [1] Voir M. Houellebecq, H. P. Lovecraft :
contre le monde, contre la vie, Monaco, Éditions du Rocher, 1999. [2] Voir H. P. Lovecraft, Supernatural Horror in Literature (1927,
1945), édition de E. F. Bleiler, New York, Dover Publications, 1973. [3] Voir par exemple M. Lévy, Lovecraft ou du fantastique (1972), Paris, Christian Bourgois,
1985, et D. Punter, The Literature of
Terror. A History of Gothic Fictions from 1765 to the Present Day,
Londres-New York, Longman, 1980, pp. 281 et suiv. Sur l’adhésion de Lovecraft
aux doctrines racistes, on peut lire l’article de M. Lévy, Entre fascisme et
socialisme : Lovecraft, « Europe », n° 707, mars 1988
(numéro monographique Le Fantastique américain, édité par R. Bozzetto),
pp. 64-76. [4] L’original américain a été traduit par Je suis
d’ailleurs en français (voir H. P. Lovecraft, Je suis d’ailleurs,
dans Contes et nouvelles, édition de
F. Lacassin, Paris, Laffont, 1991, pp. 82-8), et L’estraneo en italien
(voir H. P. Lovecraft, L’estraneo, dans Tutti i racconti. 1897-1922, édition de G. Lippi, Milan, Mondadori,
1989, pp. 213-21 ; le mot italien estraneo correspond plutôt à
l’anglais outsider, et straniero à stranger, mais il
s’agit là de recoupements imparfaits). Une enquête sur les traductions
lovecraftiennes dans d’autres langues, européennes et non, pourrait peut-être
mettre en évidence la même difficulté vis-à-vis du terme anglais outsider,
qui, par son ambiguïté, ne semble pas avoir d’équivalents exacts dans les
langues citées. [5] H. P. Lovecraft, The Outsider
(1921), dans Omnibus 3. The Haunter of the Dark and Other Tales,
introduction d’A. Derleth, Londres, Harper Collins Publishers, 2000, p. 11. [6] Ibid., p. 12. [7] Ibid. [8] Ibid. [9]Ibid., pp. 11-2. [10]Ibid., p. 13. Sur la
disparition du temps, qui survient lors des ascensions et des descentes sans
fin qu’accomplissent les personnages de Lovecraft, qu’il me soit permis de
renvoyer à une étude précédente, publiée dans la revue en ligne « Belphégor » (Halifax [Canada], Dalhousie
University-Department of French, <http://www.dal.ca/ etc/belphegor>) :
S. Lazzarin, Horreur, hyperbole et
réticence chez Lovecraft,
« Belphégor », III, 2004, n° 2 (numéro monographique Terreurs de la science-fiction et du fantastique, édité par V. Frigerio), pp. 1-33. [11] H. P. Lovecraft, The Outsider,
dans Omnibus 3..., op. cit., p. 14. [12] Ibid., p. 15. [13] Ibid. [14] Ibid. [15] Ibid., p. 16. [16] Ibid., p. 17. [17] À ce propos, voir toujours S. Lazzarin, Horreur, hyperbole et réticence..., op. cit. [18] H. P. Lovecraft, The Outsider,
dans Omnibus 3..., op. cit., p. 18. [19]Ibid. ; le caractère
italique est de la plume de l’auteur. De cette conclusion provient, on l’aura
reconnue, l’épigraphe de notre article. [20] Ibid. [21] Voir J. L. Borges, La casa de Asterión, dans El Aleph
(1962), prólogo de A. Muñoz Molina, álbum compilado por T. Fernández, Madrid,
Alianza Editorial, 1998, pp. 89-93. Pour ce qui concerne l’origine royale
d’Asterión, voir ibid., p. 90 : « No en vano fue una reina mi
madre ». Le Minotaure, créature divine et unique : « El hecho es
que soy único » (ibid.) ; « Quizá yo he creado las
estrellas y el sol y la enorme casa, pero ya no me acuerdo » (ibid.,
p. 92). Le labyrinthe comme demeure
qui n’a pas son égal : « una casa como no hay otra en la faz de la
tierra » (ibid., p. 89). Et, pour conclure, le Minotaure comme
prisonnier qui s’ignore : « Otra especie ridícula es que yo, Asterión,
soy un prisionero » (ibid., p. 90). [22] Voir ibid., p. 91 : « Finjo que
viene a visitarme [le sujet est justement l’« otro Asterión »] y que
yo le muestro la casa ». [23] R. Ceserani, Lo straniero, Rome-Bari, Laterza, 1998, p. 7. [24]Ibid., p. 8. [25] J. Finné, Panorama
de la littérature fantastique américaine. Des origines aux pulps, Liège,
Éditions du C.L.P.C.F., 1993, p. 99. [26] Il s’agit, respectivement, des lectures
“psychanalytique”, “métaphysique”, “autobiographique” du récit de Lovecraft, de
“l’interprétation en termes de Weltanschauung lovecraftienne”, et, pour
conclure, de l’interprétation qui voit en l’Étranger lovecraftien un enfant que
les démons auraient ravi pour l’élever dans leur demeure souterraine (D. Mosig,
cité par G. Lippi, dans H. P. Lovecraft, Tutti
i racconti. 1897-1922, op. cit., p. 213). [27] Voir H. Bloom, The Anxiety of Influence. A Theory of Poetry, New York, Oxford
University Press, 1973. [28] H. P. Lovecraft, Lettre au rédacteur en chef de « Weird Tales » (Letter
to the Editor of « Weird Tales », septembre 1923), dans Les
Mythes de Cthulhu, édition de F. Lacassin, Paris, Laffont, 1991, p. 1099. [29] Cette manière est liée à la représentation de la
mort, de la décomposition, des endroits et instruments préposés à la
conservation des cadavres : tombes, cimetières, cryptes. C’est le macabre,
encore dépourvu de référence cosmique, qu’on trouve dans des récits tels que The Statement of Randolph Carter (1919), The Hound (1922), In the Vault (1925), Cool
Air (1926) : l’horreur soudaine, le flash insoutenable qui caractérisait déjà, chez Poe, la conclusion
de l’histoire de M. Valdemar (The Facts
in the Case of M. Valdemar, 1845). Voir sur cette partie de l’œuvre
lovecraftienne notre étude déjà citée : S. Lazzarin, Horreur, hyperbole et réticence..., op.
cit., notamment le § 3, a. [30] Par exemple F. Lacassin et J. Finné. Le premier,
après avoir cité certains textes « trop conformes aux conventions du
fantastique classique », qui, dès lors, « n’appellent aucun
commentaire si ce n’est qu’on distingue parfois une influence d’Edgar Poe dans
la manipulation du macabre, du délire ou de l’angoisse », rappelle que
l’« influence de Poe est plus manifeste encore dans Je suis d’ailleurs,
version inversée du Masque de la mort rouge » (Préface aux Contes et nouvelles, op. cit., p.
6). Finné pense lui aussi à ce récit : The Outsider serait
« très réminiscent du Masque de la mort rouge » (Panorama..., op. cit., p. 99). [31] E. A. Poe, Berenice (1835), dans The
Complete Tales and Poems of Edgar Allan Poe, Londres, Penguin, 1965, p.
642 ; c’est nous qui soulignons. [32] H. P. Lovecraft, The Outsider, dans Omnibus
3..., op. cit., p. 11 ; c’est nous qui soulignons. Le
traducteur français transcrit exactement la corrélation que Lovecraft a reprise
de Poe, alors que son collègue italien l’efface par un choix malencontreux,
celui de répéter deux fois le même mot : « Malheureux celui
auquel les souvenirs d’enfance n’apportent que crainte et tristesse. Misérable
celui dont la mémoire est peuplée d’heures passées dans de vastes pièces
solitaires et lugubres », etc. (H. P. Lovecraft, Je suis d’ailleurs, dans Contes et nouvelles, op. cit.,
p. 82) ; « Infelice colui che ha tristi ricordi d’infanzia. Infelice chi guarda indietro e non vede che
ore solitarie trascorse in stanze buie », etc. (H. P. Lovecraft, L’estraneo,
dans Tutti i racconti. 1897-1922, op. cit., p. 215) (c’est toujours nous
qui soulignons). [33] E. A. Poe, Berenice, dans The
Complete Tales and Poems..., op. cit., p. 648. [34] H. P. Lovecraft, The Outsider,
dans Omnibus 3..., op. cit., p. 18. [35] E. A. Poe, Berenice, dans The
Complete Tales and Poems..., op. cit., p. 643. [36] Ibid., p. 642. [37] Ibid., p. 645. [38] Ibid., p. 644. [39]Ibid., p. 642. [40] H. P. Lovecraft, The Outsider,
dans Omnibus 3..., op. cit., p. 12. [41] Voir notamment E. A. Poe, Berenice,
dans The Complete Tales and Poems..., op. cit., pp. 643-4. [42] H. P. Lovecraft, The Outsider,
dans Omnibus 3..., op. cit., p. 12. [43] E. A. Poe, Berenice, dans The
Complete Tales and Poems..., op. cit.,p. 642. [44] H. P. Lovecraft, The Outsider,
dans Omnibus 3..., op. cit., p. 11. [45] E. A. Poe, Berenice, dans The
Complete Tales and Poems..., op. cit., p. 642. [46]Ibid., p. 643. [47] P. Calderón de la Barca, La vida
es sueño (1633 environ), édition de C. Morón, Madrid, Cátedra, 2004,
primera jornada, escena I, vv. 6-7 (p. 85). Cela nous fait penser, une fois de plus, au Minotaure dans son labyrinthe. [48] Ibid., primera jornada, escena I, vv. 69-72 (p. 88). [49] P. Calderón de la Barca, La vita è sogno. « Auto
sacramental » (La vida es sueño. Auto sacramental alegórico,
1673), dans La vita è sogno. Il dramma e l’« auto sacramental »,
édition bilingue par L. Orioli, Milan, Adelphi, 1998, vv. 343-5 (p. 252). [50] H. P. Lovecraft, The Outsider, dans Omnibus 3..., op.
cit., p. 15. [51] Ibid. [52]Ibid., p. 18. [53]Ibid., p. 16. [54] E. A. Poe, Berenice, dans The
Complete Tales and Poems..., op. cit., p. 642. [55] H. P. Lovecraft, The Outsider,
dans Omnibus 3..., op. cit., p. 18. [56] Voir P. Calderón de la Barca, La vida es sueño,
op. cit., segunda jornada, escena VIII, vv. 1654-5 et 1658 :
« Mas ¿qué ha de hacer un hombre, / que no tiene de humano más que el
nombre, / [...] / nacido entre las fieras ? » (p. 145). [57] Voir toujours H. Bloom, The Anxiety of Influence..., op.
cit. [58] C’est ainsi qu’il la nomme constamment dans sa
fameuse étude, Supernatural Horror..., op.
cit. [59] H. P. Lovecraft, The Outsider,
dans Omnibus 3..., op. cit., p. 12. [60] C’est ce que nous avons essayé de montrer, pour
ce qui concerne la tradition italienne, dans S. Lazzarin, L’ombre et la
forme. Du fantastique italien au XXe siècle, Caen, Presses
Universitaires de Caen, 2004. |
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Numéro spécial
L'ancrage : revue de recherches interdisciplinaires (The School of Arts and Sciences/
The University of Pittsburgh/University Center for International Studies/Center for West European Studies)
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Revue d'art et de littérature, musique (Le
chasseur abstrait, éditeur - Patrick CINTAS - Venta del Lorquino -
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