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L’étranger
Habiba DJAHNINE - Le Paris de liberté
Refaire surface dans un monde Où l’on est plus au centre de tout. L’incommunicabilité s’installe avec le refus de la complaisance. Le refus de plaire Ou de ne plus plaire ! Peut-on s’accrocher à sa propre sphère de sentimentalité, Sans perdre de vue l’errance du regard des autres ? Le regard esseulé, Ne s’accroche plus à rien Même plus à la musicalité apparente du monde, Ni même, au ciel comme arrière plan !
A l’aube d’une nuit d’amour Le monde prend sens. Attouchements furtifs à l’endroit de la détresse de chacun. Comment croire que l’autre aussi Peut souffrir d’un mal profond ? Lancinant. Incurable. Le regard, cette lucarne de l’être, Se transforme, Se déforme, Avec l’acide qui est jeté sur la face du monde. La guerre, Cet ultime recourt, Ne s’attache plus qu’à la figure héroïque de l’autre... Ne plus être le metteur en scène d’une tragédie illusoire. Virtuelle.
C’est comme... C’est comme ce spectacle de clown Qui se transforme en tragédie. Dans le pistolet, il y avait de vraies balles. La cervelle du clown explose en mille fracas. La foule applaudie. C’était un suicide en direct. C’est comme... C’est comme ce funambule. Un être anonyme coupe la corde Au milieu de son trajet. Le funambule n’est plus qu’un corps sans vie gisant sur le sol. Aucune goutte de sang n’est versée. C’était un crime parfait.
Brouiller les images d’une vie transparente. Afin de replacer chaque personnage À l’endroit de ses fantasmes les plus refoulés. Pour affronter le délire universel, Il faut savoir accoucher de courage. Celui de ne plus subir l’écrasante mélodie de la fuite. Et puis déplorer le recours au désir d’être vu dans sa plus totale nudité. Proclamer au monde entier Le début de l’ère des épidermes marqués au fer rouge. Le silence empoisonne quand même, Malgré la présence absence de ces êtres Qui n’ont rien perdu de leur faconde. Dans les endroits les plus oubliés du pays, Dans les profondeurs d’une nuit d’ivresse, Les larmes ont coulé hors orbite, Afin d’amenuiser les velléités des chercheurs de lumière. Dans ces lieux emplis de doute, Un être a donné un spectacle inédit. Il a bourré sa pipe de tabac. L’allumette a brûlé trois fois avant de s’enflammer. L’univers s’est rempli de spots, ont éclairé cet éloignement saugrenu de la fibre de l’être.
Cassure ! Le détachement se fait. Les caresses du monde n’ont atteint Que le cerveau lointain qui prétend pouvoir respirer l’oubli. Et... Le Paris de liberté s’attelle à nous faire taire Sous le bruit pesant des rails du métro Ou bien Sous « le ronronnement des Escalators Et surtout celui, bien plus discret, Des ampoules de réverbères au-dessus des trottoirs déserts » La musique appartient à la rue. La musique est ce souffle présent, Lorsque tout s’apprête à l’absorption de la moelle de la vie. Sillonner les rues, à la recherche d’un regard de détresse, D’une folie libératrice. Il aurait fallu pour cela, Crier ou s’écrier de sa fluette liberté Et se proclamer de l’ère du doute méthodique. Le Paris éclate en plein visage d’une réalité amer. Ces mendiants qui ont appris par cœur Le discours de la démence universelle « Ne salissez pas les trottoirs, il y a des gens qui dorment dessus » Y a-t-il des syndicats pour les mendiants ?
Le Paris de liberté s’effrite. Ejacule d’une nuit illuminée de 2000 kilomètres d’amnésie. C’est hors orbite que se projette ce monde de frayeur continu. La mort presque inutile, S’arroge le droit de paraître Au bout d’une ligne téléphonique Ou alors, dans le couloir du métro de minuit ! « Bannie, étouffée, concassée, La mort a dû se dissimuler là Où il est difficile de la débusquer. Des lieux, Des personnages, Des instants, Des objets, apparemment anodins, Qui souvent, de prime abord, ne représentent rien d’inquiétant » L’objectif fait soudain un zoom inconscient sur une réunion au sommet. Ils décideront de se battre pour une vie meilleure. Tout s’accélère alors, Puisque c’est au comptoir d’un bar insolite Que la convivialité achève son ultime expression. Arrière goût d’une bière fraîche dans une nuit pluvieuse. Balbutiements d’une fratrie nouvelle. Entre le silence des uns, et la liberté des autres, Il y a ce bout du monde qui accouche d’une mélodie. Mélodie sans harmonie, Dans un espace de déchirements et de drames permanents. On dit que la douleur accouche de génie, Mais la gestation dure longtemps et le mépris s’installe...
La fin du monde commence Lorsqu’on voit en chacun un mort potentiel. Lorsque la mort et le deuil existent, Dans chaque trait de leur visage de poivrots. Tout se raidit à l’endroit de ce Paris de liberté. Ce n’est même pas la peine de jurer de cette joie offerte. Car ils sont là, Les détenteurs des facultés d’octroyer la liberté de souffrir, D’avoir faim, de mendier et de s’exiler.
Ca suffit ! Plus de compromis. Plus de sourires à ces machines Qui n’arrêtent pas de produire la haine. Le piège de l’araignée est fin, transparent, mais preneur. Elle tisse sa toile Attend patiemment ses victimes, Prises au piège de la transparence et de la légèreté. Elle dévore avec voracité Tous les intrus qui se seront aventurés dans son univers. Faire et défaire toutes les parties d’une vie tranquille, Pour se retrouver à réaliser une sculpture inédite. Celle d’un être asexuée, Triste de retrouver une liberté fracturée. L’eunuque de la modernité, Le castré du verbe libre.
Un conditionnement dans les profondeurs d’une époque de vagabondage. Les exils comme les exilés s’accumulent dans les zones de transit. Les bruits s’annoncent insistants, Au moment où l’autel de la mort se rempli de cadavres. La mort, banale, ne suffit plus à ces arracheurs de vie. Il faut mutiler, Dépecer, Arracher les ongles, Couper les doigts, Tailler les membres, Enfoncer des pieux dans tous les orifices. Ensuite, Battre en retraite pour jouir en secret de cet exploit inhumain. |
![]() L'étranger est paru. Voir sommaire dans le nº22 de la RAL,M. |
design: ©Patrick CINTAS
Numéro spécial
L'ancrage : revue de recherches interdisciplinaires (The School of Arts and Sciences/
The University of Pittsburgh/University Center for International Studies/Center for West European Studies)
&
Revue d'art et de littérature, musique (Le
chasseur abstrait, éditeur - Patrick CINTAS - Venta del Lorquino -
ALFAIX - 04280 Los Gallardos - España):Dépôt légal: AL-44-2004 - ISSN: 1697-7017 - Junta de Andalucía - España