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L’étranger
Poèmes - Kathy FERRÉ
ETRANGER A SOI-MÊME... Etranger à soi-même... Moi qui me croyais connaître Suis-je donc cet inconnu qui passe D’aucuns me diront rêveur docile, Il me suffit déjà d’être moi, et Lui Qui m’entraîne loin des sentiers battus, * * * Je viens de dire des mots qui ont dépassé Et cela m’arrive... désormais Qui est-il, celui qui s’exprime à travers moi ? Je n’en sais rien. Mais lorsque l’étranger vient, Et lui, en échange de ce bout de souffle, Il me donne ces mots que je vous transmets à mon tour, Il me donne à son tour un souffle,
...Inspiration. "Oh ! Listen, ô my friend, En dédicace à Boualem B. NÉ D’UN PAYS... Non, je n’ai pas choisi de partir de là-bas, Depuis, je vis en France, Cependant, quand j’y pense, * * * Je suis né d’un pays planté sur l’autre rive, Si je ne le vois plus, s’il me semble aussi loin, Et moi, je vis en France, Et bien souvent, je pense * * * Je suis né d’un pays planté sur l’autre rive, Je ne suis plus ce jour qu’un homme de passage, Car moi, je vis en France, Où la désespérance Je ne suis rien Je ne suis rien Et je ne puis * * * Je ne suis rien Ayant reçu "Macrocosme, Tout aussi immense Un autre Univers, Chaque atome, "Microcosme, Dans un monde, je vais, Qui suis-je donc enfin ? Belle leçon d’Humanité Ni l’infiniment grand Il est des mondes étranges Il est des nuits lumineuses Il est des jours éternels Juste un simple rêve ! Elle était belle, blonde, avec un profil de porcelaine précieuse. Elle aimait par dessus tout chanter, et possédait une voix profonde et fragile à la fois. Une voix et un piano. Elle avait appris le français, et le parlait fort bien, le chantait en savourant les sonorités de notre langue. Plusieurs fois, j’ai eu cette chance de l’écouter chanter ses textes, ceux d’autres auteurs encore, et puis, ceux de... Barbara. Dans son univers à Elle, Barbara tenait en effet une place toute particulière. Je ne sais si EWA avait ou non rencontré un jour la Dame en Noir, si Elle avait assisté à quelques uns de ses concerts, mais Elle s’était en tout cas nourrie de la voix, de la musique, des disques de Barbara, et cette dernière s’était de toute évidence penchée sur ses rêves de jeune fille. Il suffisait de la voir s’asseoir au piano, jeune femme blonde habillée de noir, la regarder effleurer délicatement, presque tendrement, les touches blanches ou noires, pour sentir que vous entriez soudain dans son monde à Elle, dans son univers. Quelques accords, et la mélodie s’élevait, tour à tour puissante ou fragile, selon la chanson, selon l’interprétation qu’elle voulait en donner, et souvent aussi en prélude à sa propre voix. Car elle s’accompagnait en chantant. La voix. Sa voix. Elle pouvait être tour à tour légèrement voilée, ou au contraire, de toute pureté. Elle en jouait avec maestria, comme l’on se joue de ses propres émotions, à fleur de coeur, à fleur de vie, à fleur de peau, sensuellement... en français ou en polonais. Mais cette voix restait toujours chaleureuse. Une voix particulière, capable d’émouvoir ses auditeurs de mille façons, et qu’Elle faisait vibrer comme l’on fait vibrer les cordes d’un violon. Une voix qui forçait l’admiration, le respect, et qui était de celles capables - de par leur simple beauté - de faire cesser les brouhahas d’une salle, tant on se taisait soudain pour l’écouter, Elle... EWA était venue plusieurs fois de Pologne jusqu’en France, pour donner des concerts, avec ses amis chanteurs et musiciens de Varsovie, Staszek, Elzbieta, Justina, d’autres encore... Et c’est à ces occasions que nous avions pu nous côtoyer, ayant toutes les deux en partage l’amour du chant, de la musique, et des amis communs, en France et en Pologne. Elle était devenue à son tour une amie, qui n’avait plus d’étrangère que le nom... Un nom qui nous transportait en pensée vers la Vistule, vers cette âme polonaise si proche de la nôtre de par le cœur. Et puis, la gentillesse. La disponibilité. Même pour ceux qu’elle ne verrait peut être qu’une fois seulement, au hasard d’un concert donné en France. Et cette envie profonde d’offrir à tous et à chacun le meilleur d’Elle même, cette générosité d’artiste qui fait que l’on sait rester simple lorsqu’on est grand... Le plaisir de donner, de se donner à un public, pour honorer ceux et celles qui étaient venues l’écouter. Elle, c’était tout cela à la fois. La joie et la douleur, la force et la fragilité, l’ombre et la lumière... Elle est partie sans bruit, sans même prévenir ses amis, de peur sans doute de les déranger, de leur causer quelque souci ou quelque peine avant l’heure. Elle a choisi de s’en aller par un matin d’automne, de rompre avec les siens, avec ses mots, avec son piano, avec sa voix, et même avec... Barbara. Discrètement, elle s’est éclipsée, en tirant le rideau sur la scène de sa vie. Sans attendre un bravo, sans même que nous ayons eu le temps de lui dire combien tous, nous l’aimions. Elle a choisi de partir, là où un voile subsiste encore et nous empêche désormais de la voir, de la retrouver, Elle et la magie de sa voix. Elle aimait la vie, ses amis, et... Barbara. |
![]() L'étranger est paru. Voir sommaire dans le nº22 de la RAL,M. |
design: ©Patrick CINTAS
Numéro spécial
L'ancrage : revue de recherches interdisciplinaires (The School of Arts and Sciences/
The University of Pittsburgh/University Center for International Studies/Center for West European Studies)
&
Revue d'art et de littérature, musique (Le
chasseur abstrait, éditeur - Patrick CINTAS - Venta del Lorquino -
ALFAIX - 04280 Los Gallardos - España):Dépôt légal: AL-44-2004 - ISSN: 1697-7017 - Junta de Andalucía - España