de Patrick CINTAS
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Texte intégralà personne
j'ai aimé
le mot le plus obscène
sur les lèvres
d'une habitante des rivières
j'ai aimé l'habitante
des rivières
de ce pays
sans nom
j'ai aimé
le nom
de ces pays
qu'habite l'obscénité
l'obscénité
la plus obscène
des mots
qu'on se garde de prononcer
nos mains ont versé sur les corps
sur les corps invités à dormir
le vin des vignes de ton corps
le vin charmé qu'on ne boit pas
ai-je pu boire avec le vin
l'eau même verte avec le vin
des vignes de ton corps endormi
o dormeuse qui ne boira plus
ai-je pu boire avec les corps
que désertent les visiteurs d'autres tombes
les visiteurs en silence
dans le bouquet que le soleil pénètre
que le soleil calcine
dans mes mains
que l'eau n'a pas mouillées
ni le vin des vignes de ton corps
la femme assise au bord du lit
la femme les mains dans les cheveux m'a regardé
sans le dire
que le temps n'est pas venu
pour ses mains de défaire
la chevelure qui m'enlace
la femme est assise sur le bord de mon lit
sa chevelure écume les pensées
sa chevelure arrête les vagues où je noie mon vin
le silence au mur de la chambre dans la chambre
le jasmin en fumée où se tord mon visage
le silence et mon visage où se tord le mur
et l'angoisse qui m'y arrête
la dame la plus belle
est une tour sur tes lèvres épousée
sur tes lèvres épousée
sur tes lèvres que je baise
une lèvre plus légère que le vent
au mur de la maison
que le vent épousant
la nudité des habitantes
au seuil de chaque porte
qui m'arrête et m'invite
le vent dans les créneaux
de la chevelure ensanglantée
la mer sur les rochers
les dents de la femme
dans l'écume des vagues sur les rochers
les dents et le sel de ma bouche
le laminoir de mon âge sur les rochers
dans la mer qui le vente
la bouche de la femme
et le sel de mes dents
les dents de la femme qui m'arrache un cri
elle raisonne peut-être
comme au chambranle qui branle
qui branle
dans la main
o les seins de Tellus
dans l'herbe moite qui pousse
qui pousse
au pied du lit
o la main riviérante qui meurt
qui meurt
dans le bois
o le sexe de Keres qui branle
qui branle
dans l'écho de mes cris
les parfums de ta bouche
sont filles de mémoires
sont les muses légères
dans l'arc de ton ventre
les parfums de ta bouche
sont les parfums mémorables d'une église
où je baise avec les saintes
sur les marches de l'autel
sur les marches de la robe qui m'ensanglante
les parfums de ta bouche
se souviennent que c'est moi qui encense les mortes
le ventre de la mémoire qui enfanta
le ventre de la mémoire qui a nourri
le ventre de la mémoire qui a aimé
le ventre de la mémoire qui a baisé ma lèvre légère
le ventre de la mémoire contre mon ventre roupille
dans les yeux et ton regard o mère des vertiges
le paysage où je meurs
appelle la femme exsangue
appelle le sang
qui manque à la femme
ces arbres où je meurs
selon que je boive
le sang qui manque
à la femme
nue cette terre
où je meurs
de ne boire que l'eau
qui manque à la femme
nue et morte
où je meurs peut-être nu
exsangue à même le paysage
cette eau et ce sang
la terre
et les arbres
avec quoi je hante
ton œil redescendu
tes doigts
dormeuse au sein de pierre
cherchent les poux
dans la dernière odeur
des morts qui se baladent
dans la dernière odeur
des images de livres saints
dans les mots des bibles d'aurore
des bibles sucrées de rosée mentale
qu'on dépose avec l'eau
avec l'eau des morts
sur tes seins
où j'ai jeté la dernière fleur
le désespoir et la peur
ont signé au bas de mes errances
dis-moi, fille de l'hôte,
mes baisers sont-ils plus légers
que les parfums de la chambre
où demeure l'enfant d'une nuit
sont-ils plus légers
les baisers sur ton corps
maintenant que tout est dit
les yeux de la morte que je chante
sont les yeux d'une habitante
sont les yeux d'une fille de joie
sont les yeux désertés du ventre où je dors
les yeux de la morte qui n'a jamais chanté
le cri de la mouette
m'arrête et m'éternise
au seuil des maisons
au seuil de l'habitante
au seuil de l'amour
le cri de la mouette sur la mer qui dérive
la fleur dans ta main
manque-t-elle au bouquet
que la main compose
la fleur dans ta main qui la pare
manque-t-elle aux bouquets
manque-t-elle au genou
à la terre au repos
le sommeil de tous les paysages
me réveille entre les tombes
me réveille à l'aurore
sous les arbres me réveille
et me dore le visage
au sourire de la pierre
au sourire que j'éternise
la chevelure sur l'épaule
où je baise le sommeil
la chevelure et tes yeux
où je baise la lumière
et tes lèvres
où je baise les brûlures
et ton cul
où je baise mes transes
elle m'arrache un salut
proche de paraître mais nue
qui dédie son ventre à la mort
un salut rendu dans les sables aux yeux
l'aveugle baiser volé
dans le vent qui l'agace
l'œil rivé à la fenêtre
où je mire les mares de la mort
au mur
plus loin que toutes les dédicaces où je meurs
plus loin que l'or où tu meurs
de dédier tes seins au givre de la vitre
tes seins brûlés
que salue mon œil morne
o coucheuse
plus loin que le désir
chante-moi o chante-moi
o doucement mère
o invisiblement morte
chante-moi et me rechante
mère dans la douce transparence de la mort
m'insinue et me siffle sur la branche
ma bouche avec ta bouche dans la branche
non
légère dormeuse
dans les bois de mon rêve
dans les bois de ma mort prochaine
dans les bois de ma mort
de mon sommeil
de mes transes
ce n'est que la grille
ce n'est que la main sur la grille
ce n'est que la brûlure dans la main sur tes seins
ne crois pas
o belle alanguie
sur tes seins redorer
les vieilles hantises de clan
ou l'aïeule calcinée au bois refermé
ne crois pas redorer le visiteur
et l'habitante au bois qui les sépare
il pleure un feu
au dedans de tes yeux
il pleure un feu de joie
où grille la putain
qui déflora le temps
d'aimer celle qui
au dedans de ses yeux
d'aimer celle qui renoue avec les familles
j'exhume ce qui reste
j'exhume un peu de l'amour
qui ne mourra pas sur les bûchers
l'amour qui ne mourra pas
sur les bûchers de la ville
et des villes voisines
qu'elle repeuple de son ventre
j'exhume le ventre qui repeupla la terre
ce portrait
de moi
par moi
pour vous
belle courtisane
ce portrait
ces cheveux
et ces yeux
de moi par moi pour vous
peut-être le temps
de baiser le bout de vos seins
il y a l'épaule d'une femme
dans le mur de la chambre
où m'enferme le plaisir
peut-être le jour
peut-être la nuit
il y a l'épaule
dans le mur de ma chambre il y a une apparition
le cri des animaux dans la clôture
et la grille noire maintenant
au cou de la servante
ce sont les dieux
les dieux de l'enfer
les dieux insouciants
et les jeux des dieux
dans le crâne qui repose sous la main
le cri de la saillie dans la clôture
et les dieux sur la grille
dis-moi o dis-moi la mer
dis-moi la vague
dis-moi le sel
dis-moi o redis-moi l'eau
et le sable au coquillage creux
dis-moi le rocher
dis-moi la femme nue sur le rocher
et son sexe mouillé
le temps voyage
avec l'âge
de ton corps
le temps s'arrête
où tu parles
de ton corps
le temps immole ton corps
sur l'autel de l'âge
que tu mesures
la mort a-t-elle défait
la chevelure dans mes mains
et le drap dans la chevelure
la mort dans le corps que j'exhume
a-t-elle noué la chevelure à mon cou
suis-je le pendu qui hante tes regards
à travers la fenêtre et l'opacité du dehors
j'ai noyé le blanc
au noir de tes yeux
au noir de tes cheveux
au noir de ta peau
j'ai noyé ma peur
dans l'eau de la pureté
dans l'eau de toutes les herbes
j'ai bu le vin
et j'ai noyé le vin
mon ombre sur le mur est un gnomon
innove-moi un cœur
o légère éveillée
sur mes transes aurorales
innove-moi un cœur
et le baise dans l'aurore qui fuit
c'est l'aurore qui fuit
c'est l'aurore qui renaît
o légère éveillée
ne dors pas sur mon cœur
les pas tranquilles de qui approche
la pointe de tes pas qui m'éloigne
les pas que j'espace dans le baiser
les pas que je nomme que je sépare
tous les pas près de moi
tous les pas que j'énumère
les fleurs au pied du ciel dansantes
sous le vent qui rasséréna
les yeux de la morte
sous le voile de mes souvenirs
sous le voile de sa mémoire défunte
qu'un cri ne réveillera pas
au cercle des fleurs
au pied du ciel qui tombe
les chiens de sable ont l'honneur de mourir
ont l'honneur de crier avant que de mourir
ont l'honneur de tuer avant que de crier
ont l'honneur d'aimer avant que de tuer
ont l'honneur de haïr avant que d'aimer
ont l'honneur de naître avant que de haïr
ont l'honneur de n'être pas avant que de naître
les chiens de sable vous saluent
du haut de leur mort
du haut de leur vivant
du haut de leur agonie
du haut de leur amour
du haut de leur sang
du haut de leur cœur
les chiens de sable ont bien l'honneur
de vous saluer
sous le feu igné de l'oubli
la montagne pleurée
les habitantes de la montagne
les pères de toutes les habitantes
et les demandes en mariage
et les tueries pour des mariages
sous le feu igné de l'oubli
le vieux épouse une pucelle
le vieux se déclare
dans l'arc-en-ciel de son ventre noué
le vieux abat des pyramides de couleurs
sous le feu igné de l'oubli
la montagne pleure les pleurés
et les pucelles se chatouillent entre elles
sous le regard des vieux
sous le regard des morts
sous le regard des dieux
sous le regard des cités qu'on écroule
sous les regards du feu igné de l'oubli
la vue du dernier couchant
est à la mesure de tes yeux
à la mesure de tes lèvres
dernière amante au cœur de pierre
amante au cœur que la pierre
regagne après la mort
ce cœur que le dernier rayon éternise
dans la pierre qui m'ancre à ta mort -
le soleil a pénétré mon ventre
et mon épaule le soutient
mon épaule que dore un rayon
à la mesure de ton regard
et de tes lèvres qu'étire l'humidité du lit où tu dors du dernier cri
à tes yeux
suspendue la hantise
et le cri de l'oiseau
qui me hante
à tes yeux
les hantises des chants d'oiseaux
et le cri qui m'enchaîne au souvenir
à tes yeux
les rives rêveuses de l'eau qui dort
et le chant de tes mains
au clapotis de l'eau
à tes yeux
l'eau verte de tes seins
dans l'eau de la rivière
et le bras que charge l'eau
sous l'eau de mes regards
à tes yeux
le suspens de la chevelure
qui entoure les bras chargés
de l'eau qui hante mes rêves
à tes yeux
la croupe humide qui s'ouvre
dans l'eau des rêves
qui la plongent
dans la boue soulevée par les bras
à tes yeux
le sexe tendu et la main qui le branle
et l'isole de l'eau de la rivière
de l'eau de ton suspens
deux serpents se médusant
dans l'eau des scories
au couchant que dore l'épaule des femmes blanches
blanches et noires
au bord de la rivière
deux serpents et un bouc
la lenteur des serpents et l'odeur du bouc
les femmes blanches
blanches et noires
au bord de la rivière
deux serpents et un bouc
des femmes
et l'épaule des femmes
dans l'éclat du soleil
et la chaleur maladive sur mon corps
la chaleur atroce de mon corps
deux serpents et un bouc
des femmes blanches blanches et noires
et mon corps la chaleur du soleil
la lenteur des corps l'odeur des sexes
et l'eau dans le sable
l'eau que le sable mêle
à l'épaule des femmes
deux serpents et un bouc
des femmes qu'épaule le soleil
et que hausse mon corps
les élève sur le bûcher de leurs pieds
dans le sable chaud
du baiser sur les ventres blancs et noirs
de la brûlure qui m'arrache un cri au bord de la rivière
à mes doigts ces bagues
le feuillage où je pends
les bracelets à mes bras
la couronne à mes cheveux
les feuilles sur le sol
les feuilles sous mes pieds
la perle qui pend au bout de mon corps
o muse la mémoire n'est pas si longue
y meurt de se chanter malgré le temps
je n'ai pas l'œil sous la terre
o muse laisse qu'elle se perde avec la terre
avec le ver qui la compose et l'étire
avec la racine des fleurs plus légères sous mes pas
o muse rassérène mon cœur à l'oubli du mémorable
cesse de chanter les heures peintes sur ma langue
ne crie pas si ma bouche innove les baisers du prochain
ne crie pas
laisse les silences avec les heures égarer les cris de ta mémoire
et pleure sur mon épaule
pleure
que je ricane doucement
que je me fonde avec le rire des nouveaux mangeurs
sur mon épaule innove-moi un sourire au cercle de tes yeux
écoute-moi qui ris dans l'eau de ta mémoire
écoute-moi dans les fables
écoute-moi et t'enivre d'écouter ce qui me chante au dehors
laisse-moi te charmer comme le serpent
coule sur moi
o muse
coule avec le ventre de tes jours
coule dans les dents qui te mordent et t'insinuent entre mes bras
et me baise la bouche pour t'éterniser avec les jours
le sourire vertical d'une femme la tête sur l'épaule
qui regarde ce qui passe à travers mes yeux
qui regarde et sourit
les visiteurs venus de loin pour déposer ces fleurs sur le ventre des
tombes
le sourire d'une femme au visage inverse
c'est la bouche qui regarde et c'est l'œil qui sourit
l'œil qui verticalise le sourire sur l'épaule où penche la tête
où penche ce qui va tomber du haut d'une épaule éclatante
as-tu marché o long marcheur
as-tu marché si c'est noir
au premier temps
de sa blanche apparition
elle est apparue entre les arbres
la dormeuse éveillée par le moindre regard
elle est apparue dans le blanc de l'œil
mais c'est noir maintenant
as-tu marché
o long marcheur à l'épaule ensoleillée
as-tu marché
si c'est noir dans le blanc de son sommeil
elle regarde l'enfance
sans y signifier l'enfance
elle regarde et ne parle pas
ne parle pas et ferme les yeux
ferme les yeux et s'endort
rêve-t-elle
ou est-ce la mort qui emporte la femme
la femme tordue dans ses linges
la femme remontant du lavoir
le bas de sa robe est mouillé
comme la lettre initiale
à la chute du point
le chant très haut
dans la voix des femmes
au bord de la rivière
le chant d'une femme dans sa robe mouillée
les bras d'une femme que l'eau éternise
la femme comme une virgule
entre la rivière et les arbres
comme le cri arrêté
au bord de la peur
la femme éternelle dans l'eau
et sa robe dans les arbres
l'odeur de sa robe
dans le sang des grands arbres arrêtés
au bord de la rivière
la femme nue sur le chemin
qui pleure d'être nue
la femme regardée au passage
du feuillage qui s'y recrée
elle n'aura dit que son nom
où je me nomme
et me recrée
plus loin que le cœur qui s'y arrêta
son nom est le nom des noms
et tous les noms sont le nom de son nom
sont les noms où je nomme le cœur
et que le cœur recrée
dans l'instance du nom qu'elle aura dit
elle n'arrête pas le cœur dans le cœur
mais sa main est un miroir qui change
tu es immobile avant de le crier
avant de crier son immobilité
tu es immobile et sans un cri
ce cri n'est pas le cri du paysage nu
le soleil ni la nuit n'arrachent un cri
au jour des jours qui ne se lève pas
au jour qui dort dans l'eau dormante de ton cri
au jour que n'éveillera pas le plus haut des cris
au sommet de la tour le cri arrête le cri
chaque cri que j'arrache
aux heures de la chambre
c'est la moiteur de ces murs
et c'est le cri de mes fenêtres
chaque cri me regagne
et déloge tous les cris
sur les murs de ma chambre
sur les murs où j'écris
chaque cri est un cri de terreur
chaque cri est un nom
chaque nom est une mort
aux fenêtres de ma chambre
ces cris sont le nom que je porte
ces cris sont le nom de ma mort
c'est le burin dans la pierre
et le graveur dans la tombe
le vieux pécheur mort dans le sable
des coquillages dans la bouche
des algues dans ses cheveux
l'écume dans ses yeux clos
chacun raconta une histoire
en regardant le vieux corps mort
chacun raconta une histoire
du temps ousqu'il était vivant
et son chien hululait dans les vagues
et la mer ricana se mêla aux chants
au miel au lait
que le sang absorba
et au moment de clore le sable sur la mort
v'là l'vieux qui s'lève
et dit:
"Viens, mon chien, suis-moi
on retourne à la maison mon chien
p't'être que la mer m'en voudra pas"
rien de nouveau sous le soleil
le vent est toujours le même
qui va de l'est à l'ouest
avec le soleil le soleil
son ombre avec d'autres soleils
la terre est vieille comme une vieille
les jeunes pousses de l'été ne sont plus
chaque fleur a saigné sous les pas
chaque fleur saignera sur la terre mouillée
sur la terre des déserts
chaque fleur saigne au pas qui l'écrase
chaque pas est le sang d'une fleur
le vent toujours le soleil le même
d'autres vents d'autres soleils
les fleurs dans la terre qui ne changera pas
il dit je sais mais ne dit pas
son ombre est l'ombre du soleil
que parfait le cercle de son œil
son œil est hagard dans le soleil
il dit tais-toi mais ne tait pas
sa lumière est la lumière du soleil
et sa main opiniâtre l'écrit
le caractère écrit qu'il n'a pas tu
il dit chante-moi mais n'a pas chanté
o non n'a pas chanté les chants
où je hante
il dit souviens-moi
mais ne dit pas la mémoire de l'écrit
même de s'y arrêter
il dit
meurs
mais ne meurs pas de la plus belle mort
le mal est d'avoir bu les vins de l'acte
de s'être régalé au rêve qui l'exalte
le mal murmure d'avoir mal
le mal est le chant du désespoir
qu'est-ce que la santé
pour qui a bu l'eau de ton vin
le feu qui la dévore
la terre qui l'absorbe
et l'air qui l'éparpille
le mal est d'avoir recréé son royaume
dans le royaume qui t'appartient
je t'aime parce que le corps réclame le corps
parce que le corps réclame l'esprit
parce que l'esprit réclame le corps
parce que l'esprit n'aime que l'esprit
l'enfer n'est pas le mal
l'enfer n'est pas un bien
c'est le lieu où tu perds
l'enfer n'est pas le feu
l'enfer n'est pas le jeu
du bien avec le mal
du mal avec le bien
c'est le lieu où tu gagnes
les schizos vont-ils en enfer?
la mort c'est le sommeil
c'est l'insomnie dans le sommeil
la mort est le rêve de la mort
la mort est un assassinat
la mort est belle dans l'assassin
la mort est laide dans le mort
la mort c'est le dormeur
qui s'éveillera avec le jour
la mort c'est le soleil
c'est le cercle parfait de la lumière
la mort est belle dans les yeux
la mort est laide sur les lèvres
le poème est le lieu de la dernière écriture
c'est le lieu où tu meurs
c'est le lit de ta mort
le poème est l'inachevé
c'est l'acte
contre le rêve qui s'achève
avec la mort de l'écriture
le poème est un suspens dans l'écriture
le poème est le sang
qui se rencontre quand tu lui tords le cou
c'est le bec de l'oiseau
tes seins o Nausicaa
tes seins sont comme les deux vagues
sur le sable de ma pensée
sont comme les lèvres bleues de la mer
dans la vague qui les ouvre
sont comme les montagnes
dans le creux de l'eau qui écume
dans le creux de l'écume
que dépose la vague sur la vague
et la vague sur le sable
tes seins
sont comme les soleils éteints que la mer isole
ce corps
est le corps
que je hante
qui me branle
ce corps
est le corps
qui m'aima
qui m'aima demain
c'est le corps
où je branle
tous les sexes
tous les sexes
c'est le cul
où ma bouche te baise
où ma bouche retrouve
les saveurs de ton sexe
c'est le cul
que ma bouche a mouillé
où mon sexe se mouille
des moiteurs de ton cri
c'est le cul
au mal qui le déchire
au mal qui me compose
où je t'aime
c'est le cul
dans le ventre de tes cris
dans le ventre des plaisirs
que tu n'enfanteras pas
ne cache pas l'épaule
où ma lèvre se cherche
et compose le bras autour
du cou baisé
ne cache pas les seins
où ma lèvre recrée
les cris de mon enfance
dans les parfums de tes cheveux
ne cache pas les lèvres de ton ventre
sous mes lèvres où mon ventre
secoue tous les cris de mon cœur
ne cache pas tes yeux dans mes yeux
et tes mains dans mes mains
ne cache pas les cris de l'esclave
dans les cris de l'éveil
je veux ta croupe de marbre o statue
je veux le marbre de ta croupe
je veux m'aboucher avec les pores de ton immobilité
retrouver la sueur dans la patine
dans le musée que tu honores
je veux déchirer mon corps
dans les éclats de tous les regards
qui se composent dans la pierre
je veux branler ma queue
dans le trou qui manque à la pierre
ses yeux regardent les montagnes
les peaux des animaux sur les rochers
la pluie sur les feux de bivouac
les arbres par-delà la rivière
son corps est couché sur le côté
le sang se mêle à son regard
se mêle au sang des animaux
à l'écorce des arbres
au feu que l'eau a noyé
son corps est couvert de morsures
les morsures des animaux derrière les arbres
les morsures de la pluie
son corps a l'odeur de la rivière
de la terre
et du bois calciné
sa main est pleine du sang de son ventre
et des ses membres
ses yeux contemplent la fourmi
les bagues de terre
sur tes mains
et tes mains
sur mon sexe tendu
les bracelets de terre
sur tes bras
et tes bras
dans l'eau dormante
les colliers de terre
sur tes seins
et tes seins
sur mes lèvres
les couronnes de terre
dans tes cheveux
et tes cheveux
dans mes yeux
la ceinture de terre
sur ton ventre
et ton ventre
dans mes mains
nos corps ont pénétré
l'eau qui m'entoure
l'eau a mouillé
ton corps impénétrable
la femme dans l'eau
ses parures de pierre
ses parures de métal
que le sable a mêlées
la femme dans le sable
la femme que le sable
mêle à la pierre
et au métal
la femme sur le chemin
la lumière dans les voiles
et l'ombre de ses bijoux
les peintures sur sa peau
que rature le bijou
la femme dans la maison
les mots sont le temps
que le temps retrouve
après l'avoir perdu
le temps que les mots ont aboli
les mots sont mots d'amour
les mots sont mots de mort
les mots ne sont pas le plaisir solitaire
je ne chanterai pas le corps et l'eau
je ne chanterai pas l'algue et le coquillage
je ne chanterai pas le sable et les cheveux
que l'eau mêle au sable à l'algue au coquillage
je ne chanterai pas mon corps
que ton œil agace au haut du rocher
je ne chanterai pas le sperme sur le rocher
et la langue sur le genou
ni le plaisir que tu te donnes
ne t'esseule pas avec moi o dormeuse
n'esseule pas mon insomnie
j'ai retrouvé le sens de mon sommeil
je n'ai pas perdu la raison
ne dors pas où je dors
veille où je veille
avec moi o dormeuse
éveille-toi dans l'éveil de nos corps
éveille-toi dans le sommeil de mon corps
pourquoi dors-tu o dormeuse
sinon pour me mourir dans ton sommeil
branle-moi o branle-moi
o moi qui me déserte
aux formes de la femme
aux formes de mon sexe
branle-moi tout le jour
forme-moi à ces formes dans la main
la caresse de ma main sur mon sang
branle-moi dans mes rêves
dans les peuples de mes rêves
o moi qui me sépare
o moi que je retrouve
dans la transe de mon corps
branle-moi et aime-moi
j'en ai fini avec ton corps
j'en ai fini avec les corps
maintenant je m'achève dans mon corps
ne me regarde pas
que mon regard compose mon corps
dans ton corps
ne parle pas
j'ai saigné d'avoir baisé
ne parle pas
je t'aime toujours de m'aimer
je t'aime dans moi-même
je t'aime dans ton corps
mon sang se retrouve
où ton corps me retrouve
je t'aime dans moi-même
mon sang nomme ton corps
ton corps nomme mon sang
je me branle où tu branles
pourquoi saignes-tu
pourquoi le même sang qui me saigne
n'immole pas ton sang
o cesse de saigner
pourquoi mon sang mouille-t-il mes nuits
pourquoi ton sang mouille-t-il tes jours
pourquoi mon sang est-il plus vivace
pourquoi le sang épuise-t-il ton corps
ne saignes-tu pas du même sang que moi
qu'es-tu quand tu parais
soutien-gorge ceinture bagues colliers bracelets
la pierre et le métal
la pierre dans le métal
le métal comme le caméléon
o laisse-moi me parer dans ton armure changeante
o laisse-moi me paraître plus léger
que la chevelure sur les yeux
ceinture bagues colliers bracelets la pierre le métal
la peau du caméléon
o laisse-moi changer
dans les changements où tu parais
laisse-moi
je change les peintures
dans le corps qui m'aima
m'aima demain
m'aime toujours du même amour
je peins comme le chinois
la lettre dans les yeux
la lettre sur les lèvres
la lettre à même le ventre
laisse-moi au corps qui m'aime
m'aima demain
m'aime toujours du même amour
je change les peintures
je recrée l'animal dans les paysages du désir
je chante le plaisir
le plaisir solitaire
des corps seuls dans le corps
des corps seuls où l'esprit se ressemble
je chante le plaisir
au masque de ton corps
au bal de tous les corps
je chante le plaisir solitaire
le plaisir du moi-même
le plaisir du miroir dans le miroir
ce ne sont que les moiteurs emmerdées
ici
ne pense pas y conclure le sort
rien ne se joue qui n'a pas été joué
ce n'est que le jeu des nourritures
ne crois pas m'isoler dans les cris du sol mouillé
ne crois pas arrêter
le vent et la pluie sur le seuil
c'est noir
c'est immobile dans le sens des secrets
ou c'est lent dans la fenêtre qui m'en sépare
où je me branle de tous les mystères
la bouche n'a pas résolu
le parler où je jouis
o n'a pas résolu
le rocher dans les vagues
la bouche nomme peut-être
un nom sur le rocher
nomme peut-être
le sens de ce qui manque
la bouche a perdu
d'avoir prévu les transes
d'avoir prévu le feu qui me dévore
le feu des couleurs dans l'eau
qui n'aura pas mouillé la femme sur le rocher
j'aime ton corps sur les rochers
les coquillages au pubis
l'algue océane suspendue à tes yeux
j'aime le corps
que le rocher secoue
dans la vague
et les débris de la mer
j'aime ce corps sur le rocher
le plus haut de la mer
j'aime ton corps
dans la chute des rochers
dans la vague sonore
qui l'arrache au regard
regarde-moi qui dors
regarde-moi
aux sources des mots
que je n'ai pas dits pour que tu m'aimes davantage
regarde-moi dans mon sommeil
regarde-moi où je m'augmente
et que ton cœur m'innove dans mon cœur
regarde-moi sans éveiller la nuit qui m'entoure
regarde-moi sans t'éveiller
dans le jour qui ne paraîtra pas
pourquoi éveilles-tu la nuit pourquoi
pourquoi ne dors-tu que le jour pourquoi
o dormeuse sur les murs
n'éveille que le jour si c'est le jour
ne me demande pas de recréer si c'est la nuit
pourquoi regardes-tu dans mon regard pourquoi
pourquoi m'éveilles-tu
avec le regard du dehors pourquoi
dors o dormeuse
dors toujours du sommeil que je rêve
du sommeil que je dérobe au visage endormi
ce que le rêve recommence
périclita avec son esprit
ce que le rêve dit et redit
tous les sommeils
ce que le rêve peuple
de recréer les ressemblances
lui sera arraché
et il mourra sans le secours des libations
son corps peut pourrir
l'aviron peut tomber
les oiseaux s'en aller
le rêve ne pardonnera pas
ton nom est mort avec l'infortune
avec la chute du haut de la tour
avec le vin
ton nom est mort
avec les os brisés au pied de la tour
avec le recul
loin de la déesse aux yeux de nacre
ton nom refermé sur le nom de l'oubli
n'oubliera pas le nom de l'île
le nom à venir
mère des pardons et des oublis
pardonne et oublie soit la mère
o mère soit la mère qu'on esseule
soit la mère
dans les filles qu'on chatouille et qu'on rie
mère des vertiges et des chutes
enivre-moi
balance-moi du haut de la tour
recueille-moi dans le ventre de tes filles
je suis le corps
tu es le corps
je suis la croix
les pyramides dans la croix
tu es le svastika
au cercle des pyramides
je suis le sacré
tu es la mère
nos corps sont filles de mémoire
ton nom a élu le poète dans les poètes
ton nom a nommé le poète dans la poésie
ton nom a chanté le poème dans l'écriture
j'ai retrouvé le nom des noms dans les noms
mon sang est le sang des élus
est le sang de qui élira
j'ai élu le sang des sangs
le sang qui a coulé au svastika
mon sang est le sang de la femme
impure dans le sang
c'est le sang d'une femme
dans le cri de toutes les femmes
mon nom est à venir
mon nom n'est pas venu
le temps de mon nom est à venir avec mon sang
le temps de mon nom n'est pas venu
et je saigne
le nom viendra avec mon nom
car j'étais au commencement
mon nom n'est pas venu
mon nom n'a pas fini de venir
j'ai bu les larmes de ton sang
aux yeux de ton nom
j'ai bu le sang
dans les larmes sur tes lèvres
mon cœur est un désert
tu es l'eau avant ma mort
je suis le sable et tu es l'eau
o ne cesse de pleurer
pleure au mal qui me saigne
pleure au sang que je bois
je t'aime dans la sœur
que je n'ai pas connue
je t'aime où je connais
le cœur d'une sœur
je t'aime dans la sœur
que le père a baisée
dans le lit de la mère
ne rie pas si tu as peur
o sœur de ma sœur ne rie pas
si mon père est l'enfant
qui sépare mes rêves de ton sexe plus beau
dans les mains de la mère
je t'aime comme j'aime la mère
mon lit pue comme mon corps
mon lit pue avec l'insecte sur mon corps
mon lit pue et m'écrase
mon lit me pèse avec ce qui pèse
mon lit régale les masques sur les visages
mon lit recule dans les visages
au seuil de ma porte
o laisse-moi puer avec l'insecte
que j'odore tes chants
de toutes les puanteurs de ma solitude
est-ce la statue de nos dieux
que la pierre rassemble
est-ce la colonne
où les hauts se composent
mon corps n'a pas pénétré
l'épaule tragique de mes travaux
car les dieux ne bougent plus
o pourquoi ces voiles
dans la transparence de mon corps
pourquoi ce genou dans la pierre
lève les yeux regarde-moi
je suis nu et je bande
je module
je tonule
je prolonge
j'écarte
j'ai modulé tes yeux
aux modes de mes chants
j'ai tonulé la couleur de ta peau
aux couleurs de mes yeux
j'ai prolongé mes lèvres
au rire de mes lèvres
o j'écarte tes cuisses dans mes épaules
pour mouiller les saveurs de ton sexe
à l'eau de mes chants
à l'eau de ma durée
à l'eau de ma peur
quels sont les cris que je recrie
à peine le soleil
non
le soleil n'est pas
mon sexe est rouge
et je dis ou redis les derniers mots
non
ne t'éveille pas
le soleil sera peut-être mais pas maintenant
je sors d'un cri que la nuit absorbe
la ceinture que je dénoue
au corps
au sommeil que le corps revêt
ce n'est pas dans ce cri que je m'épuise
que j'épuise les derniers cris du sommeil
ce n'est pas au nœud qui me dénoue o ceinture
que je recrée le cri dans la nuit
la nuit
ou le soleil dans la nuit
ce n'est pas où je crie
que mes lèvres ont remué
c'est peut-être ici au pivot de la chambre
aux quatre murs entre les murs
ton corps est un marbre
tes voiles le même marbre
et ma main est un marbre
dans le burin et le marteau
et dans l'œil qui les garde
ton corps est un marbre
sur la terre entre les arbres
la haute grille y rature
des mots toujours les mêmes
les mêmes sur les noms où le cœur est un royaume
mes lèvres sur les seins
que la pierre ne discerne pas
mes lèvres ont joué la patine
mes lèvres sur les lèvres
où la pierre ne s'arrête pas
mes lèvres sont sous terre
mes lèvres et le vent qui les secoue
mes lèvres ont elles défilé
dans les jardins où je renais d'être de pierre
je mouille les cris d'une morte
du temps de son cri
je suis la pluie
même à la fenêtre
où rien n'est rien
où rien n'est plus
je crie dans la morte
dans la terre mouillée qui la sépare
comme la pluie comme le vent dans la pluie
pourquoi le cri des oiseaux sur la maison
n'est-il pas plus léger
pourquoi la mort des oiseaux
est-elle si légère dans le jardin
pourquoi es-tu si tranquille
dans la fleur que j'ai composée
dans la chute des oiseaux qui aflore mes mots
il dériva comme l'algue qui se méduse
son nom n'est pas écrit
le regard est-il léger
de s'aboucher avec son nom
les cris sont-ils proches
de déserter l'île dans le royaume
il n'est pas sans retour
le reste est l'immobilité et le pas qui le cherche
le pas et le pas dans le sable et le sable
les mots que la mort arrache
ou le silence et la mort inattendue
l'attente de la mort sans un mot pour qui aime
les jeux de l'amante sur ses seins dorés
et les mots dans les dents de qui mourra
sans ressembler à ses jeux de mains
tes seins sont la fleur des châtaigniers
tes seins ont l'odeur de la fleur des châtaigniers
tes seins sont plus doux de me ressembler
d'être l'eau qui ne mouille pas
et s'épuise dans mon inépuisable
tes seins sont les châtaignes
où je déchire mon odeur de foutre
je baise tes vieux seins
je les baise d'amour
o mère de mes mères
je les baise d'aimer
je baise le lait
de toutes les libations
aux corps perdus
et jamais retrouvés
je suis la morsure
de la pucelle que le chaudron réclame
je mords dans le suspens atroce
des remèdes contre l'angoisse
non pas la peur de la mort
la lassitude
et les regrets l'appelleront tout haut
lorsque le moment sera venu
non pas l'usure
ni l'usure des corps
ni celle du langage des corps
mais le déclin
le déclin qui ne rouille pas
le déclin dans l'édifice
que le temps ne bousculera pas
le déclin non dans les corps
ni le langage des corps
le déclin dans la volonté de puissance oui
pourquoi le repos et la longue vie
pourquoi le travail et la vie éternelle
pourquoi la longue vie et le déclin du pouvoir
pourquoi la vie éternelle et le pouvoir dans le vide
pourquoi le déclin et pourquoi le vide parfait
les pleurs salés des archipels aux morts dansants
dans le dernier éclat
de la pleine lune
à la mesure des vagues dans les yeux des esclaves
nues autour du cratère
où tu enivres la dernière amante
"bois, ceci est le vin de mon père
le vin des hommes
le vin des frères de mon père"
pourquoi ne bois-tu pas maintenant
le vin qui la déserte
pourquoi ne pas baiser
la bouche que la mort étire
et rassérène
pourquoi ce sel sur les lèvres
pourquoi ces coquillages
comme un feu de joie
doublant le songe vert qui l'occulte
les fleurs sous la mer inaugurent
la race des seigneurs
et dans ces algues mémorables
que balancent les paroles de coquillages
le visage de celui
qui retourne à la terre
je vois les quatre chemins
où le sang colore les cités
les continents et les îles
que la vague suspend à son écume
le soleil et la lune
éclairent les baisers du roi à la reine
sous les toits tendus de la cité où tu dors
dormeuse sanglante
le soleil et la lune
la lumière du jour et de la nuit
le sang qui dort
ce qui n'existe pas dans les murs ensommeillés
le soleil et la lune
éclairent les baisers du roi à la reine
éclairent le roi et son sommeil
éclairent la reine endormie
dans un vaste linceul
au bond de toutes les lumières du sommeil
l'oiseau ne dort plus
et le crabe ensable
les gloires de l'idée
sur les rochers
j'ai élu le pivot
j'ai élu chaque pôle de toute instance
avec la nuit
j'ai chanté les dynasties
l'oiseau ne s'éveillera pas
et le crabe peut dormir
dans le cercle de sable
qui entoure les délires de l'idée
le baiser de la lumière avec les morts
compose le bouquet de la nuit et du jour
j'ai chanté les belles chansons
des asiles et des hôpitaux
mais je n'ai pas chanté le cœur des asiles
ni le cœur des hôpitaux
la lumière se fond avec la lumière
qu'éclairent les morts
la nuit est une fleur le jour est un bouquet
je n'ai pas chanté
le zythum des asiles et des hôpitaux
les jours l'un après l'autre
au flanc de la vieille tour
sur le bord des rivières
o les jours l'un après l'autre
où la rivière borde une tour
dont la pierre saigne
o saigne avec les heures noires
que le cœur ne distance pas
au flanc de la vieille tour
la cité honore ses pendus
saigne avec les heures noires
avec les heures
que la nuit peint sur le bord des rivières
le long des tours de pendus
les distances dans le miroir
où celui qui marche sur les fleurs parle
des remparts de la ville
de leur histoire et de leur utilité
de ses morts
et de ses sentinelles
dans le miroir
le regard sur les fleurs
le passage des arbres nus
sous la pierre
dans la bobèche
de ce qui décline avec la mort
les arbres nus sous la pierre
au passage des morts
qui ont décliné
avec l'usure des vivants
la pierre éclairée
sous les arbres qu'un mort pèse
dans la mémoire de ce qui dérive
et dit: "aime-moi";
la bobèche sur le déclin
un prince s'est-il couché
dans le sable blanc
a-t-il défilé
dans les coquillages l'entourant
que raturent ou écrivent les rames
les palmes de l'arbre
sur les yeux et le ventre indolore
le vin s'interpose
entre le visage de la déesse
et les transes du vers
du vers recomposé pour la forme
pour que la forme se reforme
et s'infirme d'un membre
et l'use l'use et y croît
aux transes d'un ver
tous les animaux ont regagné leurs gîtes
j'ai mangé mon pain en paix
mon pain en paix
et la paix dans le pain
mangé dans l'heure sans suite
ou sans le sens
que le pain manque
d'énumérer
j'ai mangé le sel de mon pain
les saisons couchent ce qui reste
le couchent avec les fleurs
sur le lit au-delà du chant
au-delà du chant
au-delà des fleurs
et plus loin encore
au-delà du lit qu'on pare d'une saison
et d'une autre
d'une autre qui porte le même nom
la sœur des saisons
toujours la même
et toujours sœur
qu'on ne nomme pas dans le grand lit
où dorment plus d'un amour
la femme aux cheveux défaits
ne lit plus le livre
ne lit plus le livre inachevé
ne lit plus
l'inachèvement de tous les livres
de tous les livres
et de toutes les dédicaces
et son apparition secoue des vols éparpillés
dans le lit inachevé
le lit où s'avotive le discours délabré des poètes
la femme à la chevelure défaite
et composée d'arbres nus
à la lumière des fonds de la bobèche
et de l'ennui de tous les jours
le balcon sous la fenêtre
selon le berger qui la garde
isole des heurts de pleurs
délavés par le flot
recomposé lentement
lentement joué dans les flots
qui la délavent sur la vague
la chambre dans la chambre est l'herbe du soleil
je chante très haut
la robe perlée d'une catin
la robe perlée d'une catin
aux yeux pers qui me hantent
je chante les yeux pers
dans la robe perlée d'une catin
la catin qui me hante
les jardins dans les eaux
que tu entoures de tes bras
sont dorés comme le blé
que la déesse a brûlé
comme le blé de la chair
qui se refuse de brûler
dans la chair qui brûlera
la grille du verger rature
l'entrée de tes fruits
la grille du verger
n'écrit pas le sucre de tes fruits
la grille du verger
au passage de l'habitante
la grille du verger
dans les pas de la passante
ouvre le métal dans l'herbe
et se referme sur l'or de ses pas
sur l'or que ses pas ont pénétré
sans s'y arrêter
la grille du verger où l'herbe est calcinée
l'hyène ricane dans le sommeil de l'oiseau
l'hyène ricane dans l'ombre des arbres
qui peuplent le sommeil de l'oiseau
l'oiseau sommeille charmé d'entendre qu'on rie
qu'on peuple ses rêves des arbres les plus beaux
et la mort du poète signe une lettre sur le mur
où es-tu cintas
où caches-tu ton secret
mais tu n'as pas signé la mort cintas
et tu n'as pas élu la pauvreté cintas
où caches-tu les secrets
que tu emportes dans la mort
où caches-tu le corps
qui dérive avec ta pauvreté
qu'il vienne o qu'il vienne
le moment de te dire
que je meurs et dérive
qu'il vienne o m'emporte
l'espace de te dire
que j'en ai fini avec la vie
à cause de la mort
m'emporte o me déchaîne
et signe au bas de moi-même
les sarments de ta vigne
o belle enchanteresse
dans le feu des bûchers
pour parfumer les morts
pour parfumer la mort
qui brûle tous les charmes répandus
et brûle avec l'heure prochaine des ruines
brûle avec le vin de ton corps
sur les bûchers de la ville
brûle avec toutes les putains
qu'embaument les sarments
dont je renais plus savant
le langage des eaux flore l'herbe
le long de la montagne
qui verse ses assassins
ses femmes d'assassins
ses enfants d'assassins
ses familles et ses sexes
le long de la montagne
l'herbe en fleur sous l'eau qui parle
près du bassin où tu nages dorée
j'ai ri avec les fous du roi
avec les jongleurs
avec les dames sans merci
avec le héros du roman
j'ai ri peut-être avec la reine
seul avec elle j'ai ri
en écoutant l'eau remuée de ton corps
j'ai ri avec diverses putains sans le sou
près du bassin où tu nages dorée
j'ai ri avec les devins les médecins
j'ai ri avec l'or des philosophes
j'ai ri peut-être avec la reine
seul avec elle ou avec une putain
j'ai ri de toutes mes chaudes-pisses
le serpent blanc a le sourire des aurores
les clés le long des fleuves où elle nage
et l'aile légendaire des vieux refrains
ce n'est que le regret et c'est le déclin
c'est le déclin de toutes les forces vives
qui ont animé les neiges
les neiges et le plus haut des arbres tombés
après des heures de marche
des heures sans les jours et des jours sans sommeil
le vent au mur
sur les vieux gradins
aux quatre chemins
tient l'oiseau dans ses mains
aux quatre chemins
reluque l'oiseau dans ses mains
baise l'oiseau dans une main
dans l'autre le rebaise et rebaise encore
le vent au mur sur les vieux gradins
au mur de la maison
les gradins dans la chambre
et la chambre nue
tous les cris de l'oiseau
que peut-être on agonise pas loin
au moins le regard
qui fume encore
o laisse qu'il se perde
proche dans ces murs
où le temps résume
le temps et la terre
ce n'est qu'une poignée de terre
de terre
et de temps
de temps que le regard isole
que le regard compose
au gré de ce qui meurt
ce qui meurt meurt
d'aimer le mourant
le mourant et la mort
qui l'entoure
et l'emporte
ce n'est qu'une des dents du vieux dragon
d'un dragon qui périclita
avec le capital des vieux joueurs d'échec
des vieux joueurs d'échec et de leurs femmes
les femmes nues
nues et seules
seules et défaites
jouant au jeu des divers capitaux engagés
dans l'espoir
dans l'espoir et les rêves que l'espoir déroute
ce n'est qu'une dent contre la cité
le paysage nu des stigmates de la nuit
de la nuit et des femmes coiffant
coiffant
de longues chevelures dans le jeu inachevées
mais peut-être n'est-ce que le regret
l'est mort
l'est mort
le fils
pendant que l'père
y f'sait la guerre
l'est mort
tout mort
le fils
pendant que l'pè-ère
y f'sait la guè-ère
il te reste Sodome dans ton brûlant anus
j'ai jeté les cendres
sur la maison
où j'ai vécu
naguère
les cendres de qui mourra
mourra d'en avoir trop dit
trop dit
et j'ai profané les bûchers sacrés
sacrés comme les églises
sacrés comme les tours des églises
et les ailes des églises
dans l'herbe dans l'herbe de ce qui nous sépare
ce n'est que le regret
le regret doucement
la bobèche ancrée au cœur
qui l'a soutenu
le corridor où le lézard m'a présenté
m'a présenté l'arable et le divin
la rivière a hurlé dans la dernière stèle
et le fils de la vigne a répondu les deux cris
et la solde du roi des lézards est au laminoir
est au laminoir
o toi porteur du présent
porteur des temps de temps à venir
aux portes du patio
aux portes du cri que j'ai crié là-bas
qu'est-ce qui est plus joli que la poésie
c'est la mort
qu'est-ce qui est plus joli que la mort
c'est le diable
qu'est-ce qui est plus joli que le diable
c'est l'amour
qu'est-ce qui est plus joli que l'amour
c'est la mort
qu'est-ce qui est plus joli que ce qui est joli
ce qui dort
la mort
ce qui vit
les rêves
non le rêve les rêves
ce qui meurt
le sommeil
pas les sommeils
ce qui naît
la poésie
non les poèmes
la poésie
ce qui pense
l'amour
pas les femmes
l'amour
ce qui use
la maladie
pas le mal
la maladie
ce qui s'achève
l'esprit
les esprits
mon rire
c'est le signe que je meurs
que tu mourras
peut-être pas
c'est le signe
des pleurs de la veuve
c'est le signe de ton éternité dans le malheur
la mort a-t-elle défilé dans vos yeux
la mort a-t-elle défilé dans vos yeux éteints
la mort est laide
et tu aimes la laideur des filles
ça c'est le sort
la mort est belle
et tu aimes la beauté des filles
la mort a-t-elle défilé
dans les yeux de toutes les filles
la mort dans mes yeux
que tu sois la plus belle
ou plus laide que le sort
la lumière se joue des tours
avec des pendus pour ponctuer le ciel
tout ce spectre est visible
comme qui dirait cintas
c'est-à-dire moi-même
et je me suis senti soudain très seul et désespéré
l'odeur des algues même ne m'extrait pas de la mer où je plonge
je chante le soi-même...
sûr que les mots vont me manquer
mais qui s'en apercevra
tout ce spectre est visible in-té-gra-le-ment
et ce spectre n'est pas un revenant de l'au-delà
les bras chargés des paquets d'algues
où la mer recommence
où elle change
le métal est épuisable
par abus de pouvoir sur la nature
ma chanson s'achève en chanson
j'ai bien cru que cela m'arrivait
quand j'ai senti la première rime
avec les trous que la vie a creusé
dans la terre de ma raison
et je redescends
est-ce que ça rime à quelque chose de redescendre
est-ce que ça chante dans tes cendres
dis-moi l'aïeule est-ce que je rime
à leur corps d'oiseaux de passage
à leur cœur d'oiseaux disparus
à leur ventre d'oiseaux venus me saluer
j'ouvre la porte toute grande
et je me repais de leur chair
je veux bien
que la vie se résume
à quelques mots
sur une tombe
mais je ne veux pas
qu'elle se résume
aux mêmes mots
pour tout le monde
alors je cherche la différence
ce que j'ajoute à ton nom
pour me retrouver
le génie que je recommence
le génie des poètes
qui n'ont pas tout à fait renoncé
à dire la vérité
en chanson ou en tête-à-tête
ma mort est sans importance
une autre mort m'a fait beaucoup plus mal
parce qu'elle justifiait la mienne
et que je n'ai aucune envie de mourir
ma mort n'a pas l'importance
que j'aurais voulu lui donner
alléluia je n'ai pas connu la vieillesse
alléluia je n'ai pas connu la guerre
alléluia je n'ai pas connu l'infirmité
alléluia je n'ai pas connu la maladie
- tu es morte comme meurent les arbres: foudroyée
les premières pousses de l'été
dorent ma fenêtre
dorent les murs sans voix
dorent les promenades
autour du vieux bassin de pierre
où nage une algue
rouge de mon sang
rouge de mon regard rouge
de mes mains ensanglantées
les premières pousses de l'été
comme l'herbe dans le ventre de la dormeuse
comme l'herbe dans le ventre de ma pipe
dans le ventre de ma fenêtre humide
au regard qui la pénètre encore
mon cri chante les corps
les corps ensommeillés
dans la poignée de terre
sonnant le bois vert du rêve
mon cri chante les corps
les corps immobiles
où s'agite le crâne
des herbes moites du rêve
mon cri se chante au-delà
de ces corps parmi les corps
au-delà de ces corps
parmi les corps sonnant le bois
ceci n'est qu'une poignée de terre
ce n'est que le suspens des chants
qu'on bouscule
dans la danse
sur le miroir sans titre
des fulgurations du TAO
le Caractère Écrit
qui nomme les clés de chaque reflet
le langage du reflet au visage qui le contemple
le visage immobile que l'œil éternise
l'eau de ton nom hydrifie
les fenêtres de la maison qui rit
la maison rit
doucement échevelée
dans l'eau qui la sépare du dehors
l'eau de ton nom est le nom de chaque branche
à la rayure de mes regards
au dehors des fenêtres de la maison
décembre 1976
Hendaye