de Patrick CINTAS
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Texte intégral
o toi la tour
toi la plus haute
ressemble-moi
au plus haut de moi
ressemble-moi dans mon image
o soit la mort du haut de la tour
ressemble-moi dans mon cœur
ressemble-moi du haut de ta chute
image-moi un cœur
plus haut que la couronne de pierre
plus haut que le vin qui me perd
plus haut que la plus haute libation
o toi la tour
toi le sommet
o toi le dernier voyage
maintenant le soleil
qui s'arrache les cheveux sur la montagne
et les champs de blé violets
où crève le poète qui a chanté
et la maison qu'enferme la folie
au cœur de la saison
que ne chantera plus
la métamorphose d'Ovide en oiseau de proie
le premier mot que le chant signe en ballade
un point d'orgue au long imprévu de son sens
l'ordre installé contre toute attente
las d'avoir redit quelle double vue la fonde
la mort où s'achève la transe
en collier surprise d'y rire peut-être nue
en raison d'une attente à la dérive
pense à l'équerre de sa folie
o nuit n'espère que la mort
un temps d'y rasséréner
au moins la mort au bout du sort
n'espère que la mort
en nuit changeant ses parures d'été
peut-être nue si c'est l'ennui
si tu dors toutefois
n'espère que la mort
danse s'il peut te ressembler
o danse au-delà de la mort
si le feu ne peut me hanter
le temps est long dans la raison
le temps est long dans la chanson
le jour épuise tous les soleils
o mon sommeil tous mes deuils
tant de haine où va l'amour
qui va chantant comme l'œil
je suis accusé à tort
d'avoir bleui les rouges du couchant
là le spectacle des diverses rencontres
sur l'herbe sucrée de ton ventre
rends-moi ma lyre et mon tambour
le temps récite un chapelet de maisons isolées
dans la forêt des mensonges de la science
o chienne sacrée
je n'ai bu que le vin
de la lointaine reconnaissance du savoir
je n'ai bu que le vin
des pénétrances lointaines comme naguère
comme naguère sur le bord de toutes les routes
où je me limite à regret à regret
contre-champ du sophisme
peut-être qu'un retour
peut-être qu'un regard
mais toute libation est contraire aux rituels
ce n'est pas une question d'ordre
ce n'est pas une excuse au manque de sang
ce n'est que l'ombre vive
et la fraîcheur reposante de l'ombre
ce n'est que le visage obscène
d'un coin de rue à l'ombre des églises
ce n'est qu'un instant
dans l'instant de la perdre
et la fille aux cheveux de colonnes
qui se donne pour pas un rond
pas un regret
qui se donne de ne pas donner
pauvre d'un corps doré blanc
que le soleil a composé
dans l'ombre la plus insignifiante
entre les colonnes de tous les promontoires
contrechamp: le ticket qui explosa
dis-moi tous les secrets
de la verte pucelle exhalée
dis-moi toutes les multitudes
dis-moi tous les retours de la femme
aux yeux d'écriture chinoise
dis-moi la femme où je resplendis
plus beau de paraître le rêve
dis-moi les fêtes de la femme
peut-être les voyages
au bout de la raison
avec pour lune mentale
quelque chose de plus mérité
que les morts dans la guerre
au bout de la raison
peut-être avec des peuples
relevés de la pourriture
où la vie nous conçoit
mais les histoires de l'homme au bordel
ne sont pas délectables
si ne les rature d'un coup de son ongle
la femme couchée dans le lit de l'attente
qui dit oui sur un coup de tête
et la raison aux fulgurations du caractère écrit
à moins que ne s'écartant
de la ligne de conduite d'abord envisagée
il ne conçoive à la fin
que le cri et la mort
peut-être repeupler
les étoiles dans l'eau
l'arbre près de la maison
mon épaule a joué avec l'ombre des visiteurs
l'ombre pantelle où la lumière danse
qui peut vous avoir fait ce récit infidèle
o vipère sommeillante
a joué l'eau dormante
où je noie le passage d'une habitante
de la main à mes yeux
peut-être le temps d'autres oiseaux
i.p. le plus secret
d'autres saisons dans les grimoires
d'autres temps que le temps
non faut le laisser brûle-le
notre civilisation est celle de l'espace
le temps ne s'y retrouvera pas
le temps n'est pas au bout de l'espace
n'a pas la place dans le temps
notre civilisation est un repère dans le temps
notre civilisation est le temps d'un repère
c'est le vertige de nos corps dans la mort
dans la mort la plus belle ou la plus laide
selon l'espace du moment
le temps n'est pas au bout de l'espace
le temps a-t-il nommé des voyageurs
savoir trop ce n'est pas tout savoir
mais c'est quand même trop
ça durera tant que vous serez contre nous
le temps est passé de savoir mais pas tout
ce temps est passé mais pas le nôtre
on recommencera
comme le vent
comme la mer
jamais comme le soleil
et plus je m'éloigne de toi
plus s'éloigne l'art
plus s'éloigne l'espoir
je m'éloigne même si tu m'aimes
même si je t'aime
je m'éloigne quand même
ton corps est le plus beau des corps
je suis loin
maintenant et demain
et tu ne pleures pas
parce que tu me possèdes
et si je te possède
ton corps est le plus beau décor
o berce-nous dans ton silence
d'algue rabattue sur le caquet des morts
mon chant est le chant
que ne chantera pas
que ne chantera pas ton chant
ton chant est le chant que je chanterai
que je chanterai sans toi
sans toi nos chants sont l'heure
de me taire à jamais
de me taire à jamais et de t'aimer
le cercle de la lumière
et de l'ombre
la limite entre l'ombre
et la lumière
le point de rencontre
de l'ombre et de la lumière
dans le corps éclairé
qui absorbe son ombre
l'espace infini d'un cercle
où l'ombre parfait la lumière
la limite des cercles
dans l'ombre et la lumière
la métamorphose des noms parfaits
dans l'imperfection soumis au soleil
pouah
mon existence est pourrie par tous les dialogues
ne te vexe pas
c'est une question de jours d'heures peut-être
bon sang
je ne m'imaginais pas si près de la mort
j'étais
à deux doigts... quand j'y pense... merde
quel frisson
et maintenant c'est toi qui va mourir
toi
tu mourras très certainement
dans les jours prochains
d'ici
la fin de la semaine... la fin de la semaine
la mort ne te pardonnera pas
ça conclut que nous n'avons pas de chance
ou alors
l'esprit demande plus de lenteur
trop d'jeunesse chérie
v'là c'qui nous a tués
pas assez vieux pour une bonne descente aux enfers
tu seras morte
comme une feuille au milieu des flammes
je vais me régaler de ta mort
au festin qui t'accompagne dans la tombe
doucement
on ne peut pas gagner l'enfer
si on n'a pas un peu de plomb dans la tête
crénom
faut en avoir reçu dans l'aile
le pain et le vin conjuguent
le manger et le boire
non la faim ni la soif
il chantera le sol
en souvenir de ce frugal repas
il se souviendra que son effort n'aura pas été vain
il t'aimera toujours
et il l'envoya paître avec le reste du troupeau
symbolisé dans son esprit
par le diagramme cos-mo-go-ni-que
des terres de l'est
car il connaît le degré de sa vertu
peut-être que tu auras fini de l'ouvrir
peut-être que tu n'auras plus rien à dire
des fois que les mots te manqueraient
des fois qu'il n'y aurait plus personne pour t'écouter
et tu aurais fini
avec les autres de ton espèce là-bas
où ce n'est pas un bordel
mais pas bien loin de l'être
le vide n'est-il pas dans l'être
comme l'être naît du vide
ne crois pas que les dieux
ont élu le langage entre les mots
mais le vide n'est parfait
que dans l'imparfait de l'être
les dieux n'ont pas le langage
pour le dire et s'en régaler
non, le vide est vide de sens
comme l'être n'est que d'être vide
le vide se rassemble où l'être se sépare
la limite n'est pas un nom
je sais, les dieux ont élu les dieux
alors c'est un dieu nu
bâti pour l'amour
qui franchit le gué de l'Isménos
et toute la bataille
se déroula aux portes de la ville
comme ça se faisait dans l'temps
dans l'temps
mais les rois n'ont pas droit à l'amour
dit le devin
en m'offrant le tabac de la réconciliation
au bord de Dirké
quand Dirké est plus blonde que le blé
qu'il chante jolie bedondaine
et rechante mé si ça lui plaît
et aux remparts
il n'y avait que les culs des putains au soleil
aux portes de Sodome
et les prêtres se sont amenés
avec un gros volume d'encens
et toute la gloire d'un peuple étouffée
je dis: étouffée
à cause d'un ignorant qui n'avait pas lu la bible
si dieu le veut bien
on ira faire un tour
on ira de ce côté mon canard
si dieu le veut pas
on restera assis
on attendra que ça vienne
à la Donne mon canard
on restera assis
à se regarder dans les yeux
mes yeux dans tes yeux
peut-êt'qu'on y verra mieux
on attendra
le vent
le soleil
et la nuit
on pourra causer
en attendant que ça vienne
pas longtemps
pas longtemps
juste le temps de se dire
quelques mots pour s'aimer
quelques regards pour s'oublier
aux délices d'une croupe
les diables sodomisant
leurs sexes déchirant
aux délices d'une croupe
les chaudrons de la mère
les livres d'école
sont des démonstrations de puissance
les livres personnels
même si la tenue littéraire
n'y est pas toujours égale
sont des démonstrations d'existence
entre le poète d'école
et le poète seul
il y a toute la différence
du prince à la nature
le prince meurt cependant
parce que c'est naturel de mourir
la nature règne parce que mystère
je déteste ta maladie
parce qu'elle me ressemble
l'idéal ne s'écrit
qu'à travers l'esthétique
choisir la forme
l'esthétique au bout
joue un rôle de référence
un bon dictionnaire
à la portée de la main
marine comme l'algue
reposant sur le creux
de tes reins
aussi blême
qu'un heurt de marée
où se perd plus
d'un songe de revenir
dans ces lieux dormants
la croupe larg'ouverte
à toute sorte de passions
dont Sodome est la moindre
seule esseule
un seul soupir
dans la muette feuillée
si le mot nu ment
en telles de ses déclivités de sens
abrupte
selon ses formes cachées
avec la marée
qui ne redescendra pas
heurtera le pavé de tes murailles
où le rêve est un pleur de sel
aux yeux qui le contemplent
dans son mystère orphique
la mesure dans le langage
atteindre cette simplicité de trait
cette simplicité d'instant
et l'idée s'y crée un langage nouveau
un langage en forme de femme
une femme en forme de métamorphose
une métamorphose en forme de forme
à moins d'obscurcir la langue
que ce soit volontaire ou non
jamais par pudeur
simplement le manque de temps
un bon dictionnaire la lecture qui se refuse
au coup de feu qui l'arrête
au coup de feu qui recule
l'infortune et le désespoir
ou alors
ce n'est pas le temps de se remémorer
chaque évènement
dans la limite de la métamorphose
converse avec d'autres
qui l'écoutent
plus qu'ils ne proposent
converse sans y amener
le véritable sujet
qui le dénoue dans sa place
dans l'espace
émane au moins
de cette incertitude
le rire de la fille désenchantée
aux boucles perses
qui me dérobe peut-être le cœur
mais pas l'esprit
comme un sommet rêvé
au plus haut point de l'amour
et du deuil
ne rie pas de ce bloc seul qu'on tait
le blanc serpent des évènements
peut-être le jour
peut-être la nuit
s'éveillera-t-il d'un mauvais rêve
comme d'un mauvais pas on se tire
ce n'est pas un royaume
ni la cité aux blanches portes
ni le promontoire semé
infortune o infortune
comme le serpent blanc
à l'aurore de demain
longue vie à toi
vigne de mes pères
mes fils y boiront longtemps
mais je ne mourrai pas
d'avoir trop bu
ni d'avoir bu trop longtemps
dieu que le ciel est proche vu d'ici
je peux voler les étoiles d'un regard
comme c'est facile de s'enivrer comme c'est facile
le temps ne m'arrêtera pas aussi haut
ni le temps
ni le désespoir
o vertige
je peux les voir baiser dans leur lumière
et pfffuit les années ont passé
et ma v'là perché sur c'te putain de tour
à m'demander comment j'ai fait
pour monter aussi haut
o toi la déesse aux yeux pers
tes yeux ont-ils ferlé avec la vague
qui les couronne de cet or
que le jour couche
o déesse au sein de nacre
comme une algue qui m'épuise
à pleurer d'amères larmes
tes yeux sont-ils plus beaux
que la nuit qui les ouvre
le vin m'est monté à la tête je crois
en considérant le jour qui se lève
j'ai pas vu passer la nuit
je peux les voir qui dorment doucement
je peux te voir
dans l'onde que je promeus
au-delà des rochers
je peux voir la vague
et l'algue se rasséréner
dans le coquillage qui l'a élue
le premier rayon de soleil m'a élue pour longtemps
écrire comme un noble métier à seule fin de charmer
écrire ce qu'un recueil ne peut déserter sans ennui
écrire au moins le temps d'y revenir
écrire où l'écriture change par exemple
soliste obstiné
que le cœur change
en statue de sel
ou l'esprit
selon les coïncidences
du jour et du jour
la nuit surtout
où dormir sans repos
- hanté
d'avoir regardé
la nuit et la nuit
doigts de la main
et le dernier lendemain rassérène qui?
tu n'es que la rosée de toi-même
dans l'enfance lointaine
et le jour suivant se remémore
et s'ajoute par une intense succession de cris
et de silences
notre force est dans l'inachèvement
de peur d'effrayer
un couple d'oiseaux dans la neige
sur les branches de l'arbre le plus isolé
dans un parc conçu à cet effet
saisis-tu au moins la flatterie amère
qui préside à la désuétude des éléments
dans l'esprit le plus riche
quant à la manière d'exprimer les choses
avec le moins d'éléments nutritifs
la mémoire retient ce qui chante
ou ce qui est cruel
oublie les rêves
les plus doux
au cœur qui crée
la mémoire est une vieille souche
dans l'eau de la rivière
et ton regard est celui de la baigneuse
dans les fresques anciennes
la mémoire est une bourgeoise au sexe parfumé
et ta voix est une jonglerie
dans les batailles du passé
la mémoire n'a enfanté que la misère
la mémoire n'a nourri que le désespoir
la mémoire tue avec une facilité d'insecte
et la maison la plus accueillante
est un enfer dans tes cris d'amour
et la pâle immobilité
d'une fille publique élue
pour donner lieu à la
justice divine
et la vélocité de la rue en dedans
au cœur de la ville qui ne répond pas
dans le doute
creuse mon lit
au creux de ton corps
o sommeillante
l'ensommeillé pirogue
vers l'amour
l'œil exhaussé
redis-moi que c'est une nuit
exista en tant que sentence
raison de plus
pour éteindre le feu
tu n'es qu'une outre sans vent
crevée sur le bord de la route
tu chantes tu chantes
mais que reste-t-il de tes chants
la pèlerine amante a passé sans te voir
la pèlerine amante est morte sans me voir
toute la poésie
roule ma tête
au creux de toi
o passagère
toute la poésie
crève en toi
l'instant du non-retour
o passage du meurtre
le plus beau
sur ta langue
comme un conte conté
de la montagne sacrée
diamant se crache
par la gueule d'Argos
les lions du soleil
couchés dans l'herbe
sages se consument
et Ulysses éclata de rire
en voyant les prétendants au cratère
s'enivrant
credo in unam
autant que cela ne m'abêtit pas
au point de présenter mes hommages
à la jeune demoiselle en robe de coquillage
qui chante des pseudo-rythmes nègres
en balançant au bout de son bras
son ombre adamantine
brille dans l'esprit
des moins pauvres
ou tout au moins
nos yeux sur ceci
nos cœurs
dans le désert du cœur
et du cœur qui périclita
avec tant de haine
que longtemps l'humanité lui en a voulu
la haine contre la haine
la haine d'un homme pour tous les hommes
un homme seul contre la haine des hommes
chansons transcrites dans la langue d'origine
après maintes péripéties de voyages
ce même cœur fatigué
de ne plus s'entendre
converser avec les invités
ne récolta que la haine contre l'amour
n'y voulut point céder son honnêteté
acquise avec l'âge
après tout peut-être hanté
l'amour ne régale que l'amour
à vol d'oiseau
la distance du sol au regard
avec le jet d'eau dans un jardin
avec les tricheurs dans la nuit
celui qui bat les cartes
celui qui les donne
celui qui les joue
avec les vols d'oiseaux
celui qui ne partagera pas
la mort me sera plus douce
avec la mémoire de la mort
la mort ne m'éternisera pas
avec les lassitudes du regret
mais la mort ne sera pas
dans la voix commencée
de la femme qui se donne
pour pas un rond
pas un regret
exalte un pur dessin
mire des sampans de bois de laine
écrit sur des vagues écumantes
ce qu'il dit à tout venant
se recueillir ici
non qu'il cède le genou à ce sol sacré
mais simplement qu'il immole ce qu'il reste
dans sa passion pour les couchants dorés
crevés de bonds vertigineux
et de toutes sortes d'exaspération du sexe
à même d'y changer son nom pour un autre
qu'il porte comme le tien
ton cœur est un morceau de lave
arraché au cœur de la terre
ton cœur est un feu éteint
dans la matière qui se change
c'est-à-dire un nom qui s'arrête
où d'autres ont prononcé le leur
c'est-à-dire toute l'infortune
qui se mord la queue
ce qui est juste croît dans l'orgueil
et c'est la terre qui prend feu
au-dessus de tous les noms
ce qui est juste est un silence
et c'est la terre
comme une solitude
qui a honte d'elle-même
nul espoir au coquillage d'ombre
dans l'eau qui ne mouille pas
pas même un mot qui aime
au-delà de cette eau
un lieu tranquille
composé d'arbres et d'eau
existe-t-il
la mer se refuse à l'amour
on te pendra à la plus haute tour
même si je te dois d'être né poète
tu seras le pendu avec d'autres pendus
pour un enfer moral
i's'peut que tu n'y sois pas biau
et pendant ce temps-là o inix
j'm'en vais écouter les courlis
o que le chant soit immémorable
tes chants sont plus vrais
que moi qui les dis
innove-moi
maintenant je peux marcher derrière toi
mais écoute-moi qui chante
écoute-moi dans tes chants
jetéméjetereconédanlefedeloubli
o que ta voix seule me porte
tu mourras comme un oiseau
la mort n'est pas si blanche qu'on s'y aime
la mort n'est pas si blanche dans l'amante
la mort est noire comme le jour
la mort est noire comme le deuil
je dors où je t'aime
et me dore de la moindre lumière
émanée de ton corps née de ton corps
o la mort n'est pas si blanche qu'on s'y réveille
hustera ne pas situer le lieu de ma présence
hustera ce lieu est lieu de références
hustera toute une dynastie de poètes y repose
hustera
la première vertu du poète est l'honnêteté
la seconde vertu du poète est le mensonge
le reste est contraire à la vertu
ne pas nommer ni les arbres
ni les maisons
immobilité
elle est l'ombre
au fil de la lumière
qui la sépare
d'une autre source
doucement
parce qu'elle est femme
elle étire le métal
au bon moment
sa main se compose
au changement des couleurs
dans le feu qui l'entoure
maintenant ses yeux
sont la promesse d'un retour
à l'origine de mon nom
ici tout n'est que mur blanc
au ventre de qui ne fait pas un effort de mémoire
même les putains aux portes de la ville m'ont salué
mais pourquoi cette femme a-t-elle toute la voix
d'un silence qui n'est pas mon silence
pourquoi son corps se dérobe-t-il
aux mains qui le composent
à la lueur d'un beau rêve de salamandre
brûlée par le feu de l'infortune
ne rie pas à la lune
ne rie pas au soleil
ni le jour
ni la nuit
ne rie autant
j'ai l'œil dans l'abandon du corps
tu enfanteras le désespoir aux cornes de vaches
me sers avec lenteur
où ma servitude la précipite
doucement
vers cette mort tranquille
entre les arbres nus
d'un seul jardin
que le temps jardine
regarde-moi sans rire
n'es-tu pas l'ombre
dans la lumière de mes chaînes
et je vois que vous vous portez mieux
depuis votre escapade vodo
je raconterai à mes frères l'histoire de la loreley
et s'ils ne tremblent avec chevelure de nacre
aidant à se clapoter dans l'eau bistre
jouet de la terre
mieux vaut un paquet d'algues surannées
que le jet d'eau sanglante de la mémoire
l'inertie que la possibilité de gésir
parmi les morts sans le pa-paraître
mais tu n'as pas l'heure
pour éteindre les feux
que le temps refond
au fil du temps
tu n'as que le temps de vivre
au feu de l'ennui
et du désespoir
tu n'as que l'heure de l'eau morte du souvenir
j'ai très mal maintenant
je parle dans ma chair
j'use mon esprit
au fil de la douleur qui s'y compose
j'ai trop mal maintenant
de savoir pourquoi ma chair
est le nœud de toutes les transes divines
o redis-moi que c'est le jour et l'eau
redis-moi que la mère est une re-mémoire
dis-moi o redis-moi le mal
j'ignore où tu as caché les mains de la gloire
est-il assez connu
ce passage de mouettes
et de rochers flottants sur la rive opposée
à la maison de l'habitante
de la forêt cramoisie
il est temps de nous fondre
dans la saison même qui se déhanche
dans nos bras défilantes
les eaux épousées avec l'heure
et les longues semailles
au vent de la conscience
cesse de ricaner au coin de l'aurore
car le soir chante sur un ton de reproche
la prochaine pluie au braquemart mordu de sang
laisse aller ta cuisse au fil de l'eau
qui l'étire dans mon regard
me souviens que c'est moi
nu peut-être comme un pauvre
et ton ventre tendu
à rompre la tranquillité
et le repos dans l'âme du paysage en question
mais l'amour immobilise ton corps pour l'éterniser
soir pleure feu de joie
le périple en l'air
de se dire que non
la môme un peu verte
et v'là toutes les putains
emportées par la marée
au large de nos côtes
et leurs cris dans la flotte
et les dieux ricanant
dans le sourire de nos pécores
et v'là c'marmot qui demande à son père
- où est ta mère
- j'sais pas bien fiston
ça t'amuserait-il
de voir une femme baiser avec un bouc puant
j't'amèn'rai ousque ça s'fait
t'en auras pour ta gueule
et la môme un peu verte
au souvenir de ces évènements
que ma bouche baise ton sein
où tu es mère de mon sang
o que ma bouche arrache à ton ventre
le fils de ton père
ton corps est un signe de déclin
et ma bouche décline la faute
que caches-tu sous ton mâle air
eh qui dégringole
avec cris de gloire
c'est-y que j'ouye
ta vièche avec elle
ne dérange pas l'ordre installé
y déhancha la bourlinguée toison
après mille blessures sanglantes
sacrée guerre eh mouche cagote
on dirait trois pines de soldats
bon plaisir si ça te chantela
comme à y regarder de plus proche
t'auras pas plus chaste à reluquer
le poète à l'écart de toutes les noces
le poète dans les jardins suspendus
le poète à l'aile légendaire
le poète au rire de nacre
le poète au cœur de sel
le poète aux lèvres d'or
le poète aux yeux de jade
le poète a toutes les vertus de la matière
le poète dans les travaux
le poète hors du temple avec les prêtres
le poète peut-être seul
la solitude du poète nu
la nudité de toute solitude poétique
le poète et la publicité
le poète dans le vis-à-vis du rêve et de l'acte
le poète dans la reconnaissance
le poète comme un don
le poète qui a ri ou non
le poète aux aurores
le poète avec les éléments
le poète et la liste des poètes
la coupe est pleine Alcinoos
tu n'as pas écouté
eh dis donc à ta pucelle
qu'elle arrête de branler
ta lyre ne m'accorde pas poète
Démodocos me sonne faux
il y a ton vin hôte crédule
il a un goût de cratère
Elpenor! amène ton aviron
Je recommence mon histoire
le monde doit entrer
dans un couplet de vers
comme c'était du temps
du temps qu'on chante qu'on chante
en buvant de ton vin
en pissant sur tes femmes
en aimant tout' les femmes
à la ronde à la ronde
il n'y a pas que l'amour
à tenir des propos décousus
absorbe le seul instant indésirable
mais vécu comme une poursuite
que n'achèvera pas un coup de feu
et dans les champs de blé
où l'or combat le bleu
comme au bouclier trois aigrettes d'or
votive accentue le trouble en nuage tordu
où se tord le soleil sur la pointe d'un clocher
souviens-toi que c'est le déluge
annoncé comme un renouveau
mais quelle instance ai-je acquise ici
seul importe mon sens inachevé
mais hurleur obstiné étonné
dans l'instance du cri
de la connaissance
de la contemplation
une autre instance le durable
d'avoir saisi le concept de l'instant
par où j'ai pu
et dans quelle voie me suis confondu
avec la pire des instances toi
l'aphorisme de tes yeux
change l'aspect de toute prophétie
les fleurs sont mères de la pureté
pas même un songe y résume le savoir
o mémoire stérile
souviens-toi
par le côté marin du regard sur l'oubli
vague mort du vis à vis
la sagesse
n'aie pas tant de haine contre moi
ni tant d'amour
si je mens
n'aie pas tant de haine
c'est inutile
je peux aimer
mais sans briller
je peux aimer
même si je mens
foutu après le voyage
et seul après ce même voyage
autant dire que la vie n'a plus d'intérêt
des images sans intérêt
une nature peut-être plus immédiate
le même langage qui se répète
mais tes yeux
sont plus beaux
que mon regard
tes yeux m'innovent
à la rencontre
de mon regard
peut-être d'avoir
craché trop tôt
au bassinet du sort
d'avoir craché là même
où la malpropreté est insupportable
mise à part la saison
si elle explique bien des choses
la haine est en discordance avec la haine
o belle dame sans mercy
le cri de la haine en cœur
a-t-il répandu ses chaînes
le soir n'est pas de l'être contre vent la marée
le jour comme une lettre au caractère écrit
mon sexe est une belle image
et ton cri est le plus beau chant d'amour
ton sexe est une belle idée
mon cri n'est que l'eau morte qui a signé
nos sexes sont-ils les chants
nos cris sont-ils d'amour
reviens-moi plus dorée que le sable de mes rêves
endors-toi près de moi
ne cesse d'y chanter
signe au bas de mon cœur
la tour comme l'écho
à ton regard
toutes les fois la tour
où l'œil se répète
et toi peut-être nue
redis les mots les mêmes
que personne n'écoute
pas même moi
je suis si sourd
à ton regard o ma chute
mais pourquoi baisent-ils sous ma fenêtre pourquoi
l'odeur peut-être délectable
de la femme au pied du lit
où je dors du même sommeil
n'existe plus
ce ne sont que des villes!
comme une tache de sang dans ma pureté
ou bien tu es si pure
que l'ombre est un rêve de lumière
moi je me dore dans ton ventre de putain
o vigne des vignes
ton vin est-il plus léger que l'oubli
o Kérés le pain est-il plus doux que l'ennui
l'oiseau parleur
n'a conquis que la branche de l'arbre
la montagne est à toi seule fertilité
de déchirer mes yeux au soleil dans le sommet
quos vult perdere
le serpent blanc des aurores
au midi de l'extase finale
parce que le poème
au plus loin de l'écriture
s'interpose entre la folie et le langage
comme la mort le royaume est élu
il y a le sépulcre blanc de qui dort doucement
s'être tu trop longtemps ne pas durer avec soi
n'écoutez pas ceux qui vous disent
que la maladie n'est pas la norme
n'écoutez pas ceux qui vous disent
que la maladie est la norme
n'écoutez pas ces cons
n'écoutez pas ces chiens
n'écoutez ni les chiens ni les cons
ils vous conduisent à l'erreur
ils n'ont rien à dire
ils volent les mots pour vous tromper
c'est une manœuvre publicitaire
n'écoutez pas non plus les médecins
ils ne proposent que des poisons
n'écoutez pas ces enculeurs
alors vous pouvez peser tout le poids
le poids de la solitude
le poids des regrets
le poids du désespoir
le poids de la fatigue
n'écoutez que la voix qui s'efface
n'écoutez que la voix qui promeut toutes les voix
ce qu'ils veulent n'est pas l'important
ce qu'ils veulent n'a pas besoin d'être su
comment voulez-vous modifier le sens de votre vie
si vous n'avez pas le sens de votre mort
comment voulez-vous arrêter l'infortune
si vous ne devinez pas ce qui se cache derrière la chance
ne coupez pas.
La question se résume à un vol de mots
les oiseaux dans les arbres
le soleil dans les oiseaux
les branches dans le soleil
les branches dans les oiseaux
les branches dans la nuit qui renaîtra
où la mort est visible
mes pas
dans la fleur
qui a saigné
mais plus doux
que le soleil
plus doux
que le vent
plus doux
dans les arbres
au peuple
qui me connaît
qui a saigné
au hasard
d'une fleur
au hasard
d'une mort
d'une tombe
peuplée de fleurs
de noms
qui sont venus
à moi les morts dans la tombe
histoire de dire
que rien n'est oublié
que la mémoire n'y est pour rien
que c'est le jeu
mais plus doux
de peupler
les carrés
les bassins
les promenades
la solitude
des monuments
ce que la folie
n'a pas déserté
aux angles du jardin
peut-être demain
ou la mémoire
peu encline
à s'y retrouver
ou simplement l'esprit
ou l'amour
qui n'aura donné lieu qu'à l'ennui
ce que la folie
n'a pas déserté
ce que la folie
n'oubliera pas
tout ce que les murs
n'ont pas dévoilé
du voile le plus léger
ne signifiant rien
que le passage
de la vie
à la mort
ne cesse de t'y ancrer
à l'occasion d'un jour
si le jour
est fille de mémoire
ou si la mort
ne se laisse enclore
dans la nuit la plus noire
quatre chemins comme les équerres du maçon
deux oiseaux
deux
peut-être le jour
peut-être la nuit
d'un oui me salue et me hante
la maison n'a pas eu de visiteurs depuis tant d'années
o seule qui me répond que c'est fini
avec le dernier jour sur tes lèvres
avec le dernier jour qui ne finira pas
poursuite des vents
la mort n'est pas plus belle que l'ennui
peut-être si j'ai peur
peut-être avec la transe
et toutes les transes au mur de ma chambre
à la fenêtre qui me regarde
à l'œil qui m'a oublié
les raisons habituelles de la pureté
au signe de la reconnaissance
justement si tu n'as pas signé
le reste est une histoire de cons
ou la présence de n'écouter que ta voix
dans ces moments-là
ou la solitude toujours plus amère
les carrés de fleurs dans les jardins de la villa
je n'ai pas assisté au décorum
toute civilisation repose sur le mystère
le mystère sans objet
toute civilisation est l'énigme de l'objet
les champs de blés sont plus dorés aujourd'hui que jamais
il est temps de s'y perdre
de reconnaître les lieux pour s'y perdre
m'y habitue pas
l'aphorisme le plus beau
sur tes lèvres môme bleu
suçant la bite pour peu de rond
même bleu le vertige en soi
chaque heure consacrée
à au moins une libation
la douleur peut-être au vertige
ne pas reconnaître sa pureté
o redis-moi le temps
redis-moi le moi-même
au temps qui le résume
cruellement cruellement
un bouc de belle taille
les femmes cruellement nues par dévotion
cruellement cruellement
Sodome
cruellement
la vie ne peut être qu'écœurante
garde-moi la fertilité pour demain
garde mon cœur pour qui aimera
o aime-moi dés demain
les champs de blé sont plus beaux à l'aurore
à l'aurore sont plus beaux
de n'être pas la mort en coup de feu
le soleil tordant ses mains sur la montagne
les mains où se tord le soleil
le soleil tordu avant la mort
toute vision est un malentendu
la mort ne pardonne à qui donne maldonne
on ne jouira pas sur la montagne
reprenez tout le message
oubliez ce que j'ai pillé
j'ai un compte à régler avec moi-même
cela ne vous regarde pas
donc oubliez ce que j'ai pillé
reprenez simplement le message
"la stupidité de la populace" fin
mais comprenez-vous au moins la nécessité de ce livre
la bouche comme le retour
la bouche comme les pas de qui se retourne
la bouche comme un rond de sourire dans l'eau de l'oubli
la bouche comme le caractère qui la donne
la bouche comme une fleur arrachée à la fleur
la bouche comme une vague de désespoir à l'écume de rire de salamandre
la bouche comme le feu igné
la bouche comme un rehaut au coin des lèvres
la bouche comme un dernier glacis sur l'œil
la bouche comme les filles chahutées au bord de la rivière
la bouche comme un vol de courlis sur le toit de la maison
la bouche comme un vide parfait
la bouche comme une herbe
la bouche au haut de la montagne
la bouche en usage de revolver
la bouche au risque de se perdre
la bouche est un signe parfait
la bouche est parfaite d'être un signe
aurore / au-ro-re /
et le vent dans les nacres de ta chevelure
v.g. peignant le ciel comme un soleil
shen nong mesure le pas des oiseaux
ou l'arbre comme un cri
c-à-d la neige blanche
au ro re doucement dans ses chaînes
nul bruit qu'une feuille qui rampe
où s'arrête la racine
inutilement inutilement
en vérité je n'avais jamais vu que l'eau
la pierre a dérobé la pierre à mes yeux
l'eau stagne puante
ou comme odeur l'odeur des algues
je dis que le vent est moins fort
dans les collines où l'herbe enfante
l'herbe est nue et blanche
moins qu'une apparition
m'éteins
les derniers mots
image sur image
et l'écrit
c'est l'infortune au doigt de sel
parce que l'air est irrespirable
le ciel comme un soleil
et l'arbre comme un cri de feu
o redis-moi les redites voulues
redis-moi toute l'histoire
et toute la terre de l'histoire
à voir si la hantise
est une métamorphose de l'esprit
o chante-moi la femme
dans l'écorce d'un arbre
près de la rivière
chante-moi l'eau qui s'ouvre
o chante-moi l'eau qui m'arrête
peut-être la mémoire s'y confond
parce que c'est atroce
parce que c'est honteux
parce que ce n'est pas à vendre
ou alors la vague
n'est que la vague
et l'oiseau
est le coquillage qui s'arrête
et les pas
sont les pas de qui s'arrêtera
considère ce qui fuit ou l'immobilité
peut-être la métamorphose mais le déclin
j'ai vu quelque dormeuse s'éveiller
et m'innove avec l'arrêt de la vague
et les yeux de qui l'entoure de sa danse
comme un oiseau deux dans les branches
et l'arbre comme un cri
lui répondant à travers d'autres cris
et le soleil qui va le cercle
jusqu'au point qui l'abolit à jamais
ce que la folie n'a pas exhumé
diverses tombes
la plus cachée innove toujours le cœur et le cœur
innove toujours plus d'un qui ne s'arrêtera pas qui
opium 24 juillet
grandiose élégie consacrée à la déesse de la fertilité
la chambre dans la chambre libations rituelles
la flatterie ne m'impose pas d'écrire
le tout est de reconnaître ses propres pas
dans ce qui a déjà été écrit
tes yeux sont comme l'écume de la vague
chaque jour est un nouveau présage
de l'arrêt abrupt de la phrase
ou bien ces mêmes champs de blé
à la lueur des bougies
et le ciel plus calme sous la montagne
et la montagne plus légère en tant que silhouette
ou bien ces arbres délavés dans la lumière
ne plus prononcer autre chose que la beauté
ne pas s'attarder durer
mais dans l'épaule enrubannée d'aurore
au grincement des coquillages dans
l'écume de la vague
entre le sable
et l'écume de la vague
entre le sable et le sable
en bloc
comme prélude
à tes mots
le oui
aux branches de l'arbre
et le soleil
à tes yeux
comme prélude
au moins le prélude en forme de oui
o chienne protège ma fertilité
le vin est répandu pour te fêter
o chienne protège-moi
de couper court à la conversation
tenue avec les poètes
ne te détourne pas de mon chemin
elle est captive du temple
et nue malgré les regards
dans les pas de l'oiseau
la nudité des filles
que le temps a acheté aux familles
ne crois pas soustraire
tes visions à la montagne
il est temps de mémorer
l'intrusion du parfait dans le quotidien
la fille aux cheveux de bistre
a ancré nos cœurs
de l'encre la plus noire
ne crois pas mentir à la face des mers
ne crois pas mentir aux mers
qui t'ont donné le jour
les vignes n'ont pas fertilisé l'esprit
les champs de blé n'ont doré que le corps
il est temps d'en finir avec les dieux
les chefs d'œuvre de l'homme
n'ont plus droit de cité parmi les hommes
o rose enclose à même l'heure
de ne durer toute la vie
n'est-il pas quelque amie qui pleure
dans la poignée de terre
o quelle fleur se meurt d'amour
aux parures dans l'ombre nue
quelle fleur est une fleur d'amour
de rasséréner le soleil
n'éclaire qu'un côté de l'arbre
tombé dans l'ombre du même arbre
o dis-moi la mère éblouie
de tant de filles dans la maison
change au chant le plus haut
les parures de pierre à ton ventre
il n'est pas de nuit plus légère
au jour sacrant la pénultième
la tour est toujours plus altière
ne me dis pas la haine
o ne me dis pas l'amour
ne me dis pas la même amante
les murs n'ont pas
toute la blancheur
de ton regard hélas
l'aïeule est toujours la plus vierge
dans le nacre des dents qu'on sème
pas même le jardin qui pleure
au pleur de la belle captive
pas même un sourire
ira-t-elle s'enivrer de ce vin Dionysos
l'avons-nous bu nous-mêmes
non et non
car le cratère est aussi sec que tes yeux
ou seulement baigné au bond de la lumière
qui environne son repos
lente maintenant de se taire
de s'être toujours tue
au mouvement qui l'anima
un temps peut-être reculé
quel est ce vin que tu nous sers o Dionysos
quel est ce pain que Kérés a rompu
est-ce un seul repas qui se remémore
la lumière a-t-elle sublimé son visage
au portrait qui l'eût éternisé
peut-être
si le voile ne cache un enfant mal aimé
les dieux n'ont-ils pas voulu de tes libations
ou les morts
les morts peut-être plutôt que les dieux
les morts sont plus exigeants que les dieux
les dieux se foutent trop des morts
on y enterrera nos morts après les avoir brûlés
on criera de nouveaux cris pour la mémoire de nos fils
on fermera la grille au coucher du soleil
pour les protéger de la nuit
il suffit d'écouter de s'asseoir
et d'écouter car c'est un chant
toi qui me lis toi
qui m'écoute me lire
ne réponds pas
si le chant s'est obscurci
il suffit de se taire
quand l'autre parle
s'il chante
le symbole est un arrêt nécessaire
je dis vital
non pas l'arrêt de ce qu'il signe
à la lettre
l'arrêt de soi-même
au seuil de l'idée
le pivot sur quoi repose ce qui va changer
toute parole à tes yeux accrocheurs
d'amers regards dans le passé
espace les jours dans les jours
brille de l'éclat du midi
o nuit
calme
soutiens le oui où elle honore l'avenir
tu reposes au travail
des jours dans mon âge
o morte avec lenteur
amante aux arbres noirs
que j'entoure d'un jour
où m'espace la grille
mon pas n'est plus le même
j'ai changé la sonorité intérieure de mon recueil
le caractère écrit n'est-il
pas un oiseau dans la neige
pourquoi un oiseau dans la neige
pourquoi la légende
le soleil s'est à peine levé
il y aura longtemps
si longtemps
pffft que le pas réveille
hâtons-nous de rentrer
il fait à peine jour
houm delecta
résumer le peu d'oracle
dans l'impouvoir du devin
résumer l'impouvoir dans les abus
dans l'injustice et les meurtres d'intrigues
au précipice de soi
se mordant la paume de la main
les yeux jetés du côté des nuages gris
que le vent agitait
comme des feux de campagnes
leurs tendres corps comme la moelle du cœur
le rhizome communique avec l'au-delà de l'érotisme
je voudrais que le pollen clore tes paupières
et la culbuta dans un bordel pas loin du soleil
l'idée nous ressemble
la qualité technique
seul moyen d'isoler l'œuvre du temps
les œuvres d'écoles n'ont jamais d'intérêt qu'historique
les œuvres de soi au hasard du temps vécu
ont des résiliences d'histoire
rapport de la partie au tout
on entre à l'école à coup de pied au cul
on en ressort sourire aux lèvres
cons
pas mal de haine
je ne prêche pas l'originalité à tout prix
l'originalité est une question d'esthétique
la pensée n'est jamais originale
je veux dire la pensée bienvenue
les philosophes sont des cons
ou des joueurs c'est à dire des tricheurs
leurs femmes sont de petits boudins
o belle épousée
prend mon bras
et m'entoure de tes mots
au moment de passer le seuil
de la maison de ton père
o belle épousée
arrache le masque
aux fenêtres que dorent
les yeux d'une mère dans mon épaule
et en rit
non je ne suis pas poète
la poésie m'en garde
je n'ai qu'une heure pour dire un mot
au point de rencontre
de la parole donnée
avec ma folie
trop d'œuvres d'art ont dérouté mon esprit
du chemin de la perfection
dans la beauté et l'éternité
je ne ris pas
je n'en ai pas le temps
l'art n'est qu'un arrêt de l'esprit
au seuil de la mémoire
et l'esprit ne rit pas
où l'oubli le refuse à la vie
ce rire sur mes lèvres
est un effet de miroir
mais je n'y suis pour rien
non je ne jouerai pas le jeu
lyre et peut-être le temps et peut-être l'amour
et la blanche cité sous le soleil
j'irai cueillir la dernière fleur pour toi
je pincerai la dernière corde
au baiser de ta bouche
dans les boucles qu'elle soutienne si je joue
peut-être tout près
tout près de l'eau
mais tu n'iras pas reconnaître d'autres chemins
où le cri ne module plus la douleur
module la transe au point de rencontre
de la folie et du langage
tu auras rêvé la plus grande libation aux morts
écoute-moi
ne me lis pas
regarde-moi
sincérité
peut-être l'idée
une métamorphose de suite
ne me lis pas
ni livre
ni recueil
n'entre pas
sincérité
homme-loup
à bout de force
à bout de peine
si jeune
peut-être beau
entrant à peine
entrant de force
s'aboucher vieux
avec la laideur
le temps n'est pas si doux
o lente habitante de l'enfer
le temps est immobile
il y aura toujours une clé
mais pas la bonne
à ouvrir l'esprit
au moment voulu
la clé n'est pas la clé
ce n'est qu'une clé
au choix du voyeur
en échange d'un rond
l'amour n'est pas bon marché
pas assez d'publicité ou trop d'pauvreté
la porte n'est pas la porte
trop de rêves trop d'absences
l'aurore plus douce
plus légère que ton regard
c'est dire que je m'y chante plus doux
plus léger que dans l'amour
c'est dire que tu es l'ombre dans ma lumière
o ne t'éveille pas dormeuse le jour
doucement m'inonde
du sang versé
pour un peu d'amour
où cristalline
je te vois absorber
le fond de mon verre
tu n'as pas reconnu
ce seul visage
au point de mesurer
la mémoire d'un père
ton regard est celui d'une morte
dans les absurdités de la légende
avec la femme comme une fourmi
qui a élu le règne des géants
ce ne peut être qu'un reflet
qui vient me hanter
où ma mort me tranquillise
et du reflet
peut être l'argile
avec la femme
qui enfante d'un dragon légendaire
des jours
des jours
mais rien
mais rien
des jours
à regarder
et rien
à voir
l'infortune
le dernier cri descend!
descend en moi
descend!
et m'innove
dans l'heure qui ne changera pas
ce qui importe n'est pas la mer
ce qui importe n'est pas les îles
ce qui importe n'est pas l'ha-pas l'habitante
ce qui importe n'est pas le seuil pas la maison
ce qui importe c'est qu'on y soye reçu comme un fils
comme un fils qui s'ra rev'nu d'la guè-ère
ce n'est qu'une tour
ce n'est que l'ombre d'une tour
dans la lumière
ce ne peut être que cela
pour reconnaître dans l'ombre
pour saluer ce qui approche
de loin et blanche
ce n'est que l'eau
ce n'est que le jet d'eau
qui s'arrête au passage
où la vie est visible
io ce ne peut être que cela
non pas le miroir
l'eau qui n'a pas mouillé
l'eau qui n'a pas ondé
ondé les yeux
ondé les lèvres
ondé l'onde de ton corps
d'autres oiseaux
les plus secrets
elle qui sommeille
dans le creux des racines
son sein n'est pas plus doux
son œil n'est pas plus hagard
elle a de bonnes raisons de vouloir supprimer l'enfer
o tombes o oiseaux
aile légendaire
la gloire te ment
l'immense reconnaissance du savoir
les bleuités rampantes du couchant
au rouge continent perdu
le rire pourrissant de la tragédie
n'a pas fini d'irriter l'œil du bourgeois
sur la scène des poupées de carton
renvoient la verdeur du propos des poètes
des poètes reconnaissants
je ne salue que l'immensité de langage
par exemple e.p.
Mme E. cligne des yeux sous le porche
je ne salue que les plages de sable blanc
où s'ébat la beauté de mon propre salut aux poètes
je salue ce qui reste après le naufrage
je salue ce qu'ont élu les poètes
je salue la négation dans la publicité
un serpent dans l'aurore aux ongles blancs
les prêtres hors du temple
je ne vois que ton corps nu
dans les jeux
de la lumière
avec mes mains
qui es-tu
blanche écartée
comme un renoncement
jeune putain
mon sexe raide
et mon cul dilaté
je bats toutes les transes
au jeu de la maison
je bats
et je paye
à ton cul
à ton sexe
à ta bouche
à tes seins
tu as l'odeur
de ce que je te dois
même si ce n'est pas poétique
notations finir l'œuvre en cœur ouvert pour l'amour
notations pour une fille plus belle que la vie
notations pour un corps redonné notations justice notations
l'apparence sur ton visage
comme les portes d'une cellule de prison
toutes verrouillées de l'intérieur
mais qu'on ne peut ouvrir que de l'extérieur
l'araignée mangera sa toile
l'oiseau changera de branche
à l'égard des arbres de ton jardin
de la maison aux portes closes dans ton jardin
le seul souci o belle épousée
est de n'en paraître pas affecté
au moins le temps d'oublier que tu as existé
o mes mains sont l'argile de ma volonté
mon cœur à nu contre
le cœur peut-être deux
si le temps me laisse la peur
si le temps m'abandonne à eux
il y a les muses là-bas
au moins la muse arrondissant son chant
au chant du soleil
je reconnais les pas d'une autre
o feux de quels dieux au nectar d'herbes
une fleur aura résumé mes pas
une fleur comme un cri
j'ai regardé dans l'eau
c'est le feu
la juste quantité nécessaire
pour abolir la pierre dans la terre
pour recréer de vagues paysages
peut-être le temps de lever la tête
pour les voir passer
comme un visage
comme un seul œil
comme tous les regards
- m'avez-vous entendu?
inix limite gira dans l'fond
s'y joua du jouet même
l'ordre des heures en fichu de vieille dame
mélancophase vitépurant en sus
échoua sul'sable
et s'ouvrit l'poignet avec un coquillage
lequel sa' bu toul'sang
et laquelle s'y abreuva pas seulement d'silice
si l'est avis qu'ça dur'ra pas
puis le temps des étrangères
le temps de l'habitante redoutant
d'autres étrangères
d'autres fleurs
les dieux agacés
les dieux au bout de leur voyage
le jour et l'heure
l'attente et l'inattendu
la lassitude et les regrets
la solitude
les bûchers divers de l'esprit
d'autres bûchers
entre le possible et l'inexprimé
des royaumes des pierres des siècles
quelques anecdotes
o dragon sacré
fume encore
d'étouffer le cri
aux bases de ce temple
fume encore
et refume m'encore
entre ces lacs de colonnes
insignifiantes
aux verticalités fume et refume
de coucher ce qui dort
de coucher ce qui pense
de coucher ce qui croit
o dragon sacré m'inspire le retour
le secret des retours
le secret à la clé
de chacun des retours
du poète sur ses pas
m'inspire et me damne
de n'avoir su brûler
au moins à l'heure prévue
l'or et non l'idole
l'or et non la présence
l'or recommencé avec l'heure prévue
o dragon m'inspire la plus totale des saisons
dans le sang et la soif de recommencer
lignes où la main égare
le sens de sa rotation
autour du corps endormi
qui ne se réveillera pas
ni demain ni le jour
où mes fils rediront les paroles
que mon père a prononcé
sur le corps de ma mère
le dernier voyage
à peine le retour
une dernière vie
avant la première mort
les mamelles élevées
au regard doucement
son sexe qui s'écarte
à la rencontre de ses pleurs
ou par-delà la cuisse parcourue
d'une main à venir
toute la mort dans les yeux
de celle qui aimera un jour
Sapho toujours plus belle nue
que sur son trône d'étoile poétique
longuement j'ai regardé
mon regard dans le miroir
longuement j'ai effacé
les traits qui me dévisagent
lentement tu m'apparais
mes yeux à la place de ta haine et de mon amour
perdu toute trace d'homme ici même
un reste qui semble rester
perdu à jamais la fourmi
et la mère au vertige de l'enfantement
ne doit rien ni à l'infortune
ne s'est donnée que pour renaître informe
comment ne pas l'être avec le temps
avec chacune des filles que la mère isole
dans un chant annoncé tout bas
o rien n'est pur qui me console
chante o chante o poète aimé
ne chante que l'amour
chante qu'il est temps
de chanter l'amour
chante l'amante aux yeux de nacre
le corps ébloui qu'on le sacre
chante les yeux surpris
au sel qui m'a souri
o chante les plus belles nuit
o nuit qui redorent l'ennui
au soleil des jours
o chante l'amour
chante la morte
au cœur de pierre
chante la pierre
au cœur de terre
o chante-moi le cœur
au-delà de la peur
redis-moi la proche saison
les visiteurs mourant le long
o chante l'amour
du sol alentour
chante la putain endormie
seule dans la dernière nuit
o chante la putain redorée au matin
o chante un peu tous les soleils éteints
de la rue aux sommeils
répète-toi pour me chanter l'amour
la mort n'est pas si belle que le sang
le sang n'est pas si beau que le corps
le corps n'est pas si beau que sa chute
toutes les chutes sont plus belles que l'ennui
plus belles que la mort
plus belles que le sang
plus belles que le vin
plus belles que le vertige même
o plus belles avec l'infortune dans la tour
je ne dis pas ce que ça dit
je n'insinue que l'inachevé
en quoi peu importe le détail
peu importe la matière
je ne dis que la présence
non la beauté ni le sens
en quoi je vous salue et me va
l'escalier qui ne tourne plus de monter si haut
le sacrifice de beaucoup de soi-même
au profit des œuvres non léchées
qu'un champ de blé a résumé à un coup de feu
ce n'est pas de la flatterie
nier peut-être le coup de feu
sur la montagne qu'on pleure désuète
et peut-être en allée
avec les retours de la dernière saison
une bonne dizaine de putains
occupant le dernier étage de la maison
les songes que l'hiver
a parés de la dernière odeur
aussi bien que les mots
qu'elle a chantés
la mort dans les ronds
dans l'eau
du soleil
au jet d'eau qui l'exalte
tu m'entoures de flammes et moi
je pétille comme un sarment
buvant à ta bouche le vin chaud
maintenant de ton sang
o je t'aime comme la fourmi
o je mesure le moindre de mes mots
à ta taille de géante
o je n'enfante que des cris
hoooooooooooooooooooooo
n'attend que l'or à
même de s'y brûler le cœur
elle n'est pas moins seule
avec l'autre attente
tout le feu répandu
à sa gorge qui triomphe
même en gloire n'inverse
que la face cachée
une rivière en deux doux ventres
au moins une génération d'insectes
o ce cœur
qui me sépare
de ne rencontrer
que l'instant
dans l'instant
d'autres vieux
sophismes chinois
à la clé
d'autres vieilles
histoires de chaudron
à même de repeupler
les œuvres éternelles
toute la fresque à peine entrevue
l'autre montra
son sexe à l'exilé
dont les hôtels ne voulaient pas
"a eu des histoires avec dieu"
mais le temps n'a pas été bon pour nous
tout le long de ce périple à travers les âges
et je pouvais voir des masques se répéter
sur l'envers des médailles
que les femmes ajustaient sur leurs seins
"ne rie pas de me voir ainsi dénudée"
paya en monnaie de voyage tout le repas
et H.D. essuya ses lèvres ensanglantées
en proférant des menaces à l'envers
de la fille qui riait à l'autre table
à l'autre bout de la table
et il renversa la chaise sur les choses les plus légères
Dirké renvoie la lumière des linges mouillés
"essaie un peu m'escargot d'accrocher mon regard"
dit la putain en nous narguant
l'esprit n'est plus ce qu'il était
peut-être si la nuit me console
d'avoir pleuré les morts
au nom de quelle idée
je demande au nom de quel amour
la nuit me console
aux pleurs jetés dans les mots
me console du vif déserté momentanément
ce n'est pas une autobiographie
ce ne sont pas des dates
c'est un temps qui a toujours été
aussi vrai qu'Ulysses par Nékuia
ou l'idylle de mon père et de ma mère
sur l'autre écueil
aussi vrai que le vent
aussi vrai que l'écriture comme moyen de luxure
la fourmi qui dévore l'œil
et commence par-là
et seulement par-là
que sont mes souvenirs
pour ceux qui ont commis des lâchetés
puis les incontinents
les non-baptisés
luxurieux
gourmands
avares
prodigues
coléreux
moroses
hérétiques
violents
contre le prochain
contre eux-mêmes
contre dieu
la nature
l'art
bolges des
ruffians
séducteurs
adulateurs
entremetteurs
simoniaques
devins
concussionnaires
hypocrites
voleurs
conseillers perfides
semeurs de discorde
faussaires
les zones des traîtres
contre leurs parents
leur patrie
leurs hôtes
leurs bienfaiteurs
pour celui qui appelle sans répondre
le chant ne se brisera pas
au pied des œuvres d'art
le chant n'est pas une flatterie
le chant sans doute brisera le cœur
de ne pas le flatter
mais le cœur ne le brisera pas
le chant n'est pas un amant
le chant ne brisera pas l'esprit
l'esprit ne flattera pas le chant
il le brisera peut-être à la fin
mais pour des raisons divines
le chant se brisera peut-être
si l'esprit le veut
mes mains ont donné la terre
à la forme de tes formes
mes yeux ont donné le soleil
à l'ombre de tes lumières
ma chair a donné l'eau
au passage de la mort
mon cœur a donné le cri
à ton ventre de femme
les maisons seules
sur la colline désertée
et les arbres plus beaux
dans ma solitude
Toukaram
sur le bord de la route
et Sophros
bourrant sa pipe en parlant de cul
et la fille
aux cheveux de colonnes
et la lumière
et le soleil
et l'ombre vive
la fraîcheur reposante de l'ombre
dans l'ombre des murs blancs
et je suis là à contempler le ciel
"d'un point de vue technique seulement"
mais l'œil compose mieux que la main
l'erreur est de retourner sur ses pas en étranger
elle a simplement ôté son masque sans histoire
comme une peinture
simplement pour montrer son visage
les filles qui jouaient nues dans la rivière
leurs cris contre l'eau
leurs cris dans les feuillages
mais le cœur n'y était pas
il s'ouvrit le poignet comme on ouvre une porte
au diable les lettres à la clé
au diable joyce mallarmé roussel pound a quelques excuses
la vie bordel du diable
la vie nous avons besoin de la vie
nous ne mourons pas avant que d'avoir vécu
hé hé les chants dans l'heure sont-ils purs
assez pour renaître avec nous
chants sans brisures intraduisibles
le livre ne sera pas écrit
o laisse-moi le temps de chanter
il n'y aura pas de livre
pas de recueil
juste un chant brisé
ça ne chantera pas
ça voudra dire n'importe quoi
pourvu que ça se chante
que ça dise au moins l'instant du chant
non dis-je tu ne me liras pas
tu n'as pas dit ce que tu enfantes
o mère de tous mes vertiges
peut-être la douleur
la douleur au coin des lèvres
que tu n'as pas ouvertes dans mon cri
j'ai mal o mère pensée de t'en avoir trop dit
j'ai mal d'être l'enfant au degré zéro de ton amour
le mal pour soulager
il regarde les montagnes
l'esthétique est fragmentaire
parce que l'art est absolu
réclamant sa propre tête
au nom d'une belle dame sans mercy
un point de départ de la plus haute qualité
figurer dans les époques creuses
la lune peut-elle se soustraire
à mes vols d'instruments
au moins la plus abstraite imitation
le moment où l'une des portes cède
comme un fantôme à Rapallo
le moment où la servante déplace
le pot de fleurs au-dessus du lit
où le pot de fleurs se détache en contre-jour
dans le carré des fenêtres
et le cri du souffleur
qui met un point final à la scène
figuré par une chanterelle
après avoir vidé ses couilles dans un bordel
le même cri mais dans la chute du corps
figuré par la même chanterelle
fragmentaire sans ordre de fragments
la critique n'est valable que sur le mode lyrique
y a-t-il une raison particulière
à ce que je ne dérobe pas le soleil
aux intrus du type rencontré
peu après que la maladie
eut montré des signes de faiblesse
par rapport à ce qu'elle avait été
dans ses meilleurs moments
du temps où j'avais le courage
de l'annoncer en guise d'invitation
y a-t-il une raison
la tête de Jean
y a-t-il une raison au soleil
au moment où le vieil homme
s'assoit sur une pierre
pour se reposer
sa fille reste debout
étrangement belle
d'un point de vue purement littéraire
peut-être parce que le temps
résiste à l'écriture
et que l'écriture lui résiste
malgré la mort
et malgré l'oubli
peut-être les replis de l'esprit au sommet
n'isoler que la trame
comme sur une toile
mais sans effet de matière
je veux dire:
éviter tout effet de matière
de dessin
de composition
isoler ce qui est littérature
en dehors de tout impact esthétique
éviter par exemple la mise en page
la littérature doit raturer
tout ce qui n'est pas idéal
c'est contraire à notre époque
la trame est visible ou transparente
y arriver par l'imitation
la raillerie imitative
à la pliure atroce
de mon esprit
dans la pierre
qui me déserte
toute l'infirmité
de ton corps
que soutienne un doute
dérange au moins le sort
qui l'a élu au passage
d'oiseaux de proie
je n'ai pas la pierre temps retour
je n'ai pas le nom vents marées
je n'ai pas le pas tranquille de l'oiseau élu pour une écriture
mais la douleur
la douleur du moment
le moment le plus proche
qui vise le nombre
le rassemblement
je me perds
dans un fatras de beautés
ou alors je n'ai plus rien à dire
l'écriture
comme un appel au dehors
que justifie la peur de la maladie
la peur de la mort
la peur de la peur
o me perdre mais pas pour m'oublier
me perdre pour me perdre
avec le souvenir ancré
avec le souvenir décrit
me perdre mais
pas pour me retrouver
me perdre
parce que la maladie abolit l'instinct
parce que la mort est un trou de mémoire
me perdre avec la peur d'avoir peur
par exemple le vieil E.P. dans sa cage à Pise
"la liberté dans la lumière"
et il pouvait voir
la dernière journée
s'en vêtir
laminoir
le classique découpage en colonnes
M.Butor T d'A
le poète à l'écriture de transes
chante ce qui est chant
figure ce qui est figure
isole ce qui est pensée
le poète à l'écriture de cochon
les ténèbres couvrent ton visage
le poète à l'écriture d'amour
inscrit la vie dans le symbole
loge dans l'épiphanie
les mains de son désespoir
il croît avec l'analogie
il se rassérène dans l'idéogramme
o très douce dormeuse
à ton sein le lierre
en mur se change
et me prolonge
et le jour inonde
le repos sur tes lèvres
et la nuit est un rêve prémonitoire
et l'aurore est une mort tranquille
ce n'est pas la danseuse
aux cheveux de colonnes
qui a passé sans me voir
mais qui a salué
mon ombre sur les murs
o soleil ce n'est pas moi
qui me salue
dans les seins que j'avance
ce n'est pas moi
dans les lacs de l'inattendu
o danseuse danse-moi dans mon ombre
danse-moi sur les murs de mon soleil
o sois la bienvenue
dans les pas que je saigne
et redis-moi la mort
o redis-moi les heures
dans les pas que je saigne
redis-moi ce qui vient
solitude ma fille
solitude où meurs-tu
le passage
et non l'arrêt
du rêve à l'acte
un pacte avec les hommes
je n'écrirai pas de livres
à peine les fusées
de mon cœur mis à nu
non je ne sais pas peupler le temps
branler
régler un compte amer doux
avec les hommes
avec moi-même
avec l'amour
avec la haine
l'amertume
et la douceur
régaler l'esprit
à reluquer les filles
hanter les maisons
je m'obstine dans l'erreur
avoir peuplé avec des morts
ce qui n'a pas été vécu
rassemblé toute la vie au seuil de la mort
tu m'as salué d'un œil qui change
ce n'est pas un livre
pas un recueil
pas un mémoire
c'est un abîme
où je rassemble les morceaux
de ce qui ne pouvait ressembler
à autre chose
jamais la même
sans issue que sa propre métamorphose
sincérité
toute une carrière foutue
parce que la pierre est mauvaise
un rêve de maison
un jardin pour la protéger des bourgeois
pierre
tombeau
nuit
m'est avis que c'était foutu d'avance
peut-être un arrière-goût de naufrage
au commencement avec le verbe
avec le verbe
- toutes les erreurs ne sont pas pardonnables
le seul moyen de s'en sortir
avec toute la fierté possible
toute la fierté dans une sentence
pauvreté poétique des tribunaux
nul ne pardonnera à la fin - clarté
né de la fourmi
la moins féminine
aimée un temps
versé toute la haine
au corps
mais à l'esprit itinérant
comme un regard
une feuille d'arbre tombée
tant d'injustes regrets
où est venu le temps
à peine le regard
que j'oublie d'innover en cœur
m'arrache la plus légère
et la plus douce des cantilènes
ou l'esprit en sommet de pâmoison
à peine les yeux lâchés au spectacle de la mort
je fus moi
tu fus toi
elle fut elle
qui est qui
le khan des écrits
sim
l'œuf nommé par le signe qui le réduise
le cri dément émané de la terre
un charmant pays
contemple l'œuf et l'eau
les éléments premiers
hérésiarque au point de vue poétique
et tel
j'dis pas que l'infortune s'y change
comme moi elle a tiré l'épée de son sein
l'errance dite fascinosus
par la hsien
une des facettes
du parler qui s'authentique
au royaume de Lykéios
quos vult perdere
elle déplace un fard
et la voilà métamorphosée
une renaissance toute en heure
père et fils
selon qu'il subjugue quand il ouvre la bouche
u luumil kin
le soleil parut dans les arbres de mon jardin
"je veux me confondre avec ma résolution
innover innover seul mon cœur"
elle y procède de la saison des pluies
le périple n'est pas plus grand avec Hermés
tu m'iras chanter o lézard
après qu'mon champ s'ra labouré
tu m'iras chanter dans les maisons
quand moi je suis seul à pleurer les morts
tu m'iras chanter très haut
aux oreilles d'une épousée
tu m'iras chanter o lézard
et p't'être qu'la terre pouss'ra sous mes pieds
o va le vent suivant
les rives de nos laveuses
elles sont nues
leurs bras sont blancs
le vent y court
o va la pluie et la calamité
dans le ventre de notre propreté
o va le vent qui n'attend pas
qu'elle ait achevé les derniers restes
et l'arbre comme un trou
au ciel qui le ceinture
et chair comme une eau
qui va la morte va où je chante
et la rivière qui se pleure
dans la terre qui la répand
et ton esprit comme une herbe
et l'herbe comme une fourmi
et voilà que tu pleures
sur le bord de la route
à cause du mauvais temps
et de la solitude dans ton cœur
encore un arrêt
et ton esprit s'abolira avec la mémoire
encore un arrêt
et ton corps n'a jamais existé
relève-moi dans mon corps
o passage du vent sur ma maison
d'un coup de vent
relève la mesure
de mon corps dans la pierre
et m'arrête dans la croissance
des arbres autour de mon sommeil
mesure ton langage
dans les pas que je fonde
à même ta mémoire
o fille de tous les temps connus
respire en mon ombre la lumière
où je voile les jours à venir
avec le sang qui m'a élu
o chante une nouvelle fois
toi l'épousée dans la lumière
le chant au cri du désespoir
où la vie est une reconnaissance
o les dieux triomphent
o les démons sont vaincus
tu crieras pitié
o la plus longue des nuits
mon âme se rassemble
aux moiteurs emmerdées de l'attente
et je suis seul
et je suis fou
o pitié
mais le rire aux dents
hélas sur moi
mon esprit absorbe mon corps
je m'isole maintenant
la mémoire m'absente
c'est un rêve contre la nature
contre l'art
contre la femme
o pitié
tout le mal est d'avoir violé une muse
contre la mémoire
o mère tu n'as pas de cœur
et mon cri n'a répondu qu'à mon cri
toute mon écriture est une approche de la mort
et je chante le temps
d'une mort à petit feu
à petite angoisse
au carcan de la vie
petit petit
à mi-chemin de la mort
mon écriture m'éloigne de l'art
je ne chante plus pour charmer
je chante pour conserver mes distances
je chante pour me protéger
mon tombeau ne sera pas de pierre
hélas sur moi
la tour est assez haute
même vue d'ici
hélas sur moi
la nuit est assez noire
et le vin est assez doux
hélas sur moi
qui me redis tout bas
que la nuit est une fête
que la fête est la dernière
hélas sur moi
les dieux ne sont qu'un jeu de l'esprit
ce n'est pas qu'au bordel on juge
ce ne sont pas des juges qu'on paye
rois au salaire des dieux
le sexe de la plus belle des putains
non qu'on la pende à l'ombre de la tour par les chevilles
non pas qu'elle pourrisse le temps d'une génération
louons nos dieux
j'ai visité le temple où tu dors
- le prêtre me l'a dit
j'ai visité le temple où tu dors
- la maison que le soleil éclaire du côté de la fenêtre
j'ai vu l'arbre dont tu m'as parlé
je l'ai vu tomber sur mes pas
et ils bâtirent un nouveau temple
sur les fondations de l'ancien
et judica causam tuam
la femme dans l'eau
ses parures de pierre
ses parures de métal
que le sable a mêlé
la femme dans le sable
la femme que le sable mêle
à la pierre et au métal
la femme dort dans ses mains
la femme sur le chemin
la lumière dans les linges
et l'ombre de ses bijoux
les peintures sur sa peau
que rature le bijou
la femme dans la maison
mes pas sur tes pas
et ma main sur ton corps
les chemins
le soleil
ceci est le lieu du seul repos
du repos seul
ne m'ignore pas
mes pas dans les pas de ton ombre
le soleil dans l'ombre de mon ombre
l'espoir aux dents
comme le lézard
au sable bleui de mes rêves
je n'y vois que l'inattendu de ta présence
comme le lézard aux rêves de sable bleu
laisse aller les changements
au fil de la mémoire
comme un rocher dans la vague
se rêve en écume
au blanc des yeux n'ajuste
qu'un regard inattentif
ayant dit oui
à ce qui est venu sans bruit
je t'aime doucement ton corps récent
à même de prédire ce qui va suivre
dans l'éclatement de nos figurations
je t'aime doucement comme le rêve
je t'aime doucement comme un présage
au rêve le plus fou de savoir
je t'aime à même l'heure de s'ignorer
voire de m'oublier
voire de me redire encore une fois
une fois de plus t'aimant tant doucement
que c'est à peine un jour dans les rayons
que c'est à peine si je te retrouve
de m'ajuster au sort le plus infortuné
je t'aime doucement de ne pas m'arrêter
la chance n'a souri qu'aux jeteurs de sort
la chance est reluquée de tous côtés
la chance n'a souri qu'aux joueurs de cartes
la chance n'a souri qu'aux diseurs d'aventures
la chance n'a souri qu'aux mangeurs d'opium
la chance n'a souri qu'aux tricheurs
la chance n'a souri qu'aux tueurs
la chance a-t-elle souri aux bâtisseurs
la chance a souri aux menteurs
la chance n'a pas souri aux poètes
la chance n'a souri qu'aux semeurs
la chance a-t-elle souri à la mémoire
l'infortune a-t-elle le sourire aux lèvres
la chance n'a souri qu'à l'oubli
la chance n'a souri qu'aux médecins
la chance n'a pas souri à tout le monde
la chance n'a souri qu'à l'homme cultivé
si je ne t'aimais autant
je dirais que tu es une conne
et que seules les connes m'excitent
et tu t'imaginerais
o toi la conne
de ton lit d'hôpital branlant maintes fois par jour
en souvenir de nos escapades dans les musées de l'amour
mais je t'aime
car tu crois aux oiseaux créateurs du ciel et de la terre
je déteste ta maladie parce qu'elle me ressemble
je déteste ton cri et ta douleur
n'espère pas la guérison ni l'éternité
je suis le masque ressemblant
o toi l'odeur
je suis le masque qui ressemble
au mur qui t'arrête au seuil de la maison
immole-moi dans ton conin
peut-être les parures
dans le corps qui redort
long d'usures
dans les chants
les ors déterrés avec l'âge
la terre est arrêtée au seuil
même une morte me salue
donc aimée où la lueur la morde
ouverte dans la pierre
qui para le plus beau
à l'œuvre d'un tombeau
peut-être les secrets de l'œuvre
au chant qui ne les chante pas
tout l'amour en avant qui s'ouvre
sur l'idée là-bas peut-être
parce que tu n'es pas dieu
ou parce que la mort est douloureuse
parce que tu n'es pas dieu
ou parce que les choses ont foiré dés le départ
parce que tu n'es pas dieu
ou parce que la pauvreté a fait place à la solitude
o Kérés tes champs de blé
sont plus dorés que jamais
parce que tu n'es pas dieu
au seul degré qu'il importe d'atteindre
du point de vue littéraire
parce que tu n'es pas dieu
notre temps repose dans la mort de dieu
notre temps est mort avec son dieu
notre dieu ne se relèvera pas
parce que ta voix n'est pas la seule
à hurler de douleur dans la nuit
ne rie pas qu'on t'apporte un enfant né du désert
ne rie pas de la femme qui l'a enfanté
ne rie pas d'avoir oublié cette nuit de beuverie
n'oublie pas ta connerie soldat!
notre dieu est un rêve d'hommes cultivés
éloigne-toi o belle épousée
mon esprit ne cherche que ton corps
o laisse-moi te conduire
aux formes de la chair
laisse-moi me nourrir
aux formes de ton cœur
o belle épousée qui es-tu
n'est-ce pas le masque
que ma main reforme
aux formes de ta différence
o je t'ai reconnue belle épousée
tu es la fourmi solitaire
et moi je suis le gnomon
toute la route est un rêve de distance
et la mort y installe son royaume
toute la route est mesurée dans ton cœur
et la mort a déserté d'autres routes
toute la route me retrouve où je meurs
et la mort est un rêve de distances
toute la route est un tombeau de pierre
et la mort se mesure à ton cœur
o la route est un écrit que le feu absorbe
et la mort est un soleil au masque de la lune
tu n'as pas la chance aux tripots
o ma ronde dans la folie
aux vieux tripots dans la rue basse d'ombres
aux amours mortes dans la rue
à ce qui pue
dans l'odeur de l'amour malade
aux amants
tu aurais voulu qu'elle rie
au lit abandonné
au sort d'une autre nuit d'été
aux amantes aux passages d'un autre âge
elle n'a ri qu'à ton vieux cul
au matin pauvre et à la gloire
au jour plus léger que tes yeux dans mon regard
aux vieux grimoires d'amour dans le lit de nos dieux
elle n'a ri que pour la forme
nulle saison n'est plus légère
à l'esprit d'autres sources
nulle saison n'est plus amère
toutes les sources sont la source
c'est de l'écriture pure
qui appelle
pour être comprise
autre chose que la lecture
l'écriture à ce moment appelle l'écriture
la terrible individualité du créateur
il est dit deux en un
il n'est pas dit
on se cache de dire
le mensonge est une pratique courante chez les poètes
c'est aussi une excuse
quelquefois un propos
la cage pendue au chambranle
oublie car la mémoire y prélude
se déchire puis oublie
et le soleil calcine ces fleurs
et ton livre renverse le tau
et la juste raison de confondre la croix
peut-être né de l'eau
où la métamorphose le plonge
d'un père amoureux
ou simplement en rut
d'où la haine et le désespoir
la hantise qui s'interpose où la mort le sacre
comme une insomnie au cours de la nuit
comme l'impossible au seuil de l'ennui
comme le hasard au sein de la mort
l'a vu naître de l'onde au rond qui va le ceindre
comme un nom pour toute la vie
dès les premiers jours qu'on couronne
au vin d'autres amours
noie le noir de la couronne
dans la pierre oublieuse
noie le noir et la pierre
dans la terre
c'est la mort que j'épouse
c'est la mort qui m'épouse
maintenant est venu le temps de haïr
une situation dans l'enfer
il y a la mère des muses
facile d'oublier les portes du soleil
au souci qu'anime le regard
avant qu'elle sorte de tout ceci
avec les dieux ricanant dans l'ombre des murs
qu'elle a créée malgré l'usure
o sois la bienvenue
o mère
toi l'insouciante avec les dieux
bienvenue
au sein de notre terre d'ombre
à l'or
au poème d'amour
avec les jeux sur la montagne aimée
toi saoule
plana avec d'autres planètes
trame
ustensile
redira l'arrêt
regarde si c'est la même
arrêt au monde
cul de la même rue
sacrée entre toutes les rues
cependant la même heure
très bas d'abord le temps
pierre
fuseau
délave les vieux linges riblant
divers tombeaux
Io elle parle haut trop haut
ramenez l'honneur de notre langage
où vous l'avez laissé
ramenez si ça vous coûte
lumière bleue se lave
au son des nouveaux paradoxes
ou alors verticalité le mot
au moment de baiser avec la plus chère
verticalisez le groupe de mots
la dernière possibilité n'est accessible
qu'aux fins du fin
s'agit de clouer le bec à la pécore
et d'y dénicher le secret
sans avoir à perpétuer la race
vous m'avez compris
il y a un oiseau
sur le toit de la maison
la hyène ricane
l'oiseau rassérène
une partie du cœur
nulle complainte
n'est plus douce
que la sienne
oh nulle complainte n'est plus douce
écoutez la voix
qui se chante et s'explore
l'oiseau virevolte
encore une fois
la hyène est plus légère
qu'une rosée d'aurore
oh plus légère qu'une rosée d'aurore
un oiseau parmi
les branches du soleil
la hyène ricana
de nouveau dans l'herbe
l'oiseau roupille
dans le creux d'une feuille
l'hyène est une attente
sans le réveil
au point où la référence
sépare l'écriture de la lecture
le poème peut s'abîmer
ou se relever éclatant
la référence n'a pas de raisons culturelles
a d'autres raisons
le poète a cessé d'être un jongleur
je préfère un livre qui soit une lettre
un peu moins de littérature mais de la sincérité
une conversation
avec aux arrêts respiratoires quelques chants
pour illustrer
pour changer
pour une raison ou pour une autre
ou pas de raison
quelquefois la folie
un moment de rencontre
hors de l'école
allure pointillée de la conversation
autour d'un verre ou dans un lit
et le gypse au cœur si tendre
me rappelle le son de ta voix
la si douce langue
tournant sept fois
avant de dire l'avenir
pourtant le séducteur au cœur séparé
se conjugue au même temps
au même mode
ira-t-elle puiser dans le puits
des vertus inattendues
au crépuscule levant
sa robe de rosée sur nos regards
et l'écume de ton visage
est au moins aussi légère
que tous les pétales du mensonge littéraire
à la gueule de celui qui dérive
là-haut j'ai vu combien
la nature peut être douce
sans jeu de mots
sans poudre aux yeux
et l'oiseau dansa d'une branche sur l'autre
et Zeus nous rendra fous à force de périple
la chambre dans la chambre
un jardin de pierreries très précieuses
et là le sexe vendu pour un rond
c'est le point de chute le moins propice
on croira à un accident
au plus haut degré de beauté
où la forme n'est forme que d'être vue
comme s'il n'était pas plus simple
d'établir une fois pour toutes
le rapport de force musical
qui existe entre l'œil et la main
ainsi concevoir autre chose
que le cadre des rencontres fortuites
où s'opère après tout
ce qui n'est que publicité
une forme de blessure
au cœur de chaque point qui se rencontre
dans sa désuétude de continent
ou quelque ancienne blessure de guerre
dégoûtante à reconsidérer la question du beau
il est facile une fois toute théorie exclue
de glisser de la table de dissection à l'autel
et de l'autel au sacrifice
du sacrifice à l'effusion de sang pure et simple
et d'y ajuster le decorum rococo
de la quasi-totalité des oiseaux de proie en mal d'amour
où le poids écrase l'esprit
tu suis amicalement les lignes
dans le mot à mot
et plus tu avances dans le texte
moins ton esprit
malgré de louables efforts
s'y accroche
dérouté par le noir d'encre
des mots hors jeu
par rapport à l'exigence du texte
pourquoi
parce que tu es seul
le poète n'écrit que pour être lu
pour mémoire
toi docile
jouant le rôle proposé jusqu'au possible
limite maximum de compréhension
qu'un lecteur peut avoir de son texte
au-delà la lecture n'est plus possible
si bien que le temps
s'infortune avec le temps
de descendre au même temps
soleil et lune
mais dieu rend fous ceux qu'il veut perdre
o porteur des feux de Dité
l'esprit a beau jeu
toi l'exilé
ne rencontrant que la fortune
ce sont les fruits
d'une importune amante de cœur
comme au cèdre dans les jardins
plus loin que l'or qui honore
voix tu es voix
vois je ne te vois pas
je suis muet je change
le nord à ma fenêtre
le nord sinon je hurle
état poète pierre
renoncer saule redouter
tu ne gis pas au nord
regarde-moi revivre l'instant
c'est ta mémoire qui œuvre en moi Io
balance-lui sa vertu mais nom de dieu balance-la
l'idée chérie
l'idée non point la mélodie
ni l'image
la mélodie
laisse-la aux musiciens
aux esthètes l'image
pour charmer seulement
à cet endroit du poème
ajuster la mélodie l'image
la poésie doit charmer
doser le charme
l'esthétique ne soutient pas l'idée
ni ne la contient sans fissures
purulences autres parfums
la mélodie est une question d'écoute
l'image est une question de regard
il n'y a pas de règles d'éducation
de l'œil et de l'oreille
tu ne comprends pas forcément l'idée originale
cuisine composition
la matière disponible dans l'époque le lieu
nul ne saura si la rivière l'a conté
si la rêveuse rivière est morte
d'avoir conté l'amour
pas même le vent
pas même la pluie
ou peut-être le temps de se remémorer
le pacte injuste conclu au temple
ne te retourne pas o pas maintenant
ne crois pas y voir autre chose que le désespoir
n'arrête pas ma course que je m'y abreuve
ne cesse d'abreuver le sol de tes libations
la femme que j'ai vu caresser son sexe dans le temple
ne me dis rien qui la regarde
ne me dis rien ni de ses yeux ni de sa voix
qui baratta le reste
sinon le cœur
qui s'y écœura une nouvelle fois
l'heure n'est pas de saigner ma lampe
j'écris pour le temps dehors
je ne me vois pas
je m'imagine
je me rêve doucement
et je déchire mon image au cœur d'une autre image
je ne coucherai pas dans ton lit o habitante désolée
je ne t'aimerai pas dans le deuil de tes filles
ce que j'arrache au silence
tes lèvres ne l'ont pas maudit
ce que je chante en silence
ton cœur ne l'a pas déserté
o belle épousée
c'est ton ventre dans la voix
c'est ta voix dans la terre
o belle épousée
ce que j'inhume n'est pas mort
et ta main ne l'a pas saisi
ce que je pare n'est pas vain
et ton regard l'immobilise
o belle épousée
c'est le ventre de toute la terre
dans la voix qui me rechante
et me charme au proche départ
ce paysage peut-il être l'offrande
de tes yeux à mon propre regard
retiens cette ombre
cette lumière n'attend pas le baiser de nos corps
pour me redire toujours
ce paysage où je meurs et revis
d'être toujours le nom que tu portes pour moi
comprenez-vous Myrtho
ce n'est pas une question de volonté
seule la lumière peut le dire
l'orgueil des poètes ne se rabaisse pas au niveau de la mort
j'veux dire la même à l'œil fixe à l'arrêt d'une rue
n'est pas la seule raison de la mort en chambre
l'heure en soi
lumière s'y défilera doucement en heurt
aussi sûr que demain
aussi sûr que mon fils au milieu des soldats
l'heure en soi
l'ombre doucement n'y redira que le nombre
mon fils