CHANT DE DÉSESPOIR AVEC LES INSTRUMENTS DE LA DOULEUR

de Patrick CINTAS

www.lechasseurabstrait.com/lesjours

Texte intégral
work-in-progress
ISBN: 84-930999-6-1

 

 

 

o toi la tour

toi la plus haute

ressemble-moi

au plus haut de moi

ressemble-moi dans mon image

o soit la mort du haut de la tour

ressemble-moi dans mon cœur

ressemble-moi du haut de ta chute

image-moi un cœur

plus haut que la couronne de pierre

plus haut que le vin qui me perd

plus haut que la plus haute libation

o toi la tour

toi le sommet

o toi le dernier voyage


 

 

 

 

 

 

maintenant le soleil

qui s'arrache les cheveux sur la montagne

et les champs de blé violets

où crève le poète qui a chanté

et la maison qu'enferme la folie

au cœur de la saison

que ne chantera plus

la métamorphose d'Ovide en oiseau de proie


 

 

 

 

 

 

le premier mot que le chant signe en ballade

un point d'orgue au long imprévu de son sens

l'ordre installé contre toute attente

las d'avoir redit quelle double vue la fonde


 

 

 

 

 

 

la mort où s'achève la transe

en collier surprise d'y rire peut-être nue

en raison d'une attente à la dérive

pense à l'équerre de sa folie

 

o nuit n'espère que la mort

un temps d'y rasséréner

au moins la mort au bout du sort

n'espère que la mort

en nuit changeant ses parures d'été

peut-être nue si c'est l'ennui

si tu dors toutefois

n'espère que la mort

danse s'il peut te ressembler

o danse au-delà de la mort

si le feu ne peut me hanter


 

 

 

 

 

 

le temps est long dans la raison

le temps est long dans la chanson

le jour épuise tous les soleils

o mon sommeil tous mes deuils

tant de haine où va l'amour

qui va chantant comme l'œil


 

 

 

 

 

 

je suis accusé à tort

d'avoir bleui les rouges du couchant

 

là le spectacle des diverses rencontres

sur l'herbe sucrée de ton ventre

 

rends-moi ma lyre et mon tambour

 

le temps récite un chapelet de maisons isolées

dans la forêt des mensonges de la science


 

 

 

 

 

 

o chienne sacrée

je n'ai bu que le vin

de la lointaine reconnaissance du savoir

je n'ai bu que le vin

des pénétrances lointaines comme naguère

comme naguère sur le bord de toutes les routes

où je me limite à regret à regret


 

 

 

 

 

 

contre-champ du sophisme

peut-être qu'un retour

peut-être qu'un regard

mais toute libation est contraire aux rituels

 

ce n'est pas une question d'ordre

ce n'est pas une excuse au manque de sang

ce n'est que l'ombre vive

et la fraîcheur reposante de l'ombre

 

ce n'est que le visage obscène

d'un coin de rue à l'ombre des églises

ce n'est qu'un instant

dans l'instant de la perdre

 

et la fille aux cheveux de colonnes

qui se donne pour pas un rond

pas un regret

qui se donne de ne pas donner

 

pauvre d'un corps doré blanc

que le soleil a composé

dans l'ombre la plus insignifiante

entre les colonnes de tous les promontoires

contrechamp: le ticket qui explosa


 

 

 

 

 

 

dis-moi tous les secrets

de la verte pucelle exhalée

dis-moi toutes les multitudes

dis-moi tous les retours de la femme

aux yeux d'écriture chinoise

dis-moi la femme où je resplendis

plus beau de paraître le rêve

dis-moi les fêtes de la femme


 

 

 

 

 

 

peut-être les voyages

au bout de la raison

avec pour lune mentale

quelque chose de plus mérité

que les morts dans la guerre

 

au bout de la raison

peut-être avec des peuples

relevés de la pourriture

où la vie nous conçoit

 

mais les histoires de l'homme au bordel

ne sont pas délectables

si ne les rature d'un coup de son ongle

la femme couchée dans le lit de l'attente

 

qui dit oui sur un coup de tête

et la raison aux fulgurations du caractère écrit

à moins que ne s'écartant

de la ligne de conduite d'abord envisagée

 

il ne conçoive à la fin

que le cri et la mort

peut-être repeupler


 

 

 

 

 

 

les étoiles dans l'eau

l'arbre près de la maison

mon épaule a joué avec l'ombre des visiteurs

l'ombre pantelle où la lumière danse

 

qui peut vous avoir fait ce récit infidèle

o vipère sommeillante


 

 

 

 

 

 

a joué l'eau dormante

où je noie le passage d'une habitante

de la main à mes yeux

peut-être le temps d'autres oiseaux

i.p. le plus secret

d'autres saisons dans les grimoires

d'autres temps que le temps

non faut le laisser brûle-le


 

 

 

 

 

 

notre civilisation est celle de l'espace

le temps ne s'y retrouvera pas

le temps n'est pas au bout de l'espace

n'a pas la place dans le temps

notre civilisation est un repère dans le temps

notre civilisation est le temps d'un repère

c'est le vertige de nos corps dans la mort

dans la mort la plus belle ou la plus laide

selon l'espace du moment

le temps n'est pas au bout de l'espace

le temps a-t-il nommé des voyageurs


 

 

 

 

 

 

savoir trop ce n'est pas tout savoir

mais c'est quand même trop

ça durera tant que vous serez contre nous

le temps est passé de savoir mais pas tout

ce temps est passé mais pas le nôtre

on recommencera

comme le vent

comme la mer

jamais comme le soleil


 

 

 

 

 

 

et plus je m'éloigne de toi

plus s'éloigne l'art

plus s'éloigne l'espoir

 

je m'éloigne même si tu m'aimes

même si je t'aime

je m'éloigne quand même

ton corps est le plus beau des corps

 

je suis loin

maintenant et demain

et tu ne pleures pas

parce que tu me possèdes

 

et si je te possède

ton corps est le plus beau décor

o berce-nous dans ton silence

d'algue rabattue sur le caquet des morts


 

 

 

 

 

 

mon chant est le chant

que ne chantera pas

que ne chantera pas ton chant

ton chant est le chant que je chanterai

que je chanterai sans toi

sans toi nos chants sont l'heure

de me taire à jamais

de me taire à jamais et de t'aimer


 

 

 

 

 

 

le cercle de la lumière

et de l'ombre

la limite entre l'ombre

et la lumière

 

le point de rencontre

de l'ombre et de la lumière

dans le corps éclairé

qui absorbe son ombre

 

l'espace infini d'un cercle

où l'ombre parfait la lumière

la limite des cercles

dans l'ombre et la lumière

 

la métamorphose des noms parfaits

dans l'imperfection soumis au soleil


 

 

 

 

 

 

pouah

mon existence est pourrie par tous les dialogues

ne te vexe pas

c'est une question de jours d'heures peut-être

bon sang

je ne m'imaginais pas si près de la mort

j'étais

à deux doigts... quand j'y pense... merde

quel frisson

et maintenant c'est toi qui va mourir

toi

tu mourras très certainement

dans les jours prochains

d'ici

la fin de la semaine... la fin de la semaine

la mort ne te pardonnera pas

ça conclut que nous n'avons pas de chance

ou alors

l'esprit demande plus de lenteur

trop d'jeunesse chérie

v'là c'qui nous a tués

pas assez vieux pour une bonne descente aux enfers

tu seras morte

comme une feuille au milieu des flammes

je vais me régaler de ta mort

au festin qui t'accompagne dans la tombe

doucement

on ne peut pas gagner l'enfer

si on n'a pas un peu de plomb dans la tête

crénom

faut en avoir reçu dans l'aile


 

 

 

 

 

 

le pain et le vin conjuguent

le manger et le boire

non la faim ni la soif

 

il chantera le sol

en souvenir de ce frugal repas

il se souviendra que son effort n'aura pas été vain

il t'aimera toujours


 

 

 

 

 

 

et il l'envoya paître avec le reste du troupeau

symbolisé dans son esprit

par le diagramme cos-mo-go-ni-que

des terres de l'est

car il connaît le degré de sa vertu


 

 

 

 

 

 

peut-être que tu auras fini de l'ouvrir

peut-être que tu n'auras plus rien à dire

des fois que les mots te manqueraient

des fois qu'il n'y aurait plus personne pour t'écouter

et tu aurais fini

avec les autres de ton espèce là-bas

où ce n'est pas un bordel

mais pas bien loin de l'être


 

 

 

 

 

 

le vide n'est-il pas dans l'être

comme l'être naît du vide

ne crois pas que les dieux

ont élu le langage entre les mots

 

mais le vide n'est parfait

que dans l'imparfait de l'être

les dieux n'ont pas le langage

pour le dire et s'en régaler

 

non, le vide est vide de sens

comme l'être n'est que d'être vide

le vide se rassemble où l'être se sépare

la limite n'est pas un nom

je sais, les dieux ont élu les dieux


 

 

 

 

 

 

alors c'est un dieu nu

bâti pour l'amour

qui franchit le gué de l'Isménos

et toute la bataille

se déroula aux portes de la ville

comme ça se faisait dans l'temps

dans l'temps

mais les rois n'ont pas droit à l'amour

dit le devin

en m'offrant le tabac de la réconciliation

au bord de Dirké

quand Dirké est plus blonde que le blé


 

 

 

 

 

 

qu'il chante jolie bedondaine

et rechante mé si ça lui plaît

 

et aux remparts

il n'y avait que les culs des putains au soleil

aux portes de Sodome

 

et les prêtres se sont amenés

avec un gros volume d'encens

et toute la gloire d'un peuple étouffée

je dis: étouffée

à cause d'un ignorant qui n'avait pas lu la bible


 

 

 

 

 

 

si dieu le veut bien

on ira faire un tour

on ira de ce côté mon canard

 

si dieu le veut pas

on restera assis

on attendra que ça vienne

à la Donne mon canard

 

on restera assis

à se regarder dans les yeux

mes yeux dans tes yeux

peut-êt'qu'on y verra mieux

 

on attendra

le vent

le soleil

et la nuit

 

on pourra causer

en attendant que ça vienne

pas longtemps

pas longtemps

 

juste le temps de se dire

quelques mots pour s'aimer

quelques regards pour s'oublier


 

 

 

 

 

 

aux délices d'une croupe

les diables sodomisant

leurs sexes déchirant

 

aux délices d'une croupe

les chaudrons de la mère


 

 

 

 

 

 

les livres d'école

sont des démonstrations de puissance

 

les livres personnels

même si la tenue littéraire

n'y est pas toujours égale

sont des démonstrations d'existence

 

entre le poète d'école

et le poète seul

il y a toute la différence

du prince à la nature

 

le prince meurt cependant

parce que c'est naturel de mourir

 

la nature règne parce que mystère


 

 

 

 

 

 

je déteste ta maladie

parce qu'elle me ressemble

 

l'idéal ne s'écrit

qu'à travers l'esthétique

 

choisir la forme

 

l'esthétique au bout

joue un rôle de référence

 

un bon dictionnaire

à la portée de la main


 

 

 

 

 

 

marine comme l'algue

reposant sur le creux

de tes reins

 

aussi blême

qu'un heurt de marée

où se perd plus

d'un songe de revenir

dans ces lieux dormants

 

la croupe larg'ouverte

à toute sorte de passions

dont Sodome est la moindre


 

 

 

 

 

 

seule esseule

un seul soupir

dans la muette feuillée

 

si le mot nu ment

en telles de ses déclivités de sens

 

abrupte

selon ses formes cachées

avec la marée

qui ne redescendra pas

 

heurtera le pavé de tes murailles

où le rêve est un pleur de sel

aux yeux qui le contemplent

dans son mystère orphique


 

 

 

 

 

 

la mesure dans le langage

atteindre cette simplicité de trait

cette simplicité d'instant

 

et l'idée s'y crée un langage nouveau

un langage en forme de femme

une femme en forme de métamorphose

une métamorphose en forme de forme

 

à moins d'obscurcir la langue

que ce soit volontaire ou non

jamais par pudeur

simplement le manque de temps

un bon dictionnaire la lecture qui se refuse


 

 

 

 

 

 

au coup de feu qui l'arrête

au coup de feu qui recule

l'infortune et le désespoir

 

ou alors

ce n'est pas le temps de se remémorer

chaque évènement

dans la limite de la métamorphose

 

converse avec d'autres

qui l'écoutent

plus qu'ils ne proposent

 

converse sans y amener

le véritable sujet

qui le dénoue dans sa place

dans l'espace


 

 

 

 

 

 

émane au moins

de cette incertitude

le rire de la fille désenchantée

aux  boucles perses

qui me dérobe peut-être le cœur

mais pas l'esprit

comme un sommet rêvé

au plus haut point de l'amour

et du deuil

 

ne rie pas de ce bloc seul qu'on tait


 

 

 

 

 

 

le blanc serpent des évènements

peut-être le jour

peut-être la nuit

s'éveillera-t-il d'un mauvais rêve

comme d'un mauvais pas on se tire

 

ce n'est pas un royaume

ni la cité aux blanches portes

ni le promontoire semé

 

infortune o infortune

comme le serpent blanc

à l'aurore de demain


 

 

 

 

 

 

longue vie à toi

vigne de mes pères

mes fils y boiront longtemps

mais je ne mourrai pas

d'avoir trop bu

ni d'avoir bu trop longtemps

 

dieu que le ciel est proche vu d'ici

je peux voler les étoiles d'un regard

comme c'est facile de s'enivrer comme c'est facile

 

le temps ne m'arrêtera pas aussi haut

ni le temps

ni le désespoir

o vertige

 

je peux les voir baiser dans leur lumière

 

et pfffuit les années ont passé

et ma v'là perché sur c'te putain de tour

à m'demander comment j'ai fait

pour monter aussi haut

 

o toi la déesse aux yeux pers

tes yeux ont-ils ferlé avec la vague

qui les couronne de cet or

que le jour couche

 

o déesse au sein de nacre

comme une algue qui m'épuise

à pleurer d'amères larmes

tes yeux sont-ils plus beaux

que la nuit qui les ouvre

 

le vin m'est monté à la tête je crois

en considérant le jour qui se lève

j'ai pas vu passer la nuit

 

je peux les voir qui dorment doucement

 

je peux te voir

dans l'onde que je promeus

au-delà des rochers

 

je peux voir la vague

et l'algue se rasséréner

dans le coquillage qui l'a élue

 

le premier rayon de soleil m'a élue pour longtemps


 

 

 

 

 

 

écrire comme un noble métier à seule fin de charmer

 

écrire ce qu'un recueil ne peut déserter sans ennui

 

écrire au moins le temps d'y revenir

 

écrire où l'écriture change par exemple


 

 

 

 

 

 

soliste obstiné

que le cœur change

en statue de sel

ou l'esprit

 

selon les coïncidences

du jour et du jour

la nuit surtout

 

où dormir sans repos

- hanté

d'avoir regardé

la nuit et la nuit


 

 

 

 

 

 

doigts de la main

et le dernier lendemain rassérène qui?

 

tu n'es que la rosée de toi-même

dans l'enfance lointaine

 

et le jour suivant se remémore

et s'ajoute par une intense succession de cris

et de silences

 

notre force est dans l'inachèvement


 

 

 

 

 

 

de peur d'effrayer

un couple d'oiseaux dans la neige

sur les branches de l'arbre le plus isolé

dans un parc conçu à cet effet

 

saisis-tu au moins la flatterie amère

qui préside à la désuétude des éléments

dans l'esprit le plus riche

quant à la manière d'exprimer les choses

avec le moins d'éléments nutritifs


 

 

 

 

 

 

la mémoire retient ce qui chante

ou ce qui est cruel

 

oublie les rêves

les plus doux

au cœur qui crée

 

la mémoire est une vieille souche

dans l'eau de la rivière

 

et ton regard est celui de la baigneuse

dans les fresques anciennes

 

la mémoire est une bourgeoise au sexe parfumé

et ta voix est une jonglerie

dans les batailles du passé

 

la mémoire n'a enfanté que la misère

 

la mémoire n'a nourri que le désespoir

 

la mémoire tue avec une facilité d'insecte

 

et la maison la plus accueillante

est un enfer dans tes cris d'amour


 

 

 

 

 

 

et la pâle immobilité

d'une fille publique élue

pour donner lieu à la

justice divine

 

et la vélocité de la rue en dedans

au cœur de la ville qui ne répond  pas

dans le doute


 

 

 

 

 

 

creuse mon lit

au creux de ton corps

o sommeillante

 

l'ensommeillé pirogue

vers l'amour

l'œil exhaussé

 

redis-moi que c'est une nuit

 

exista en tant que sentence

raison de plus

pour éteindre le feu


 

 

 

 

 

 

tu n'es qu'une outre sans vent

crevée sur le bord de la route

 

tu chantes tu chantes

mais que reste-t-il de tes chants

 

la pèlerine amante a passé sans te voir

 

la pèlerine amante est morte sans me voir


 

 

 

 

 

 

toute la poésie

roule ma tête

au creux de toi

o passagère

 

toute la poésie

crève en toi

l'instant du non-retour

 

o passage du meurtre

le plus beau

sur ta langue

comme un conte conté

de la montagne sacrée


 

 

 

 

 

 

diamant se crache

par la gueule d'Argos

les lions du soleil

couchés dans l'herbe

sages se consument

 

et Ulysses éclata de rire

en voyant les prétendants au cratère

s'enivrant


 

 

 

 

 

 

credo in unam

autant que cela ne m'abêtit pas

au point de présenter mes hommages

à la jeune demoiselle en robe de coquillage

qui chante des pseudo-rythmes nègres

en balançant au bout de son bras

son ombre adamantine


 

 

 

 

 

 

brille dans l'esprit

des moins pauvres

ou tout au moins

nos yeux sur ceci

 

nos cœurs

dans le désert du cœur

et du cœur qui périclita

avec tant de haine

que longtemps l'humanité lui en a voulu

 

la haine contre la haine

 

la haine d'un homme pour tous les hommes

 

un homme seul contre la haine des hommes

 

chansons transcrites dans la langue d'origine

après maintes péripéties de voyages


 

 

 

 

 

 

ce même cœur fatigué

de ne plus s'entendre

converser avec les invités

ne récolta que la haine contre l'amour

 

n'y voulut point céder son honnêteté

acquise avec l'âge

 

après tout peut-être hanté

 

l'amour ne régale que l'amour


 

 

 

 

 

 

à vol d'oiseau

la distance du sol au regard

 

avec le jet d'eau dans un jardin

 

avec les tricheurs dans la nuit

 

celui qui bat les cartes

celui qui les donne

celui qui les joue

 

avec les vols d'oiseaux

celui qui ne partagera pas


 

 

 

 

 

 

la mort me sera plus douce

avec la mémoire de la mort

la mort ne m'éternisera pas

avec les lassitudes du regret

 

mais la mort ne sera pas

dans la voix commencée

de la femme qui se donne

pour pas un rond

pas un regret


 

 

 

 

 

 

exalte un pur dessin

mire des sampans de bois de laine

 

écrit sur des vagues écumantes

ce qu'il dit à tout venant

se recueillir ici

 

non qu'il cède le genou à ce sol sacré

mais simplement qu'il immole ce qu'il reste

dans sa passion pour les couchants dorés

crevés de bonds vertigineux

et de toutes sortes d'exaspération du sexe

à même d'y changer son nom pour un autre

qu'il porte comme le tien


 

 

 

 

 

 

ton cœur est un morceau de lave

arraché au cœur de la terre

 

ton cœur est un feu éteint

dans la matière qui se change

 

c'est-à-dire un nom qui s'arrête

où d'autres ont prononcé le leur

 

c'est-à-dire toute l'infortune

qui se mord la queue

 

ce qui est juste croît dans l'orgueil

et c'est la terre qui prend feu

au-dessus de tous les noms

ce qui est juste est un silence

 

et c'est la terre

comme une solitude

qui a honte d'elle-même


 

 

 

 

 

 

nul espoir au coquillage d'ombre

dans l'eau qui ne mouille pas

pas même un mot qui aime

au-delà de cette eau

un lieu tranquille

composé d'arbres et d'eau

existe-t-il

 

la mer se refuse à l'amour


 

 

 

 

 

 

on te pendra à la plus haute tour

même si je te dois d'être né poète

 

tu seras le pendu avec d'autres pendus

pour un enfer moral

 

i's'peut que tu n'y sois pas biau

 

et pendant ce temps-là o inix

j'm'en vais écouter les courlis


 

 

 

 

 

 

o que le chant soit immémorable

 

tes chants sont plus vrais

que moi qui les dis

innove-moi

 

maintenant je peux marcher derrière toi

 

mais écoute-moi qui chante

écoute-moi dans tes chants

 

jetéméjetereconédanlefedeloubli

 

o que ta voix seule me porte

 

tu mourras comme un oiseau


 

 

 

 

 

 

la mort n'est pas si blanche qu'on s'y aime

 

la mort n'est pas si blanche dans l'amante

 

la mort est noire comme le jour

 

la mort est noire comme le deuil

 

je dors où je t'aime

et me dore de la moindre lumière

émanée de ton corps née de ton corps

 

o la mort n'est pas si blanche qu'on s'y réveille


 

 

 

 

 

 

hustera ne pas situer le lieu de ma présence

 

hustera ce lieu est lieu de références

 

hustera toute une dynastie de poètes y repose

 

hustera


 

 

 

 

 

 

la première vertu du poète est l'honnêteté

 

la seconde vertu du poète est le mensonge

 

le reste est contraire à la vertu

 

ne pas nommer ni les arbres

ni les maisons

immobilité


 

 

 

 

 

 

elle est l'ombre

au fil de la lumière

qui la sépare

d'une autre source

 

doucement

parce qu'elle est femme

elle étire le métal

au bon moment

 

sa main se compose

au changement des couleurs

dans le feu qui l'entoure

 

maintenant ses yeux

sont la promesse d'un retour

à l'origine de mon nom


 

 

 

 

 

 

ici tout n'est que mur blanc

au ventre de qui ne fait pas un effort de mémoire

 

même les putains aux portes de la ville m'ont salué

 

mais pourquoi cette femme a-t-elle toute la voix

d'un silence qui n'est pas mon silence

 

pourquoi son corps se dérobe-t-il

aux mains qui le composent

à la lueur d'un beau rêve de salamandre

brûlée par le feu de l'infortune


 

 

 

 

 

 

ne rie pas à la lune

ne rie pas au soleil

ni le jour

ni la nuit

ne rie autant

 

j'ai l'œil dans l'abandon du corps

tu enfanteras le désespoir aux cornes de vaches


 

 

 

 

 

 

me sers avec lenteur

où ma servitude la précipite

doucement

vers cette mort tranquille

entre les arbres nus

d'un seul jardin

que le temps jardine

 

regarde-moi sans rire

n'es-tu pas l'ombre

dans la lumière de mes chaînes


 

 

 

 

 

 

et je vois que vous vous portez mieux

depuis votre escapade vodo

 

je raconterai à mes frères l'histoire de la loreley

 

et s'ils ne tremblent avec chevelure de nacre

aidant à se clapoter dans l'eau bistre


 

 

 

 

 

 

jouet de la terre

mieux vaut un paquet d'algues surannées

que le jet d'eau sanglante de la mémoire

 

l'inertie que la possibilité de gésir

parmi les morts sans le pa-paraître


 

 

 

 

 

 

mais tu n'as pas l'heure

pour éteindre les feux

que le temps refond

au fil du temps

 

tu n'as que le temps de vivre

au feu de l'ennui

et du désespoir

 

tu n'as que l'heure de l'eau morte du souvenir


 

 

 

 

 

 

j'ai très mal maintenant

je parle dans ma chair

j'use mon esprit

au fil de la douleur qui s'y compose

 

j'ai trop mal maintenant

de savoir pourquoi ma chair

est le nœud de toutes les transes divines

 

o redis-moi que c'est le jour et l'eau

redis-moi que la mère est une re-mémoire

dis-moi o redis-moi le mal


 

 

 

 

 

 

j'ignore où tu as caché les mains de la gloire

 

est-il assez connu

ce passage de mouettes

et de rochers flottants sur la rive opposée

à la maison de l'habitante

de la forêt cramoisie

 

il est temps de nous fondre

dans la saison même qui se déhanche


 

 

 

 

 

 

dans nos bras défilantes

les eaux épousées avec l'heure

et les longues semailles

au vent de la conscience

 

cesse de ricaner au coin de l'aurore

car le soir chante sur un ton de reproche

la prochaine pluie au braquemart mordu de sang


 

 

 

 

 

 

laisse aller ta cuisse au fil de l'eau

qui l'étire dans mon regard

 

me souviens que c'est moi

nu peut-être comme un pauvre

 

et ton ventre tendu

à rompre la tranquillité

et le repos dans l'âme du paysage en question

 

mais l'amour immobilise ton corps pour l'éterniser


 

 

 

 

 

 

soir pleure feu de joie

le périple en l'air

de se dire que non

la môme un peu verte

 

et v'là toutes les putains

emportées par la marée

au large de nos côtes

 

et leurs cris dans la flotte

et les dieux ricanant

dans le sourire de nos pécores

 

et v'là c'marmot qui demande à son père

- où est ta mère

- j'sais pas bien fiston

ça t'amuserait-il

de voir une femme baiser avec un bouc puant

j't'amèn'rai ousque ça s'fait

t'en auras pour ta gueule

 

et la môme un peu verte

au souvenir de ces évènements


 

 

 

 

 

 

que ma bouche baise ton sein

où tu es mère de mon sang

 

o que ma bouche arrache à ton ventre

le fils de ton père

 

ton corps est un signe de déclin

et ma bouche décline la faute


 

 

 

 

 

 

que caches-tu sous ton mâle air

eh qui dégringole

avec cris de gloire

c'est-y que j'ouye

ta vièche avec elle

ne dérange pas l'ordre installé

 

y déhancha la bourlinguée toison

après mille blessures sanglantes

 

sacrée guerre eh mouche cagote

on dirait trois pines de soldats

 

bon plaisir si ça te chantela

comme à y regarder de plus proche

t'auras pas plus chaste à reluquer


 

 

 

 

 

 

le poète à l'écart de toutes les noces

le poète dans les jardins suspendus

le poète à l'aile légendaire

le poète au rire de nacre

le poète au cœur de sel

le poète aux lèvres d'or

le poète aux yeux de jade

le poète a toutes les vertus de la matière

le poète dans les travaux

le poète hors du temple avec les prêtres

le poète peut-être seul

la solitude du poète nu

la nudité de toute solitude poétique

le poète et la publicité

le poète dans le vis-à-vis du rêve et de l'acte

le poète dans la reconnaissance

le poète comme un don

le poète qui a ri ou non

le poète aux aurores

le poète avec les éléments

le poète et la liste des poètes


 

 

 

 

 

 

la coupe est pleine Alcinoos

tu n'as pas écouté

eh dis donc à ta pucelle

qu'elle arrête de branler

 

ta lyre ne m'accorde pas poète

Démodocos me sonne faux

 

il y a ton vin hôte crédule

il a un goût de cratère

 

Elpenor! amène ton aviron

Je recommence mon histoire


 

 

 

 

 

 

le monde doit entrer

dans un couplet de vers

comme c'était du temps

du temps qu'on chante qu'on chante

 

en buvant de ton vin

en pissant sur tes femmes

en aimant tout' les femmes

à la ronde à la ronde


 

 

 

 

 

 

il n'y a pas que l'amour

à tenir des propos décousus

 

absorbe le seul instant indésirable

mais vécu comme une poursuite

que n'achèvera pas un coup de feu

 

et dans les champs de blé

où l'or combat le bleu

comme au bouclier trois aigrettes d'or

votive accentue le trouble en nuage tordu

où se tord le soleil sur la pointe d'un clocher

 

souviens-toi que c'est le déluge

annoncé comme un renouveau


 

 

 

 

 

 

mais quelle instance ai-je acquise ici

 

seul importe mon sens inachevé

mais hurleur obstiné étonné

 

dans l'instance du cri

de la connaissance

de la contemplation

une autre instance le durable

d'avoir saisi le concept de l'instant

par où j'ai pu

et dans quelle voie me suis confondu

avec la pire des instances toi


 

 

 

 

 

 

l'aphorisme de tes yeux

change l'aspect de toute prophétie

les fleurs sont mères de la pureté

pas même un songe y résume le savoir

o mémoire stérile

 

souviens-toi

par le côté marin du regard sur l'oubli

vague mort du vis à vis

la sagesse


 

 

 

 

 

 

n'aie pas tant de haine contre moi

ni tant d'amour

si je mens

 

n'aie pas tant de haine

c'est inutile

je peux aimer

mais sans briller

je peux aimer

même si je mens

 

foutu après le voyage

et seul après ce même voyage

autant dire que la vie n'a plus d'intérêt


 

 

 

 

 

 

des images sans intérêt

une nature peut-être plus immédiate

le même langage qui se répète

 

mais tes yeux

sont plus beaux

que mon regard

tes yeux m'innovent

à la rencontre

de mon regard

peut-être d'avoir

craché trop tôt

au bassinet du sort

d'avoir craché là même

où la malpropreté est insupportable

mise à part la saison

si elle explique bien des choses

 

la haine est en discordance avec la haine


 

 

 

 

 

 

o belle dame sans mercy

le cri de la haine en cœur

a-t-il répandu ses chaînes

 

le soir n'est pas de l'être contre vent la marée

 

le jour comme une lettre au caractère écrit


 

 

 

 

 

 

mon sexe est une belle image

et ton cri est le plus beau chant d'amour

 

ton sexe est une belle idée

 

mon cri n'est que l'eau morte qui a signé

 

nos sexes sont-ils les chants

 

nos cris sont-ils d'amour

 

reviens-moi plus dorée que le sable de mes rêves

endors-toi près de moi

ne cesse d'y chanter

signe au bas de mon cœur


 

 

 

 

 

 

la tour comme l'écho

à ton regard

toutes les fois la tour

où l'œil se répète

 

et toi peut-être nue

redis les mots les mêmes

que personne n'écoute

pas même moi

 

je suis si sourd

à ton regard o ma chute

 

mais pourquoi baisent-ils sous ma fenêtre pourquoi


 

 

 

 

 

 

l'odeur peut-être délectable

de la femme au pied du lit

où je dors du même sommeil

n'existe plus

 

ce ne sont que des villes!

comme une tache de sang dans ma pureté

 

ou bien tu es si pure

que l'ombre est un rêve de lumière

 

moi je me dore dans ton ventre de putain


 

 

 

 

 

 

o vigne des vignes

ton vin est-il plus léger que l'oubli

 

o Kérés le pain est-il plus doux que l'ennui

 

l'oiseau parleur

n'a conquis que la branche de l'arbre

 

la montagne est à toi seule  fertilité

 

de déchirer mes yeux au soleil dans le sommet


 

 

 

 

 

 

quos vult perdere

 

le serpent blanc des aurores

au midi de l'extase finale

parce que le poème

au plus loin de l'écriture

s'interpose entre la folie et le langage

 

comme la mort le royaume est élu

 

il y a le sépulcre blanc de qui dort doucement

 

s'être tu trop longtemps ne pas durer avec soi


 

 

 

 

 

 

n'écoutez pas ceux qui vous disent

que la maladie n'est pas la norme

n'écoutez pas ceux qui vous disent

que la maladie est la norme

n'écoutez pas ces cons

n'écoutez pas ces chiens

n'écoutez ni les chiens ni les cons

ils vous conduisent à l'erreur

ils n'ont rien à dire

ils volent les mots pour vous tromper

c'est une manœuvre publicitaire

 

n'écoutez pas non plus les médecins

ils ne proposent que des poisons

n'écoutez pas ces enculeurs

 

alors vous pouvez peser tout le poids

le poids de la solitude

le poids des regrets

le poids du désespoir

le poids de la fatigue

 

n'écoutez que la voix qui s'efface

n'écoutez que la voix qui promeut toutes les voix


 

 

 

 

 

 

ce qu'ils veulent n'est pas l'important

ce qu'ils veulent n'a pas besoin d'être su

 

comment voulez-vous modifier le sens de votre vie

si vous n'avez pas le sens de votre mort

 

comment voulez-vous arrêter l'infortune

si vous ne devinez pas ce qui se cache derrière la chance

 

ne coupez pas.

La question se résume à un vol de mots


 

 

 

 

 

 

les oiseaux dans les arbres

 

le soleil dans les oiseaux

 

les branches dans le soleil

 

les branches dans les oiseaux

 

les branches dans la nuit qui renaîtra

où la mort est visible


 

 

 

 

 

 

mes pas

dans la fleur

qui a saigné

mais plus doux

que le soleil

plus doux

que le vent

plus doux

dans les arbres

au peuple

qui me connaît

qui a saigné

au hasard

d'une fleur

au hasard

d'une mort

d'une tombe

peuplée de fleurs

de noms

qui sont venus

à moi les morts dans la tombe

histoire de dire

que rien n'est oublié

que la mémoire n'y est pour rien

que c'est le jeu

 

mais plus doux

de peupler

les carrés

les bassins

les promenades

la solitude

des monuments


 

 

 

 

 

 

ce que la folie

n'a pas déserté

aux angles du jardin

peut-être demain

 

ou la mémoire

peu encline

à s'y retrouver

ou simplement l'esprit

ou l'amour

qui n'aura donné lieu qu'à l'ennui

 

ce que la folie

n'a pas déserté

ce que la folie

n'oubliera pas

 

tout ce que les murs

n'ont pas dévoilé

du voile le plus léger

 

ne signifiant rien

que le passage

de la vie

à la mort

 

ne cesse de t'y ancrer

à l'occasion d'un jour

si le jour

est fille de mémoire

 

ou si la mort

ne se laisse enclore

dans la nuit la plus noire


 

 

 

 

 

 

quatre chemins comme les équerres du maçon

 

deux oiseaux

deux

 

peut-être le jour

peut-être la nuit

d'un oui me salue et me hante

 

la maison n'a pas eu de visiteurs depuis tant d'années

 

o seule qui me répond que c'est fini

 

avec le dernier jour sur tes lèvres

avec le dernier jour qui ne finira pas


 

 

 

 

 

 

poursuite des vents

la mort n'est pas plus belle que l'ennui

peut-être si j'ai peur

peut-être avec la transe

et toutes les transes au mur de ma chambre

 

à la fenêtre qui me regarde

à l'œil qui m'a oublié


 

 

 

 

 

 

les raisons habituelles de la pureté

au signe de la reconnaissance

justement si tu n'as pas signé

 

le reste est une histoire de cons

ou la présence de n'écouter que ta voix

dans ces moments-là

 

ou la solitude toujours plus amère

les carrés de fleurs dans les jardins de la villa

 

je n'ai pas assisté au décorum

 

toute civilisation repose sur le mystère

le mystère sans objet

toute civilisation est l'énigme de l'objet

 

les champs de blés sont plus dorés aujourd'hui que jamais

il est temps de s'y perdre

de reconnaître les lieux pour s'y perdre

 

m'y habitue pas


 

 

 

 

 

 

l'aphorisme le plus beau

sur tes lèvres môme bleu

suçant la bite pour peu de rond

même bleu le vertige en soi

 

chaque heure consacrée

à au moins une libation

la douleur peut-être au vertige

ne pas reconnaître sa pureté


 

 

 

 

 

 

o redis-moi le temps

redis-moi le moi-même

au temps qui le résume

cruellement cruellement

 

un bouc de belle taille

les femmes cruellement nues par dévotion

cruellement cruellement

 

Sodome

cruellement

la vie ne peut être qu'écœurante


 

 

 

 

 

 

garde-moi la fertilité pour demain

garde mon cœur pour qui aimera

o aime-moi dés demain

les champs de blé sont plus beaux à l'aurore

 

à l'aurore sont plus beaux

de n'être pas la mort en coup de feu

le soleil tordant ses mains sur la montagne

les mains où se tord le soleil

 

le soleil tordu avant la mort

toute vision est un malentendu

la mort ne pardonne à qui donne maldonne

on ne jouira pas sur la montagne


 

 

 

 

 

 

reprenez tout le message

oubliez ce que j'ai pillé

j'ai un compte à régler avec moi-même

cela ne vous regarde pas

 

donc oubliez ce que j'ai pillé

reprenez simplement le message

"la stupidité de la populace" fin

mais comprenez-vous au moins la nécessité de ce livre


 

 

 

 

 

 

la bouche comme le retour

la bouche comme les pas de qui se retourne

la bouche comme un rond de sourire dans l'eau de l'oubli

la bouche comme le caractère qui la donne

la bouche comme une fleur arrachée à la fleur

la bouche comme une vague de désespoir à l'écume de rire de salamandre

la bouche comme le feu igné

la bouche comme un rehaut au coin des lèvres

la bouche comme un dernier glacis sur l'œil

la bouche comme les filles chahutées au bord de la rivière

la bouche comme un vol de courlis sur le toit de la maison

la bouche comme un vide parfait

la bouche comme une herbe

la bouche au haut de la montagne

la bouche en usage de revolver

la bouche au risque de se perdre

la bouche est un signe parfait

la bouche est parfaite d'être un signe


 

 

 

 

 

 

aurore / au-ro-re /

et le vent dans les nacres de ta chevelure

 

v.g. peignant le ciel comme un soleil

 

shen nong mesure le pas des oiseaux

ou l'arbre comme un cri

 

c-à-d la neige blanche

au ro re doucement dans ses chaînes

nul bruit qu'une feuille qui rampe

où s'arrête la racine

inutilement inutilement


 

 

 

 

 

 

en vérité je n'avais jamais vu que l'eau

la pierre a dérobé la pierre à mes yeux

l'eau stagne puante

ou comme odeur l'odeur des algues

 

je dis que le vent est moins fort

dans les collines où l'herbe enfante

l'herbe est nue et blanche

moins qu'une apparition

 

m'éteins

les derniers mots

image sur image

et l'écrit

 

c'est l'infortune au doigt de sel

parce que l'air est irrespirable

le ciel comme un soleil

et l'arbre comme un cri de feu


 

 

 

 

 

 

o redis-moi les redites voulues

redis-moi toute l'histoire

et toute la terre de l'histoire

à voir si la hantise

est une métamorphose de l'esprit

 

o chante-moi la femme

dans l'écorce d'un arbre

près de la rivière

 

chante-moi l'eau qui s'ouvre

o chante-moi l'eau qui m'arrête


 

 

 

 

 

 

peut-être la mémoire s'y confond

parce que c'est atroce

parce que c'est honteux

parce que ce n'est pas à vendre

 

ou alors la vague

n'est que la vague

et l'oiseau

est le coquillage qui s'arrête

 

et les pas

sont les pas de qui s'arrêtera

considère ce qui fuit ou l'immobilité

peut-être la métamorphose mais le déclin


 

 

 

 

 

 

j'ai vu quelque dormeuse s'éveiller

et m'innove avec l'arrêt de la vague

et les yeux de qui l'entoure de sa danse

comme un oiseau deux dans les branches

 

et l'arbre comme un cri

lui répondant à travers d'autres cris

et le soleil qui va le cercle

jusqu'au point qui l'abolit à jamais

 

ce que la folie n'a pas exhumé

diverses tombes

la plus cachée innove toujours le cœur et le cœur

innove toujours plus d'un qui ne s'arrêtera pas qui


 

 

 

 

 

 

opium 24 juillet

grandiose élégie consacrée à la déesse de la fertilité

la chambre dans la chambre libations rituelles

la flatterie ne m'impose pas d'écrire

le tout est de reconnaître ses propres pas

dans ce qui a déjà été écrit

tes yeux sont comme l'écume de la vague

chaque jour est un nouveau présage

de l'arrêt abrupt de la phrase


 

 

 

 

 

 

ou bien ces mêmes champs de blé

à la lueur des bougies

et le ciel plus calme sous la montagne

et la montagne plus légère en tant que silhouette

 

ou bien ces arbres délavés dans la lumière

ne plus prononcer autre chose que la beauté

ne pas s'attarder durer


 

 

 

 

 

 

mais dans l'épaule enrubannée d'aurore

au grincement des coquillages dans

l'écume de la vague

entre le sable

et l'écume de la vague

entre le sable et le sable

en bloc


 

 

 

 

 

 

comme prélude

à tes mots

le oui

aux branches de l'arbre

 

et le soleil

à tes yeux

comme prélude

 

au moins le prélude en forme de oui


 

 

 

 

 

 

o chienne protège ma fertilité

le vin est répandu pour te fêter

 

o chienne protège-moi

de couper court à la conversation

tenue avec les poètes

 

ne te détourne pas de mon chemin

elle est captive du temple

et nue malgré les regards

dans les pas de l'oiseau

la nudité des filles

que le temps a acheté aux familles


 

 

 

 

 

 

ne crois pas soustraire

tes visions à la montagne

il est temps de mémorer

l'intrusion du parfait dans le quotidien

 

la fille aux cheveux de bistre

a ancré nos cœurs

de l'encre la plus noire

 

ne crois pas mentir à la face des mers

 

ne crois pas mentir aux mers

qui t'ont donné le jour

 

les vignes n'ont pas fertilisé l'esprit

les champs de blé n'ont doré que le corps

il est temps d'en finir avec les dieux

 

les chefs d'œuvre de l'homme

n'ont plus droit de cité parmi les hommes


 

 

 

 

 

 

o rose enclose à même l'heure

de ne durer toute la vie

n'est-il pas quelque amie qui pleure

dans la poignée de terre

 

o quelle fleur se meurt d'amour

aux parures dans l'ombre nue

quelle fleur est une fleur d'amour

de rasséréner le soleil


 

 

 

 

 

 

n'éclaire qu'un côté de l'arbre

tombé dans l'ombre du même arbre

 

o dis-moi la mère éblouie

de tant de filles dans la maison

 

change au chant le plus haut

les parures de pierre à ton ventre


 

 

 

 

 

 

il n'est pas de nuit plus légère

au jour sacrant la pénultième

la tour est toujours plus altière

ne me dis pas la haine

o ne me dis pas l'amour

ne me dis pas la même amante


 

 

 

 

 

 

les murs n'ont pas

toute la blancheur

de ton regard hélas

 

l'aïeule est toujours la plus vierge

dans le nacre des dents qu'on sème

 

pas même le jardin qui pleure

au pleur de la belle captive

pas même un sourire


 

 

 

 

 

 

ira-t-elle s'enivrer de ce vin Dionysos

l'avons-nous bu nous-mêmes

 

non et non

car le cratère est aussi sec que tes yeux

ou seulement baigné au bond de la lumière

qui environne son repos

 

lente maintenant de se taire

de s'être toujours tue

au mouvement qui l'anima

un temps peut-être reculé

 

quel est ce vin que tu nous sers o Dionysos

 

quel est ce pain que Kérés a rompu

 

est-ce un seul repas qui se remémore

 

la lumière a-t-elle sublimé son visage

au portrait qui l'eût éternisé

 

peut-être

si le voile ne cache un enfant mal aimé


 

 

 

 

 

 

les dieux n'ont-ils pas voulu de tes libations

ou les morts

 

les morts peut-être plutôt que les dieux

les morts sont plus exigeants que les dieux

les dieux se foutent trop des morts


 

 

 

 

 

 

on y enterrera nos morts après les avoir brûlés

 

on criera de nouveaux cris pour la mémoire de nos fils

 

on fermera la grille au coucher du soleil

pour les protéger de la nuit


 

 

 

 

 

 

il suffit d'écouter de s'asseoir

et d'écouter car c'est un chant

 

toi qui me lis toi

qui m'écoute me lire

ne réponds pas

si le chant s'est obscurci

il suffit de se taire

quand l'autre parle

s'il chante


 

 

 

 

 

 

le symbole est un arrêt nécessaire

je dis vital

non pas l'arrêt de ce qu'il signe

à la lettre

l'arrêt de soi-même

au seuil de l'idée

le pivot sur quoi repose ce qui va changer


 

 

 

 

 

 

toute parole à tes yeux accrocheurs

d'amers regards dans le passé

 

espace les jours dans les jours

brille de l'éclat du midi

 

o nuit

calme

soutiens le oui où elle honore l'avenir


 

 

 

 

 

 

tu reposes au travail

des jours dans mon âge

o morte avec lenteur

amante aux arbres noirs

que j'entoure d'un jour

où m'espace la grille

mon pas n'est plus le même

 

j'ai changé la sonorité intérieure de mon recueil


 

 

 

 

 

 

le caractère écrit n'est-il

pas un oiseau dans la neige

pourquoi un oiseau dans la neige

pourquoi la légende


 

 

 

 

 

 

le soleil s'est à peine levé

il y aura longtemps

si longtemps

pffft que le pas réveille

 

hâtons-nous de rentrer

il fait à peine jour

houm delecta

 

résumer le peu d'oracle

dans l'impouvoir du devin

 

résumer l'impouvoir dans les abus

dans l'injustice et les meurtres d'intrigues


 

 

 

 

 

 

au précipice de soi

se mordant la paume de la main

les yeux jetés du côté des nuages gris

que le vent agitait

comme des feux de campagnes

leurs tendres corps comme la moelle du cœur


 

 

 

 

 

 

le rhizome communique avec l'au-delà de l'érotisme

 

je voudrais que le pollen clore tes paupières

 

et la culbuta dans un bordel pas loin du soleil


 

 

 

 

 

 

l'idée nous ressemble

 

la qualité technique

seul moyen d'isoler l'œuvre du temps

 

les œuvres d'écoles n'ont jamais d'intérêt qu'historique

 

les œuvres de soi au hasard du temps vécu

ont des résiliences d'histoire

 

rapport de la partie au tout

 

on entre à l'école à coup de pied au cul

on en ressort sourire aux lèvres

cons

pas mal de haine


 

 

 

 

 

 

je ne prêche pas l'originalité à tout prix

l'originalité est une question d'esthétique

la pensée n'est jamais originale

je veux dire la pensée bienvenue

les philosophes sont des cons

ou des joueurs c'est à dire des tricheurs

leurs femmes sont de petits boudins


 

 

 

 

 

 

o belle épousée

prend mon bras

et m'entoure de tes mots

au moment de passer le seuil

de la maison de ton père

 

o belle épousée

arrache le masque

aux fenêtres que dorent

les yeux d'une mère dans mon épaule

et en rit


 

 

 

 

 

 

non je ne suis pas poète

la poésie m'en garde

 

je n'ai qu'une heure pour dire un mot

au point de rencontre

de la parole donnée

avec ma folie

 

trop d'œuvres d'art ont dérouté mon esprit

du chemin de la perfection

dans la beauté et l'éternité

 

je ne ris pas

je n'en ai pas le temps

 

l'art n'est qu'un arrêt de l'esprit

au seuil de la mémoire

et l'esprit ne rit pas

où l'oubli le refuse à la vie

 

ce rire sur mes lèvres

est un effet de miroir

mais je n'y suis pour rien

non je ne jouerai pas le jeu

 

lyre et peut-être le temps et peut-être l'amour

et la blanche cité sous le soleil

j'irai cueillir la dernière fleur pour toi


 

 

 

 

 

 

je pincerai la dernière corde

au baiser de ta bouche

dans les boucles qu'elle soutienne si je joue

 

peut-être tout près

tout près de l'eau

 

mais tu n'iras pas reconnaître d'autres chemins

où le cri ne module plus la douleur

module la transe au point de rencontre

de la folie et du langage

 

tu auras rêvé la plus grande libation aux morts


 

 

 

 

 

 

écoute-moi

ne me lis pas

regarde-moi

sincérité

 

peut-être l'idée

une métamorphose de suite

 

ne me lis pas

ni livre

ni recueil

 

n'entre pas

sincérité

homme-loup


 

 

 

 

 

 

à bout de force

à bout de peine

si jeune

peut-être beau

 

entrant à peine

entrant de force

s'aboucher vieux

avec la laideur

 

le temps n'est pas si doux

o lente habitante de l'enfer

le temps est immobile


 

 

 

 

 

 

il y aura toujours une clé

mais pas la bonne

à ouvrir l'esprit

au moment voulu

 

la clé n'est pas la clé

ce n'est qu'une clé

au choix du voyeur

en échange d'un rond

 

l'amour n'est pas bon marché

pas assez d'publicité ou trop d'pauvreté

la porte n'est pas la porte

trop de rêves trop d'absences


 

 

 

 

 

 

l'aurore plus douce

plus légère que ton regard

 

c'est dire que je m'y chante plus doux

plus léger que dans l'amour

 

c'est dire que tu es l'ombre dans ma lumière

o ne t'éveille pas dormeuse le jour


 

 

 

 

 

 

doucement m'inonde

du sang versé

pour un peu d'amour

où cristalline

je te vois absorber

le fond de mon verre


 

 

 

 

 

 

tu n'as pas reconnu

ce seul visage

au point de mesurer

la mémoire d'un père

 

ton regard est celui d'une morte

dans les absurdités de la légende

avec la femme comme une fourmi

qui a élu le règne des géants

 

ce ne peut être qu'un reflet

qui vient me hanter

où ma mort me tranquillise

 

et du reflet

peut être l'argile

avec la femme

qui enfante d'un dragon légendaire


 

 

 

 

 

 

des jours

des jours

mais rien

mais rien

 

des jours

à regarder

et rien

à voir

 

l'infortune

le dernier cri descend!

descend en moi

descend!

 

et m'innove

dans l'heure qui ne changera pas


 

 

 

 

 

 

ce qui importe n'est pas la mer

 

ce qui importe n'est pas les îles

 

ce qui importe n'est pas l'ha-pas l'habitante

 

ce qui importe n'est pas le seuil pas la maison

 

ce qui importe c'est qu'on y soye reçu comme un fils

comme un fils qui s'ra rev'nu d'la guè-ère


 

 

 

 

 

 

ce n'est qu'une tour

ce n'est que l'ombre d'une tour

dans la lumière

ce ne peut être que cela

 

pour reconnaître dans l'ombre

pour saluer ce qui approche

de loin et blanche

ce n'est que l'eau

ce n'est que le jet d'eau

qui s'arrête au passage

où la vie est visible

 

io ce ne peut être que cela

 

non pas le miroir

l'eau qui n'a pas mouillé

l'eau qui n'a pas ondé

ondé les yeux

ondé les lèvres

ondé l'onde de ton corps


 

 

 

 

 

 

d'autres oiseaux

les plus secrets

elle qui sommeille

dans le creux des racines

 

son sein n'est pas plus doux

son œil n'est pas plus hagard

elle a de bonnes raisons de vouloir supprimer l'enfer


 

 

 

 

 

 

o tombes o oiseaux

aile légendaire

la gloire te ment

l'immense reconnaissance du savoir

 

les bleuités rampantes du couchant

au rouge continent perdu


 

 

 

 

 

 

le rire pourrissant de la tragédie

n'a pas fini d'irriter l'œil du bourgeois

 

sur la scène des poupées de carton

renvoient la verdeur du propos des poètes

des poètes reconnaissants

 

je ne salue que l'immensité de langage

par exemple e.p.

 

Mme E. cligne des yeux sous le porche

 

je ne salue que les plages de sable blanc

où s'ébat la beauté de mon propre salut aux poètes

 

je salue ce qui reste après le naufrage

je salue ce qu'ont élu les poètes

je salue la négation dans la publicité

 

un serpent dans l'aurore aux ongles blancs

les prêtres hors du temple


 

 

 

 

 

 

je ne vois que ton corps nu

dans les jeux

de la lumière

avec mes mains

 

qui es-tu

blanche écartée

comme un renoncement

jeune putain

 

mon sexe raide

et mon cul dilaté

je bats toutes les transes

au jeu de la maison

 

je bats

et je paye

à ton cul

à ton sexe

à ta bouche

à tes seins

 

tu as l'odeur

de ce que je te dois

même si ce n'est pas poétique


 

 

 

 

 

 

notations finir l'œuvre en cœur ouvert pour l'amour

 

notations pour une fille plus belle que la vie

 

notations pour un corps redonné notations justice notations


 

 

 

 

 

 

l'apparence sur ton visage

comme les portes d'une cellule de prison

toutes verrouillées de l'intérieur

mais qu'on ne peut ouvrir que de l'extérieur

 

l'araignée mangera sa toile

l'oiseau changera de branche

à l'égard des arbres de ton jardin

de la maison aux portes closes dans ton jardin

le seul souci o belle épousée

est de n'en paraître pas affecté

au moins le temps d'oublier que tu as existé

o mes mains sont l'argile de ma volonté

 

mon cœur à nu contre

le cœur peut-être deux

si le temps me laisse la peur

si le temps m'abandonne à eux

 

il y a les muses là-bas

au moins la muse arrondissant son chant

au chant du soleil

je reconnais les pas d'une autre

o feux de quels dieux au nectar d'herbes


 

 

 

 

 

 

une fleur aura résumé mes pas

une fleur comme un cri

j'ai regardé dans l'eau

c'est le feu

 

la juste quantité nécessaire

pour abolir la pierre dans la terre

pour recréer de vagues paysages

 

peut-être le temps de lever la tête

pour les voir passer

comme un visage

comme un seul œil

comme tous les regards

 

- m'avez-vous entendu?


 

 

 

 

 

 

inix limite gira dans l'fond

s'y joua du jouet même

l'ordre des heures en fichu de vieille dame

mélancophase vitépurant en sus

échoua sul'sable

et s'ouvrit l'poignet avec un coquillage

lequel sa' bu toul'sang

et laquelle s'y abreuva pas seulement d'silice

si l'est avis qu'ça dur'ra pas


 

 

 

 

 

 

puis le temps des étrangères

le temps de l'habitante redoutant

 

d'autres étrangères

d'autres fleurs

les dieux agacés

les dieux au bout de leur voyage


 

 

 

 

 

 

le jour et l'heure

l'attente et l'inattendu

la lassitude et les regrets

 

la solitude

les bûchers divers de l'esprit

d'autres bûchers

entre le possible et l'inexprimé

des royaumes des pierres des siècles

quelques anecdotes


 

 

 

 

 

 

o dragon sacré

fume encore

d'étouffer le cri

aux bases de ce temple

 

fume encore

et refume m'encore

entre ces lacs de colonnes

insignifiantes

 

aux verticalités fume et refume

de coucher ce qui dort

de coucher ce qui pense

de coucher ce qui croit

 

o dragon sacré m'inspire le retour

le secret des retours

le secret à la clé

de chacun des retours

du poète sur ses pas

 

m'inspire et me damne

de n'avoir su brûler

au moins à l'heure prévue

 

l'or et non l'idole

l'or et non la présence

l'or recommencé avec l'heure prévue

 

o dragon m'inspire la plus totale des saisons

dans le sang et la soif de recommencer


 

 

 

 

 

 

lignes où la main égare

le sens de sa rotation

autour du corps endormi

qui ne se réveillera pas

 

ni demain ni le jour

où mes fils rediront les paroles

que mon père a prononcé

sur le corps de ma mère


 

 

 

 

 

 

le dernier voyage

à peine le retour

une dernière vie

avant la première mort

 

les mamelles élevées

au regard doucement

son sexe qui s'écarte

à la rencontre de ses pleurs

 

ou par-delà la cuisse parcourue

d'une main à venir

toute la mort dans les yeux

de celle qui aimera un jour

 

Sapho toujours plus belle nue

que sur son trône d'étoile poétique


 

 

 

 

 

 

longuement j'ai regardé

mon regard dans le miroir

 

longuement j'ai effacé

les traits qui me dévisagent

 

lentement tu m'apparais

mes yeux à la place de ta haine et de mon amour


 

 

 

 

 

 

perdu toute trace d'homme ici même

un reste qui semble rester

 

perdu à jamais la fourmi

et la mère au vertige de l'enfantement


 

 

 

 

 

 

ne doit rien ni à l'infortune

ne s'est donnée que pour renaître informe

 

comment ne pas l'être avec le temps

avec chacune des filles que la mère isole

dans un chant annoncé tout bas

 

o rien n'est pur qui me console


 

 

 

 

 

 

chante o chante o poète aimé

ne chante que l'amour

chante qu'il est temps

de chanter l'amour

 

chante l'amante aux yeux de nacre

le corps ébloui qu'on le sacre

 

chante les yeux surpris

au sel qui m'a souri

o chante les plus belles nuit

o nuit qui redorent l'ennui

au soleil des jours

 

o chante l'amour

chante la morte

au cœur de pierre

chante la pierre

au cœur de terre

 

o chante-moi le cœur

au-delà de la peur

redis-moi la proche saison

les visiteurs mourant le long

 

o chante l'amour

du sol alentour

chante la putain endormie

seule dans la dernière nuit

o chante la putain redorée au matin

o chante un peu tous les soleils éteints

de la rue aux sommeils

répète-toi pour me chanter l'amour


 

 

 

 

 

 

la mort n'est pas si belle que le sang

 

le sang n'est pas si beau que le corps

 

le corps n'est pas si beau que sa chute

 

toutes les chutes sont plus belles que l'ennui

 

plus belles que la mort

plus belles que le sang

plus belles que le vin

plus belles que le vertige même

o plus belles avec l'infortune dans la tour


 

 

 

 

 

 

je ne dis pas ce que ça dit

je n'insinue que l'inachevé

en quoi peu importe le détail

peu importe la matière

je ne dis que la présence

non la beauté ni le sens

en quoi je vous salue et me va


 

 

 

 

 

 

l'escalier qui ne tourne plus de monter si haut

le sacrifice de beaucoup de soi-même

au profit des œuvres non léchées

qu'un champ de blé a résumé à un coup de feu

ce n'est pas de la flatterie

 

nier peut-être le coup de feu

sur la montagne qu'on pleure désuète

 

et peut-être en allée

avec les retours de la dernière saison

une bonne dizaine de putains

occupant le dernier étage de la maison


 

 

 

 

 

 

les songes que l'hiver

a parés de la dernière odeur

aussi bien que les mots

qu'elle a chantés

 

la mort dans les ronds

dans l'eau

du soleil

au jet d'eau qui l'exalte


 

 

 

 

 

 

tu m'entoures de flammes et moi

je pétille comme un sarment

buvant à ta bouche le vin chaud

maintenant de ton sang

 

o je t'aime comme la fourmi

o je mesure le moindre de mes mots

à ta taille de géante

o je n'enfante que des cris

 

hoooooooooooooooooooooo


 

 

 

 

 

 

n'attend que l'or à

même de s'y brûler le cœur

elle n'est pas moins seule

avec l'autre attente

 

tout le feu répandu

à sa gorge qui triomphe

même en gloire n'inverse

que la face cachée

 

une rivière en deux doux ventres

au moins une génération d'insectes


 

 

 

 

 

 

o ce cœur

qui me sépare

de ne rencontrer

que l'instant

dans l'instant

 

d'autres vieux

sophismes chinois

à la clé

 

d'autres vieilles

histoires de chaudron

 

à même de repeupler

les œuvres éternelles

toute la fresque à peine entrevue

 

l'autre montra

son sexe à l'exilé

dont les hôtels ne voulaient pas

 

"a eu des histoires avec dieu"


 

 

 

 

 

 

mais le temps n'a pas été bon pour nous

tout le long de ce périple à travers les âges

 

et je pouvais voir des masques se répéter

sur l'envers des médailles

que les femmes ajustaient sur leurs seins

 

"ne rie pas de me voir ainsi dénudée"

paya en monnaie de voyage tout le repas

 

et H.D. essuya ses lèvres ensanglantées

en proférant des menaces à l'envers

de la fille qui riait à l'autre table

à l'autre bout de la table

 

et il renversa la chaise sur les choses les plus légères

 

Dirké renvoie la lumière des linges mouillés

 

"essaie un peu m'escargot d'accrocher mon regard"

dit la putain en nous narguant

 

l'esprit n'est plus ce qu'il était


 

 

 

 

 

 

peut-être si la nuit me console

d'avoir pleuré les morts

au nom de quelle idée

je demande au nom de quel amour

la nuit me console

aux pleurs jetés dans les mots

me console du vif déserté momentanément


 

 

 

 

 

 

ce n'est pas une autobiographie

ce ne sont pas des dates

c'est un temps qui a toujours été

aussi vrai qu'Ulysses par Nékuia

 

ou l'idylle de mon père et de ma mère

sur l'autre écueil

 

aussi vrai que le vent

aussi vrai que l'écriture comme moyen de luxure

 

la fourmi qui dévore l'œil

et commence par-là

et seulement par-là

 

que sont mes souvenirs


 

 

 

 

 

 

pour ceux qui ont commis des lâchetés

puis les incontinents

les non-baptisés

luxurieux

gourmands

avares

prodigues

coléreux

moroses

hérétiques

violents

contre le prochain

contre eux-mêmes

contre dieu

la nature

l'art

bolges des

ruffians

séducteurs

adulateurs

entremetteurs

simoniaques

devins

concussionnaires

hypocrites

voleurs

conseillers perfides

semeurs de discorde

faussaires

les zones des traîtres

contre leurs parents

leur patrie

leurs hôtes

leurs bienfaiteurs

pour celui qui appelle sans répondre


 

 

 

 

 

 

le chant ne se brisera pas

au pied des œuvres d'art

le chant n'est pas une flatterie

le chant sans doute brisera le cœur

de ne pas le flatter

mais le cœur ne le brisera pas

le chant n'est pas un amant

le chant ne brisera pas l'esprit

l'esprit ne flattera pas le chant

il le brisera peut-être à la fin

mais pour des raisons divines

le chant se brisera peut-être

si l'esprit le veut


 

 

 

 

 

 

mes mains ont donné la terre

à la forme de tes formes

 

mes yeux ont donné le soleil

à l'ombre de tes lumières

 

ma chair a donné l'eau

au passage de la mort

 

mon cœur a donné le cri

à ton ventre de femme


 

 

 

 

 

 

les maisons seules

sur la colline désertée

et les arbres plus beaux

dans ma solitude

 

Toukaram

sur le bord de la route

et Sophros

bourrant sa pipe en parlant de cul

 

et la fille

aux cheveux de colonnes

et la lumière

et le soleil

et l'ombre vive

la fraîcheur reposante de l'ombre

dans l'ombre des murs blancs

 

et je suis là à contempler le ciel

"d'un point de vue technique seulement"

mais l'œil compose mieux que la main

l'erreur est de retourner sur ses pas en étranger


 

 

 

 

 

 

elle a simplement ôté son masque sans histoire

comme une peinture

 

simplement pour montrer son visage

 

les filles qui jouaient nues dans la rivière

leurs cris contre l'eau

leurs cris dans les feuillages

mais le cœur n'y était pas

 

il s'ouvrit le poignet comme on ouvre une porte


 

 

 

 

 

 

au diable les lettres à la clé

au diable joyce mallarmé roussel pound a quelques excuses

 

la vie bordel du diable

la vie nous avons besoin de la vie

nous ne mourons pas avant que d'avoir vécu

 

hé hé les chants dans l'heure sont-ils purs

assez pour renaître avec nous

 

chants sans brisures intraduisibles

le livre ne sera pas écrit

 

o laisse-moi le temps de chanter

il n'y aura pas de livre

pas de recueil

juste un chant brisé

 

ça ne chantera pas

ça voudra dire n'importe quoi

pourvu que ça se chante

que ça dise au moins l'instant du chant

 

non dis-je tu ne me liras pas


 

 

 

 

 

 

tu n'as pas dit ce que tu enfantes

o mère de tous mes vertiges

peut-être la douleur

la douleur au coin des lèvres

que tu n'as pas ouvertes dans mon cri

j'ai mal o mère pensée de t'en avoir trop dit

j'ai mal d'être l'enfant au degré zéro de ton amour


 

 

 

 

 

 

le mal pour soulager

il regarde les montagnes

 

l'esthétique est fragmentaire

parce que l'art est absolu

 

réclamant sa propre tête

au nom d'une belle dame sans mercy

un point de départ de la plus haute qualité

 

figurer dans les époques creuses

 

la lune peut-elle se soustraire

à mes vols d'instruments

 

au moins la plus abstraite imitation

le moment où l'une des portes cède

comme un fantôme à Rapallo

 

le moment où la servante déplace

le pot de fleurs au-dessus du lit

où le pot de fleurs se détache en contre-jour

dans le carré des fenêtres

et le cri du souffleur

qui met un point final à la scène

figuré par une chanterelle

 

après avoir vidé ses couilles dans un bordel

le même cri mais dans la chute du corps

figuré par la même chanterelle

fragmentaire sans ordre de fragments

 

la critique n'est valable que sur le mode lyrique


 

 

 

 

 

 

y a-t-il une raison particulière

à ce que je ne dérobe pas le soleil

aux intrus du type rencontré

peu après que la maladie

eut montré des signes de faiblesse

par rapport à ce qu'elle avait été

dans ses meilleurs moments

du temps où j'avais le courage

de l'annoncer en guise d'invitation

 

y a-t-il une raison

 

la tête de Jean

 

y a-t-il une raison au soleil


 

 

 

 

 

 

au moment où le vieil homme

s'assoit sur une pierre

pour se reposer

sa fille reste debout

étrangement belle

d'un point de vue purement littéraire


 

 

 

 

 

 

peut-être parce que le temps

résiste à l'écriture

et que l'écriture lui résiste

malgré la mort

et malgré l'oubli

 

peut-être les replis de l'esprit au sommet

 

n'isoler que la trame

comme sur une toile

mais sans effet de matière

 

je veux dire:

éviter tout effet de matière

de dessin

de composition

 

isoler ce qui est littérature

en dehors de tout impact esthétique

 

éviter par exemple la mise en page

la littérature doit raturer

tout ce qui n'est pas idéal

 

c'est contraire à notre époque

la trame est visible ou transparente

y arriver par l'imitation

la raillerie imitative


 

 

 

 

 

 

à la pliure atroce

de mon esprit

dans la pierre

qui me déserte

 

toute l'infirmité

de ton corps

que soutienne un doute

dérange au moins le sort

qui l'a élu au passage

d'oiseaux de proie


 

 

 

 

 

 

je n'ai pas la pierre temps retour

 

je n'ai pas le nom vents marées

 

je n'ai pas le pas tranquille de l'oiseau élu pour une écriture


 

 

 

 

 

 

mais la douleur

la douleur du moment

 

le moment le plus proche

qui vise le nombre

le rassemblement

 

je me perds

dans un fatras de beautés

ou alors je n'ai plus rien à dire

 

l'écriture

comme un appel au dehors

que justifie la peur de la maladie

 

la peur de la mort

la peur de la peur


 

 

 

 

 

 

o me perdre mais pas pour m'oublier

me perdre pour me perdre

avec le souvenir ancré

avec le souvenir décrit

 

me perdre mais

pas pour me retrouver

me perdre

parce que la maladie abolit l'instinct

parce que la mort est un trou de mémoire

me perdre avec la peur d'avoir peur

par exemple le vieil E.P. dans sa cage à Pise


 

 

 

 

 

 

"la liberté dans la lumière"

et il pouvait voir

la dernière journée

s'en vêtir

 

laminoir

le classique découpage en colonnes

M.Butor T d'A


 

 

 

 

 

 

le poète à l'écriture de transes

chante ce qui est chant

figure ce qui est figure

isole ce qui est pensée

 

le poète à l'écriture de cochon

 

les ténèbres couvrent ton visage

 

le poète à l'écriture d'amour

inscrit la vie dans le symbole

loge dans l'épiphanie

les mains de son désespoir

 

il croît avec l'analogie

il se rassérène dans l'idéogramme


 

 

 

 

 

 

o très douce dormeuse

à ton sein le lierre

en mur se change

et me prolonge

 

et le jour inonde

le repos sur tes lèvres

 

et la nuit est un rêve prémonitoire

 

et l'aurore est une mort tranquille


 

 

 

 

 

 

ce n'est pas la danseuse

aux cheveux de colonnes

qui a passé sans me voir

mais qui a salué

mon ombre sur les murs

 

o soleil ce n'est pas moi

qui me salue

dans les seins que j'avance

 

ce n'est pas moi

dans les lacs de l'inattendu

 

o danseuse danse-moi dans mon ombre

danse-moi sur les murs de mon soleil


 

 

 

 

 

 

o sois la bienvenue

dans les pas que je saigne

et redis-moi la mort

 

o redis-moi les heures

dans les pas que je saigne

redis-moi ce qui vient

 

solitude ma fille

solitude où meurs-tu


 

 

 

 

 

 

le passage

et non l'arrêt

du rêve à l'acte

 

un pacte avec les hommes

je n'écrirai pas de livres

 

à peine les fusées

de mon cœur mis à nu

non je ne sais pas peupler le temps

branler


 

 

 

 

 

 

régler un compte amer doux

avec les hommes

avec moi-même

avec l'amour

avec la haine

l'amertume

et la douceur

 

régaler l'esprit

à reluquer les filles

hanter les maisons

 

je m'obstine dans l'erreur

 

avoir peuplé avec des morts

ce qui n'a pas été vécu

rassemblé toute la vie au seuil de la mort

 

tu m'as salué d'un œil qui change


 

 

 

 

 

 

ce n'est pas un livre

pas un recueil

pas un mémoire

 

c'est un abîme

où je rassemble les morceaux

de ce qui ne pouvait ressembler

à autre chose


 

 

 

 

 

 

jamais la même

sans issue que sa propre métamorphose

sincérité

toute une carrière foutue

parce que la pierre est mauvaise

 

un rêve de maison

un jardin pour la protéger des bourgeois

pierre

tombeau

nuit


 

 

 

 

 

 

m'est avis que c'était foutu d'avance

peut-être un arrière-goût de naufrage

au commencement avec le verbe

avec le verbe

 

- toutes les erreurs ne sont pas pardonnables

le seul moyen de s'en sortir

avec toute la fierté possible

toute la fierté dans une sentence

pauvreté poétique des tribunaux

 

nul ne pardonnera à la fin - clarté


 

 

 

 

 

 

né de la fourmi

la moins féminine

aimée un temps

 

versé toute la haine

au corps

mais à l'esprit itinérant

 

comme un regard

une feuille d'arbre tombée

 

tant d'injustes regrets

où est venu le temps


 

 

 

 

 

 

à peine le regard

que j'oublie d'innover en cœur

m'arrache la plus légère

et la plus douce des cantilènes

 

ou l'esprit en sommet de pâmoison

à peine les yeux lâchés au spectacle de la mort


 

 

 

 

 

 

je fus moi

tu fus toi

elle fut elle

qui est qui

 

le khan des écrits

sim

l'œuf nommé par le signe qui le réduise

 

le cri dément émané de la terre

un charmant pays

 

contemple l'œuf et l'eau

les éléments premiers

 

hérésiarque au point de vue poétique

et tel

 

j'dis pas que l'infortune s'y change

comme moi elle a tiré l'épée de son sein

 

l'errance dite fascinosus

par la hsien

une des facettes

du parler qui s'authentique

au royaume de Lykéios

quos vult perdere

 

elle déplace un fard

et la voilà métamorphosée

une renaissance toute en heure

père et fils

 

selon qu'il subjugue quand il ouvre la bouche


 

 

 

 

 

 

u luumil kin

le soleil parut dans les arbres de mon jardin

 

"je veux me confondre avec ma résolution

innover innover seul mon cœur"

 

elle y procède de la saison des pluies

 

le périple n'est pas plus grand avec Hermés


 

 

 

 

 

 

tu m'iras chanter o lézard

après qu'mon champ s'ra labouré

tu m'iras chanter dans les maisons

quand moi je suis seul à pleurer les morts

 

tu m'iras chanter très haut

aux oreilles d'une épousée

tu m'iras chanter o lézard

et p't'être qu'la terre pouss'ra sous mes pieds


 

 

 

 

 

 

o va le vent suivant

les rives de nos laveuses

elles sont nues

leurs bras sont blancs

le vent y court

 

o va la pluie et la calamité

dans le ventre de notre propreté

o va le vent qui n'attend pas

qu'elle ait achevé les derniers restes


 

 

 

 

 

 

et l'arbre comme un trou

au ciel qui le ceinture

 

et chair comme une eau

qui va la morte va où je chante

 

et la rivière qui se pleure

dans la terre qui la répand

 

et ton esprit comme une herbe

et l'herbe comme une fourmi


 

 

 

 

 

 

et voilà que tu pleures

sur le bord de la route

à cause du mauvais temps

et de la solitude dans ton cœur

 

encore un arrêt

et ton esprit s'abolira avec la mémoire

 

encore un arrêt

et ton corps n'a jamais existé


 

 

 

 

 

 

relève-moi dans mon corps

o passage du vent sur ma maison

 

d'un coup de vent

relève la mesure

de mon corps dans la pierre

 

et m'arrête dans la croissance

des arbres autour de mon sommeil


 

 

 

 

 

 

mesure ton langage

dans les pas que je fonde

à même ta mémoire

 

o fille de tous les temps connus

respire en mon ombre la lumière

où je voile les jours à venir

avec le sang qui m'a élu

 

o chante une nouvelle fois

toi l'épousée dans la lumière

le chant au cri du désespoir

où la vie est une reconnaissance

 

o les dieux triomphent

 

o les démons sont vaincus


 

 

 

 

 

 

tu crieras pitié

o la plus longue des nuits

mon âme se rassemble

aux moiteurs emmerdées de l'attente

 

et je suis seul

et je suis fou

o pitié

 

mais le rire aux dents

hélas sur moi

 

mon esprit absorbe mon corps

je m'isole maintenant

la mémoire m'absente

 

c'est un rêve contre la nature

contre l'art

contre la femme

 

o pitié

tout le mal est d'avoir violé une muse

contre la mémoire

 

o mère tu n'as pas de cœur

et mon cri n'a répondu qu'à mon cri


 

 

 

 

 

 

toute mon écriture est une approche de la mort

 

et je chante le temps

d'une mort à petit feu

à petite angoisse

 

au carcan de la vie

petit petit

à mi-chemin de la mort

 

mon écriture m'éloigne de l'art

 

je ne chante plus pour charmer

je chante pour conserver mes distances

je chante pour me protéger

mon tombeau ne sera pas de pierre


 

 

 

 

 

 

hélas sur moi

la tour est assez haute

même vue d'ici

 

hélas sur moi

la nuit est assez noire

et le vin est assez doux

 

hélas sur moi

qui me redis tout bas

que la nuit est une fête

que la fête est la dernière

 

hélas sur moi

les dieux ne sont qu'un jeu de l'esprit


 

 

 

 

 

 

ce n'est pas qu'au bordel on juge

 

ce ne sont pas des juges qu'on paye

 

rois au salaire des dieux

 

le sexe de la plus belle des putains

 

non qu'on la pende à l'ombre de la tour par les chevilles

 

non pas qu'elle pourrisse le temps d'une génération

 

louons nos dieux


 

 

 

 

 

 

j'ai visité le temple où tu dors

 

- le prêtre me l'a dit

 

j'ai visité le temple où tu dors

 

- la maison que le soleil éclaire du côté de la fenêtre


 

 

 

 

 

 

j'ai vu l'arbre dont tu m'as parlé

je l'ai vu tomber sur mes pas

et ils bâtirent un nouveau temple

sur les fondations de l'ancien

 

et judica causam tuam


 

 

 

 

 

 

la femme dans l'eau

ses parures de pierre

ses parures de métal

que le sable a mêlé

 

la femme dans le sable

la femme que le sable mêle

à la pierre et au métal

 

la femme dort dans ses mains

la femme sur le chemin

la lumière dans les linges

et l'ombre de ses bijoux

 

les peintures sur sa peau

que rature le bijou

la femme dans la maison


 

 

 

 

 

 

mes pas sur tes pas

et ma main sur ton corps

les chemins

le soleil

 

ceci est le lieu du seul repos

du repos seul

ne m'ignore pas

 

mes pas dans les pas de ton ombre

 

le soleil dans l'ombre de mon ombre


 

 

 

 

 

 

l'espoir aux dents

comme le lézard

au sable bleui de mes rêves

 

je n'y vois que l'inattendu de ta présence

 

comme le lézard aux rêves de sable bleu


 

 

 

 

 

 

laisse aller les changements

au fil de la mémoire

 

comme un rocher dans la vague

se rêve en écume

au blanc des yeux n'ajuste

qu'un regard inattentif

ayant dit oui

à ce qui est venu sans bruit


 

 

 

 

 

 

je t'aime doucement ton corps récent

à même de prédire ce qui va suivre

dans l'éclatement de nos figurations

 

je t'aime doucement comme le rêve

 

je t'aime doucement comme un présage

au rêve le plus fou de savoir

 

je t'aime à même l'heure de s'ignorer

voire de m'oublier

voire de me redire encore une fois

une fois de plus t'aimant tant doucement

que c'est à peine un jour dans les rayons

que c'est à peine si je te retrouve

de m'ajuster au sort le plus infortuné

 

je t'aime doucement de ne pas m'arrêter


 

 

 

 

 

 

la chance n'a souri qu'aux jeteurs de sort

 

la chance est reluquée de tous côtés

 

la chance n'a souri qu'aux joueurs de cartes

 

la chance n'a souri qu'aux diseurs d'aventures

 

la chance n'a souri qu'aux mangeurs d'opium

 

la chance n'a souri qu'aux tricheurs

 

la chance n'a souri qu'aux tueurs

 

la chance a-t-elle souri aux bâtisseurs

 

la chance a souri aux menteurs

 

la chance n'a pas souri aux poètes

 

la chance n'a souri qu'aux semeurs

 

la chance a-t-elle souri à la mémoire

l'infortune a-t-elle le sourire aux lèvres

 

la chance n'a souri qu'à l'oubli

 

la chance n'a souri qu'aux médecins

 

la chance n'a pas souri à tout le monde

 

la chance n'a souri qu'à l'homme cultivé


 

 

 

 

 

 

si je ne t'aimais autant

je dirais que tu es une conne

et que seules les connes m'excitent

et tu t'imaginerais

 

o toi la conne

de ton lit d'hôpital branlant maintes fois par jour

en souvenir de nos escapades dans les musées de l'amour

 

mais je t'aime

car tu crois aux oiseaux créateurs du ciel et de la terre


 

 

 

 

 

 

je déteste ta maladie parce qu'elle me ressemble

 

je déteste ton cri et ta douleur

 

n'espère pas la guérison ni l'éternité

 

je suis le masque ressemblant

o toi l'odeur

je suis le masque qui ressemble

au mur qui t'arrête au seuil de la maison

 

immole-moi dans ton conin


 

 

 

 

 

 

peut-être les parures

dans le corps qui redort

long d'usures

dans les chants

 

les ors déterrés avec l'âge

la terre est arrêtée au seuil

même une morte me salue

donc aimée où la lueur la morde

 

ouverte dans la pierre

qui para le plus beau

à l'œuvre d'un tombeau


 

 

 

 

 

 

peut-être les secrets de l'œuvre

au chant qui ne les chante pas

tout l'amour en avant qui s'ouvre

sur l'idée là-bas peut-être


 

 

 

 

 

 

parce que tu n'es pas dieu

ou parce que la mort est douloureuse

 

parce que tu n'es pas dieu

ou parce que les choses ont foiré dés le départ

 

parce que tu n'es pas dieu

ou parce que la pauvreté a fait place à la solitude

 

o Kérés tes champs de blé

sont plus dorés que jamais

 

parce que tu n'es pas dieu

au seul degré qu'il importe d'atteindre

du point de vue littéraire

 

parce que tu n'es pas dieu

notre temps repose dans la mort de dieu

notre temps est mort avec son dieu

notre dieu ne se relèvera pas

 

parce que ta voix n'est pas la seule

à hurler de douleur dans la nuit

 

ne rie pas qu'on t'apporte un enfant né du désert

ne rie pas de la femme qui l'a enfanté

ne rie pas d'avoir oublié cette nuit de beuverie

n'oublie pas ta connerie soldat!

 

notre dieu est un rêve d'hommes cultivés


 

 

 

 

 

 

éloigne-toi o belle épousée

mon esprit ne cherche que ton corps

o laisse-moi te conduire

aux formes de la chair

 

laisse-moi me nourrir

aux formes de ton cœur

o belle épousée qui es-tu

 

n'est-ce pas le masque

que ma main reforme

aux formes de ta différence

 

o je t'ai reconnue belle épousée

tu es la fourmi solitaire

et moi je suis le gnomon


 

 

 

 

 

 

toute la route est un rêve de distance

et la mort y installe son royaume

 

toute la route est mesurée dans ton cœur

et la mort a déserté d'autres routes

 

toute la route me retrouve où je meurs

et la mort est un rêve de distances

 

toute la route est un tombeau de pierre

et la mort se mesure à ton cœur

 

o la route est un écrit que le feu absorbe

et la mort est un soleil au masque de la lune


 

 

 

 

 

 

tu n'as pas la chance aux tripots

o ma ronde dans la folie

aux vieux tripots dans la rue basse d'ombres

aux amours mortes dans la rue

à ce qui pue

dans l'odeur de l'amour malade

aux amants

 

tu aurais voulu qu'elle rie

au lit abandonné

au sort d'une autre nuit d'été

aux amantes aux passages d'un autre âge

 

elle n'a ri qu'à ton vieux cul

au matin pauvre et à la gloire

au jour plus léger que tes yeux dans mon regard

aux vieux grimoires d'amour dans le lit de nos dieux

elle n'a ri que pour la forme


 

 

 

 

 

 

nulle saison n'est plus légère

à l'esprit d'autres sources

 

nulle saison n'est plus amère

 

toutes les sources sont la source


 

 

 

 

 

 

c'est de l'écriture pure

qui appelle

pour être comprise

autre chose que la lecture

 

l'écriture à ce moment appelle l'écriture


 

 

 

 

 

 

la terrible individualité du créateur

il est dit deux en un

 

il n'est pas dit

on se cache de dire

le mensonge est une pratique courante chez les poètes

 

c'est aussi une excuse

quelquefois un propos


 

 

 

 

 

 

la cage pendue au chambranle

 

oublie car la mémoire y prélude


 

 

 

 

 

 

se déchire puis oublie

et le soleil calcine ces fleurs

et ton livre renverse le tau

et la juste raison de confondre la croix


 

 

 

 

 

 

peut-être né de l'eau

où la métamorphose le plonge

d'un père amoureux

ou simplement en rut

 

d'où la haine et le désespoir

la hantise qui s'interpose où la mort le sacre

comme une insomnie au cours de la nuit

comme l'impossible au seuil de l'ennui

comme le hasard au sein de la mort

l'a vu naître de l'onde au rond qui va le ceindre

 

comme un nom pour toute la vie


 

 

 

 

 

 

dès les premiers jours qu'on couronne

au vin d'autres amours

noie le noir de la couronne

dans la pierre oublieuse

noie le noir et la pierre

dans la terre

c'est la mort que j'épouse

c'est la mort qui m'épouse

maintenant est venu le temps de haïr

 

une situation dans l'enfer


 

 

 

 

 

 

il y a la mère des muses

 

facile d'oublier les portes du soleil

 

au souci qu'anime le regard

avant qu'elle sorte de tout ceci

avec les dieux ricanant dans l'ombre des murs

qu'elle a créée malgré l'usure


 

 

 

 

 

 

o sois la bienvenue

o mère

toi l'insouciante avec les dieux

 

bienvenue

au sein de notre terre d'ombre

à l'or

au poème d'amour

avec les jeux sur la montagne aimée

toi saoule


 

 

 

 

 

 

plana avec d'autres planètes

trame

ustensile

 

redira l'arrêt

regarde si c'est la même

 

arrêt au monde

cul de la même rue

sacrée entre toutes les rues

 

cependant la même heure

très bas d'abord le temps

pierre

fuseau

délave les vieux linges riblant

 

divers tombeaux

 

Io elle parle haut trop haut


 

 

 

 

 

 

ramenez l'honneur de notre langage

où vous l'avez laissé

ramenez si ça vous coûte

lumière bleue se lave

au son des nouveaux paradoxes

 

ou alors verticalité le mot

au moment de baiser avec la plus chère

verticalisez le groupe de mots

 

la dernière possibilité n'est accessible

qu'aux fins du fin

s'agit de clouer le bec à la pécore

et d'y dénicher le secret

sans avoir à perpétuer la race

vous m'avez compris


 

 

 

 

 

 

il y a un oiseau

sur le toit de la maison

la hyène ricane

 

l'oiseau rassérène

une partie du cœur

nulle complainte

n'est plus douce

que la sienne

 

oh nulle complainte n'est plus douce

 

écoutez la voix

qui se chante et s'explore

l'oiseau virevolte

encore une fois

 

la hyène est plus légère

qu'une rosée d'aurore

 

oh plus légère qu'une rosée d'aurore

 

un oiseau parmi

les branches du soleil

la hyène ricana

de nouveau dans l'herbe

 

l'oiseau roupille

dans le creux d'une feuille

l'hyène est une attente

sans le réveil


 

 

 

 

 

 

au point où la référence

sépare l'écriture de la lecture

le poème peut s'abîmer

ou se relever éclatant

 

la référence n'a pas de raisons culturelles

a d'autres raisons

le poète a cessé d'être un jongleur


 

 

 

 

 

 

je préfère un livre qui soit une lettre

un peu moins de littérature mais de la sincérité

une conversation

avec aux arrêts respiratoires quelques chants

pour illustrer

pour changer

pour une raison ou pour une autre

ou pas de raison

quelquefois la folie

un moment de rencontre

hors de l'école

allure pointillée de la conversation

autour d'un verre ou dans un lit


 

 

 

 

 

 

et le gypse au cœur si tendre

me rappelle le son de ta voix

 

la si douce langue

tournant sept fois

avant de dire l'avenir

 

pourtant le séducteur au cœur séparé

se conjugue au même temps

au même mode


 

 

 

 

 

 

ira-t-elle puiser dans le puits

des vertus inattendues

au crépuscule levant

sa robe de rosée sur nos regards

 

et l'écume de ton visage

est au moins aussi légère

que tous les pétales du mensonge littéraire

à la gueule de celui qui dérive


 

 

 

 

 

 

là-haut j'ai vu combien

la nature peut être douce

sans jeu de mots

sans poudre aux yeux

 

et l'oiseau dansa d'une branche sur l'autre

et Zeus nous rendra fous à force de périple

la chambre dans la chambre

un jardin de pierreries très précieuses

 

et là le sexe vendu pour un rond

c'est le point de chute le moins propice

on croira à un accident

au plus haut degré de beauté

où la forme n'est forme que d'être vue


 

 

 

 

 

 

comme s'il n'était pas plus simple

d'établir une fois pour toutes

le rapport de force musical

qui existe entre l'œil et la main

 

ainsi concevoir autre chose

que le cadre des rencontres fortuites

où s'opère après tout

ce qui n'est que publicité

 

une forme de blessure

au cœur de chaque point qui se rencontre

dans sa désuétude de continent

 

ou quelque ancienne blessure de guerre

dégoûtante à reconsidérer la question du beau

 

il est facile une fois toute théorie exclue

de glisser de la table de dissection à l'autel

et de l'autel au sacrifice

du sacrifice à l'effusion de sang pure et simple

et d'y ajuster le decorum rococo

de la quasi-totalité des oiseaux de proie en mal d'amour


 

 

 

 

 

 

où le poids écrase l'esprit

tu suis amicalement les lignes

dans le mot à mot

 

et plus tu avances dans le texte

moins ton esprit

malgré de louables efforts

s'y accroche

 

dérouté par le noir d'encre

des mots hors jeu

par rapport à l'exigence du texte

 

pourquoi

 

parce que tu es seul


 

 

 

 

 

 

le poète n'écrit que pour être lu

pour mémoire

toi docile

jouant le rôle proposé jusqu'au possible

 

limite maximum de compréhension

qu'un lecteur peut avoir de son texte

 

au-delà la lecture n'est plus possible


 

 

 

 

 

 

si bien que le temps

s'infortune avec le temps

de descendre au même temps

 

soleil et lune

 

mais dieu rend fous ceux qu'il veut perdre


 

 

 

 

 

 

o porteur des feux de Dité

l'esprit a beau jeu

toi l'exilé

ne rencontrant que la fortune

ce sont les fruits

d'une importune amante de cœur

comme au cèdre dans les jardins

plus loin que l'or qui honore


 

 

 

 

 

 

voix tu es voix

vois je ne te vois pas

je suis muet je change


 

 

 

 

 

 

le nord à ma fenêtre

le nord sinon je hurle

 

état poète pierre

renoncer saule redouter

 

tu ne gis pas au nord

 

regarde-moi revivre l'instant

 

c'est ta mémoire qui œuvre en moi Io

 

balance-lui sa vertu mais nom de dieu balance-la


 

 

 

 

 

 

l'idée chérie

l'idée non point la mélodie

ni l'image

la mélodie

laisse-la aux musiciens

aux esthètes l'image

pour charmer seulement

à cet endroit du poème

ajuster la mélodie l'image

la poésie doit charmer

doser le charme


 

 

 

 

 

 

l'esthétique ne soutient pas l'idée

ni ne la contient sans fissures

 

purulences autres parfums

 

la mélodie est une question d'écoute

l'image est une question de regard

il n'y a pas de règles d'éducation

de l'œil et de l'oreille

tu ne comprends pas forcément l'idée originale

cuisine composition

 

la matière disponible dans l'époque le lieu


 

 

 

 

 

 

nul ne saura si la rivière l'a conté

si la rêveuse rivière est morte

d'avoir conté l'amour

pas même le vent

pas même la pluie

 

ou peut-être le temps de se remémorer

le pacte injuste conclu au temple

 

ne te retourne pas o pas maintenant

ne crois pas y voir autre chose que le désespoir

n'arrête pas ma course que je m'y abreuve


 

 

 

 

 

 

ne cesse d'abreuver le sol de tes libations

 

la femme que j'ai vu caresser son sexe dans le temple

ne me dis rien qui la regarde

ne me dis rien ni de ses yeux ni de sa voix

 

qui baratta le reste

sinon le cœur

qui s'y écœura une nouvelle fois

 

l'heure n'est pas de saigner ma lampe

 

j'écris pour le temps dehors

je ne me vois pas

je m'imagine

je me rêve doucement

et je déchire mon image au cœur d'une autre image

 

je ne coucherai pas dans ton lit o habitante désolée

je ne t'aimerai pas dans le deuil de tes filles


 

 

 

 

 

 

ce que j'arrache au silence

tes lèvres ne l'ont pas maudit

ce que je chante en silence

ton cœur ne l'a pas déserté

o belle épousée

 

c'est ton ventre dans la voix

c'est ta voix dans la terre

o belle épousée

ce que j'inhume n'est pas mort

et ta main ne l'a pas saisi

 

ce que je pare n'est pas vain

et ton regard l'immobilise

o belle épousée

 

c'est le ventre de toute la terre

dans la voix qui me rechante

et me charme au proche départ


 

 

 

 

 

 

ce paysage peut-il être l'offrande

de tes yeux à mon propre regard

retiens cette ombre

cette lumière n'attend pas le baiser de nos corps

pour me redire toujours

ce paysage où je meurs et revis

d'être toujours le nom que tu portes pour moi


 

 

 

 

 

 

comprenez-vous Myrtho

ce n'est pas une question de volonté

seule la lumière peut le dire

l'orgueil des poètes ne se rabaisse pas au niveau de la mort

 

j'veux dire la même à l'œil fixe à l'arrêt d'une rue

n'est pas la seule raison de la mort en chambre


 

 

 

 

 

 

l'heure en soi

lumière s'y défilera doucement en heurt

aussi sûr que demain

aussi sûr que mon fils au milieu des soldats

 

l'heure en soi

l'ombre doucement n'y redira que le nombre

mon fils