de Patrick CINTAS
www.lechasseurabstrait.com/lesjours
Texte intégral
Ce que j'écris de toi, tes yeux l'écrivent mieux
Encore, et je cherche les mots, soit pour te plaire
Si t'importent les mots que mon regard espère
Ouvrant toujours le livre à l'endroit que tu veux,
Soit pour t'aimer, l'éternisant enfin aux creux
De ton écrin, l'amour, notre amour qui s'éclaire
De ta caresse douce et de ta peau amère;
Et je le trouve dans ton cœur comme je peux.
Ce que je n'écris pas ta poitrine en respire
L'absence aussi, et il se peut que j'y désire
De longs sommeils la nuit, rêvant que c'est midi.
Je n'écrirai plus rien si ta bouche le dit;
Je recevrai alors les mourantes attentes
De tes cuisses de verre au plaisir transparentes.
Ne me dis pas ce que l'ombre a créé
A la lumière de mes paroles d'homme
Retiens les mots, que la nuit les embaume
Comme les morts avec le temps passé.
Aux parfums de ta nuit, je peux rêver
Et me crever les yeux avec les hommes
Qui ont peuplé ta vie et tes arômes
Où commence l'odeur de mon été!
Je respire ta peau et je crois être.
Je suis écris dessus pour m'en remettre.
Je t'aime tant de ne pas te toucher
Et de rêver que je te coucherai
Avec le jour qui tardera quand même
A se montrer dans les draps où je t'aime.
Ne me dis rien, si l'amour ne t'a pas inspiré
L'humide mot que je pends à ton cou de maîtresse.
Je t'aime tant et l'amour est si pur de caresses
Que je me donne en rêvant que c'est bien arrivé.
Et t'éloignant au reflet qui s'absente en baiser
Ne signe pas de ton nom la douleur qui me blesse
Retourne-toi pour me voir te pleurer sans que cesse
L'éternité que j'aime dans tes yeux se créer.
C'est un miroir et le temps éternel y mélange
Ton regard noir dont la vue infinie le dérange.
Le chiffre est faux et je compte à l'amour des douleurs
Qu'il me dira quand la nuit sera morte des pleurs
Et du néant que ton pas impensable délivre
A mon attente et à la page nue de mon livre.
Le temps passe et j'érotise doucement
Le temps vague où la mer s'écoule en écume
Et j'espère une réponse en un moment
Où ma roche écarte l'algue et scie la brume.
Tu écris et ta lettre voyage, allume
Et éteint dans mes voiles des feux de vents
Que signale un jet de sang, toute ma plume
Écrivant que tu existes sûrement.
Je voudrais mais le vent ne dit rien de toi
Et j'écoute où la lumière quitte l'ombre
Et l'embrun me rappelle que je suis roi
Mon royaume est peuplé de femmes en nombre
Et j'assemble entre tes cuisses excessives
Un seul sexe en espérant que tu l'écrives.
La mort sera un rêve et nous dormirons vieux
Nous aurons dans la bouche un goût de bonne terre
Et quand tu partiras, la première j'espère,
Je prendrai le sommeil dans mes bras vigoureux
Et le serrant bien fort contre mon cœur soucieux
De tant d'amour et tant de chair, étant sincère
Par nature et par ordre, une liqueur amère
Me viendra de ton sein répandre les adieux.
Ce sommeil de carton à la peinture morte
Ne réveillera pas les fleurs que je t'apporte
Et qu'en bouquet de Sol je césure en riant.
Tu ne mourras jamais de la mort de l'enfant
Le rêve peut durer et la vie y renaître
Chaque fois que mes yeux veulent te reconnaître.
Tes mains sont les oiseaux du léger montreur d'ombres
Sur la toile rieuse éternisant le vol
Que je n'ai pas rêvé en buvant tes alcools
Dont l'ivresse absolue considère le nombre.
Tes mains lèvent le verre en bec de col de cygne
Et soulevant la plume au style sibyllin
L'encrent d'une écriture en verre cristallin.
Je ne sais pas le sens que ton regard m'assigne.
Car tes mains sont les yeux et l'ombre est une alcôve
Et je couche dedans comme un serpent se love
Entre un regard de femme et un verre d'anis
La lampe s'est éteinte et le monde est fini
Tes mains pleuvent dehors avec la pluie qui pleure
Et je peins mon regard pour que ton œil l'effleure.
Me rêves-tu si je t'écris, comme une amante
De loin coiffant ta chevelure, et d'un regard
Aimant les mots, ceux que j'écris avec l'espoir
Recommencé que ton cœur est une servante.
Je laverai tes pieds dans nos liqueurs d'alcôve
Et secouant les draps en harmonieux accords
Tu chercheras le sens de notre vieux décor
Où ta cuisse est un Fa au bémol qui rénove.
Toute notre musique est écrite en silence
L'instrument de l'amour n'a pas donné naissance
Ni au cri de ta gorge ni au mot bécarré
Que je saurais écrire si je n'attendais pas
Et si de cette attente étirant les mesures
Je n'avais peur d'aimer l'improbable césure.
Ne meurs pas maintenant, ne me refuse pas l'amour
Je ne t'ai pas encore aimée et je ne sais pas vivre
Sans toi, sans ton regard que je recrée pour te suivre
Au fond de toi entre les genoux où j'ai vu le jour.
C'est toi, la pureté du cœur et l'éternel retour
Je n'ai pas vu sur ton chemin l'incroyable guivre
Et je n'ai pas mordu le fruit amer qui nous délivre
De l'éternité: aime-moi maintenant, mon amour.
Et je croirai que ta douceur est une fleur ouverte
À ma bouche qui t'aime, à ma raison qui s'est offerte
Et ton plaisir composait un sonore bouquet.
Je décide de vivre et tu ne peux pas me manquer.
Je te ferai l'amour pour aimer l'éternelle femme
Et si tu veux bien tu m'aimeras de toute ton âme.
Je ne regardais pas, tes yeux voulaient me voir
Et je baissais les miens à moins qu'ils ne s'ouvrissent
Au rêve qui cruel se changeait en supplice.
Je t'aimais en silence et je voulais savoir.
Tu approchais ta chair au reflet du miroir
L'approchant plus encore et chaque fois plus lisse
Et elle reflétait le tranquille délice
Dont je ne savais pas si je pouvais l'avoir
Déjà vécu, au nom de quel aimable rêve
D'amour déçu je pouvais dire non à l'Ève.
Un auteur moins timide aurait levé le nez
Et posé la question en termes surannés,
Avec les mots que tu voulais entendre et, putasse,
Je me serais enfui au loin la tête basse.
Et ta lettre qui n'arrive pas, et la nuit
Qui revient me le dire et le sommeil qui crève
Le ventre à mon désir et la tête à mon rêve
Et je ne peux pas vivre et mourir aujourd'hui.
Et que me diras-tu de l'amour qui me fuit?
Où bien m'écriras-tu que c'est moi qui t'enlève
Et ta bouche musquée reçoit toute ma sève
Et me donne le temps de refaire le lit.
Tout le temps que j'accroche à tes yeux magnifiques
Et tout le temps que j'aime à caresser l'oblique
Ouverture du corps où croissent mes désirs,
Ce temps n'arrive pas et je crois me mentir.
Viendras-tu me baiser dans le lit musical
Où j'invente pour toi l'accord instrumental?
La mer frappe à ma porte et j'ouvre grand les yeux
Je sais qu'elle m'arrive et que l'avion existe
Je vois des ailes d'or dans le ciel qui persiste
La mer baigne mes yeux d'un infini d'adieux.
Pourquoi l'adieu et pas l'amour? la mer me ment
Ses vagues sont l'écume et ses roches l'attente
L'écume éclaire l'ombre et la roche l'arpente
Et ton visage m'apparaît - pourquoi le vent
Crache-t-il à ma porte avant de le crier?
Je sais bien ce qu'il dit, qu'il suffit d'une phrase
Pour coucher ce qui reste à l'ombre d'un pilier.
Je fleurirai ma bouche en entendant plier
Cette aile messagère où je connais l'extase
Et la mer aura vite fait de m'oublier.
Je vois tes yeux, je vois tes seins, je vois tes cuisses
Je vois tes mains de lumière et de feu
Et je me vois t'aimer dans les draps où je glisse
Et je me vois mourir encore un peu.
Ce que je vois, ce que je touche et qui m'échappe
Comme je t'aimais, comme j'y pensais
Cette chair est un rêve et la lettre m'attrape:
Il n'y a rien dedans, je le savais.
Tu n'as rien dit, tu es passée, il fait très beau
Et les affaires marchent aussi comme il faut
Je crois rêver et la lettre s'envole
C'est un oiseau posé sur ton épaule:
Maintenant que je sais, maintenant que tu ris
Et que ta bouche étoile et que ton cœur écrit.
Veux-tu croire avec moi au poème infini
Que j'écris sur ta peau pour que la vie nous donne
Le plaisir et la mort sur un plateau et sonne
Le glas du temps passé, sonne l'air de l'oubli.
Il nous faut oublier ce que la vie a peint
Dans notre histoire d'homme et de femme éternelle
Arrêter la mémoire et renaître avec elle
Pour que la mort soit douce au plaisir qu'on éteint.
Je ne sais pas pourquoi j'ai pensé à la mort
Je veux vivre longtemps et caresser ton corps
Te prendre le plaisir pour y boire ma force.
Je ne sais pas comment me viennent ces accents
Ma pensée me torture et tes feuilles tombant
Je m'insinue entre ta sève et ton écorce.
Je mordrai savamment dans ton fruit sadinet
Je goûterai peut-être au plaisir de la femme
Si le plaisir de l'homme est croissance de l'âme
Et souveraine enfin au plaisir redonné
Tu chercheras ma pierre où le temps la patine
Tu creuseras ma veine et traçant le biseau
Aux quatre coins du fer appliquant le marteau
Tu parleras du vin que ton cœur me destine.
Laisse couler le jus sur ma peau de statue
Ma langue est infinie, je sais ce qui me tue
Et je sais que pour vivre il me faut de l'amour
Le tien plutôt qu'un autre et pourquoi pas la tienne,
Cette chair qui m'annonce en ouvrant les persiennes
Que l'envers de ton corps est le plus beau séjour.
Qu'écriras-tu demain? Que me diront tes lèvres?
Qu'entendrai-je à présent que je saurai ton cœur?
Je n'ose plus penser à l'impeccable ardeur
De nos ventres baignés de maritimes fièvres.
Tu écriras toujours ce que voudra ton âme
Pour ton futur de femme et pour l'enfant qui dort
D'un autre souvenir et d'un autre décor.
La mer est dans ta bouche et la vague l'acclame.
Cette vague est ton encre, ou bien ne m'écris pas
Ne me dis rien ni de l'enfant ni de ta peine!
Je préfère un silence à la musique obscène.
Mais quelle obscénité m'éloignera de toi?
J'ai rencontré un coquillage et je l'écoute.
O mer, je te voulais entièrement toute.
Les mouettes me l'ont dit; je crie et c'est dommage;
La vague n'entend pas ce que le sable dit;
La coquille est muette et l'oreiller détruit;
Mais que se passe-t-il? On dirait que l'orage
Prépare un temps nouveau, livre page après page
Feuilleté dans tes yeux; les mouettes me l'ont dit;
Il n'y a pas de raison de refaire le lit;
Qu'ai-je entendu dans la spirale au coquillage?
Ce n'était pas ta voix; je l'aurai reconnue
J'ai eu envie d'une autre femme, et toute nue
Elle arpentait mon rêve en m'écrivant des mots
D'amour; elle a volé son regard aux coraux
Elle était si pressée; les mouettes l'ont portée
Et dans mon coussin, lentement, l'ont déposée.
J'aimerai ta poitrine environnée de draps
Et j'y recueillerai les enivrants mélanges
De pointe et d'aréole à la peau qui se change
En belles érections que ma bouche voudra.
Ton âme se répand au glissement des bras
La lumière est une ombre et intime s'arrange
Replace la blancheur au retour de l'étrange
Pliure de ton corps qui ne me revient pas.
Tes jambes m'ont mouillé de l'eau qui t'abandonne
Figeant le délicieux plaisir que tu me donnes.
C'est un rêve avec toi dans le lit de la nuit
Les plis courent sur moi de l'amour à l'ennui;
Et la lune est rieuse au ciel qui la caresse
Comme le sein dressé d'une ancienne maîtresse.
Je croirai le matin, et la motte de terre
La fleur en haut de l'arbre et le sommet des murs;
La pointe du clocher de l'église des purs
La descente des toits où l'aube désespère.
Je croirai le soleil et l'arbre solitaire
Il mangera la lune sans caresser sa peau
Elle sera mangée aux portes du château;
Il faudra que je croie le châtelain prospère
Il me racontera l'histoire du cheval
De la route étoilée qui fuyait vers l'aval
De la rivière enfin où la femme enfantait.
Et la fleur était un oiseau, c'était l'été.
Le curé salua la vieille pécheresse
Elle portait la lettre en secouant ses tresses.
Il y a quelque chose d'écrit, quelque chose
Que j'ai du mal à lire et que pourtant j'ai lu;
Tu parlais de l'effet et de la trouble cause,
D'une histoire d'amour dont le temps est perdu.
Je regardais ta frange à l'horizon de toile
Et j'y peignais tes yeux, n'osant les regarder
Tant j'avais peur d'épier ton regard qui s'étoile
Chaque fois que tu sais mon regard prisonnier.
Les mots se peignaient seuls et je ne savais pas
Si tu accepterais que je peigne avec toi.
Je me suis envolé comme un voleur s'envole
Volant les mots écrits par dessus ton épaule
Et je voudrais savoir si ta lettre comprend
A défaut de m'aimer, mon sincère tourment.
Le vent s'est levé; la mer est en écume
Et le coquillage se tait; et je dors,
Le sommeil me rêve; il ne pleut pas dehors;
C'est dedans que peut-être je trempe ma plume.
Je t'écris, mais tu ne liras pas les vagues
Que je dessine à l'encre en rêvant de toi,
Et redisant tes yeux mon style s'accroît
De caresses que je prodigue à tes bagues.
Il faut que je t'écrive une lettre encore
Pour te dire avant que renaisse l'aurore,
Que le soleil efface un moment passé:
Je crois que ton amour existe, et je sais
Qu'avec les mots écrits sur la page blanche
Tu as tracé le triangle où je m'épanche.
Que me disent tes yeux quand je les interroge?
Je ne peux pas les regarder! Je les croise
Ce que je devine est si vague, et l'extase
Est remise à plus tard; pardonne mon éloge.
Que me diront tes yeux si mon regard déroge
A mon cœur? Je redoute qu'ils ne me toisent
M'obligeant à effacer ma bonne phrase;
Tu ne me diras pas où ton âme se loge.
Si ce n'est pas tes yeux, est-ce que ta poitrine
Peut recevoir sans cri ma bouche cristalline?
Si ce n'est ton sein dont la pointe se dresse,
Si ce n'est ta cuisse où je perds des caresses,
Qui parlera pour toi des morceaux de toi-même
Que j'interroge en vain pour savoir si tu m'aimes.
Les poètes sont d'étranges bavards
Des menteurs soucieux de bien dire.
Qu'on accorde mal le mot et la lyre
Le temps ne souffre aucun retard.
Les poètes sont de vieux amoureux
Des coupeurs de fleurs qui soupirent;
Qu'on accorde mal le mot et la lyre
Le temps se plaît en homme heureux.
Les poètes sont des pleureurs d'écrits
Le lit n'est pas fait pour leur plaire
Il plaît à la femme et au temps qui rit.
Qu'on accorde mal le mot et la lyre.
Les poètes sont éphémères
L'amour est bavard et ne sait pas lire.
Donne-moi ta langue et je parlerai
Mes mots seront les tiens
Donne-moi le sein et je marcherai
Sur ton ventre à deux mains.
Donne-moi la main et je partirai
Sur la route du cœur
Donne-moi ta cuisse et je baiserai
L'autre cuisse en douceur
Donne-moi tout, donne-moi l'onde
Je nagerai
Redonne-moi l'air qui abonde
Je volerai
Je serai un oiseau et mon aile en vitesse
Te donnera le jour qui manque à tes caresses.
Je peux fermer les yeux, tu existes dedans
Ta bouche s'ouvre enfin et je baise ta cuisse;
Ma tête se referme aux rieuses délices
Que je devine à l'aréole entre mes dents.
Mes yeux fermés sont vrais, et ton visage aussi
Je sais que tu diras ce que je veux entendre
Je l'ai lu dans tes yeux, tu ne peux rien reprendre
Ton amour m'a changé en harmonieux glacis.
Ta couleur est dessus, je croise la lumière
Et l'ombre me rappelle une opaque paupière;
Mes yeux sont bien fermés, la pointe de tes seins
S'avance lentement dans mon corps qui s'éteint;
Et je ne vois plus rien, mon ventre se déchire
Et c'est toi qui te penche en éclatant de rire.
Beau rire de femme et lèvres rouges
Je ris avec toi des mots, des mots
Des mots que tu sais, et tout est faux
Soulevant le drap où rien ne bouge.
Mon sexe est gonflé d'amour, d'amour
Et tu n'es pas là pour le refaire.
Ton rire me dit que pour te plaire
Les mots dureront la nuit, le jour.
Je ne sais pas si la nuit s'achève
Et si le jour continue mon rêve
Le soleil éclaire un lit défait
Où j'existe seul et sans effet
Sur la sonorité de ton rire
Qui m'habitera jusqu'au délire.
Les mots ne diront rien de l'attente impossible
Je vais fermer le livre et attendre demain
Ta lettre arrivera au moment où je feins
De ne plus rien attendre ou de manquer la cible.
Je recevrai le pli en haussant les épaules
Et l'encre de mon nom en silence appelé
Roulera des couleurs au reflet cadelé
Et je déchirerai la membrane de colle.
Que lirai-je pourtant? pourquoi l'avoir écrite
Si c'est pour dire non; cette lettre maudite
Qui me torturera jusqu'à la fin du jour?
Mais la nuit me caresse et me porte l'amour
Dans un plateau d'argent à l'écriture intense
Dont les mots ciselés retrouvent l'importance.
Tu as dit oui? Tu as dit non? Peu m'importe
Ce que les mots apporteront au matin.
J'ai vécu la nuit et j'ai baisé tes seins
Tu as dit non? C'est le jour et tu es morte!
Mais la nuit arrive et je n'ai plus le temps
De courir après toi pour que tu m'écrives
Ce que je veux lire et comprendre; il m'arrive
Une nuit d'amour, seul avec mon néant.
Tu as dit oui? Tant mieux, on fera l'amour
Avec les mots, avec la terre, et le jour
Éclairera tes yeux de lointaine amante.
Éloigne-toi encore de mon trouble lit
Et refais le chemin jusqu'à l'infini
Retournant à la nuit qui te firmamente.
La nuit s'achève et je n'ai rien aimé
Je n'ai pas retrouvé ton beau visage
Et je n'ai pas compris l'ardent message
Que me lisait la femme; et j'ai rêvé -
La mer s'écume blanche et le vent mord
Dans la fenêtre close avec l'aurore
Qui s'endeuille aussi des froids regards
De l'horizon morose où je m'égare.
- J'ai rêvé d'une attente interminable
Et ma chair voulait savoir l'impensable
Plaisir que tu lui donnais en rêvant.
Mon rêve s'achevait entre tes cuisses
Plût au ciel devin que je les ouvrisse
Pour baiser ta chair immuablement.
Puis la nuit s'achemine avec une lenteur
Insoutenable d'araignée, vers une aurore
Plus froide que l'ennui où j'ai rêvé encore
De tes mains de nylon dont je suis l'amateur.
Je n'ai pas tout prévu dans ce rêve d'acteur
J'avais refait le lit fleuri de mandragores
Et allumé le feu dans les draps que tu dores
Et creusé l'oreiller à l'instinct directeur.
Le livre était ouvert sur une page blanche
Et j'écrivais le titre avec un doigt distrait
Ce qui était écrit n'était pas sans effet
Tu augmentais l'allure insensée de tes pas
Et je te préparais le délicieux repas
De ma chair érectée où mon rêve s'épanche.
Je ne suis qu'un poète et tu peux m'oublier
Je n'ai pas de besoin puisque j'ai l'écriture
Pour redire le monde à qui veut l'écouter.
Je me satisfais de moi-même et je perdure.
Si tu veux m'oublier je te ferai l'amour
Pour te donner l'enfant que ta science mérite
Tu prendras le plaisir par la queue, et le jour
Des noces, le plaisir te rendra si petite!
Je crois désespérer, tu sais si peu de choses
De la terre infinie où mon amour repose -
Je ne suis qu'un poète et tu es une femme
Je rêve de l'amour que ta chair peut donner
Tu penses que l'amour est dans l'éternité -
Et nous avons raison de mélanger nos âmes.
Je prépare des parfums éternels
Mes bouteilles sentent bon l'espérance
Je crois avoir une nouvelle chance
De coucher nu dans le sein maternel.
Elle sent que le vent va tourner
Il apporte mes odeurs si tenaces
Et le temps innombrable menace
D'effacer tous les mots pour durer.
Ne chante pas la syllabe muette
Je l'ai écrite avec une bluette.
C'est un parfum entre tous suranné
Défais le lit refait avec excès -
Tu as le temps d'aimer ma fantaisi - e
Et je vole une rime à tes beaux y - eux.
Maintenant je respire un peu de ta lointaine
Apparence de femme au passé souverain.
Ta majesté n'est pas sans douleur et demain,
Tandis que dans tes mots je plongerai ma veine,
Tandis que pour le vent je dirai mes voyages,
Et que la mer soucieuse encore de ployer
Dans ma vague de temps où je fais tournoyer
De ma fièvre d'écrire un million de pages,
Se couchant à mes pieds éclairés dans le sable
Le foule de tes pas qui croissent de l'arable
Demain je revivrai ma froide nudité
Je goûterai des fruits défendus, et l'été
Brisant les jets de feu de ta royale absence
Donnera à l'automne une douceur immense.
Je n'écrirai plus rien en attendant ta lettre
Je dormirai tranquille en rêvant de tes yeux
J'y parlerai d'amour - ce sera beaucoup mieux
Que d'étirer le temps dans d'impensables mètres.
Tes mots ont-ils bien voyagé? et la métrique
A-t-elle bien tenu la bride à mes chaleurs?
Je dormirai tranquille en rêvant ta douceur
Je parlerai d'amour - déjà je m'y applique.
Je n'écrirai plus rien, du moins je crois écrire
Une dernière fois ce que je peux te dire
De cette attente étroite où ma tête a craqué.
Je dormirai tranquille en rêvant de croquer
Un à un tous les fruits de ton arbre d'images.
Je parlerai d'amour pendant que tu voyages.
Quelle tristesse et quelle rage dans mon cœur!
Mon livre s'achève aujourd'hui - c'est ici même
Que s'arrête le temps - et dire que je t'aime
Pendant que tu écris les mots avec lenteur.
Je joue avec le feu, la comédie s'anime
J'inverse le courant, le théâtre prend feu
J'amuse les baleines, le parterre est heureux
De constater que ceci n'est que pantomime.
Pendant que tu écris les mots si lentement
Et que mon impatience agite l'eau du rêve
Au clapotis je me retrouve et je me mens,
Je me mens tristement sans vergogne et sans hâte
J'écris les autres mots sur des pages qui crèvent
L'écran de ma nuit bleue où le soleil éclate.
On fera rissoler une omelette
Sur un lit de lardons et de bon ail.
Dans la poêle qui chante un air d'émail
Et d'huile craquelant la cassolette.
On boira le champagne à l'aveuglette
Vidant le verre étroit de son travail
Que c'est simple de vivre avec un bail
Dans le grand lit de toile un peu pompette.
Ton rire fleurira dans les chatouilles
Entre la sauce au beurre et les marmots
Qu'à force de chansons et de dérouilles
On aura mis au monde sans patouilles
Sur un air de cuisine et de grelots.
J'aime ton popotin et je m'arsouille.
Je m'arsouille de vers et tu n'existes pas
Ton ombre m'apparaît, je ne vois pas ta bouche
Je n'entends rien de toi et la lumière couche
Dans mes draps sulfureux où je souffre de toi.
Je ne raisonne plus, et dans mon cimetière
Ton âme est envolée avec d'autres oiseaux.
D'une aile passagère elle a troublé les eaux
De mon fleuve d'amour qui partageait la terre
Pour pénétrer en toi et te donner la vie.
Ne m'abandonne pas dans tes vagues envies
Les mots sortent de moi et descendent le fleuve.
Peut-être qu'après tout il faut que la pluie pleuve
Elle pleuvra toujours si l'ivresse m'emporte
Au pays où la mort est une vierge accorte.
C'est le dernier sonnet que j'écris pour t'attendre
Dans ma tête éclatée j'ai joué tous les rôles
Du mime qui se prend au jeu des barcarolles
Au moine festoyant de la chair qu'il veut prendre.
C'est le dernier sonnet de cette attente immense
Où j'ai donné des mots à ma peur de te perdre
La rime peut manquer à ce vers éphémère
Je n'ai jamais menti, j'ai vécu cette transe.
Et je la vis encore - Souffrirai-je toujours
Ou ferons-nous l'amour? Mais tu ne peux rien dire
C'est le dernier sonnet que j'écris au détour
Du chemin que traçaient tes yeux qui nous ressemblent
Quand ils croisaient les miens et que je croyais lire
Que ton âme voulait que l'on voyage ensemble.
L'attente est composée d'invariables redites
Mais je composerai pour toi la romance
De syllabe en syllabe étirant le tracé
Des heures respirées dans l'air que tu habites.
J'écrirai des chansons aux musiques tacites
Pas à pas refermant le cristal enlacé
Que le feu arabesque isole du Lance
Et fige sur le meuble où pâle je médite.
C'est un sombre miroir où le monde s'inverse
Un monde blanc et noir que le soleil transperce
Et la lumière joue dans les azulejos
J'ouvre la jalousie sur l'artiste brûlure
Une femme y découvre un sein que je rature
En brisant le jet d'eau de l'aimable patio.
N'espère pas me dire en jouant des paupières
Que ton âme respire un parfum si troublant
Qu'il t'importe d'attendre un peu que le moment
Vienne où l'inspiration te dira mes lumières.
Si je brille d'un feu, c'est l'amour qui l'inspire
Et il faut être deux pour goûter au plaisir.
Si je brûle c'est toi qui extrait mon désir
Du bûcher de papier que je ne peux relire.
N'attends pas ce moment inutile qui flambe.
Ma bouche divaguait remontant sur ta jambe
Je voulais être amant et vivre de ta peau
Je te voulais maîtresse et ivre de tendresse.
Mais le rêve attendait avec toi que l'anneau
En rivière changeât sa première caresse.
Demain peut-être, et demain, et demain
Si tu es un oiseau et que tu voles
Et que ton aile noire et blanche épaule
Mon ombre immobile comme un refrain.
Si le jour se lève et que tu réveilles
La mouette étoilée et le crabe nu
Peut-être demain le moment venu
Dans le coquillage qui s'ensoleille.
Demain elle arrive en habits de lettres
Blanche et noire chanson demain peut-être
- Demain si la nuit s'achève enfin
Si la mouette rit, si le crabe danse
Si le coquillage au refrain s'avance
Et d'un entrechat retourne au refrain.
Pourvu que la vie nous soit facile
Que rien ne s'interpose entre toi
Et moi, que la mort n'existe pas
Comme la mort existe, et tranquille
Si tranquille parfois, la patience
Nous éclairant d'utiles conseils,
L'impatience inventant nos éveils,
Pourvu que la vie en transparence
Comme un verre vide à la lumière
Ne joue pas le feu, ne joue pas le temps
Ne joue rien de faux, rien d'éphémère -
Si tranquille enfin au reflet blanc
La liqueur est bue, tout est tranquille
Tu souris parce que c'est facile.
L'écriture est un plaisir comme un autre.
Comme le vin qu'on boit pour oublier
Battre les murs aux solides piliers
L'interroger pour voir si c'est le nôtre! -
Comme l'amour qu'on fait à la lumière
Croisant l'été dans de courbes chemins
Et poursuivant par l'hiver qui revient
Le même saut d'éternité amère -
Pour oublier que rien n'est arrivé
Et que demain secouant le pavé
En baladant une ardeur immortelle
Il faudra bien, demain, penser à elle,
Et l'écrire encore, et la coucher là.
Cette exigeante amitié qui s'en va.
Tu as mis un chapeau sur ta main
Un chapeau de métal métallique -
Une bague à ton doigt esthétique?
C'est amusant, on s'amuse bien.
Ton oreille supporte un lacis
De morceaux de métaux métalliques -
Une boucle à ton lobe esthétique?
C'est amusant, on s'amuse aussi.
Mais ton épaule est nue et je t'aime -
C'est amusant parfois, pourquoi pas?
On s'amuserait bien dans le même
Lit - et tu peindras ta bouche esthétique -
Et pourquoi ne la peindrais-tu pas?
N'ai-je pas peint mon doigt métallique?
Je t'aime nue - enfin, je t'aimerai plus tard!
J'aimerai ta poitrine aux stupeurs enivrantes
Et j'y vivrai la courbe et l'artiste tangente
De tes seins étoilés dans mon trouble regard.
Enfin, je t'aimerai, - je t'aimerai enfin
De douceur en extase explorant tes arcanes
Écoutant tes discours de stryge mélomane
Et j'y vivrai dans le pipeau des séraphins.
Qu'y revivrai-je encore ô nudité parfaite?
De tes pieds triomphants à tes cheveux de jais
Soumettant mon regard à ta vivante fête -
J'y revis mon passé, troublant des virelais
D'un doigt presque distrait dans l'extatique verre
Où je n'ai jamais bu que la gloire éphémère.
On doit mourir avant que la mort nous entraîne -
Je crois que je mourrai aux fadeurs de ton corps
Quand mon corps fatigué et changeant le décor
Jouera un autre drame en regrettant à peine -
A peine tes grands yeux cultivant ma paresse
Tes délicates mains au discours mesuré
A peine tes cheveux mélangés de reflets
Quand je manipulais le miroir d'allégresse!
- On meurt bien assez tôt pétri des souvenirs
Que le lit éternel des anciens plaisirs
Trace d'un pli amer dans le drap de nos veilles
- Que ce drap nous ressemble et qu'il nous ensommeille
Que notre chair arrive avec la vérité
Je te veux éternelle et facile beauté!
Et si j'aimais la mort après t'avoir aimée?
Et la vie durerait ce que le plaisir veut -
J'aime la mort, c'est vrai, o le terrible aveu;
Mais c'est une servante et je l'ai enchantée;
Vois comme elle tourmente et comme elle est charmée
Sa chevelure est noire et ses yeux langoureux -
C'est une femme encore, une femme qui peut
D'une amante endormie se changer en Orphée;
Mais ne regarde pas l'ombre qui s'est inscrite
Entre la maison rouge aux faces décrépites
Et le jardin des rêves que césure le ver -
L'ombilic nous éprenne de ces vacances molles -
Qu'il nous charme peut-être dans ses anneaux de vers
D'une pensée mourant d'un de ses plus beaux rôles.
Mais je n'attends plus rien qu'une belle tourmente
Avec un ciel très bas et des vagues de feu
Que le sable voudrait aimer encore un peu
Avant que le soleil ne consume sa pente.
Il y a dans mes yeux la lumière démente
D'une écriture à peine éclairée de tes yeux -
J'aime que ton regard aux plaisirs les plus vieux
Donne les lauriers de la plus vieille amante.
Une belle tourmente endormirait mes sens,
Et tu te nourrirais de cette froide absence -
Non, je n'ai pas souffert, je n'ai rien regretté
Ni ta cuisse magique à l'humide adhérence
Ni ton ventre buvant l'éternelle semence
Pas même ta coquille ouverte à la beauté.
Après la mort peut-être et pourquoi pas demain -
Nous aurons épuisé les plaisirs de la vie
Mais n'ayant rien compté que notre chair ravie -
Demain nous redirons ce que peuvent nos mains.
Que peuvent-elles, ces mains, sinon revivre encore
Et donner le plaisir dans leur habit de nuit,
Rappeler que demain le même jour revit
Les revivant encore ces charnelles aurores.
Mes mains ne peuvent rien si la mort est un rêve -
Et pourquoi pas demain si le soleil se lève
Et qu'en ouvrant les yeux tu souris au plaisir?
Laisse ma main refaire et défaire la trame
La fibre se mélange aux fibres de mon âme
Et au ciel redescend le soleil du désir.
Quand nous n'aurons plus la chair pour nous aimer,
Que la mort sera le lien entre nos âmes,
Que tes yeux changeront ta couleur de femme
Et que j'oublierai mes livres refermés -
Quand mes mains vieillies chercheront le plaisir
Sur ton ventre clos, - quand ta bouche entrouverte
Et remplie des mots que ton âme déserte
Redira pour m'aimer, pleine du désir
De recommencer, quand ta bouche rustique
Voudra retrouver les accords magnifiques
D'une jeunesse morte en terre de feu
Et sous un ciel d'orage - quand dans mes cheveux
Cherchant les reflets des délices lointaines
Tu me pleureras - je t'entendrai à peine.
Mais nous aimerions nous si la mort passagère
A la fin du voyage annulant le plaisir
Ne s'y mélangeait pas comme pour en finir
Avec l'éternité inventée pour nous plaire?
C'est l'imagination qui plonge dans nos âmes
Ses mains recommencées chaque fois que le temps
Nous retrouve enlacés l'un dans l'autre cherchant
A musicaliser de déroutantes gammes.
- La chair est l'instrument d'un voyage incroyable
Elle apprend, elle essaie, elle aime et, périssable
Elle apprend à mourir si l'âme n'est pas morte -
Elle essaie de revivre si la mémoire existe
Elle aime encore un peu si le désir résiste
- C'est l'imagination dans la mort qui avorte.
J'ai rêvé le plaisir entre tes bras absents -
Tu prodiguais le rêve avec tant d'insouciance!
Ta nudité noyait de vagues déferlences
Contre ma roche brute où burinait mon sang -
J'ai creusé dans ta chair ce que mes mains voulaient -
Et tu marchais légère et brune évanescence
Au matin rougeoyant l'opaque renaissance
- Par le burin sonore ma roche déferlait.
Ce n'était que l'idée d'un théâtre de chair -
Et j'étais un oiseau dont les oiseaux se moquent
Éternisant d'une aile attentive la mer
Où leur vol pur n'est pas celui que j'envisage
- Ta nudité changeait des atomes de roc
Et ta robe volait comme un oiseau volage.
Et l'attente revient régler mon impatience
Je fais l'amour au rêve et je crois que c'est vrai
Le rêve prend plaisir et je suis satisfait -
Mais l'attente m'annonce une attente plus dense.
Elle revient encore éclairer ma lanterne
Elle s'amuse à peindre au plafond de ma nuit
Des fragments de mon corps qui suspendent mon lit
Comme le balancier dont l'horloge s'interne.
Et je deviendrai fou si ma lente écriture
Négligeant les ressorts d'une attente qui dure
N'arrêtant que des mots et non pas le plaisir
- J'écris comme le vent ignore ce qu'il vente
Mon plaisir est de croire que tu es mon amante
Et que ton écriture répond à mon désir.
La lune est infidèle et la nuit en dépend -
Que la lumière absente une attente fragile
Ou qu'elle éclaire enfin dans son orbe tranquille
Mes raisons de t'attendre et d'espérer pourtant -
La lune est infidèle, et sa lumière fausse
Le regard que je porte au lointain horizon
Pour deviner les mots qui troublent ma raison -
C'est l'ombre qui préside au moment de ta noce.
La lune est infidèle et je connais ses voiles -
Je dénude son sein s'il n'est pas déjà nu
Et ma bouche y pressant l'inconcevable étoile
Que dans l'éternité prolongée de ta cuisse
J'ai vu briller le feu d'un état inconnu -
La lune est infidèle à son propre délice.
Que la courbe décrive ou que la droite ligne
Partage ma pensée en signaux indistincts -
Tu laisses désirer tes délicieux instincts
Que la page ensemence et que l'encre m'assigne.
J'effleure lentement ton âcre territoire
Dont la géométrie parfaite maintenant
D'angles en points de fuite imagine l'élan
Infinitésimal de ta récente histoire.
La courbe est au miroir un infini d'anneaux
La ligne se projète en multiples échos
Et ta double présence invite à s'y résoudre.
Si j'ajoute un miroir à ces compositions
Pour compliquer l'attente et appeler l'action,
Une rime me manque et tu n'existes plus.
Qui plus heureux que moi et qui plus éphémère?
J'écris ton nom de femme et la page s'éveille;
Les mots te donnent forme exigeant des merveilles;
Aucun n'oublie tes yeux hérités de la terre.
Et le ciel t'a donné des jouissances fameuses
Le feu ta cuisse aimante, et la mer ta substance
- Qui plus heureux que moi nourrissant mon silence
Dans les sonorités de ta bouche amoureuse.
Mais qui plus éphémère, mais qui plus improbable
Qui plus apte à l'oubli où le genre s'anime
- Ma rime est féminine en souvenir des fables
Où j'ai appris que Femme est l'ardent synonyme
De toute éternité gagnée dans l'écriture
- Qui plus heureux que moi et sans doute si pur?
Les lettres de ton nom égrènent ton absence
Vagues comme l'aurore au triste sfumato
Alimentant le vers pour y jouer l'écho
Litineux d'un nuage éclatant de silence.
Éternelle mesure impossible à ma cause
Rejouant dans la vague un sonore glacis,
Inverse transparence au cadrage précis,
Et elle se détourne en riant de sa pose.
Je peux redire encore les lettres émouvantes,
Et tenter l'impossible en devenant oiseau -
Une mouette au cri lent dans le ciel s'instrumente.
Son aile plonge enfin dans les riantes eaux
Que les lettres vomissent sur les rochers sonores
- Tes lettres cadelées que les oiseaux dévorent.
Même l'amour n'est pas suffisant -
Et que dire de tant de mortelles matières
Qui coûtent tant à l'âme et si peu à la terre
Qu'il faut mordre quand même un jour de très grand vent?
Un jour de vent et de colère
Suivant les pas qui tristement
Portent le lourd tribu du temps
Dans un rapide cimetière -
Même l'amour n'est pas suffisant -
Même versant des pleurs solitaires
Et si la mort, la mort qu'on enterre
Ne manque pas au triste cadran -
Mais que dire de tant d'impalpables poussières
Où l'amour n'est plus rien qu'une galante affaire?
L'autre mourra très seul et solitairement
Regardant dans les nœuds de ses mains pourrissantes
Il verra l'arabesque incroyablement lente
D'une ancienne nuit où amoureusement
Deux corps se passionnaient pour le même plaisir -
Effaçant d'une main ce que l'autre rappelle
Il verra d'autres plis se confondre avec elle
Et ramener son corps au présent des désirs -
- Nos mains seront si vieilles, ma mémoire si loin
Et j'aurai tant pleuré en te voyant descendre
Dans cet immonde trou où j'ai plongé mes mains!
Il verra ce qu'il voit, ce qu'il a toujours vu
Il entendra aussi ce qu'il voulait entendre
Et ce que n'a pas dit le cimetière nu.
Si j'écris des sonnets, c'est que je suis sonné
Secouant les anneaux du serpent à sonnettes
Je veux croire à la vie répandant des clochettes
Dans les cloches navrantes qui n'ont jamais sonné
Si j'écris des sonnets c'est parce que je t'aime
On aurait voulu dire en parlant de sonner
Que je t'aime surtout d'être surtout sonné
C'est-à-dire écrivant des sonnets anathèmes.
Je t'aime pour sonner, c'est un peu vrai je crois
Mais ne te vexe pas si le sonnet s'accroît
D'un ancien serpent aux funestes écailles
Je sonne pour t'aimer de ces folles sonnailles
De sonores sonnets invitant le serpent
A régaler ta peau de sonneuse sonnant.
Je suis le sonneur fou, je tire sur la corde
La cloche se décroche au résonnant clocher
Entraînant dans sa chute un bronze très fâché
A la fausse fêlure qu'on voudrait que j'accorde.
Je n'accorderai pas le bronze et les oreilles
Il faudra m'écouter quand je chanterai faux
Je serai incongru et cruel s'il le faut
Et s'il ne le faut pas je ferai des merveilles.
Tu me donnes le La dans le clocher détruit
Et j'écoute ta voix que l'insouciante nuit
Enjambe d'une jambe accrocheuse d'étoiles.
Je n'agiterai pas la clochette à tes voiles
Et ma lyre résonne de tes fesses sonnant
Comme cloche au clocher la venue du serpent.
Impossible serpent aux clochettes tragiques
Tu comptes les anneaux de la vie un par un
Et dans le sable noir de nos signaux défunts
Ton cercle se succède en un cercle magique.
Je ne sais pas la vie aussi bien que tu sais
Je n'ai rien appris de l'art mathématique
Ni de la prosodie aux accents magnifiques
Je voulais que la femme arrive à point nommé,
Et qu'elle déshabille en baissant les sourcils
Son ventre écartelant où naissaient mes babils
- Ne laisse pas mon cœur dans la langue fourchue
Je ne veux pas siffler la bouteille pendue
Au plafond de la chambre où j'ai connu l'amour
Sans le faire avec toi une fois pour toujours.
Quelle nuit magnifique et quel matin plus calme
Que cette nuit d'amour où j'ai connu le corps
Que cette aurore nue pour unique décor!
Entraîne-moi encore dans tes lenteurs de palme!
Qui sait si le midi en décrivant l'arrêt
D'un soleil circulaire qu'anime notre sieste,
Accomplissant son acte avec un noble geste,
Ne nous viendra cueillir comme des fleurs des prés.
Et je me vois trempant mes pieds de séraphins
Contre tes pieds dormant dans l'onde d'une cruche
Dont l'ouverture accueille entre autres fanfreluches,
Une rose rosée au calice très fin
Une branche d'épines qui blesse ta poitrine
Et le gant d'une dame à l'ombre adamantine.
On pourrait s'éloigner et d'un pas infini
Toucher l'horizon jaune et le croire en silence -
Et ta main dans la mienne expliquant notre absence
Au péquin confondu qui boit et qui sourit.
Il boit le vin de palme au silence infini
Penchant la tête sur ta souriante absence -
Et passant sans retour devant le soleil dense
Nous danserons aussi le tango abruti -
Approche-moi de l'horizon et du soleil
Et embrassant ta croupe dure et ton orteil
Je verrai les cafés et les vaches cocottes
Les tables renversées sur le trottoir conquis
Respirant le cognac et l'odeur de la crotte
Dans un Paris revu et corrigé par qui?
Expliquant justement tes fines existences
De la plage dorée aux trottoirs de Paris,
Tu relisais encore un ancien écrit
En parlant d'oublier sa curieuse assonance.
Elle vivait sur terre et tu volais pour elle -
On dirait que le temps ne veut pas oublier
Ce qu'a duré le temps quand il s'est arrêté
Mélangeant les plaisirs en salade éternelle.
Et tu n'expliques rien qu'une vague présence
- Qu'est-elle devenue après sa mort manquée?
Mais tu ne réponds pas et elle est expliquée -
La Seine eut beau rêver ta soudaine impatience,
Il ne s'est rien passé qui devienne un écrit
Et tu peux oublier ton indolent Paris.
Mais il faut en finir avec le souvenir
Que la douleur étire dans les navrantes heures
Présidant à ta vie de poète, et tu pleures -
C'est navrant de pleurer mais il faut en finir.
J'ai passé un moment de cette longue attente
A me moquer de toi mais sans méchanceté -
Je t'aime de donner toute l'éternité
A mon chant que recrée ma voix impatiente.
Je n'en finirai pas de chanter ta beauté
Dis-moi que j'ai raison de ne pas en douter
- Dis-moi ce qui préside à ma vie de poète -
Mais la douleur sommeille je ne sais pas mentir
Je t'aime tant encore et il faut en finir
- Pourras-tu l'oublier si je crois à tes fêtes?
Elle vivra toujours dans ma triste mémoire
De cette vie pesante où je pèse mes mots -
Et tu ne sauras rien sauf peut-être l'écho
De mon cri poursuivant mes rêves illusoires.
Je m'illusionnerai tant qu'elle durera
- Est-elle morte enfin comme elle voulait vivre
Négligeant le plaisir en refermant le livre
Pour une liberté qu'elle ne vivra pas?
- Tu ne me diras rien, c'est mon passé qui passe
Et tu ne sauras rien de ces signaux tenaces
Que je vois s'allumer dans tes yeux saturnaux
Ne me parle jamais du suicide des femmes
- J'ai vécu cette mort et revivant la flamme
J'ai eu peur de te perdre et j'ai crié très haut.
Je lui ai demandé de me donner son corps
Et elle l'a donné en négligeant ma transe -
Je caressais le vide étroit de sa démence
Et elle préparait les raisons de sa mort.
Je ne sais pas pourquoi je me le remémore
En attendant ton cœur qui ne saurait tarder
C'est une histoire ancienne, il n'est rien arrivé,
Et ce n'est pas la tienne, mais elle arrive encore.
Je mélange les temps par peur de te déplaire
Tu sauras la raison de ma vie solitaire
Depuis ce drame obscur où j'ai perdu le droit
De regarder en face une femme et sa loi
- J'ai rêvé d'être amant de la femme multiple
Et je n'ai calculé qu'un foudroyant périple.
Mais avec toi, chérie, je veux vivre en douceur
Et rechercher ton âme dans ton cœur médiumnique -
Avec toi je veux vivre en oiseau magnifique
Et déranger les airs d'un coup d'ailes traceur -
J'effleurerai ta peau pour y trouver la paix
J'aurais des lèvres d'huile pour pénétrer ton ventre
Et des fruits sadinets pour atteindre le centre
De ta satisfaction où mon corps peut tremper.
N'écoute plus mes cris, ils sont le souvenir
D'une douleur ancienne, et mange le plaisir
Entre tes dents sonores qui sur ma cuisse claquent
- Avec toi je veux vivre et t'aimer dans ton corps,
Harmoniser selon tes merveilleux accords
Une mer de plaisir aux vagues qui ressaquent.
As-tu vécu l'oiseau qui se dit géomètre?
Il écrit des poèmes, pour toi, pour ton plaisir
- Il est chouette l'oiseau qui parle de s'unir
A tes désirs de femme - que sait-il de ton être?
Il sait la femme longue en sonore intervalle
La femme qui revient en mesurant ses pas
Au miroir descendant où giclent les éclats
D'un regard qui attend qu'elle enlève ses voiles
Il ne sait pas encore où tu caches tes mains
Avant de commencer cet aimable quatrain:
- Il se dit géomètre, il écrit des poèmes
Ce n'est pas un oiseau comme il voudrait qu'on l'aime
Il sait pas mal de choses mais pas autant qu'il dit
- O montre-lui tes mains qu'il refasse le nid.
Je sais bien que j'écris si tu existes
Et j'écrirai toujours si tu le veux -
Ne m'abandonne pas les adieux
Qui menacent mon cœur et y persistent.
Je ne crois que la terre et la terre me dit
Que tu existes -
Je n'écris que le ciel et le ciel est ma nuit -
Elle résiste.
Je sais bien qui tu es
Et pourquoi tu te tais
J'ai écris tellement que le feu me compose -
Le feu m'a parlé
De l'eau qui repose
Comme l'encre où je n'ai pas parlé.
As-tu croisé le temps aux rimes parallèles?
Il arpentait les monts et l'oiseau le suivait
Ne craignant ni vertige ni orage crevé
En abondantes eaux qui maculaient leurs ailes.
As-tu croisé l'espace aux mots anthropophages?
Il descendait la pente et l'oiseau murmurait
En marchant dans ses traces qu'il n'avait pu rêver
Comme il avait voulu et que c'était dommage .
C'est dommage d'avoir en si peu de saisons
Chanté si peu l'amour et autant la raison -
Mais le temps a raison de l'oiseau circulaire
Et l'espace le laisse en un lieu solitaire
- Le temps n'y manque pas, on se croirait hier
Et demain à la fois - Tant pis pour le dessert!
Ton corps est un pays peuplé de mangeurs d'hommes -
On y rencontre l'or et l'exotique bois
Qui creusait des statues dans sa peau autrefois
Pour élever nos dieux à la hauteur de l'homme.
Et les femmes mâchaient la rêveuse liqueur
Et nous buvions le fond jusqu'à l'ivre pensée
Par quoi nous transformions le monde des idées.
Ton corps était mouillé de l'ardente liqueur
Et des hommes mangeaient un homme solitaire -
Ce sont mes os blanchis que les femmes suçaient
Les enfants se moquaient de l'affreux maxillaire
Dont la langue savante avait été mangée -
Ton corps est un pays que les pays peuplaient
On y rencontrait l'âme égarée d'un orphée.
Que veux-tu que je donne à ton amour blessé?
De l'or, je n'en ai pas, ni la maison tranquille
Où tu voudrais dormir d'un sommeil si facile
Que même les oiseaux n'y voudraient te baiser -
Ils sont si difficiles les oiseaux qui aimaient!
Ils n'aiment plus autant que dans l'histoire ancienne
Où mangeant les humains jusqu'à leurs mortes glènes
Ils regardaient la femme avant de la couper
En mille divisions qui réjouissaient leur cœur -
Que les oiseaux sont beaux quand ils mangent la femme!
On a envie de les aimer avec douceur
- Avec cette douceur infinie jusqu'à l'âme
Dans la maison tranquille où croissent mes sommeils
Les oiseaux fleuretaient dans tes tristes réveils.
Arrête la caresse où mon plaisir commence,
Suspend ta bouche aimante et revient dans le lit
Où j'écrivais la femme aux multiples semences
- Elle était reine encore et divisait la nuit -
Ne me reproche pas si j'ouvre la fenêtre
Pour détruire le temps qui voulait tes plaisirs
Ne me reproche pas ma fièvre de paraître
Dans les pages mouillées du livre des désirs.
Ta bouche suspendue me rappelle à l'histoire
J'imagine le temps effrayant la mémoire
Et ton corps arrêté dans une éternité
De courbe parallèle où la beauté m'invente
- Ne me divise pas, et reviens pour fêter
Notre bel assemblage aux chairs impatientes.
J'ai croisé une femme et ses jambes m'ont plu
J'ai suivi une femme et ses bras de lumière
Auraient pu m'enlacer dans l'ombre circulaire
Et je cherchais l'amour dans son ventre poilu.
Une femme croisée dans la ruelle inverse
Avait des bras d'ivoire et je l'aimais déjà -
Je pensais à tes bras de lointaine maja
Et sur tes jambes d'acajou, tu me traverses -
Dans la ruelle obscure aux mille citadines
Je visitais la femme aux jambes cristallines
Et d'un reflet d'ivoire éternisant le bras
J'imaginais l'amour dans d'impossibles draps
Et je croisais des femmes, je suivais ta lumière
Je voyais dans la rue ton ventre circulaire.
C'est en pensant à toi que j'ai rêvé d'une autre -
Elle suivait l'écume en y cherchant l'amour
Et les vagues mouraient à ses pieds sans retour
Retournant à la vague où elle vivait l'autre.
Et j'observais le vent qui secouait ses boucles -
Elle avait tant vieilli et j'avais tant vécu
Elle montrait ses seins à l'horizon perdu
Mais nulle éternité n'arrivait à sa bouche.
Une autre nudité dans mon rêve vivait
Ses jambes se pliaient en donnant à la vague
Ce qu'elle avait offert et que j'avais rêvé
- J'ai rêvé d'une femme et ce n'était pas toi
Et la mer me l'a prise en un moment de vague -
J'avais fermé les yeux et je n'étais plus moi.
Les plaisirs de ma vie, je te les ai contés,
Dans un roman d'amour et de littérature.
Je vis depuis longtemps d'amour et d'écriture
Et tu es le seul livre que je n'ai pas jeté -
Je veux faire l'amour à ton corps éternel
Écrire sur ta peau le plaisir d'une amie
- Tu me feras l'amour en me donnant la vie
Et j'écrirai ton cri au chiasme charnel -
De qui me parlais-tu que je n'écoutais pas?
S'agissait-il du vent qui efface tes pas
En soulevant le sable instable de mon âme?
Tu parlais de l'aurore ou d'un autre moment?
Tu dis que j'écrivais et j'écrivais vraiment?
Dans une autre existence, j'ai voulu être femme.
La femme que j'étais revenait de la ville -
On aurait dit un homme et c'était une fille
Elle ajustait le fard et la trouble résille
Sur un trottoir glacé que je savais tranquille.
Personne n'entendit le prix de mon succès
- Elle enleva la robe et attentivement
Entra son doigt huilé dans son ventre savant
Elle était prête enfin et j'avais tout payé -
Je n'étais pas la femme et la ville dansait
Je voulais être un homme et je le devenais
Elle enfilait sa robe et je regardais l'heure
J'ai remonté la rue jusqu'au bout de la rue
Je sentais l'anisette et le saucisson-beurre
J'étais moins riche aussi et je l'avais perdue.
Ma femme m'a quitté sans que je lui ressemble
Et j'ai payé le prix du plaisir qu'elle craint
- Je ne plongerai plus les mains dans son écrin
Il faudra que je mente au monde qui s'assemble
J'ai dit qu'elle est partie, je n'ai pas dit ensemble -
Elle s'est envolée, elle avait l'air serein
- Je ne glisserai plus de sa nuque à ses reins
Je mentirai toujours à ce qui croit, à ce qui semble.
Elle est si différente, et le miroir reflète
Les mots qui ont redit dans sa bouche replète
Invariablement que je lui ressemblais
- Je ne ressemble plus à la femme que j'aime
Mon image est ailleurs comme je le voulais
En un autre miroir dont je connais l'extrême.
Mon image ressemble à la femme espagnole
Qui mesure le bain insouciant de son corps -
A la hauteur des seins arrêtant son effort
Elle laisse l'écume mordre dans ses épaules.
La Méditerranée, indolente marâtre,
De veuvage en veuvage épouse des regards
- Et je ne suis pas seul à regarder l'écart
De tes jambes sous l'eau dont je suis le théâtre.
Je boirai dans ta bouche un vin très alcoolique
Et du crabe de sable examinant tes seins
Tout au long de ton corps et jusqu'à l'eau magique
Je deviendrai la mouette à l'aile magnifique -
Tu pourras rire enfin de mes vols dynamiques
Et je créerai la vague éclaboussant tes seins.
J'ai appris à écrire, à survivre, à aimer.
J'ai écrit quelques livres que personne n'a lu
Je dois beaucoup d'argent à de sots créanciers
Et j'ai aimé des femmes qui me l'ont bien rendu.
Les livres m'ont nourri de la chair de leurs mots
J'avais l'imaginaire et le rythme qu'il faut
De belles qualités et très peu de défauts -
L'imaginaire est tout et le moindre des maux.
Pour vivre il faut de l'or et je n'avais pas d'or
Et si j'en avais eu qu'est-ce que j'en aurais fait?
Sans doute pas grand-chose - j'ai choisi de voler.
J'ai beaucoup fait l'amour mais je n'ai pas joué
Une femme m'a plu, une autre m'a loué
D'autres m'ont décousu et j'ai peint le décor.
Écrire des sonnets est une occupation
Bien propre et bien gentille - j'écrirai des ballades
Si j'étais sale et faux comme l'était Villon
Mais j'ai un trou du cul sain comme la Pléiade.
As-tu un trou du cul digne de ma passion?
Pourquoi me regarder avec cet air malade?
Je n'ai rien fait de mal en posant la question -
Je ne crois pas qu'on va le manger en salade.
Je pensais à l'amour qu'on aurait dû rêver
Tu fermerais les yeux en te suçant le pouce
Et dans un drap de lit je me serais sauvé.
Dehors il ferait froid - l'arbre couvert de mousse
Me donnerait le nord - je pourrais m'en laver,
Écrivant des sonnets dont la rime éclabousse.
I
Et d'un fort coup de pied il le fit reculer
L'autre retint son ventre et cracha des injures:
"Espèce de marsouin! Décrocheur de galure!
Tu n'auras pas ma fille et mon chapeau replet!"
Il lui brisa la nuque et l'autre s'écroula -
Sa tête retombée sur l'épaule à l'équerre
Il s'immobilisa dans le frileux parterre
Que la rose et le lys se partitionnaient là.
"Effroyable menteur! dit l'autre sur sa tombe
Tu voudrais bien me voir provoquer l'hécatombe
Des pères amoureux de leurs filles amènes.
Je vais te faire voir comme on traite les sourds
Qui ne veulent entendre que des chansons obscènes!"
Et d'une plume alerte il chanta ses amours.
II
Une femme passa, que la froide guitare
Épousant la musique en sonores beautés
Attira doucement dans l'allée illusoire -
Il regarda sa jambe et son sein de statue
Elle sourit aussi dans les sonorités
A cet enchantement qui l'avait retenue -
"Par exemple, dit l'homme en cessant de jouer
Serais-tu pas la mère horriblement trompée
Par le père et la fille par le père entrompée?
J'ai un double sonnet, je l'offre volontiers
A ta stupeur de femme! - Veux-tu m'accompagner?
Que le chant nous ranime et inspire la mère
Et qu'il donne au poète la force pour le faire!"
Entre leurs corps tendus la guitare vibrait.
III
Comprenne qui voudra cet éloquent poème
Tout est dit sur l'amour et le sens est extrême
Et qu'on pardonne aussi ce distique serein
Qui du coup se transforme en aimable quatrain.
Et pourquoi pas du coup, rien ne l'interdisant,
Continuer aussi jusqu'au dernier moment
D'un deuxième quatrain exigeant une rime
Et de la rime enfin ayant trouvé la rime
Attaquer un tercet aux délicieux accents
Et lui donner la forme et le verbe mouvant
Que l'amour exigeait qu'on donnât à son sens.
Et d'un triple sonnet l'histoire se compose
Ahurissant le mort et la fille qui l'ose
Encore aimer - c'est du moins ce que je suppose.
Était-ce le matin, dans la froide montagne
Ou par le sable clair qui maculait les plages?
Était-ce la montagne aux accents de l'Espagne
Ou la plage arabesque étirant ses ouvrages?
Ou bien était-ce un autre pays, par exemple
Ton corps, ton corps lointain que je n'ai pas connu -
Je rêve ta poitrine et ton sexe si nu!
Je rêve et tu n'es rien, je rêve que c'est simple
Qu'il suffit de t'aimer pour que le temps arrive
Et que ta bouche parle à ma langue rétive -
Écris avec ton sexe, écris avec tes dents!
Ce n'était pas l'Espagne ni la troublante Ariège
C'était ton corps de rêve et mon rêve dedans
Mon rêve c'est mon sexe et le tien s'y arpège.
Épuisant tout l'amour que nos âmes se livrent
Je vis le ciel s'ouvrir et d'un vaste soleil
La mer naissait enfin juste après le sommeil
Où j'avais oublié que c'est toi qui m'enivre.
Le rêve était si vieux et désuets les livres
Que j'avais lus naguère en espérant te plaire -
La poésie manquait à ses devoirs de mère
Et je ne savais plus s'il fallait te suivre
Dans ce ciel suranné que le soleil enfant
Pour jouer de la mer ouvrait comme un théâtre -
Je ne sais pas jouer ces rôles opiniâtres
Je peux écrire tout si tu me le défends -
Même les vieilleries en me coupant la tête
S'offriront mes rumeurs étranges de poète.
J'ai acquis patiemment cette tranquillité
Sans quoi l'amour est mort et la mort pourrissante
- J'écris ton écriture aux courbes caressantes
Je crois à ta patience - je crois à ta beauté.
Reviens-moi doucement sur mon corps me fêter -
Tes mains caresseront ma nature galante
La pointe de tes seins tracera dans mes fentes
Les lignes ravageuses de mon obscénité.
Comme le drap dansait et comme tu plaisais! -
Je veux rêver encore à tes chaudes mollesses
Et dans l'écartement de tes cuisses maîtresses
Je veux mordre la vie comme tu me rêvais -
Rêve-moi doucement dans le lit de l'attente
Je montrerai ton corps au monde qui patiente.
La mort serait si belle si c'était ton amour -
Je mourrais doucement entre tes cuisses lentes
D'une mort délicieuse qui serait mon amante
Et tu jalouserais cet éternel retour -
Tout aura disparu et tu existeras -
La mort côtoie l'amour avec tant d'impatience
C'est si long de s'aimer et si vite l'absence!
J'aurai écris beaucoup et tu me reliras.
N'égare pas ces pages, retiens leur écriture
Le vent voudra voler et la terre brûler
Ne laisse pas le vent dont le feu peut durer
Abandonne la terre et l'eau qui s'aventure
- Si c'était ton amour, si ton ventre mourrait
Je mourrais avec lui en croyant me rêver.
J'écrirai pour te plaire l'adab de ta beauté
J'assemblerai les mots autour de tes caresses
Ces mots seront les tiens, et flattant ma paresse
Pour que j'existe encore dans ton éternité -
On m'y rencontrera dans les traces fortuites
Qu'auront laissé mes mains sur ton corps vagabond
- Tu liras doucement ce que t'inspireront
Tes verbes promeneurs d'insoucieuses redites.
Que la rime revienne et que les mots s'en moquent!
- Je revivrai toujours dans cet accouplement
Qui force le hasard à donner savamment
Du sens à ta beauté où mon plaisir suffoque.
Tu ne vieilliras pas si je ferme les yeux
Et je pourrai écrire tes désirs audacieux.
Tu arrives demain; dans le lit préparé
Les draps sont parfumés; la fenêtre est ouverte
Au clapotis de l'eau et la mer s'est offerte -
Je ne lui ai rien dit mais elle a deviné
Elle s'est faite belle en masque térifère
Qui bouge sur sa peau d'un émouvant reflet;
- Je n'ai rien oublié; les livres de chevet
Sont ouverts à la bonne page, et je sais me taire
Pour l'écouter qui danse et qui se souvenant
De tes yeux noirs profonds se mélange à la lune
En un regard d'argent que rien n'importune;
Je couche dans son lit de sable bleu et blanc
Et repoussant le vent qui caresse ses cuisses
Je fouille sa toison de mes regards complices.
J'ai composé pour toi ces grains de pollen
Les fleurs se sont fanées dans le clair hammam
Je les avais cueillies dans les yeux des femmes
Et les femmes m'ont dit: raisonne ta peine -
J'ai raisonné ma peine en cueillant le lys
Il était parfumé comme ton absence
Et je l'ai dit aux femmes qui se voulaient lisses
Et les femmes m'ont dit: ça n'a pas de sens!
J'ai respiré le lys au blanc éternel
Comme la peau des femmes qui de loin m'appellent;
Je les ai caressées de mon doux regard
Et elles m'ont redit: nous aimons te plaire.
J'ai jeté les fleurs, c'était peut-être hier
Et les femmes m'ont dit: elle vient ce soir!
Elle est belle et je le dis au chat
Le chat dort et je ne sais quoi dire
Au soleil paresseux qui s'étire
Et me brûle une page! et voilà!
Et voilà ce qui arrive au chat
Quand il dort et que le sommeil penche
L'encrier à l'encre noire et blanche
Oui voilà ce qui n'arrive pas!
Le sommeil et non pas le soleil -
L'encrier et non pas l'ancre y est -
Paresseux - voilà ce que tu es!
Et je le dis au chat qui sommeille
Je le dis au soleil qui paresse
Je dis à l'encrier: Son Altesse!
Mais non, pas la poupée! le mannequin qui penche
Sa tête sur l'épaule et qui baise la peau
De sa bouche qui manque au terrible tableau
Rempli de ton absence et de sa face blanche -
Pas la poupée! Je veux jouer au mannequin
De Chirico! et deviner ce qui se cache
Dans ta tête sans yeux interrogeant la gouache
Qui peu à peu l'efface sur le tableau repeint -
Je te ferai peut-être un enfant de peinture
Peut-être si le vent arrête de voler
Mes couleurs à l'amour et l'amour au jouet!
Le mannequin revient et craquent ses jointures
De colle et de papier et tu ne reviens plus!
- J'ai repeint mille fois ton impossible nu.
Je te ferai demain l'ancienne fin'amor
- J'écrirai la chanson exacte de ta chair
De l'épaule dorée qu'un reflet exaspère
A la pointe des seins que le miroir colore.
Ta poitrine et ton ventre et ton dos qui descend!
Tes bras, ton cou, tes mains et ta nuque et tes lèvres!
C'est l'univers charnel de ma patiente fièvre
- Sans oublier ta voix qui mesure le chant -
Je te ferai l'amour au son de la guitare
L'oiseau sera témoin de nos savants mélanges
Ta voix sera la mienne et tes yeux mon regard
Mes mains joueront enfin ce que ma bouche change
- Et je descends toujours de ton ventre à tes pieds
Pour raturer les mots et tout recommencer -
Ma chanson donnera le plaisir à ta voix,
Mes mains te trouveront dans la chair éternelle
Et j'écrirai toujours la poésie des rois
Dont la reine est le peuple et le pays sa loi -
Car ta cuisse est enfant d'une terre de joie
- Si les oiseaux mourraient dans l'impossible ciel!
Mais ils meurent sur terre et la terre est la soie
De leur linceul d'amour dont le ciel est la voie -
Écoute ma chanson, elle dira ta chair
Ton âme trouvera le chemin de la mort
- Pas besoin de chanter pour trouver cette terre.
Et reçoit ma caresse, elle chante ton âme
Et ton corps la suivra et l'aimera encore
Si je suis le poète et si tu es la femme.
Veux-tu être la femme? Veux-tu que je t'écrive?
Veux-tu être la femme et répandre les mots
Pour que ta nudité inspire mon repos -
Veux-tu te reposer avec moi que l'on vive -
Oui qu'on le vive enfin cet amour qui dérive
Qu'on vive ses plaisirs dans les draps de ma nuit
- Qu'on vive et qu'on y meure avant que notre lit
Ne soit jamais l'enfant d'une nuit qui arrive
- Elle arrive et je l'aime et je veux que sa cuisse
Et sa cuisse m'arrivent! - Veux-tu faire l'amour
Au poète qui t'aime et que j'aime toujours?
Veux-tu prendre plaisir à ces troubles délices?
Veux-tu mourir ensemble et me donner la voix?
Veux-tu donner la chair? Veux-tu ce que je crois?
Mais suis-je le poète que voudrait ma chanson?
Je n'ai jamais écrit que la femme donnant
Je recevais le corps comme un rythme émouvant
Et je rendais mon âme à ces tristes passions -
Mais suis-je différent du chanteur que j'étais?
Je n'ai jamais chanté que le sein et la cuisse
Je recevais le corps comme un nouveau délice
Et mon âme riait de cette éternité -
Mais ne suis-je pas mort dans le lit d'une femme
Que je croyais aimer et qui volait mon âme
Pour que j'existe enfin dans son rêve d'astrée? -
Mais ne suis-je pas mort avec la blanche amie
Qui voulait que je l'aime et que j'ai négligée?
- Mon âme savait tout de sa noire agonie.
Le chat me dit: si c'est ta femme, elle est à moi!
Apollon, Dionysos, Éros et Aphrodite!
Je lui réponds: les femmes n'aiment pas les chats
Et les Muses musaient dans les rimes redites -
Le chat me dit: oui c'est la femme qui me plaît!
Apollon, Dionysos, Éros et Aphrodite!
Je lui réponds: les chats ne savent pas baiser
Et les Muses musaient dans les rimes redites -
Le chat me dit: mais tu ne sais rien de l'amour
Ce que la femme veut, dit-il, je le sais bien
Mais tu es fou à lier, personne n'y peut rien!
Je lui réponds: l'Amour? J'en ai bien fait le tour
Et les Muses m'ont dit les redites redites
- Apollon, Dionysos, Éros et Aphrodite.
Je devinerai dieu si la question était posée
Et je lui parlerai, le nez collé contre le ciel,
Et parlant de la mort dans un poème démentiel
J'arracherai la terre à ses pieds de géant creusée!
Je me purifierai aux sources de notre nature
Si la nature était ce que j'entends chaque matin
Mais l'arbre s'est couché en travers de notre chemin -
J'existerai toujours puisque j'étais ton aventure -
Et j'aimerai demain, si c'est demain une autre femme
Elle dira enfin si j'ai raison d'aimer la femme
Je l'éterniserai dans ma folie d'aimer l'amour -
Ce chant serait le tien si tu voulais chanter l'amour
- Examine les fous aux quatre coins de la folie
Et reconnais le tien: tu es sa deuxième folie.
Mon amour me retienne
Et ton épaule à peine
Efface les bijoux
Qui redorent ton cou
Ta bouche est musicienne
Elle taira beaucoup
Et elle dira tout
De tes mains magiciennes
Je t'offre ces tendresses
Et tu répands les tiennes
Avec tant de richesses
Tu m'offriras l'amour
Si je te donne tout
Dans ces sonnets mineurs.
Dans ces sonnets mineurs
Je chercherai ta couche
Je serai le chanteur
Qui module ta bouche -
Elle me parlera
Et tu seras si tendre
En oubliant les draps
Que j'écris pour te prendre -
Ne me refuse pas
Le pli qui se retire
Quand j'annonce mes pas
Près du lit où s'étire
Le corps que j'aimerais
Si tu voulais l'aimer.
Si tu voulais l'aimer
Accepter sa tendresse
Refaire ses caresses
Et toujours refermer
L'angle de tes cuisses
Sur le baiser mineur -
Que sa bouche et son cœur
En silence l'esquissent
Et que tes yeux si proches
Soucieux de reproches
Et plein de ta beauté
Amoureuse et profonde -
Dans l'amour se confondent
Avec l'Éternité.
Avec l'éternité
Que retrouve ma tête
Ce chant est une fête
A ta prospérité.
Tu peupleras encore
De ton ventre doré
Ma vision sonore
Où tu existerais.
Donne-moi la tendresse
A défaut des caresses
Que ma nature d'homme
Rendrait à ta richesse
- Je croquerais la pomme
Que la vie nous adresse.
Je croquerais la pomme
Où la science est enclose
Je ne sais rien de l'homme
Et la femme compose -
Arrange les reflets
Au miroir très savant
Que je traverserais
Si j'étais un enfant
Les reflets me reflètent
Et le miroir me mime
- De ce côté ton rire
On dirait qu'il s'arrête
Et de l'autre pourtant
Je reconnais le temps
Je reconnais le temps
Dans l'éclat qui cadence
Chaque pas que tu danses
Le temps nous enchantant -
Je reconnais le temps
Dans les yeux que tu fermes
Y mesurant le terme
Du temps nous enchantant
Je reconnais le temps
Pas plus que ta mémoire
Ne reconnaît l'histoire
De ma mort hésitant
Entre la grande aiguille
Et la clé qui scintille.
Et la clé qui scintille
Dans le noir absolu
De la chambre où j'ai lu
Et où tu te rhabilles -
Et la clé qui s'avance
Au blanc cadran qui rit
Tandis que se balance
Comme au bout de mon cri
Un beau soleil de cuivre
Éclairant les anneaux
Innombrablement beaux
De l'insouciante guivre
Qui s'enroule soudain
Pour arrêter mes mains.
Pour arrêter mes mains
Dans l'eau de ta mémoire
Peut-être faut-il croire
La pointe de tes seins -
Que ta blessure saigne
Que ton corps est blessé
Que le temps est passé
Mais que la mort y règne -
Y règne-t-elle encore
La mort qui décolore
Le ciel de ton festin?
Pour arrêter mes mains,
Tu pourrais me le dire -
Je cesserai de vivre.
Je cesserai de vivre
Car l'amour m'a blessé
Autant qu'il t'a blessée
- Et cesseront mes livres
Aux pages surannées
Et cessera mon cœur
Dans ton cœur embaumé
- Cessera ce bonheur
Que je trouve à t'aimer
- Mais tu es déjà morte
Je l'avais oublié
Tu es morte depuis
Que le vent me rapporte
Les rêves de la nuit.
Les rêves de la nuit
Ont irrigué ma peine
- Rivières souterraines
Ils ont joué l'ennui
Je me suis ennuyé
Comme s'ennuie un homme
Quand lui manque la femme
Qu'il voudrait enlever
Il voudrait l'enlever
A la blessure ouverte
La terre s'est offerte
Le ciel s'est proposé
On a vu le feu prendre
Dans l'eau pour redescendre.
DOLORES
Dolores aux yeux noirs
Revient dans ma mémoire
C'est une vieille histoire
La première je crois
Elle croise ses jambes
Et ses mains se reposent
Sur le genou que j'ose
A peine regarder -
Je touche son regard
C'est toujours la première -
Ses yeux croisent la terre
Et je ne peux rien dire
- Le ciel lui fait l'amour
Et je me tais toujours.
BERNADETTE et MURIEL
Bernadette et Muriel
Se sont déshabillées
J'ai remercié le ciel
Et tout le saint-frusquin!
J'ai embrassé les seins
De Muriel qui veut bien
J'ai embrassé le sexe
Et Bernadette rit.
Merci pour l'amourette
Les tâches de rousseur
Et les petits plaisirs -
Je n'oublierai jamais
Vous étiez un peu folles
Mais vous aimiez l'amour.
Nous sommes des oiseaux
Blessés, de beaux oiseaux
Nus que le vent rassemble
De beaux oiseaux qui tremblent
Nus à peine visibles,
Tant le vent est blessé
Tant la chair est risible
Devant l'éternité
Mesure ta présence
Mesure ma distance
Mesure tout le temps
Laisse couler le chant
Et mesure sa loi
- Tu es l'ardente voix
Tu es l'ardente voix
Que ma bouche répète
Mon miroir y reflète
Le cri auquel je crois
Je crois ce que tu veux
L'amitié, la tendresse
Je renonce aux caresses
Si l'âme est dans tes yeux.
Tu brises le miroir
En niant les reflets
Ce sont les noirs effets
Du passé qui ce soir
Parle à ton cœur blessé
Pour lui dire que non.
Pour lui dire que non
Pour dire davantage
En mesurant l'hommage
Que ce n'est pas ton nom
Et que je n'ai rien dit
Que ton désir m'ignore
Mais que j'existe encore
Et que malgré la nuit
Tu es mon amitié
La seule si je compte
- Mon désir me fait honte
Je croise ta beauté
L'immense solitude
Que ta beauté élude -
L'immense solitude
Que je n'écrirai plus
Les livres que j'ai lus
Pour toute latitude -
Maintenant tout m'éloigne
Sauf peut-être tes yeux
Il faut que je les joigne
A mes yeux malheureux.
Mes mains sont des oiseaux
Tu les voles au ciel
Et tu les trouves beaux
- Mes mains te garantissent
Ce que mes yeux écrivent
Dans ton regard complice
Dans ton regard complice
J'ai rêvé le désert
Et je te l'ai offert
Croyant à ses délices.
Tu n'as rien refusé
Mais que pouvais-tu faire
Quand je voulais te plaire?
Tu n'as rien accepté -
Ma langue c'est du sable
Je n'ai pas le plaisir
De connaître ta fable
- Je connais mes désirs
- La femme et l'écriture -
Je connais ta mesure.
Je connais ta mesure
Et le diable n'emporte
Qu'une femme qui porte
La cruelle blessure
Que l'amour lui destine
- Quel amour te ramène
Dans les mots que j'ai peine
A creuser dans les ruines
De mon rêve d'amant?
- Quelle est cette blessure
Qui force l'écriture
Irrémédiablement
A mélanger les traces
Des mots qui te dépassent?
Les mots qui te dépassent
Me dépassent aussi -
Je lis ce qui t'agace
- C'est le navrant récit
De l'amour et de l'âme -
Je relis mes ballades
Au pays des salades
Des salades de femmes
Et des salades d'hommes -
Je relis ce désert
Où l'éclatant rhizome
Laisse perler sa goutte
Sur le pétale offert
A sa sollicitude.
Sur le pétale offert
Au mot qui le désigne
Comme le temps l'assigne
Voici le long concert
De la liste des noms
De la rumeur publique
Du procès extatique
Et des livres bidons -
Sur le pétale offert
J'ai écrit mes délices
Versé dans le calice
Le nectar de mes vers
- Sur le pétale enfin
Tu as lu mon festin.
Tu as lu mon festin
Rêvé la dédicace
- Le matin c'est vivace
Que j'orne la putain
D'un sanglot qui m'écœure
- Je me nourris des pleurs
Qui crèvent son vieux cœur
Je me nourris une heure -
Mais ce n'est qu'un festin
Je toise le matin
On dirait que tu m'aimes
Je ne suis plus le même
Si tu cesses je pense
De lire ma croissance.
Je ne suis plus le même
Tu changes ma chanson
J'ai trouvé le temps long.
Je voulais que tu m'aimes.
Mais ce n'est pas le cas
Il faudra que je pleure
Tu n'écouteras pas
Il faudrait que tu meures.
Mais qui pourrait mourir
Qui pourrait en souffrir
Que l'un meure et pas l'autre?
Le tombeau est fini
Mais ce n'est pas le nôtre
C'est celui de la nuit.
MARIE LA PUTE
Je reconnais ton lit
J'avais payé le prix
Et visitant tes cuisses
J'ai rencontré le sexe
Et tu n'as rien laissé
Au hasard qui sommeille
Quand l'amour nécessaire
N'est pas au rendez-vous -
Le trottoir dévorait
Ça sentait le poisson
A cause de la mer
Il y avait des pêcheurs
Les femmes des pêcheurs
Ne te connaissaient pas.
C'est un baiser de trop?
Je l'ai voulu si tendre
Il est imaginaire
Tu pouvais me le rendre
Est-ce un baiser de trop
Ce baiser dans ta chair?
J'ajoute à l'écriture
Ce plaisir qui me perd -
Mais si je t'ai blessée
A cause des caresses
Que j'ai rêvé d'écrire
Sur ta peau de maîtresse -
Ne me reproche rien
Ce n'est pas moi qui blesse.
Ce n'est pas moi qui blesse
J'ai simplement voulu
Rendre hommage à la femme
Et je lui ai déplu -
Je voulais ton désir
J'ai reçu ta tendresse
Garde-moi cet amour
Et que mon cœur renaisse!
Je ne déplairai pas
Si le soleil me plaît
A la femme qui trouve -
Cherche dans mes reflets
Le miroir que je tends
A ton nom révélé.
A ton nom révélé
Où je frémis encore
A ton sexe baisé
Où je me métaphore -
Ne daigne pas rêver
Ni refermer les yeux
Mais d'un calme éventail
Oublie ce que je veux.
Je recommencerai
Ta nature de femme
Et si tu aperçois
Dans mon regard de flamme
Quelque lueur maligne
Souris avec mon âme.
Souris avec mon âme
Au désir qui la trouble
Je préfère tes yeux
A ma nature double.
Je t'aime d'amitié
Pour plaire à ta blessure
Si tu veux que je t'aime
Et je me dénature -
J'existerai comment
Et pourquoi l'existence,
Et je t'aimerai quand?
Avec qui ton absence?
Mon âme se résout
A ta cruelle errance.
A ta cruelle errance
Accrochant des grelots
Pour que la route suive
Le trottoir de tripots -
J'ai renoncé à l'âme
Au plaisir, au poème
Et lui donnant le bras
A la crasse bohême
Qui se vend pour pas cher -
J'arpente des pavés
Ailés de réverbères
Si mon âme rêvait
J'arpenterai ton corps
De terre soulevé.
Si mon âme rêvait
Mais rêve-t-elle encore
Maintenant que ton corps
Est un rêve indolore?
Rêvant elle aimerait
Jouer avec tes seins
Simplement pour jouer
Jouer au jeu de mains -
Mais ton âme me vole
Mais ton âme m'usure
Et je dois à ton âme
Le prix de la rupture
- Si mon âme rêvait
Une étrange aventure.
Une étrange aventure
Au pays de ton corps
Et ton âme dedans
Versée dans le décor
Éternel de la chair
Qui va mourir un jour
Un jour triste à mourir
Bien avant que l'amour
Ne devienne la règle
Bien avant que ta cuisse
Ne s'ouvre à l'infini
A la vie qui se glisse
Infinitésimale
Et à la mort qui pisse
Et à la mort qui pisse
Sur nos têtes d'azur
N'ouvre rien que tes bras
Incroyablement purs -
Ne donne pas la main
A cette froide amante
Ne donne pas le sexe
Ni ta bouche savante -
N'ouvre rien que tes bras
N'offre que tes épaules
Tu m'apprendras la mort
Dans ma tête qui frôle
Un monde qui finit
La mort qui en raffole!
Un monde qui finit
Dans tes bras éphémères
Je goûterai le monde
A la saveur amère.
Tu me rappelleras
Que je suis ton enfant
Je suis l'enfant des femmes
Mais je suis né du vent -
J'ai adoré la mer
La montagne m'enchante
Et je connais le ciel
Si le monde s'invente
Une nouvelle femme
Je la veux pour amante.
Je la veux pour amante
Car le monde est en elle
Et j'habite le monde
Son enfant est si belle -
Comme elle te ressemble
- Si tu voulais m'aimer
Si le monde existait
Et si je l'écrivais
Aussi bien que tu vis -
Je peindrais sur ton ventre
Un enfant de la terre
Un enfant de couleur
Avec des yeux couleur
Du ciel et de la mer -
MARIE LA NOIRE
L'Afrique me parlait
De tes dieux souterrains
Et j'aimais ta poitrine
Pointue comme la pierre
De tes montagnes blanches
Au sommet du Kenya
- L'Afrique dans tes cuisses
De putain repentie
Me donnait un enfant
Un enfant noir et blanc
Et les dieux se taisaient.
- C'est l'Afrique que j'aime
Entre tes cuisses noires
Sur ton sexe meurtri.
Les sept alexandrins
Qui croisent mes sonnets
Ne trouvent plus la rime
Qui donnait la couleur
J'ai perdu quelque chose
En ne te trouvant pas
J'ai perdu la peinture
Amante de tes yeux -
Je ne blesserai plus
Ta navrante amitié
Heureusement pour nous
Il y a ta tendresse
Ta tendresse de femme
Ta tendresse blessée
Ta tendresse blessée
Et sept alexandrins
Qui ont perdu la rime
Rencontrant mes sonnets
Et je t'aime toujours
Je te désire autant
Que tu ne veux rien
Désirer que mon âme.
Tes cuisses qui s'écartent
Mon baiser sur ton sexe
C'était la différence
Je ne te violais pas
Je voulais que tu saches
Que je suis différent
Je suis si différent
De l'homme qui te viole
Mais j'ai le même sexe
Et le même désir
La différence c'est
Que c'est moi qui te donne
Et tu ne donnes rien
De ton désir de femme
A qui le donnes-tu?
Qui ne te viole pas?
Qui t'aime mieux que moi -
J'aime cet étranger
Je lui ferai l'amour
Pour aimer son génie.
J'aime cet étranger
Je veux lui ressembler
Je veux le dépasser
Montre-moi son génie
C'est moi qui te voulait
J'étais seul près de toi
Je caressais tes rêves
Je dormais avec toi
Et ta peau était douce
Caressante ta peau
Le long de ta cuisse
Ta peau jusqu'à ton sexe
Comme une bouche ouverte
- Je lui offrais ma bouche
Je lui offrais ma bouche
Et sa bouche disait
Toute la vérité
Sur ton plaisir de femme
Je croyais retrouver
La saveur de mon rêve
Mon rêve d'absolu
Où la nécessité -
L'infini nécessaire
- Me rendait la pareille
Me récitait par cœur
Ce que j'avais écrit
Un peu imaginé
De ton éternité.
Ce que j'avais écris
La chair de l'écriture
Offerte à ta mémoire
Ce manuscrit dédié
A ton plaisir de femme -
J'ai offert ces moments
Ce plaisir le plus grand
Des plaisirs qui me fondent
- Je t'ai offert l'amour
Que je donne à l'amour
- Et ces pages sont vraies
Ce sont les pages nues
De mon plaisir d'écrire
Ce que l'amour m'inspire.
Ce sont les pages nues
Retient mon écriture
Donne-lui le coffret
De ton corps qui refuse
Je retiens le plaisir
Je regrette le tien
Je pose des questions
Et tu ne réponds pas
- Mais je n'ai pas voulu
Blesser ton corps de femme
Ces cuisses écartées
C'était la pure image
Et mon très doux baiser
Mon hommage si tendre
C'était la pure image -
Ne m'abandonne pas
Dans ta belle amitié
De femme tourmentée -
La pure image était
Un sexe caressé
Parce que tu donnais
Et que je recevais.
Mais je ne prenais rien
Je ne te volais pas
Je désirais pourtant -
Ne m'abandonne pas
Ta tendresse d'amie
C'est d'amour que je t'aime.
C'est d'amour que je t'aime
Je te l'ai déjà dit
Je veux mourir ensemble
Mais pas sans caresser
Cette chair qui ressemble
A ma chair de poète
Cette chair qui t'emporte
A je ne sais quel diable
- Un diable de papier
Sans doute un peu menteur
C'est facile d'aimer
Quand la femme est ailleurs
- Par exemple au supplice
Avec un autre amant.
Avec un autre amant
Qui caresse tes seins
Les seins que je voulais
Aimer sur mes seins d'homme!
Mais comme je t'aimais
Dans l'image dormante
Du rêve poétique
Que je rêvais pour toi!
Je pleurerai sans toi
Je sais pleurer sans toi
Pas très bien mais je sais -
Je sais mourir aussi
Je voudrais en rêver
Car j'aime trop la vie.
CLAIRE
Claire aux épaules d'or
Où j'ai aimé la mort
Qu'elle a donné enfin
A son corps de satin -
Claire la suicidée
En robe de soirée
Ou totalement nue
Dans le lit qu'elle donne
- L'amour de Claire est tout
Il meurt au bon moment
Dans son corps suspendu
Caresse-moi encore
Même si tu es morte
Ou si l'amour te manque –
Sonnets dénaturés
Sonnets majeurs aimant
Sonnets mineurs pleurant
Et sonnets très mineurs
Mais tellement mineurs
Qu'il faut vous appeler
Si non plus rien n'existe
Que le nom d'un poème
D'un style de poème
Dont il ne reste rien
Que le vague squelette
Les sept alexandrins
Les quatorze morceaux
De mon amour brisé.
Les quatorze morceaux
Vaguement recollés
Tristement rechantés
Bellement réécrits
Et les vers orphelins
De la rime qui manque
A leurs cerveaux enfants
- Ils pleureront demain.
Je sais pourquoi je chante
C'est déjà quelque chose
Mais chante-t-on vraiment
Si rien ne fait chanter
- Garde-moi les sonnets
Ils pleureront demain
Ils pleureront demain
Ces enfants de la mer
Et du soleil dessus
Qui aime bien la mer
La mer aux belles cuisses
Aux mille coquillages
Qui rejouent à jouer
Au sexe de la mer -
Et le soleil très jaune
Orange jaune et vert -
Ce n'est pas dieu qui pense
Aux choses de l'amour
- Je pense à ton épaule
Et j'y pose ma tête.
Et j'y pose ma tête
Ma tête est un oiseau
Je mélange mes ailes
A tes cheveux d'azur
Je t'aimais tendrement
Comme font les oiseaux
Quand ils existent nus
Et beaux comme la chair -
Tu m'aimes tendrement
Et j'écris des sonnets
Qui ne sonnent plus rien
Y a plus rien à sonner
- Je donne un coup de pied
Au sable qui s'étonne.
Au sable qui s'étonne
Qui pose la question
J'ai répondu que non
Qu'elle n'a rien voulu
Savoir - Comment? dit-il
Mais ton sexe est si beau
Tu l'avais bien dressé
Et peint avec amour
De toutes les couleurs
Que l'amour reconnaît
- Elle a bien reconnu
L'amour que je donnais
Mais ce sont les couleurs
Qui ne lui plaisaient pas.
L'amour que je donnais
Je peux bien le reprendre
Je le donnerais bien
A la femme qui passe.
- Veux-tu m'aimer si j'aime
Caresser tes cheveux?
- Pour les cheveux d'accord
Mais pour le reste adieu
Je ne donne pas tout
J'ai déjà tout donné
J'ai donné un enfant
J'ai donné ma patience
Et mon génie de femme
- Mais je n'ai rien reçu.
Mais je n'ai rien reçu
En échange de moi
Que pourrais-tu changer
Même si les poètes
Sont différents des hommes?
Ils ressemblent aux femmes
Et ils aiment les femmes
Mais est-ce suffisant?
Je t'aime tendrement
Tu me caresseras
Un peu le bout du nez
Je mordrai ton oreille
Pour t'apprendre à aimer
Comme on aime une amie.
Tu mordras mon oreille
Je me réveillerai
De mon rêve d'amour
Où tes cuisses rêvaient -
Et le temps passera
Je rêverai toujours
Tu ne vieilliras pas
Mais feras-tu l'amour?
Avec qui mon amour?
Avec qui ton plaisir?
Pourquoi pas avec moi?
Et ta blessure s'ouvre
J'ai mérité l'enfer
Si tu n'aimes que moi -
Si tu n'aimes que moi -
Si ton âme m'entoure
Et que je vois ton corps
S'éloigner pour toujours -
Mais tu ne t'en vas pas
Tu restes pour m'aimer
Parce que je t'aime encore
C'est ton corps qui s'en va
Ton âme me retrouve
Je serais éternel
Si je savais t'aimer
Comme tu veux qu'on t'aime
- Mais je ne sais rien
De ton amour blessé.
Je ne sais rien de toi
Je t'aime sans savoir
J'ai faussé notre amour -
Je t'aime tellement
Mais je t'aime comment
Pourquoi l'amour avec
Ton amour et pourquoi
Pas une autre raison?
Je ne te connais pas
J'ai abusé mon âme
Et tu as eu raison
De parler à mon âme
- Elle s'est égarée
Et c'est toi qui m'aimais.
FRANÇOISE
Françoise se rappelle
Rue Saint André des Arts
Mon baiser sur le cou
Et ma déclaration -
Ou bien rue de la Harpe
Mes mains sur sa poitrine
Et ma déclaration
Ce que j'avais à dire
Dans l'eau de la fontaine
Au croisement de feu
Des boulevards obscènes
Françoise m'a tout dit
Tandis que j'embrassais
Son sexe à peine ouvert.
Il n'y a plus de rimes
Pas d'allitérations
Pas même d'assonances
Tout est mort, tout est mort
J'ai perdu les sonnets
Leur suite passagère
S'est arrêtée d'un coup
Oubliant une rime
Négligeant l'assonance
Et le chiasme trembleur
De musicalités -
Tout est mort, je le crains
Il n'y a plus d'amour
Dans mes mains de poète.
Dans mes mains de poète
Qui ont rêvé de toi
Tandis que je rêvais
De la femme éternelle
Dans mes mains de poète
Se dresse mon pénis
Mon pénis seul et nu
Dressé comme un poteau -
C'est un arbre de chair
Dont je suis la racine
Et tu étais la terre -
Je ne sais pas pourquoi
Dans mes mains de poète
Se dresse mon pénis.
Je ne sais pas pourquoi
Ce morceau de ma chair
M'attache encore à toi
Et je rêve tes cuisses
Tes cuisses entrouvertes
Pour donner ton plaisir
Et pour prendre le mien
Je ne sais pas pourquoi
Je ne veux rien savoir
Si rien n'est expliqué
Ce que je sais suffit
Mais l'amour m'a manqué
Je ferai sans amour
Ce que tu n'aimes pas.
Je ferai sans amour
L'amour à l'autre femme
Celle qui veut m'aimer
Et que je n'aime pas
Je connais sa caresse
Elle connaît les miennes
Mais elle ne sait rien
De mes mains de poète
Car mes mains de poète
Ce sont mes mains sur toi
Ce sont mes mains qui courent
Recherchant le plaisir
Où par jeu tu le caches
Sachant que je le sais
Recherchant le plaisir
Mais pour donner raison
A l'amour qui renaît
De tes écartements
Non ce n'est pas obscène
Ces cuisses qui s'écartent
La preuve j'y embrasse
Mon deuxième sexe -
Je n'ai pas recherché
La froide obscénité
J'ai simplement aimé
Comme personne n'aime -
J'avais choisi les rimes
Elles t'auraient tant plues.
J'avais choisi les rimes
Je voulais te prouver
Que l'amour des poètes
N'est pas l'amour des hommes -
Je te l'aurais prouvé
Mais tu n'as rien compris
Tu croyais au cuissage
Et tu fermais tes cuisses
J'avais choisi le rythme
J'avais tant recherché
La seule différence -
Mais tu ne comprends pas
Tu me prends pour un autre
Ce n'est pas un poète -
Ce n'est pas un poète
Celui qui se masturbe
Dans le sexe des femmes
C'est un homme qui meurt -
Je n'ai jamais violé
Les femmes s'en souviennent
Et je les aime toutes
Puisque tu n'es plus là -
Ce baiser sur ton sexe
C'est ma déclaration
Et c'est ma différence -
Personne n'a aimé
Ton beau sexe de femme
Comme je le voulais.
Ton beau sexe de femme
Je ne l'oublierai pas
Je l'écris sans sonnet
Car la rime me fuit
Et la rime c'est tout
Le sonnet que j'aimais
- Je t'aimerai toujours
L'amour ne meurt jamais -
Tu donnes l'amitié
A mon amour blessé
J'embrasse tes deux joues -
Tu donnes la tendresse
A mon plaisir déçu
Je chatouille ta nuque -
Je chatouille ta nuque
Pour aimer l'amitié
Tu permettras peut-être
Un baiser dans le cou -
Tu souriras aussi
Quand tes seins me diront
Au sillon qui les rime
Que je suis un ami -
Mes yeux contempleront
Dans les plis de la robe
Le triangle impossible -
Mais pourquoi m'as-tu fui
Que n'ai-je pas compris
De ce manque d'amour?
Que n'ai-je pas compris?
Que me disait ton âme
En me mentant un peu
Sur tes hésitations?
Mais que me disait-elle
Que je n'ai pas compris?
Quelle douleur la tienne
Et pourquoi la douleur?
Je te ressemblerai -
Ma caresse d'ami
T'inspirera l'amour -
Es-tu l'oiseau blessé
Dont le bec me signale
Que je vais mourir nu?
JOCELYNE MARIA ET GENEVIÈVE
Jocelyne poète
Maria son amante
Geneviève disait
Que j'avais du talent
L'Amour de Jocelyne
Était plein de sa graisse
Et les plus belles cuisses
M'ont donné un enfant
Maria se taisait
En offrant sa poitrine
Geneviève disait
- Trois femmes c'est si peu
Quand on est un poète
Et qu'on a du talent
Entre la femme blanche
Et l'écriture noire
Je choisis l'écriture
C'est mon éternité
La femme ne sera
Jamais l'éternité
Elle n'est pas écrite
C'est un homme à l'envers
Mais elle est l'écriture
Et son nom est choisi
Entre toutes les femmes
Les femme c'est ma femme
Je croyais la trouver
Dans ta belle écriture
Dans ta belle écriture
De femme jamais nue
J'ai deviné l'amour
Je voulais te survivre
Les mots ne cachaient rien
Ta nudité tranquille
Aimait les mots savants
Ceux qui savent aimer
Ta nudité me plaît
Elle ressemble enfin
Au plaisir que je cherche
Les mots ne savaient pas
Que je pouvais aimer
Ta belle nudité.
Les mots ne savaient pas
Mais ils étaient écrits
Je les avais écrits
Avec tant de tendresse
Et tu les avais lus
Avec tant d'amitié -
Je n'ai jamais été
Aussi nu que ce jour
Je t'ai montré mon sexe
Et tu n'as pas voulu
En caresser la vie
- Moi j'ai baisé ton sexe -
Je n'ai jamais eu honte
De préférer les mots
A la vie qui revient
C'est la mort qui m'inspire
Et je vivrai de toi
Tu n'empêcheras rien
Tes mots le savent bien
Je suis plus fort que toi
Et tu mourras sans moi
Tandis que je mourrai
De n'avoir pas connu
Ton plai