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mensuel

tous les 15 du mois

samedi 26 juillet 2008
Revue d’art et de littérature, musique
Directeur: Patrick CINTAS
Éditeur: Le chasseur abstrait

Photo ©Christophe Laurentin.

Croiser le style

Deux passions illuminent l’oeuvre de François RICHARD : la langue et le texte. Ses livres proposent toujours un parcours à la fois lyrique, — don de la langue, et narratif, — art de l’expérience. LOIRE SUR TOURS est étrangement fluide, vrai et faux, facile et complexe, phlogistique de l’égarement et de l’équilibre, mais aussi solide qu’un métier arraché à l’existence. Les photographies de Christophe LAURENTIN s’appliquent avec non moins d’étrangeté romanesque à cet itinéraire soigneusement mis en page. Loire sur Tours est publié par Le chasseur abstrait éditeur.

 

Patrick CINTAS. La question est de savoir si on continue d’appeler "littérature" ce qui la dépasse. Voici, à ma connaissance, la meilleure définition de la paresse dans l’optique particulière des arts : "La confusion dans le public est facile à expliquer : tout vient du désir d’obtenir quelque chose pour rien ou d’apprendre un art quelconque sans se fatiguer."

François RICHARD. Sur les appellations en général. Je crois que c’est induit dans votre question : je me sens effectivement assez étranger à des notions comme « écrivain » ou « littérature ». Je m’identifie plus à des noms qui les précèdent historiquement – poète, voire artiste tout simplement. J’ai la conviction qu’un artiste peut déployer sa singularité, sa sensibilité à travers tous les médiums. Comme on n’a pas assez de temps dans une vie, il faut bien choisir des priorités, aller là où ça appelle le plus spontanément. On ne peut pas exceller à la fois en musique, en danse, en architecture, en peinture… Mais ce n’est que par manque de temps. J’aurais adoré me consacrer à fond à absolument tous les arts, et je pense que ce serait une évidence pour tous les artistes si la vie était deux fois plus longue. Je le ressens d’expérience : un processus artistique débouche sur un autre, dans un autre domaine (c’est ainsi que j’ai alterné musique, peinture, écriture, danse…). Dans le processus de création il y a des sas successifs, ce que l’on tiré de soi laisse une soif d’autre chose, de différent et pourtant relevant de la même avancée. Dans tous les domaines on reste poète, et artiste. C’est un radical, un dénominateur commun. Au fait, qui est artiste ? Tous ceux qui ont vu, accepté et apprivoisé leur mort. Mais ce serait une autre question.


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oOo

 

 

Thaumaturgie vernaculaire

L'existence serait composée de miracles, prodiges du quotidien, phénomènes sujets à émerveillement, et cela n'aurait de cesse si les mots continuaient d'appartenir à une langue propice à la poésie parce qu'elle est toujours en quête de l'heure dérobée, concept purement poétique dont Robert VITTON, poète et prosateur, est l'inventeur. La particularité de l'homme tiendrait à la proximité de cette langue, à sa familiarité, et à la multiplicité des détails de l'heure. En vers ou en prose, c'est bien l'existence qui est cernée dans un chant poétique continûment inventeur de ses découvertes que le poète ne cherche pas à posséder tant il a conscience d'être possédé par elles.

 

Robert VITTON habite dans son chantier faits d'océans et de paris. Il nous promet des livres et ils arrivent. Nous attendons Les thaumaturges, Le zinc, ..., et cette Gueuse parfumée que son ami Henri TARQUIN est en train d'illustrer. En attendant la sortie de ce livre au goût de Provence et de provençal, voici L'ambulance et ses 39 marches:

Mes défunts s’occupent de moi. Ils savent que je me mets à leur place, que je gagne leur vie, que je prends la mort du bon côté… J’en ai qui datent. Trois coups de pioche, ils revoient le jour. Je les réduis à rien, je les emboîte…. Où t’as mis ton tamis, où ? C’est pas pour quelques os par-ci, pour quelques os par-là… Quelques os… Mon dogue, je l’appelle Cerbère parce qu’il a trois têtes. Que trois têtes ? Il a gentiment rongé le pied de guerre d’un maréchal d’empire, un tibia de poilu, la crosse d’un évêque, un arrière-train de sénateur, une omoplate d’académicien, un péroné de communiante, les clavicules d’un coureur cycliste, la jambe de verre et l’œil de bois d’un pirate, un cubitus, le coccyx, une hanche et l’occiput d’une pute… Dieu ait son âme et bénisse ses cuisses, à cette créature. Ça remuait, ça saignait entre ses deux gros orteils. Pour les travailleurs et ceux des administrations, c’était la Porte d’Aix. Pas bésef comme elle pour te dégeler les amandons, pour te reverdir l’asperge, pour te taquiner le goujon, pour te faire baver le cyclope, pour te faire crier sèbe1… Garde à vous ! Fixe ! Mon fixe est de combien ? Les pourboires et les étrennes, c’est pour les fantaisies de Toinette. Je suis aux petits soins, comme dans du coton, comme transporté… La coqueluche de nos grands-pères, cette dégingandée, cette estoquefiche2, cette mocheté, cette masque ! Toutes les places, toutes les buvettes, toutes les terrasses, toutes les fenêtres en étaient abreuvées de ce secret de tartufes et de dévotes. Dans la cuisine enfumée, la troupe rigolarde patientait en tapant le carton. Carré d’as ! C’est à toi, Pied-de-vigne. T’endors pas sur le pot-au-feu !


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oOo

 

 

Science

de l'homme collatéral

Comment ne pas se sentir non pas différent, mais étranger? Si nous n'étions que différents, nous sentirions à quel point nous le sommes et nous serions capables de franchir cette distance de l'un à l'autre. Mais l'étrangeté nous rassemble, par ilôts lointains et quelquefois ennemis, et nous revenons sans cesse sur cette terre où l'accueil n'est pas garanti non plus. Alors comment ne pas rechercher une explication? La rechercher par tous les moyens. Une extrême sensibilité scientifique et artistique répond alors à l'extrême de la souffrance.

 

Présenter Nacer KHELOUZ, c'est approcher un esprit en état de combat. Et c'est un combat de la plus haute qualité: scientifique, intellectuel, poète, romancier, dramaturge, revuiste (L'ancrage), cinéphile averti... J'en oublie peut-être ou je ne sais pas tout. Voici en tout cas la contribution que ce créateur a bien voulu communiquer à la RAL,M dans son espace d'auteur intitulé justement: SIDE EFFECTS, "effets collatéraux". Prenez le temps de cheminer avec la pensée toujours en alerte de ce fin observateur des temps modernes. De Mallarmé à l'Algérie, de la Berbérie au USA, du romantisme à Kateb Yacine,..., le voyage n'enferme jamais tant il est lisible et chaleureux. Patrick CINTAS.

 

 

SIDE EFFECTS

de
Nacer KHELOUZ

Nacer Khelouz

Le théâtre de ma souffrance d’humain est d’abord un théâtre, c’est-à-dire un spectacle. Cela me décevrait tant si vous alliez croire à un quelconque déchirement. Ah ! si seulement, on pouvait sortir de nos douleurs - vraies ou supposées - pour les mieux objectiver. Et comme spectacle, j’exige de mon théâtre qu’il aille au-delà du supplice. Me projeter hors de moi et me laisser dériver vers tous les adjuvants de ma vie. Ceux qui me sont vaguement familiers mais que je n’honore pas assez de ma présence ; auxquels j’accorde au mieux, pour la forme, un semblant de crédit aussitôt hypothéqué par ma vanité de posséder des trésors autrement plus clinquants. Pourtant, la vie, crus-je entendre répéter au fond de moi, ne s’ordonne pas sagement autour d’un centre. Un seul. Si bien que toutes les fois où je me meus, je bouscule un peu plus mon centre ; qui devient un plus des centres en devenir. Mes lignes vibrent un peu plus que de coutume ; tremblent de leur chair. De leurs secousses pondérales (mais quelquefois nénuphar duveté) naissent tous ces autres centres que, lâchement, je fuis sans me retourner. Combien de fois ? Pour combien de temps ? Voilà un millénaire déjà que j’agis de la sorte. Faut-il que les choses demeurent en l’état ? Après que mon théâtre a baissé son rideau ; après que tous mes spectateurs, tous mes miroirs se sont tus, ma solitude qui s’extrait enfin du feu de la rampe m’oblige à la regarder en face. Que fait-on maintenant que tout est fait ? Que dit-on, maintenant que tout est dit ?


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De Semblables Impuissances
Lettre à un ami qui est mort

 

« Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions. Je dirais orage. Je dirais fleuve. Je dirais tornade. Je dirais feuille. Je dirais arbre. Je serais mouillé de toutes les pluies, humecté de toutes les rosées. » (Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal)

 

Pauvre soleil corrompu

Nos plantes de pied durcies

À ton langage sidéral

 

Ternies nos sombres silhouettes ;

Aux cimetières horizontaux couchées

Creuser

Chuintements

Troubled Water

Tels abîmes qui violent nos

Buissons avilis

 

Applaudissements


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Une précision : je ne concevrais jamais le débat autrement qu’un vaste forum où les mots haine, racisme, terrorisme (Sartre a dit haut et fort : "Parler, c’est agir") devront être combattus avec la plus ferme détermination en leur opposant ce que nous avons de meilleur en nous : l’empathie, la capacité à raisonner. Serions-nous toujours ces êtres vivants qui chercheront inlassablement parmi leurs nombreux instincts animaliers celui qu’ils placent jalousement au-dessus de tous les autres : la dominance, comme l’appelait Alain Resnais dans Mon oncle d’Amérique  ? J’ose croire que nous avons, une fois que tous les comptes sont faits, la capacité à triompher de nous-mêmes.

Il n’y a aucune place au doute dans mon esprit qu’il soit malheureusement possible de semer la haine par la parole.


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à propos de "Semblables Impuissances"

Quand je me suis mis à ma table de travail pour composer ce poème, j’eus presque aussitôt cette irrépressible poussée de mon corps tout entier [qui me vint sans doute de ce que de plus en plus nombreux sont ceux qui pensent que les suburres coloniales ne sont jamais totalement nettoyées], qui fut submergé de toute part. Un corps qui prenait l’eau, un corps-radeau de fortune. Comment le dire : je me suis vu littéralement flottant au milieu des rues désertes de la Nouvelle-Orléans. Avec ma figure bouffie de clown au sourire figé. Avec comme seul espoir, hélas bien ténu, mon bras qui s’agitait désespérément. Mais ce bras levé avait au bout un poing serré, serré si tragiquement qu’il tint prisonnière la ville entière. Brandir vers le ciel ce bras et ce poing symbolisait tout à la fois l’échec et l’espoir ; la défaite et la victoire. Un poing serré pour tenter de suppléer les sons qui ne pouvaient sortir de ma gorge. Pourtant, je voulus pour elle qu’elle fût le berceau de l’humanité. Hélas, pour l’heure, elle était nouée, envahie d’éructations ; comme remplie de toute la ville, de ses poubelles, de ses détritus, de ses poupées affranchies -blondes aux cheveux ébouriffés -, de ses stéréos soudainement réduites au silence, de ses saxos qui alors étaient recyclés en tubes respiratoires à moitié submergés de notes affolées... mais aussi de tous ses mots inutiles qu’on se disait auparavant et qui prenaient à présent brusquement toute leur mesure ; une gorge pleine de rumeurs, pleine du formidable cri ballonné dans toutes les gorges de cette ville. La liberté jusque dans la défaite.


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« Un homme au rêve habitué, vient ici parler d’un autre, qui est mort.

Mesdames, Messieurs

(Le causeur s’assied)

Sait-on ce que c’est qu’écrire ? une ancienne et très vague mais jalouse pratique, dont gît le sens au mystère du cœur.

Qui l’accomplit, intégralement, se retranche.

Autant, par ouï-dire, que rien existe et soi, spécialement, au reflet de la divinité éparse : c’est, ce jeu insensé d’écrire, s’arroger en vertu d’un doute - la goutte d’encre apparentée à la nuit sublime - quelque devoir de tout recréer, avec des réminiscences, pour avérer est bien là où l’on doit être (parce que, permettez-moi d’exprimer cette appréhension, demeure une incertitude). Un à un, chacun de nos orgueils, les susciter, dans leur antériorité et voir. »

Stéphane Mallarmé, Œuvres Complètes, La Pléiade, p.23

 

En lisant l’hommage posthume rendu par Stéphane Mallarmé à Villiers de l’Isle-Adam[1], il nous est apparu intéressant de suivre un instant le statut particulier que prend l’écriture en pareille circonstance.

Autant l’avouer tout de suite, notre tentation première a été bien celle d’essayer d’établir une homologie entre Don du poème - où S. Mallarmé semble jouer un vilain tour à la « muse de l’impuissance » en lui opposant un autre poème sur le non-pouvoir écrire qui trouverait sa source dans la décapitation du poème virtuel Hérodiade - et ici (c’est-à-dire dans cet exercice si particulier de l’oraison funèbre) où finalement l’écriture s’expérimente de proche en proche sur « le dos même » de la douleur que suscite généralement la perte d’un ami. Rappelons-nous l’objectivation de la souffrance au cœur même de la souffrance qui, chez Kafka, travaille en profondeur et de manière tout à fait inouïe l’acte d’écrire qui trouve ainsi sa source dans les profondeurs de l’être. On retrouve chez Mallarmé la même sublimation du monde extérieur qui, aussitôt approché, désespère à jamais le poète qui n’a alors de salut que dans son insondable Idée intérieure : « Ô que l’homme est la source qu’il cherche ! »


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Voici du temps

 

Il y a longtemps.

Il y a longtemps de cela.

Il y eut des étés,

Des hivers,

De mortelles chutes,

Des fuites écourtées

Des gens,

Des pauvres types,

Des curieux

Puis des vautours.

 

Il y a des sourires moqueurs.

Le tien, peut-être est-il de pierre ?

Cette irrésistible envie de plaire,

De se plaire par les autres,

Histoire de plaire.


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Tout ça pour ça

 

Inclinant la tête

D’un acquiescement sordide

Tout se règle et se fige

Entrelacs de rues

Que le regard expulse

Au loin.

Le feu du Sud qui brisa les lignes

Faites d’œillades magnanimes

Au lendemain du pacte

Avec le diable.


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Hommage aux silencieux

 

Musique de Patrick CINTAS
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Œil en Souffrance

En cette nuit

Du Vendredi

Pour écrire ton nom

Toi

Ma mère

Entendre encore

Encore une autre fois

Juste une seule

Le chant de ta voix

Courbée par les ans

 

Tes aphorismes apeurés

Tes rires innocents

Tes proverbes

Tout cela

Qui t’a bâti

Un Refuge

Dans mon corps

Qui est le tien


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Ecrits d’aurore

 

Monsieur buvait tranquillement pendant que Madame jetait par-dessus bord (étaient-ils sur une embarcation de rang tenir ?) des morceaux de pain aux nombreux canards qui hantent ces lieux de villégiature.

Elle jetait indifféremment à gauche puis à droite tout en ne cessant jamais de se pencher vers Monsieur.

Ils laissaient derrière eux un drôle de sillage blanc, fait d’écume baveuse, de miettes de pain blanc et tous les canards blancs.

Ce jour-là le ciel était bien bas ; le ciel était bien blanc.

Ce jour-là, Monsieur était vin blanc et Madame rouge de lèvres.


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Voici du temps

 

Voici un poème écrit tout récemment sur le mal à la langue maternelle ; je suis d’origine kabyle et je rêve que les sons de ma langue première soient proférés par d’autres. C’est un hommage à ceux qui ont été contraints à se taire ; tous ceux qui non seulement sont réduits au silence mais dont la langue même est un éternel silence-absence.

Nacer KHÉLOUZ


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Comme un délit d’initié

 

Mon chagrin plie aux rires d’un factotum
Quand de cette venelle musarde mon ciel
Innocuité des rêves aux gueules de fiel
Et vibre, se torture au milieu d’un vacuum

Mon vent nodal sur mon visage désargenté
Lambeaux de ma nuit volée en toute équité

"Les frontons de ces boutiques qui puent la régence"

En avant la gloire soudain ressuscitée
Tempête ! terrasse ce havre de répugnance
Tellement j’ai cru percer à jour l’incandescence


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De mon étrangeté, ma raison d’être

 

I- De l’intime

 

Avant de naître, j’étais déjà autre. Cela a dû commencer comme ça, je crois bien. Mais comment en être sûr ? À cause de toutes ces voix que j’entendais du fond de ma cachette. Par malheur, elles minaient tous mes monologues intérieurs. Elles se lançaient des ordres, des prières ; certaines invectivaient d’autres qu’elles faisaient taire, à jamais. Je m’habituais à quelques-unes. Et puis, plus rien. Il ne fallait pas s’habituer. Elles parlaient entre elles en s’égalisant. Tout à coup, l’orage. Avant de naître, il y eut souvent de l’orage. Des voix qui semblaient m’interdire toute sortie. J’eus de la culpabilité, déjà. Je songeais à désenfler ce ventre qui accusait ma mère. Avant de naître, je cherchai à disparaître. Mais ces voix qui revenaient inlassablement. Pas de doute. Elles cherchaient ma mort. Ces voix cherchaient mon silence. Elles me tuaient pour faire naître en moi le silence. J’étais mort, avant de naître. Il valut mieux pour tout le monde que les choses fussent ainsi. Car si je naissais, c’est pour toute la vie.


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Kateb Yacine ou la question du TRAITRE, C’EST TOUJOURS L’AUTRE.

 

Aux lendemains de ce qui fut la répétition générale avant l’élection présidentielle en Algérie, "El Djazaïr 2003" ou l’année de bon nombre d’"occasions ratées", il n’est pas tout à fait inutile de revenir re-questionner certains réflexes, certaines modalités - étroites - de pensées en matière de littérature algérienne de langue française. Associer El Djazaïr 2003 et la littérature et plus conséquemment Kateb Yacine peut paraître incongru. Mais c’est qu’on a assisté, lors de ce passage en revue de toute la parade panégyrique officielle et officieuse, à une telle confusion des genres, souvent sans rime ni raison qu’il n’est jamais vain d’aller à contre courant des vérités consensuelles.
Kateb Yacine post mortem s’est vu propulsé au rang de Mythe tout algérien, lui qui exécra les satisfecit et autres autocongratulations, alors qu’il y a si peu, c’est-à-dire presque hier seulement, ce fut l’empêcheur de penser en rond, le fils banni, le traître parce libre. Ce présent travail se voudrait à sa manière une réponse à cette méprise de l’historiographie officielle, une de plus. Le style y est délibérément impressionniste, torturé. Tant pis, nous avons la faiblesse de croire que le Kateb de l’éruption verbale ne l’aurait pas désavoué. Après cela, la pensée académique peut bien - ou mal - se manifester puisque nous n’avons pas la prétention de la systématisation. 
 


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Écrire, pourquoi faire ?

 

Un temps, j’ai cru devoir me raconter dans le froid silence des décombres qui fument encore la mort. C’était au contact du sol algérien une après-midi de foot. La coupe d’Algérie opposait des hommes en culottes courtes abreuvés de public fêtard et d’un président hilare. Tout à l’heure, il remettra la coupe aux vainqueurs qui auront sué eau et griserie sportive. Comme le veut la tradition footistique. Loin de là, des corps ont pissé le sang d’une déflagration qui s’est invité au brouillon marché des fruits et légumes. Un vendredi matin d’un juillet historique. Une guerre renvoie l’écho lugubre d’une autre plus lointaine. A chacun ses liquides.

Maintenant, Notre-Dame de Paris engloutit les touristes inconsolables par des glaces à emporter. Fort embarrassés qu’ils sont dans leur moiteur estivale. Juste à côté, d’autres n’ont pas le temps d’être touristes et ont vu dans les caves un dieu à réhabiliter ; juste à côté des bouteilles stockées là pour les fêtes à venir. Odeurs interculturelles. Pendant que sur l’autre rive méditerranéenne, des mosquées prient en ruminant des vengeances et des renoncements fatigués par leur propre répétition.


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Le sujet romantique au XIXe siècle et le politique

 

La lecture de l’événement politique analysé ainsi par le truchement d’un personnage de roman est intéressante dans la mesure où l’on s’interroge sur le comment le sujet romantique du 19e siècle s’y prend pour se mêler du politique. En quoi est-ce que le moi du héros romantique, déjà fort exacerbé par des luttes internes d’ordre psychologique, philosophique et religieux puisse être davantage aggravé (selon qu’il se considère comme la victime), ou au contraire influencé et nourri par le politique, selon qu’il y prend sa part avec tout l’enthousiasme dont est capable le héros romantique, toujours prompte à se jeter corps et âme dans la bataille qui l’engage personnellement au plus près du corps quand elle n’a pas élu domicile à l’intérieur même de sa chair ?


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Alfred de Musset - L’enfant de la génération sacrifiée

 

Petit essai critique sur

Confession d’un enfant du siècle d’Alfred de Musset

 

I

 

« Vive la jeunesse !...mais à condition de ne pas durer toute la vie ! »

Tel fut le regard posé sans indulgence et assurément sans concession aucune par Lamartine sur celui qu’on a coutume d’appeler « l’enfant terrible », celui-là même qui aurait fait profession de dévoyer la vie et l’art en se livrant à la débauche ; ce jeune Musset qui, pour ses colocataires du romantisme français, n’était rien moins qu’un faiseur de badinages[1]. Maudissant la vie en la traînant jusqu’au caniveau et en se faisant un malin plaisir à profaner le sacré en la femme, l’amour, et en dieu, etc. ; il devrait être à son tour poussé vers les marges, exclu du « cénacle », autant dire maudit quand l’étoile a trop vite brillé. Assurément, pour ses co-religionnaires de la plume, celle-ci se fut malheureusement éteinte bien vite car non nourrie au feu de la patience qui eût dû la guider.


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Colonialism within J-P. SARTRE’S existentialism

 

I) Introduction

 

Analysis of Sartre’s rhetoric throughout the question of colonialism

 

The promotion of Existentialism needs to be sustained and supported by a pre-philosophy, one of vulgarization. The concepts as they may appear to the reader in Sartre’s general theorization, especially in L’Être et le Néant, risk being abstract, thus difficult to apprehend to those for whom they were specifically written. Therefore, Sartre uses his terminology in several contexts, making it very repetitive and recurrent. Colonialism is one of the numerous objects of analysis throughout which Sartre experiments with his theory of Existentialism. Of course, this is not the only one : in all of Sartre’s essays, the notion of a methodical narrative system is abundant and relevant. There is no difficulty in recognizing Sartre’s style of writing which remains the same, almost tautological from one text to another. This strategy is very much an imitation by opposition of the other system that he is condemning : colonialism, exploitation of the working class by the capitalist, economic racism against the Jews and a biological one against Blacks, Orientalist imagery regarding the Chinese, Arabs, etc. In Sartre’s perspective, the coherence of the capitalist system of domination requires a coherent and rigorous system of discourse deconstruction. It should not be seen as coincidence that one of his essays is explicitly entitled Le colonialisme est un système. In order to oppose this economical and political phenomenon, he builds a general theory of liberation, what is referred to as Existentialism. This new philosophy aims to be a political charter with universal ambition. The promotion of Existentialism’s criteria is born within a conflict between Sartre and the intellectual establishment among whom the French communists are not the last opponents of this philosophy. Simply stated, we can observe that Sartre’s philosophy was rejected because it presents a pessimistic picture of humanity. Sartre was accused of depicting very tragic characters who are totally negativistic. For his opponents, it is hard to admit that the universe could be reduced in such a way to emptiness and loneliness. The repetitive reference to Antoine Roquentin (La Nausée), for example, is a justification of anguish and nothingness in the world as Sartre suggests it, as constituting the sole alternative to a human being. Naturally, Sartre says exactly the opposite arguing that Existentialism is the very project where humanity regenerates itself and where the opportunity of action in order to transform the lethargy of the human condition into a movement of liberation, is given to everybody.


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Écrire est une façon de se jeter à l’eau
entretien avec Valérie Constantin

 


  • Dans les arts plastiques, peux-tu citer les peintres et sculpteurs dont l’univers artistique t’intéresse ?

Delacroix me plaît assez. Ceci dit, la visite des musées m’a toujours exténué. Quelle chance pour ceux qui peuvent se payer des toiles ! Pouvoir les regarder sans ticket d’entrée, sans heures d’ouverture. Le livre pour cela est magnifique. J’ai eu longtemps une sympathie particulière pour Vincent Van Gog, son côté écorché vif. D’ailleurs, moniteur d’auto-école, un jour une élève m’a demandé de la guider vers le cimetière d’Auvers-Sur-Oise où le peintre fut enterré. Ces deux tombes collées l’une à l’autre complètement recouvertes de lierre : celles de Vincent et son frère, dont l’état de santé fragile s’est brusquement détérioré jusqu’à la mort, un an après celle de Vincent. Ce lierre, ce caractère distinctif, même au cimetière où normalement, par la mort, tout est rendu à la même ligne plane, à la manière d’un électrocardiogramme. Trait de génie. Deux tombes dans un cimetière. Un maître tableau. Que dire que j’y suis retourné à bien des occasions, pour ces deux tombes. Leur beauté.


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Dérives

 

Qui se plaît au souvenir conserve des espérances.
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe.

Ma mine déconfite pose ses poussières, se débarrasse de ses sueurs, de ses maladies, de ses orgies de voyage et revient jeter un regard sur cette ville d’une lividité cendrée et qui brusquement représente le ronflement d’un train monstrueux au repos. Les bouches d’égout projettent l’odeur incertaine des bas-fonds, ronronnent comme elles ronchonnent, à peine perturbées par tel clochard en devenir qui reçoit ses exhalaisons au travers d’un corps putride ainsi mis en opposition pour recevoir la chaleur des pauvres. À ciel ouvert sur les caniveaux grillagés. Il me faut donc exécuter ce diagnostic, opérer à chaud ce malade qui est moi. Rien à faire d’autre maintenant que je me sens de retour au piège de mes rues prétentieuses. Déjà cette envie qui me prend à la gorge. Faut-il avoir compté mes errances au gré des kilomètres de fuite pour revenir me noyer dans mon sinistre appartement, à présent vide. Vide de Moi ancien. Vide de nous. Vide d’elle surtout. Elle l’a déserté durant mon absence, quoiqu’elle ne s’y soit jamais tellement attardée. Elle a dit un jour, l’air de rien, comme au passage " Viens vivre chez moi ". Ma réponse fut mitigée car mes désirs l’étaient davantage. Le mot est lâché.


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Hé ! Toi là-bas !

 

Hé ! Toi là-bas, tu sais d’où nous venons, nous ? Mais mon pauvre ami, tu hoches la tête car tu ne peux positivement deviner : et bien on vient droit de loin ! Tu as entendu parler de cet endroit du monde ? Oui ! Mais qu’est-ce l’évocation de ce nom pour toi ? Ses sonorités, les contours de ses lettres, peuvent-ils te ramener vers d’autres lieux ? Des intersections ? Des conflits d’espace ? Des transmutations ? Des trahisons lointaines ? Bref, on vient de là-bas et on ne sait rien d’ici. Mais ciel dans sa flamboyance première ! Tu es si perplexe, mon ami ! Pardon, je ne parle pas ta langue. Je n’ai pas eu le temps. On ne m’a pas donné le temps. Il faut te dire que l’envie me prit soudain de partir. Curieux tout de même : on met tant de soins à se préparer et le moment venu, on traîne encore dans la cuisine, les tiroirs à fouiller soudain mus par un instinct de conservation. C’est comme qui dirait : je me suis longtemps préparé pour me jeter dans l’embarras le jour où...Ah ! Tu comprends à peine ? Va donc, c’est exactement ce que je me suis dit en me prenant à témoin : mon vieux, tu comprends à peine ce qui t’arrive. Nous voilà bien avancés. Cependant qu’il faut avancer, me suis-je résolu à penser.


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Les chutes

 

Ainsi en allait-il quand j’étais petit. Ma mère m’intimait tout le temps l’ordre de descendre de quelque endroit (jamais le même) où je demeurais toujours perché. " Les chardonnerets suspendus aux fils électriques du village ne sont pas plus habiles que toi avec tes clowneries quotidiennes ! " me criait-elle avec sa voix rayée par une inquiétude maternelle à peine dissimulée derrière son affairement naturel. Les altitudes me fascinaient pourvu que je fisse cavalier seul lors de ces escapades aériennes. Les greniers, les cimes des arbres les plus rebelles, les vallons ; rien ne fut assez haut pour me décourager. Au milieu de mes rêves continuellement flottants et subliminaux, je respirais à ciel ouvert, devenant aussi léger que l’air raréfié et pur qui siégeait au ciel. Ma vie pouvait ainsi épouser toutes mes graves fantaisies sans que nul ne vînt à les égratigner. Ma première montagne fut une colline que j’escaladai majestueusement du haut de mes huit ans.


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Sibérie

 

Quand on s’était dit que cela ne serait pas une mauvaise idée de partir ensemble en Sibérie, Jan a simplement ajouté : " ça va être long " Je me rappelle l’avoir regardé pesamment. Cherchait-il à me décourager ? En doutait-il lui-même ? Non. L’œil brillant et pénétré de cet alcool à franchir toute limite et à gravir tout sommet, il s’est contenté d’incliner la tête plusieurs fois de suite. C’est sa manière à lui de signer un accord. Sans plus attendre, il porta un toast si haut qu’une traînée de l’ivresse rouge menaça la manche de ma chemise. Je me mis à lécher le revers de ma main. Un instant, je crus bien faire partie d’une sombre organisation où les pactes sont scellés à coup de sang versé. Dés lors, l’affaire semblait conclue. Ce soir-là, autour d’un verre, nos pensées voyageaient loin et se moquaient ouvertement des plans réglés comme du papier à musique. Ce soir-là, nos verres avaient décidé à notre place.


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Un tambourin, une Concierge, un Inspecteur Légal, un Âne... et tous les Autres

 

Un tambourin,

Une Concierge,

Un Inspecteur Légal, 

Un Âne

...et tous les Autres

 

 

Le Tambourin :

Faîtes Que j’ai soif !

Je boirais mon père et ma mère à la force du Souffle ; en apnée.


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ÇA - Entrez sans frapper (Extrait)
avec Nissa Antar

 

Personnages

I- Thislith

II- Argaz (Asli)

III- M’barek

III- Amghar

IV- La Maison (comme sujet dramatique)

Une jeune femme dont le destin vient d’être scellé à celui d’un vieil homme que ses parents lui imposent comme mari prend à témoin la maison du « crime légal », son corps bafoué, son innocence volée et...pousse un cri à l’aube naissante. Un cri pour ne pas étouffer, un cri vers les Hommes, les étoiles, vers la Terre pour que personne n’oublie jamais sa tragédie. Cette parole prise n’a pas d’interlocuteur. Seuls les accents d’un soliloque se font entendre. L’absence (ou presque) de scènes dialoguées préfigure ainsi l’absence de dialogue tout court entre la société des femmes et celle des hommes.

Ça se passe en cette contrée-là qui est toujours un peu la vôtre.


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Les colons

 

1.1 « Les colons » : de l’émergence du colon algérianiste à la mise en perspective de l’histoire : le roman naturaliste de l’intérieur

----------1.1.1 À la recherche des origines perdues

« Les Colons » (1907) « Les algérianistes » (1911) et « Cassard le berbère » (1921) représentent les trois romans de Randau qui fondent son triptyque de la « patrie algérienne ». Les deux derniers sont essentiellement destinés à promouvoir l’idée d’un héritage historique se situant bien au-delà de la conquête coloniale des temps modernes. Si la nouvelle doctrine prônée et baptisée comme nous l’avons vu sous le nom d’« algérianisme » est abondamment exposée dans « Les Algérianistes » puis s’est exemplifiée au travers d’un personnage atypique nommé Cassard le Corsaire[1] dans « Cassard le Berbère », elle semble paradoxalement manquer de souffle tant qu’elle n’est qu’imparfaitement amenée par ce que l’on pourrait appeler une montagne qui aurait accouché d’une souris. Pourtant, l’objectif poursuivi s’est étalé dans toutes les préfaces[2] et tous les journaux acquis à la solde de ces « néo-latins » : il s’agit bien, en l’occurrence, de révolutionner le cours de l’histoire en remontant aussi loin que possible le cours pour y traquer les marqueurs de l’origine latine de l’Algérie. Peter Dunwoodie croit devoir résumer cet investissement péritextuel en l’élargissant à tous les romanciers de la période considérée dès lors que ceux-ci se mettaient d’eux-mêmes sous la bannière de légitimation contextuelle (insider’s knowledge of the world represented).

The institutionalised peripherality of these novelists imposed a dependency which is displayed in the supporting – or paratextuel - insert in their texts. These fulfil a number of specific functions : legitimising/contextualising an author or a text within a globalizing ideology ; pointing to an approved reading ; highlighting a social biographical background, etc. The primary overt objective of such paratexts was the reinforcement of claims to exemplarity and authenticity arising, in the colonial context in particular, from an insider’s knowledge of the world represented in the fiction. This was the claim central in the 1920-30s to the Algerianists’ self-proclaimed superiority over earlier orientalising fiction, as evident in the program of their acknowledged leader, Randau. (Dunwoodie, 89) 

Mais si une telle entreprise avait cruellement manqué de souffle, ceci est dû en grande partie à l’illusion sur laquelle elle reposait.


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Les catégories psycho-physiologiques de veille et de sommeil dans « Les Vigiles » de Tahar Djaout.

 

Le sommeil, nous dit le dictionnaire entre autres considérations générales, est un état physiologique caractérisé essentiellement par la cessation de l’activité sensitivo-motrice d’un être vivant. On peut ainsi lire dans le Trésor de la langue française que le sommeil est « [la] cessation périodique et immédiatement réversible de l’activité sensitivo-motrice, indispensable à la restauration des fonctions organiques. Le sommeil le plus complet est celui où toute la vie externe, les sensations, la perception, l’imagination, la mémoire, le jugement, la locomotion et la voix sont suspendus »  Si l’on s’en tenait à cette définition liminaire nous pourrions avancer par antithèse que la vigilance, de laquelle naît de proche en proche la figure du vigile, va se caractériser par une tension physiologique et mentale telle qu’elle combat le relâchement des sens, autant dire celui du corps tout entier qui, au lieu de se laisser aller à l’étalement, au contraire se raidit littéralement dans sa forme musculaire la plus abrupte et se ramasse dans son implantation spatiale. Pris dans cette acception antithétique, le sommeil, alors même qu’il représente par ailleurs le substrat réparateur du préjudice subi par le corps du fait de l’état de veille cyclique, risque ainsi de jouer contre la vigilance de ce dernier. De sorte que l’on pourrait dire plus délibérément que le sommeil est ce qui s’oppose au monde, qu’il dissout. De cette disparition du monde du sensible consécutive à l’état de sommeil découle au moins une chose : le sommeil dispose d’une certaine façon de la capacité consubstantielle de tromper jusqu’à la vigilance de la vigilance puisque celle-ci, n’ayant plus conscience de son existence, va laisser vacant le terrain de sa propre manifestation. De sorte que le sommeil va organiser sa déperdition par ceci même qu’il va tout faire pour entraîner le sujet qui en est dépositaire vers un état voisin de la mort où par un principe physique au sens le plus littéral de ce terme il tendrait à se relâcher, autant dire à baisser la garde. Bien malchanceux alors celui qui, de la perte de sa vigilance qui lui faisait office de garde-fou, se trouverait par là même en posture d’hypothéquer ses chances et ses intérêts de vivant. Si tel était le cas, malgré tout, le verdict qui ne manquera de le frapper est sans appel : il s’évanouit, au sens de la chute d’un corps qui tombe de lui-même, dans la mort, c’est-à-dire, dans la perte irrémédiable du souvenir de soi.


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Poète-Arbre
(Hommage à Tahar Djaout)

 

Toi Jujubier

À la peau rêche

Rebelle et libre.

Toi arbre

Aux mots-épines

Toi mémoire toi présence

Au champ d’honneur

 

Je savoure comme je pleure

Tes saveurs féminines.

Tant de chasseurs incultes

Ont cru prendre ton âpre fruit

Pour du gibier de potence


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Voici, cher Nacer, une nouvelle inspirée par votre voyage, que je dédie aux morts des pateras:

L’oubli

 

La nuit avait été clémente. Moktar aimait cette mer. Il en connaissait une autre, plus étrangère encore, et il avait goûté au Pacifique, près du Japon, dans des circonstances tragiques. Il avait connu des êtres en lutte mais il n’en parlait jamais. Pourtant, cette nuit, dans l’air tiède et humide qui les envahissait, il avait évoqué le bruit des armes dans les rues où il n’était venu que pour satisfaire au plaisir. Il crépitait dans les oreilles de son voisin parce qu’un enfant dormait entre deux femmes. L’autre l’écoutait comme s’il savait comment se terminait ce genre d’escale. Moktar ne parlait pas des hommes qui lui tiraient dessus. L’autre voyait les jets de flamme, il imaginait l’essoufflement et savait peu de choses sur la poussière des impacts. Moktar le renseignait par rafale.

"Là où nous allons, on ne se tire plus dessus depuis longtemps," dit-il aussi aux femmes.


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FORUMS

Nouvelle rubrique


 

Voici quelques sujets de discussion essentiels. Pour participer, il suffit de nous envoyer vos débats. Le livre, l'auteur, les droits moraux et patrimoniaux, les éditeurs, les nouvelles pratiques, etc., les thèmes ne manquent pas. Soyez virulents.

Voir les conditions d'utilisation.

 

 

Le livre

et son contenu

Le livre est une chose, le contenu est une oeuvre de l'esprit. Faire du livre, conception moyennageuse et dépassée, une priorité n'est peut-être pas du meilleur goût. L'important, c'est le contenu. Peu importe le contenant, pourvu qu'il contienne et que son contenu soit pris en considération quand il est de qualité. Et c'est beau, quand le contenu crée le contenant, ce qui peut arriver au livre et alors il est important. Il y a aujourd'hui de bons contenants pour contenir la littérature, l'art et l'utilitaire. Le commerce du livre veut s'imposer par la force, quitte à tordre le cou à la liberté d'expression. Qui sont ces tiers qui en veulent aux nouveaux contenants? Les mêmes, toujours les mêmes ! Toujours en retard de plusieurs trains. Prêts à siffler les deux coups: Ti-rer, ou les trois: re-cu-ler. Ils ne connaissent pas les locomotives, heureusement.

 

Appel pour le livre
Danielle BUYS
présidente du Centre régional des Lettres de Midi-Pyrénées
PDF - 11.7 ko
Appel pour le livre

Dans le cadre de la Loi sur la modernisation de l’économie (LME), actuellement débattue devant l’Assemblée nationale, un amendement dangereux pour la vie du livre et la diversité culturelle a été déposé par un député du Nouveau Centre, élu du Sud-Ouest. Cet amendement vise à attaquer la Loi Lang sur le prix unique du livre et à autoriser les soldes sur les livres édités depuis plus d’un an (le délai actuel est de deux ans et un premier amendement visant à réduire cette durée à six mois a déjà été écarté). Aucun débat préalable avec les professionnels n’a eu lieu. L’ensemble des acteurs de la chaîne du livre se sont d’ores et déjà mobilisés contre cette proposition qui signifierait de fait, si elle était adoptée par le Parlement, la fin du prix unique et amorcerait un bouleversement total du marché du livre.


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La mort du livre
n’est pas la mort de Virgile
Patrick CINTAS
gérant du Chasseur abstrait éditeur

Messieurs,

Je devais, ce mois-ci, écrire une lettre ouverte à Alain Absire, président hélas fraîchement réélu de la SGDL, mais les libraires ont pris le pas sur une actualité que les auteurs n’atteignent décidément qu’à l’occasion du succès. En fait, la profession a réussi à publier quelques articles dans une Presse qui n’attend rien de cette déconfiture annoncée.


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Cahiers de la RAL,M

Chantiers


 

Cahiers fidèles

Les Cahiers de la RAL,M continuent leur exploration. Les trois ci-dessous sont en chantier et en voie d'achèvement. D'autres arrivent aussi rapidement, notamment les Cahiers que nous consacreront aux auteurs du Chasseur abstrait. C'est l'occasion pour les auteurs de ce site de s'exprimer sur le papier.

 

CAHIERS DE LA RAL,M nº 8
HAÏTI

Le Cahier "HAÏTI", préfacé par Jean METELLUS, sera présenté au 18e Salon de la revue à Paris les 11-12 octobre 2008. Un monument de plus de 600 pages de littérature et d’art avec trois générations de poètes et d’artistes haïtiens, dont Alex Laguerre, André Fouad, Angie Fontaine, Anthony Phelps, Antoine-Hubert Louis, Armoce Duge, François Avin, Chay Nanm, Coutechève Lavoie Aupont, Damas Porcena, Doc Wor, Dominique Batraville, Duccha, Duckens Charitable, Elsie Suréna, Emilie Franz, Emmelie Prophete, Ferol Hugues Berthin, Frankétienne, Fred Edson Lafortune, Fritzner Lamour, Gary Klang, Jacques Ravix, Jean Dany Joachim, Jean Davidson Gilot, Jean-Emmanuel Jacquet, Jean-Francois Toussaint, Jean-Louis Sénatus, Jean Métellus, Jean-Pierre Jacques Adler, Jean-Marc Voltaire, Josaphat-Robert Large, Josenti Larochelle, Joseph Casseus, Joseph Edgard celestin, Juste Jonel, Kanga, Keven Prevaris, L’atelier Le vide, Makenzy Orcel, Marc Exavier, Marie-Alice Théard, Mario Benjamin, Mathurin Rodolphe, Pierre-Max Freesney, Michèle Voltaire Marcelin, Nadol’s, James Noël, Pascale Monnin, Pierre James, Pierre-Moïse Célestin, Pierre-Pascal Merisier, René Dépestre, Rodney Saint-Eloi, Romilly Emmanuel Saint-Hilaire, Sergine André, Sterlin Ulysse, Stivenson Magloire, Syto Cavé, Walner O’Registre, Tomy M.Day…

CAHIERS DE LA RAL,M nº 9

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 Les Cahiers de la Ral,m

présentent

 

 Nº 9

CECI N’EST PAS UNE SÉRIE

 

Avec

 

Jacqueline Picoche

lexicologue

Jean-Yves Bosseur

musicologue et critique d’art

George Ayvayan

sculpteur

Patrick Cintas

auteur et plasticien

Valérie Constantin

plasticienne et graphiste

Pascal Leray

coordinateur du présent volume

Robert Vitton

poète et auteur du Zinc

Guillaume Balzarini

poète linguiste

Jean-Luc Vertut

poète

Julien Gasco

artiste réaliste

 

S’il n’y avait pas de “séries” linguistiques, il n’y aurait pas de langage. En examinant les différents types de telles “séries” (lexicales, morphologiques, phonologiques) nous devrons garder à l’esprit deux questions : celles de leurs limites et celle du degré de conscience des choix opérés par le locuteur au sein de ces séries. 

Jacqueline Picoche

 

ULTIMATUM

Dernier appel à contribution avant la clôture estivale.
« Ceci n’est pas une série »
(vos expériences de la série nous sont précieuses).
Qui dit série fait la série.

 

URGENCE ABSOLUE

Les domaines concernés sont les suivants : arts plastiques – linguistique – musique – littérature - photographie.
La série est ouverte.


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CAHIERS DE LA RAL,M nº 10
Homosexualité(s) et littérature
Appel à contribution
Image de Valérie Constantin Corps

De même que les auteurs de la Renaissance ironisaient volontiers sur les ténèbres du Moyen-Âge , nombreux sont les jeunes homosexuel(le)s, en ce début du vingt-et-unième siècle, qui, lorsqu’ils ou elles ne sont pas familiers de l’histoire littéraire, ont tendance à considérer le passé comme un énorme trou noir et à situer au XXème siècle l’émergence de l’homosexualité[1] en littérature, le XXème siècle devenant à sa manière leur « siècle des Lumières ».

A y regarder de plus près pourtant, bien que passée obstinément sous silence par tous les manuels scolaires se targuant de présenter la littérature des classiques grecs à nos jours, l’homosexualité est présente dans les textes dès l’Antiquité. Si Le Banquet de Platon et le Satyricon de Pétrone comptent parmi les œuvres les plus connues, il conviendrait, certes au mépris des frontières entre genres littéraires, de faire figurer à leurs côtés les Epigrammes érotiques de Martial. Plus tard, en Occident, il faudrait ajouter, entre autres, les poèmes homosexuels de François Villon (1431-1463). Ce que l’on ignore souvent, c’est la multitude de poètes du domaine juif et arabo-musulman inspirés par la beauté des garçons. Abou Nawas au IXème siècle (Le vin, le vent, la vie) est sans doute le nom le plus connu mais c’est surtout au XIème siècle que l’on assiste dans la poésie galante andalouse de langue arabe à une éclosion du genre et au XIIème siècle que les poètes juifs dans l’Espagne chrétienne puisent aux mêmes sources esthétiques, le plus célèbre d’entre eux étant peut-être Abraham ibn Ezra Judas Halévy. Il était difficile d’être exhaustif pour le Moyen-Âge, cela devient parfaitement impossible pour les siècles suivants. On peut citer parmi les écrivains homosexuels l’Anglais Christopher Marlowe (Edouard II) (XVIème siècle), le Français Théophile de Viau (XVIIème siècle), forcé de se convertir au catholicisme et de vivre caché en raison de ses mœurs. Au XVIIIème siècle, le libertinage n’est pas l’apanage des hétérosexuels. La revendication de la liberté de la chair ignore souvent la différence des sexes, ce qui se reflète à la fois chez Sade mais aussi dans les écrits anonymes réunis par Patrick Cardon (Bordel apostolique, 1790[2] et Les Enfans de Sodome à l’Assemblée Nationale, 1790[3]). Au XIXème siècle, les personnages littéraires homosexuels – encore rares – ne sont pas l’apanage d’écrivains homosexuels, que l’on songe à Vautrin chez Balzac ou aux lesbiennes de Baudelaire, toutefois les penchants homosexuels d’écrivains comme Oscar Wilde ou Verlaine ne sont un mystère pour personne. Si les écrivains homosexuels masculins du XXème siècle sont suffisamment connus pour que nous n’ayons pas à les énumérer, profitons-en pour souligner ici le développement durant ce siècle d’une littérature lesbienne avec Natalie Barney, Radclyffe Hall, Vita Sackville West et plus tard Violette Leduc, Geneviève Pastre, Jocelyne François et bien d’autres encore.

Ce qui est nouveau au XXème siècle, ce n’est donc pas la présence de l’homosexualité dans la littérature mais l’évolution du regard porté dans la littérature sur l’homosexualité.


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oOo

 

Textes et prétextes

La rédaction de la RAL,M est toujours heureuse de pouvoir mettre en ligne, en français et en espagnol, des textes de qualité appartenant à tous les genres: poésie, narration, essai, études... de l'art, de la musique. Je crois que nous tenons nos promesses. Mais j'ai toujours en tête cette fine critique de Nacer Khelouz : «Ce que j’aimerais trouver d’autre : une ligne conceptuelle plus définie. Où va-t-on et que veut-on ? Il me semble que la RAL,M gagnerait vraiment beaucoup à rendre plus visibles ses objectifs, son champ d’action ; se situer par rapport aux autres revues, par rapport aux enjeux de notre société actuelle et dire de quelle façon elle y prend part. Le cadre qui est le sien en ce moment me paraît trop large. Demander aux différents acteurs qui l’animent de réfléchir en termes d’équipe, de groupe qui sait où il va, en dehors de toute considération individuelle. On vit dans un Monde qui abrite des milliards d’individus, cela n’empêche pas que l’on finisse toujours par trouver une place pour parler de soi. Ce qui veut dire qu’on aurait tort, à mon avis, de croire qu’on disparaît en tant qu’individu dès lors que l’on s’engage dans une entreprise collective. Je dis cela pour ceux qui ont toujours peur de ne pas «apparaître».

 

Pamphlet des pamphlets
Paul-Louis COURIER

Pendant que l’on m’interrogeait à la préfecture de police sur mes nom, prénoms, qualités, comme vous avez pu voir dans les gazettes du temps, un homme se trouvant là sans fonctions apparentes, m’aborda familièrement, me demanda confidentiellement si je n’étais point auteur de certaines brochures ; je m’en défendis fort. "Ah ! monsieur, me dit-il, vous êtes un grand génie, vous êtes inimitable". Ce propos, mes amis, me rappela un fait historique peu connu, que je vous veux conter par forme d’épisode, digression, parenthèse, comme il vous plaira ; ce m’est tout un.

Je déjeunais chez mon camarade Duroc, logé en ce temps-là, mais depuis peu, notez, dans une vieille maison fort laide, selon moi, entre cour et jardin, où il occupait le rez-de-chaussée. Nous étions à table plusieurs, joyeux, en devoir de bien faire, quand tout à coup arrive et sans être annoncé, notre camarade Bonaparte, nouveau propriétaire de la vieille maison, habitant le premier étage. Il venait en voisin, et cette bonhomie nous étonna au point que pas un des convives ne savait ce qu’il faisait. On se lève, et chacun demandait : "Qu’y a-t-il ?" Le héros nous fit rasseoir. Il n’était pas de ces camarades à qui l’on peut dire : Mets-toi, et mange avec nous. Cela eût été bon avant l’acquisition de la vieille maison. Debout à nous regarder, ne sachant trop que dire, il allait et venait "Ce sont des artichauts dont vous déjeûnez là ? - Oui, général. - Vous, Rapp, vous les mangez à l’huile ? - Oui, général. - Et vous, Savary, à la sauce ? Moi je les mange au sel. - Ah ! général, répond celui qui s’appelait alors Savary, vous êtes un grand homme ; vous êtes inimitable".

Voilà mon trait d’histoire que je rapporte exprès, afin de vous faire voir, mes amis, qu’une fois on m’a traité comme Bonaparte, et par les mêmes motifs. Ce n’était pas pour rien qu’on flattait le consul ; et quand ce bon monsieur, avec ses douces paroles, se mit à me louer si démesurément que j’en faillis perdre contenance, m’appelant homme sans égal, incomparable, inimitable ; il avait son dessein, comme m’ont dit depuis des gens qui le connaissent, et voulait de moi quelque chose, pensant me louer à mes dépens. Je ne sais s’il eut contentement. Après maints discours, maintes questions, auxquelles je répondis le moins mal que je pus : "Monsieur, me dit-il en me quittant, monsieur, écoutez, croyez-moi : employez votre grand génie à faire autre chose que des pamphlets".


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Utopies pirates
Hakim BEY
PDF - 265 ko

Au XVIIIe siècle, les pirates et les corsaires créèrent un « réseau d’information » à l’échelle du globe : bien que primitif et conçu essentiellement pour le commerce, ce réseau fonctionna toutefois admirablement. Il était constellé d’îles et de caches lointaines où les bateaux pouvaient s’approvisionner en eau et nourriture et échanger leur butin contre des produits de luxe ou de première nécessité. Certaines de ces îles abritaient des « communautés intentionnelles », des micro-sociétés vivant délibérément hors-la-loi et bien déterminées à le rester, ne fût-ce que pour une vie brève, mais joyeuse.
Il y a quelques années, j’ai examiné pas mal de documents secondaires sur la piraterie, dans l’espoir de trouver une étude sur ces enclaves - mais il semble qu’aucun historien ne les ait trouvées dignes d’être étudiées (William Burroughs et l’anarchiste britannique Larry Law en font mention - mais aucune étude systématique n’a jamais été réalisée). J’en revins donc aux sources premières et élaborai ma propre théorie. Cet essai en expose certains aspects. J’appelle ces colonies des « Utopies Pirates ».
Récemment Bruce Sterling, un des chefs de file de la littérature Cyberpunk, a publié un roman situé dans un futur proche. Il est fondé sur l’hypothèse que le déclin des systèmes politiques générera une prolifération décentralisée de modes de vie expérimentaux : méga-entreprises aux mains des ouvriers, enclaves indépendantes spécialisées dans le piratage de données, enclaves socio-démocrates vertes, enclaves Zéro-travail, zones anarchistes libérées, etc. L’économie de l’information qui supporte cette diversité est appelée le Réseau ; les enclaves sont les Iles en Réseau (et c’est aussi le titre du livre en anglais : Islands in the Net).
Les Assassins du Moyen Âge fondèrent un « État » qui consistait en un réseau de vallées de montagnes isolées et de châteaux séparés par des milliers de kilomètres. Cet État était stratégiquement imprenable, alimenté par les informations de ses agents secrets, en guerre avec tous les gouvernements, et son seul objectif était la connaissance. La technologie moderne et ses satellites espions donnent à ce genre d’autonomie le goût d’un rêve romantique. Finies les îles pirates ! Dans l’avenir, cette même technologie - libérée de tout contrôle politique - rendrait possible tout un monde de zones autonomes. Mais pour le moment ce concept reste de la science-fiction - de la spéculation pure.


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Librairie du gay savoir
Serge MEITINGER
Espace d’auteurs : Librairie du gay savoir

Reinaldo Arenas : Avant la nuit (autobiographie), Traduit de l’espagnol (Cuba) par Liliane Hasson, (Actes Sud, collection Babel, Arles, 2000).

À tous ceux que déprime leur condition dite pourtant « gay », à ceux que traumatise la moindre apparence de discrimination, à ceux qui méconnaissent la qualité réelle des libertés assurées en nos contrées par un régime, parfois décrié, de démocratie dite « médiatico-parlementaire », je conseillerais de lire cette « Vie » dont le message est celui de la liberté, de la résistance et du courage. Cette lecture leur permettra de « relativiser » et d’admirer une vitalité jusqu’au bout héroïque, transformant sa double frénésie d’écriture et de sexe en une intransigeante protestation d’humanité intégrale.

L’image célèbre qui ouvre le livre, celle de l’enfant nu qui mange de la terre, emblématise moins la misère et la malnutrition qu’un rapport viscéral de l’auteur aux grands éléments en leurs cycles, qui s’orchestrera plus tard dans la passion vivante qu’il entretiendra avec l’Océan (dont la dictature castriste barricadera l’accès pour la majorité du peuple de Cuba). Au fin fond de la campagne cubaine, naît donc, en 1943, dans un état familial et social qui n’est pas encore celui du dénuement, l’enfant d’une fille-mère, « séduite et abandonnée », qui accepte mal sa condition et qui l’élève au milieu d’un gynécée de femmes et de filles frustrées. Cette mère est distante et peu affectueuse. Les piliers de la famille sont, de fait, les grands-parents : le grand-père, patriarche et seul mâle valide (aux impressionnants testicules qui étonnent l’enfant !) dans ce troupeau de femelles délaissées, la grand-mère qui fait le lien entre une conception magique et ancestrale du monde – unissant les hommes au cosmos étoilé et à la nature – et la vie de tous les jours dont elle est la principale pourvoyeuse. C’est elle qui sera aussi le premier moteur du désir d’écrire : les histoires d’apparitions et de sorcières qu’elle raconte en les mêlant à toutes sortes de rites conjuratoires seront, avec les films mexicains ou nord-américains, le déclencheur chez l’adolescent de la compulsion à écrire.


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Le sujet de l’écriture dans L’ardoise magique de Georges PERROS
Marie SAGAIE-DOUVE

Testament de l’auteur, « L’ardoise magique » [1] achève un parcours où la mise en abyme du sujet s’accompagne d’une mise en scène du corps atteint par la maladie.

Le titre du texte nous interroge. S’agit-il de laisser une ardoise, donc une dette, sans s’en acquitter : une fausse trace en quelque sorte ? « L’ardoise magique » effacerait-elle la dette ? En effet, la locution ardoise magique désigne un objet sur lequel l’inscription s’efface par simple coulissage. Cet objet devient, en outre, support de communication silencieuse et graphique, à la suite de la laryngectomie que subit l’auteur, après diagnostic d’un cancer de la gorge : « Défilé des parlants. J’écris sur une ardoise magique (316) ». Métaphore du texte, cette ardoise en désignerait le fonctionnement : enregistrant le réel, le manipulant, annulant le « devoir mourir », en en traçant les signes, les symptômes, tournés en dérision ou détournés, vers une voix retrouvée, quoique perdue.

Nous aborderons d’abord le texte comme lié à une circonstance, l’aphasie d’un sujet proche de sa mort, et nous intéresserons au montage du récit contaminé par le discours. Nous analyserons alors la mise en scène d’un sujet-objet faisant l’expérience d’une parole perdue. Puis nous montrerons que le véritable sujet de « L’ardoise magique » est la langue, au statut ambigu d’oralité écrite ou de corps-texte.


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Le livre des apparitions
à paraître chez Le chasseur abstrait
María José PALMA
traduction de Marie SAGAIE-DOUVE

Le Livre des Apparitions est l’autobiographie psychanalytique de l’auteur, partant, le récit à temps partiel d’une quête et d’une initiation où la conscience du « j/e », son dévoilement comme identité sexuée, rencontre le champ discursif.

Le livre est conçu en trois parties, traversées par les métamorphoses de la voix narrative : géante, femme à la chatte et personnage d’un tableau qui se profile, selon la main qui s’emploie à peindre, le laissant brûler par inadvertance et donnant à voir ce que la toile occulte, une figure féminine et femelle.

Les histoires racontées dans chacune des parties sont contenues dans les titres : « Les rêves », « Le demi-sommeil » et « Le réveil », lesquelles sont en rapport avec une des topiques freudiennes : l’inconscient, le préconscient et le conscient.

L’autobiographie devrait-elle rejeter la pluralité des langages ? Je pense que non. Sont mis en jeu différents niveaux de discours, vers un dévoilement progressif du « j/e » féminin, dans les marges de sa propre parole ; autrement dit, par la représentation et l’inscription de la « Chose » dans le « Symbolique ». Alors, l’emploi d’une langue poétique, se coulant en métaphores successives, rejoint la logique prémonitoire du récit de « Rêves » dans la cure.

L’oscillation du langage entre le poétique et le courant rend incertain le statut du préconscient : entre onirique et réel dans le Sujet. De cette ambivalence naît « Le demi-sommeil ».

Dans la troisième partie, avec la fluidité de l’huile vient « Le réveil » dont le langage écarte toute possibilité de “poiesis”, sans interrompre le fil de la mémoire autobiographique, qui choisit les éléments qu’elle désire représenter.

Dans ce temps partial d’une autobiographie psychanalytique, les voix narratives subissent des métamorphoses. Mais une voix féminine, dont les autres réverbèrent l’écho, raconte des scènes fragmentées de son histoire. Engendre les apparitions et disparitions de la Géante, les observations de la femme à la chatte qui regarde par la fenêtre le monde, à travers une longue-vue, ou le voyage dans les deux pièces qui servirent de cadre à la cure où « elle »-« j/e » se reconnut dans l’éblouissement.


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James NOEL

Poèmes à double tranchant / Seul le baiser pour muselière. Préface de Frankétienne. Port-au-Prince : Farandole, 2005.

Le Sang visible du vitrier. Préface de Jacques Taurand. Port-au-Prince : Farandole, 2006 ; Montréal : CIDIHCA, 2007.

Photo ©Antoine Tempé

chanté par Wooly Saint Louis Jean
extrait du CD Quand la parole se fait chanson

Le CD contient ausi des textes de Georges Castera, Anthony Phelps, Evelyne Trouillot, Serge Legagneur, Emmelie Prophète, René Philoctete, Raymond Chassagne, Paul Laraque, Syto Cave, Davertige, Marc Exavier, Farah Martine Lherisson.

 

 

dit par Pierre BRISSON
extrait du double CD A voix basse

Seul le baiser pour muselière
IMG/mp3_seul_le_baiser_pour_museliere.mp3

Le CD contient ausi des textes de P-R Narcisse, G. Catera fils, L. Trouillot, P-R Narcisse, G. Augustin, Syto Cavé, W. St L. Jean, L. Noél, Frankétienne.

CD disponibles chez Haitian Book Centre.

Impromptu
Amour et vérité
Jean-Michel GUYOT

— Qu’entends-tu exactement par « morsure du temps » ?

— Par exemple : quand j’écoute « All Along the Watchtower » joué par qui tu sais, et bien tout s’arrête, plus rien n’a d’importance que cette musique qui me porte. C’est cela que j’appelle la morsure du temps. Elle intervient essentiellement quand je suis désireux d’échapper au morcellement du temps dispersé dans des tâches qui s’annulent au fur et à mesure qu’elles s’accomplissent.

— Si je comprends bien, tu n’as jamais le temps de t’ennuyer ?!

— L’ennui avec le temps, c’est qu’il n’existe pas d’un seul bloc : je puis vouloir rester indéfiniment sur un instant heureux et cette volonté se brise sur la réalité de l’instant par nature discontinu. Je veux dire : le temps est discontinu et les instants eux-mêmes n’ont pas la même intensité. Quand leur perception devient « molle », on commence à s’ennuyer, il faut faire quelque chose, agir par exemple. Mais l’action n’est pas l’acte ! Que de temps passé à réfléchir à l’action à mener ! Le temps de l’acte, c’est l’instant du commencement qu’il nous faut réitérer dans un grand effort d’intellection ou de perception pour qu’une action digne de ce nom s’inscrive dans ce que nous appelons la durée…

— Alors, la musique, dans tout ça, de la durée ou une file d’instants ?

— La musique, c’est pour le musicien une série d’actes qui aboutit , sur scène, à ce qu’on appelle en américain une « performance » ; ce mot dit simplement qu’il faut traverser le temps sans vouloir durer pour durer. Le temps musical est fait d’instants qui se chevauchent, se superposent ou s’accompagnent ; l’intrication qui en résulte, à effet linéaire ou non, c’est le temps vécu de la composition qui se décompose et se recompose à tout instant. La musique vit de sa propre mort…


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El papagayo y el anillo de oro :
alquimia y chamanismo en “La isla” de Luisa M. Levinson.
Lilia Dapaz Strout
(PH.D.) Universidad de Puerto Rico (Catedrática)

La reactualización de motivos míticos o de cuentos populares en la literatura actual es un hecho indiscutible. Comienzan con situaciones de conflicto y se mueven hacia la restauración del orden y resolución del problema originario. Aunque el héroe parece amenazado con el fracaso, tiene éxito en su búsqueda y logra su deseo ya por la conservación de su inocencia, ya por su fidelidad a la verdad a la que aspira. Luego de las duras pruebas a las que se somete, experimenta el renacer espiritual prometido al héroe trágico, que se expresa con el aumento del conocimiento de sí mismo. Sin embargo, el lector que detecta el patrón oculto en un relato mítico puede no notarlo en la obra literaria que ofrece la situación existencial del personaje y su pasión (padecer) y accionar en un ambiente cultural contemporáneo o no. Los temas míticos pueden reaparecer invertidos y la inversión expresar el modo irónico del autor.

El tema de Orfeo y Eurídice desde su creación en la mitología griega ha sido adaptado a la música, a la literatura y al cine contemporáneo. El cantor de Tracia era el gran iniciado, a la vez poeta, sacerdote, místico, chamán y filósofo. Su cristianización en el Siglo de Oro en el auto sacramental "El divino Orfeo" de Calderón de 1634 y 1663 asocia el rescate de Eurídice con la salvación del alma y la redención.
Inspirado en el mito de Orfeo y su descenso fallido al Hades para rescatar a Eurídice, LA ISLA (en adelante LI) de Luisa Mercedes Levinson (en adelante LML) “parece” repetir el fracaso del poeta. Pero LI ofrece una inversión del mito original al hacer de Euri el centro de la narración. Ella misma se embarca en un aparente viaje exterior, aunque es una búsqueda interior para la integración de la conciencia, que supone la unión de los fragmentos separados de su ser. Su división o desmembramiento se expresa por el duelo, luto y melancolía que sigue a la muerte de su padre, y su caída en la orfandad, agravada por una terrible enfermedad - lepra – recién descubierta, causada por la mordedura en el anular, por un papagayo, regalo de su novio, Jorge, al regreso de un viaje al continente negro. El papagayo, que después desaparece, verdadero "trickster" o trampero es una versión aceptable de la serpiente en el mito original de Orfeo, que a su vez remite a su rol simbólico en la caída bíblica y al concepto de "felix culpa," la caída afortunada.” Víbora” aparece al lado de “lepra” (46). La relación Jorge/papagayo es significativa y a pesar del rol negativo de Jorge resulta un agente de cambio.


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Luisa Mercedes Levinson o las Potencias del Mito
Oscar PORTELA

LEVINSON EN PERSPECTIVA

La obra de Luisa Mercedes Levinson es singular no sólo en el panorama de las letras americanas donde se la ha ignorado olímpicamente, sino también en el panorama de las letras del siglo XX. Un temperamento innato combina en ella de manera imperceptible, el dominio de la vigilia en sueños y el del sueño de la videncia poética en la vigilia. Mitos y logos se le ofrecen de este modo como la magnífica iconografía política y religiosa, a través de la cual se manifiesta lo "real". No se tratará pues para ella de teorizar una estética y menos una "política" como gran organón de la Etica, sino apenas de incubar el huevo de la serpiente", de una "deconstrucción" reificadora. Más allá de movimientos literarios, vanguardias o retaguardias - sin apelar a lo suprareal - o al realismo mágico, categorías ajenas a su temple, al mismo tiempo que los precursores del éxito latinoamericano rescataban mitos indigenistas o ancestrales (Asturias), o los metamorfoseaban hasta darles la forma arquetípica de la tragedia, subsumiéndolos en la fantasmagoría de la singularidad de lo situado en regiones infrarreales (Rulfo), Luisa Mercedes Levinson, a fines de la década del 40, comienza a soñar con los ojos abiertos vagas historias a-situadas, pregnadas, de humor y de piedad. Historias en las cuales se dan cita todos los tiempos complicándose en la diacronía de un carnaval de características fantásticas. Los mitos son uno y el mismo, vueltos a repetir ahora y convertidos en obsesión a lo largo de casi cincuenta años de actividad creadora. A diferencia de Rulfo que metamorfosea, Levinson alude constantemente a los orígenes, aunque indirectamente, repita, re-encarne, confunda y vuelva a decirlos en el mito del andrógino, que es el mito primordial, el de la ausencia de principio : el de la imposible búsqueda de la totalidad en la historia y del absoluto (la huella de la diferencia borrada) fuera de la historia y también la virgen Sophia o el Jesús andrógino que pregona Nicolai Berdiaev.


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El discurso amoroso en el Elogio de la madrastra de Mario Vargas Llosa
Marianella COLLETTE

Elogio de la madrastra de Mario Vargas Llosa es una novela erótica que explora la dinámica edípica en diferente niveles. El espectro mítico del conflicto edípico se encuentra enriquecido en el relato con la incorporación de interpretaciones pictóricas que se interrelacionan con el desarrollo de la trama. En otro nivel de análisis de esta estructura triangular, el discurso erótico de don Rigoberto va generando un espacio permisivo, que fomenta la intervención de un tercero en la relación amorosa, pero siempre dentro de parámetros de respeto a la ley del padre o prohibición del incesto. Sin embargo, existe en la novela otra dimensión que tiene la capacidad de subvertir al Eros masculino regido por la ley del deseo, se trata del discurso amoroso, que busca la fusión o retorno hacia la unidad indiferenciada con el cuerpo de la madre. Este discurso subversivo erosiona progresivamente en el relato la interrelación de roles familiares, desestructurando sus límites restrictivos, y actualizando la relación amorosa entre la madrastra doña Lucrecia, una mujer de cuarenta años, y su hijastro preadolescente Alfonso o Fonchito. En otro aspecto y siempre dentro de la triple polaridad del complejo edípico existe un factor oculto o ausente que impulsa el maquiavélico actuar de Fonchito. Este objeto narcisista de deseo gobierna el accionar del niño y otorga un sentido a la conducta seductora con la cual éste envuelve gradualmente a su madrastra para luego ponerla en evidencia ante su padre. 

Este artículo tiene la intención de poner en evidencia el interjuego que se entabla entre el discurso erótico y el discurso amoroso, y cómo éste último tiene la capacidad de anular y subvertir el mandato masculino vehiculizado como ley del padre, que canaliza desde el inconsciente de la colectividad hacia la familia la prohibición del incesto. También se develará un polo oculto que rige la trama, elemento fundamental que desestabiliza al deseo erótico de don Rigoberto, para sumergir el relato en la erogeneidad del cuerpo del otro, y en esa búsqueda inconscientemente del retorno metafórico hacia el cuerpo de la madre, que no es otra cosa que un acto narcisista por excelencia. 


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L’édition des Jours
Entretien avec Patrick CINTAS

Vous publiez vos oeuvres complètes sur l’Internet, 24 livres je crois, sous licence Creative Commons. C’est un suicide ?

Patrick Cintas. Certainement pas ! C’est un choix éditorial. Il s’agit de marquer clairement ma position par rapport à la publication de mes propres livres et au copyright que je leur attribue sans me référer à la Loi sur la propriété intellectuelle. Ainsi, chacun est libre de les reproduire, de les distribuer et de les communiquer au public et même de les modifier. Cette liberté est limitée par quelques conditions : je conserve un droit de paternité, j’interdis toute utilisation commerciale et si vous transformez l’œuvre, vous ne pourrez la distribuer que sous un contrat identique à l’original. Contrat que vous pouvez lire ici. Évidemment, ce contrat n’interdit pas les accords privés.

Mais pourquoi ce contrat ?

L’écrivain, le créateur moderne dispose ainsi d’un grand moyen de diffusion de ses œuvres qui peuvent être reproduites comme il l’indique et distribuées à tous vents.


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Les visions urbaines de Sant’Elia
Ettore Janulardo

Personnalité incontournable du monde artistique italien, Antonio Sant’Elia a su exprimer de la manière la plus évocatrice le mythe métropolitain futuriste. Né à Côme en 1888, il fréquente des écoles techniques et collabore dès 1907 avec le Bureau Technique Municipal de Milan en tant que dessinateur. Inscrit à l’Académie de Brera à Milan en 1909, il y connaît l’architecte Mario Chiattone et les peintres Carlo Carrà et Achille Funi. Entre mai et juin 1914, il participe à l’exposition milanaise du groupe “Nuove Tendenze”. Il y présente des planches sur la “Ville nouvelle” : six détails de la ville, une gare aéroferroviaire, des centrales électriques et des “croquis d’architecture”. Son manifeste L’architecture futuriste est daté du 11 juillet 1914 : son importance et son écho dépasseront les limites temporelles de son existence, interrompue en octobre 1916 lors d’une action de guerre.

Il déclare d’emblée :

“Il n’existe plus aucune architecture depuis le XVIIIe siècle. Un mélange pesant des éléments stylistiques les plus divers, utilisé pour masquer le squelette de la maison moderne, est appelé architecture moderne”.

Le refus de l’architecture du passé comporte la renonciation à tout ornement (“carnavalesques incrustations décoratives, qui ne sont justifiées ni par la nécessité constructive, ni par notre goût”) au nom de la simplification formelle : “l’architecture nouvelle est l’architecture du calcul froid, de l’audace téméraire, et de la simplicité”.


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Samar Diab : présentation et traduction.
Monsif Ouadai Saleh

Présentation

Depuis ma première lecture de la poésie de Samar Diab, j’ai ressenti au fond de moi-même les répercussions inédites de la coïncidence pure entre l’attente et la lecture. La coïncidence parfaite à travers le sens de l’indicible, à travers le sens du mystère est ce qui fait de cette coïncidence une expérience unique de l’attente et de la révélation. L’attente dévoilée à l’attente dans la soif absolue de la lecture, dans l’éternité initiatique de la lecture, la lecture dévoilée à l’attente dans le désir infini de la communion, la lecture dévoilée à la lecture pour donner à l’attente l’essence de la perfection sont toutes des résultantes implexes se manifestant barycentre séismique de la coïncidence entre mon attente et ma lecture. S’agit-il alors dans la valeur cathartique de cette lecture de la coïncidence d’une possession impossible de l’attente ? La réponse est catégoriquement non. On sait de par la théorie, l’histoire et l’expérience individuelle que la condition d’une lecture substantielle et fondatrice est avant tout l’incompréhension, voire la mécompréhension. Une véritable lecture est celle qui bouleverse l’attente l’amenant à la conscience chronique du séisme, à la conscience fractale des rebondissements… Or, dans une lecture séismique comme celle dont j’ai décrit la portée et le dynamisme, le barycentre n’est ni la prétention de l’identité dans une quelconque suffisance de l’autoposition, ni l’insuffisance de l’altérité dans une quelconque apologie transcendantale de la différence, mais la véracité du dialogue dans son éternelle dialectique de l’interposition. L’expérience de la lecture est la découverte fondamentale d’une essence de l’interposition. Cette vérité reste à mon sens celle qui procure à l’expérience de la lecture le sens sublime de l’ancrage dialogique. Le dialogue qui est le discours de la compréhension, de l’incompréhension, de la mécompréhension, de l’intercompréhension, le dialogue qui est ces discours préfixables de leur méta-, de leurs transcendances, de leurs ruptures, le dialogue devant la métacondition impossible de la compréhension, devant somme toute ce que Jorge Luis Borges nomme la perplexité. La perplexité nous permet de parler au-delà de la fin de l’histoire, de la mort de la métaphysique, voire de la fin de l’homme, d’une éternité de la lecture dans la problématique de l’interposition qui n’est à proprement parler qu’une suspension de la fin. La perplexité enchante le retour éternel… 


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Notes sur la poésie, les mots, le monde, la poésie
Gilbert BOURSON
rédacteur en chef de la revue Imp Act
Gilbert Bourson avec Sylvie Larangeira, directrice de Imp Act.
impact.dicietailleurs@tele2.fr

J’ai toujours considéré que la poésie est essentiel-lement une opération rythmique, scansionnelle, engageant tout le corps dans sa langue faisant advenir le sens comme approche du monde et des choses, à travers une sonorité phonatoire, base même de toute pulsion (cf. I. Fonagy[1]).

Cette démarche suppose un théâtre inaugurant l’acte même d’écrire. Il me semble qu’un poème doive rendre compte de l’étonnement du dire, celui des choses, celui du monde, celui de l’émotion.

Le poème est interstice par lequel passe la voix interrogeant le sens de sa propre apparition. L’obscurité tient à cette émotion d’être toujours en perte de son sens, « de sa clarté ». Chaque vers d’un poème est « un larynx médusé ».

La poésie contient autant d’éléments sensibles liés à la nature, que d’éléments « purement » culturels, lesquels sont « naturellement » liés à l’émotion. Tout fait monde : langue, savoir / campagne, ville / organisme vivant, code génétique autant que linguistique. Le sens dans tout cela est la fameuse aiguille dans le tas de foin philosophique, philologique, ontologique, et la poésie, pour autant qu’elle soit autre chose qu’une fade description de sentiments, peut être un faible aimant pour rameuter le divers (visible et invisible) à l’unité primordiale. Disant « faible », j’entends relativiser le pouvoir de la poésie sur le monde, la désacraliser, lui rendre cette coquetterie, cette futilité, ce « charme », pour reprendre le terme de Paul Valéry[2], qui me semblent être plus convaincants, que ces aphonies ontologiques, métaphysiques, qui asphyxient parfois le discours poétique.


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JOIE ROUGE
à paraître chez Le chasseur abstrait
Gilbert BOURSON

Des noces se font dans l’œil voilé des veaux
Quand l’orage s’annonce, et des égorgements
D’agneaux dans les genoux des enfants
Qui s’abritent sous les pélerines de la peur ;
La fin du monde accote son échelle aux arbres
Que le vent secoue sur des nuques abruptes.
Trop de sens, trop de sens, jubile le ruisseau ;
Et d’une blancheur d’os, le tibia de l’éclair
Assomme cent troupeaux sur les étals cuivrés
Du pré, où des atours sont rajustés presto
Sous les monumentaux aqueducs du ciel,
Par des nudités rauques qui s’égayent vers
Des abris pas trop sûrs pour sentir
Peser de tout son poids la colombe de l’arche .

(14/05/07 la colombe de l’arche)


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Frédéric de Towarnicki
un esprit de notre temps
André BRINCOURT

Frédéric de Towarnicki fut toujours au centre du mouvement intellectuel de son temps, cette seconde moitié d’un siècle particulièrement éprouvant pour l’esprit, dans ses interrogations, ses élans, ses effondrements idéologiques, ses mouvances. Et cela même explique les curiosités multiples, les tentations, les passions, les rejets, les prudences du journaliste, du poète et du philosophe.

Nos lecteurs ont pu en mesurer la qualité à travers une collaboration régulière qui révélait la diversité de ses témoignages et le mérite de ses engagements. Frédéric de Towarnicki fut au Figaro Littéraire un des premiers à nous alerter sur les réalités du goulag en y donnant la parole à Sakharov.

Les grands entretiens, que nous avions publiés dans les années 1970, avec Konrad Lorenz, Paul-Émile Victor et surtout avec Ernst Jünger (dont il avait traduit une partie du Journal sous l’Occupation) justifiaient l’éventail de ses curiosités comme de ses inquiétudes et rappelaient son propre cheminement dans la recherche des valeurs essentielles. Une manière certes de ne pas manquer son époque, en marge ou plutôt en priorité sur ce qu’il estimait devoir exprimer par lui-même, le mettait " à l’écoute " des autres, et non des moindres qu’il s’agisse de Heidegger à q