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Revue d’art et de littérature, musique
Numéros 64-65 - juillet-août 2010
Revue mensuelle en ligne - prochain numéro: 15 septembre 2010

 

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---- Essais
---------------- « Acte IV » - Cosmogonies

« Acte IV » - Cosmogonies


 Edito
Ce qui augmente beaucoup le plaisir



 La question de la cohérence
Le chevalier Dupin & Joseph Rouletabille

Une des questions les plus intéressantes posées par la littérature a été romancée par Gaston Leroux dans son « Mystère de la chambre jaune ». On peut voir dans ce roman un tour de force relevant le défi lancé aux hommes de Lettres par Edgar Poe avec son « Double assassinat de la rue Morgue ». Dans cette nouvelle, la question est de savoir comment le criminel a pu sortir de la « chambre » sans emprunter les voies naturelles ; en effet, celles-ci, portes, fenêtres et cheminée ne peuvent en aucun cas prêter passage à un corps humain.


 La question du merveilleux
Gaston Leroux & Philip K. Dick

On pourrait d’abord en conclure que le merveilleux est exclu d’office de tout bon roman. Car, si le merveilleux sert à résoudre des problèmes, le plus souvent posés par des intrigues mal ficelées ou trop bien ficelées pour demeurer longtemps crédibles, alors tout devient si facile que le métier même de romancier n’en est plus un ; il ne serait guère autre chose qu’une pratique, avec ce que cela suppose d’enseignement et de maîtres aux pouvoirs pédagogiques invérifiables sur, justement, le métier.


 La question des niveaux d’écriture
André Breton & Paul Léautaud

C’est que le romancier est aussi un écrivain, pas seulement un traducteur. Ou plutôt, plus le romancier est écrivain, et moins il traduit. Mais il n’est pas facile de répondre à la question des niveaux de l’écriture mise en jeu dans le roman. En effet, si les témoignages des petits écrivains, ceux qui traduisent mal et écrivent bien, ne manquent pas au procès de la littérature, par contre les grands romanciers se sont toujours montrés discrets sur les données de leur art.


 La question de la maîtrise
La présence & l’esprit

Supposer la primauté de l’art est une bonne façon de mal poser la bonne question. C’est emberlificoter le problème pour expliquer la solution. Refaire le chemin, mais à l’envers, en inventant au passage les phénomènes explicatifs. Que le romancier soit un artiste, à quoi cela tient-il ? Qu’il écrive bien ? Ou que mal écrivant il compose admirablement ou simplement comme il faut ? On n’explique pas le roman par le roman, pas plus qu’il est pertinent d’expliquer la maison par son apparence de maison habitable. Chaque fois que la langue prend le pas sur l’écriture, on perd en signification.


 La question des genres littéraires
Le roman scientifique & le roman de moeurs

Mais on touche ici aux limites du roman compréhensible. Le jeu consistera alors peut-être à visiter les limites en connaisseur des risques d’obscurité ou en voyageur de la disparition du sens. Le roman moderne, qui a remplacé l’allusion par le fait, est l’encyclopédie de cette pratique insensée du récit, du dialogue, de la description et de tout ce qu’on pourra imaginer pour écrire le roman qu’on a l’air de porter en son sein.


 La question du style
Carl Rogers & Kierkegaard

On lit aujourd’hui, et depuis longtemps, des romans écrits presque dans une autre langue, mais pas aussi promptement que Finnegans Wake, des romans tout à fait ordinaires, ou plutôt des romans qui eussent été considérés comme ordinaires si on n’en avait pas changé le vocabulaire et adapté la syntaxe au goût d’un public soigneusement ciblé . Il est vrai que les mêmes choses peuvent s’exprimer de différentes manières et que le choix des mots peut donner l’illusion du style.


 La question commerciale
Boris Vian & Jacques Bens

La question de l’artiste au chômage se pose-t-elle encore ? Il vaudrait mieux se demander : qu’est-ce qu’un chômeur ? N’est-ce pas celui à qui on a enlevé du pouvoir d’achat pour augmenter celui d’un équivalent tout heureux d’accéder à la consommation et d’en jouir en bon père de famille et redoutable destructeur ? Le consommateur de biens superflus devient un exemple de probité au travail, tandis que le chômeur est montré du doigt comme parangon de la paresse, du laisser-aller, de l’irresponsabilité, voire d’un manque de patriotisme qui justifie à lui seul la condamnation à la pauvreté, quand celle-ci n’aurait dû être que la conséquence d’une fatalité des circonstances.


 La question des conditions de la farce
Jacques Bergier & James D. Watson

Début des années 70, deux ou trois ans après l’exploit d’Armstrong (l’astronaute), je suis tombé sur cette table dans un livre de Jacques Bergier . On y décrit l’évolution probable des connaissances scientifiques et leurs applications non moins prévisibles :


 La question de la construction
Wassily Kandinsky & Antonin Artaud

Notons avant toute chose que je ne suis l’initiateur d’aucun art, que je ne suis que l’acteur de ma gesticulation littéraire et quelquefois artistique. La différence est aussi de taille. En un mot, je n’ai pas reçu l’illumination . Kandinsky avoue quelque part avoir été effrayé par sa découverte et Sers situe justement à ce moment-là le point d’initiation de la joie éprouvée par l’artiste. Je n’ai personnellement jamais éprouvé aucune joie, ni avant ni après le texte, je n’ai pas vécu de passage de l’angoisse à l’extase . Mais l’expérience de Wassily Kandinsky, celle de Raymond Roussel, et peut-être plus profondément celle de Gertrude Stein, m’ont enseigné l’importance — de la pratique — de sa description philosophique — de la construction — de la composition.


 La question de la liberté
Cano & le bleu de Prusse

Je n’aime pas la majesté des souffrances humaines, quitte à escagasser un alexandrin de cette qualité prébaudelérienne. C’est en effet une poésie usée. Je ne la renouvelle que dans la farce, mais une farce qui ne peut pas recevoir l’agrément du plus grand nombre, de ceux qui ont besoin de se voir ou de se revoir sur la scène littéraire au moins pour avoir l’impression qu’on pense à eux. La revendication est une affaire sérieuse et je considère que ce n’est pas la mienne. Je ne peux apparaître que comme conscient de difficultés qui ne sont pas les miennes. Et les miennes n’ont d’intérêt qu’à partir du moment où je sais comment.


 La question de l’autre
L’action & la curiosité

En France, il semble que la dernière école ne promette plus rien, comme si les promesses qu’elle a tenues étaient les dernières avant qu’il ne soit plus question de promettre quoique ce soit. Les propensions à l’école sont en général absorbées par des institutions plus ou moins politisées, à caractère humanitaire, jamais esthétique. Le surréalisme lui-même a vécu cela, et le nouveau-roman ne s’est jamais engagé , alors que l’existentialisme, entre les deux, a favorisé l’engagement au détriment de la qualité littéraire.


 La question du moi
Le rocher de Sisyphe

À une époque où la moindre connaissance se propose comme science, née de l’idée scientifique et du hasard des rencontres, il n’est plus aussi facile de pincer une corde pour en tirer l’accord majeur qui porte le chant de bout en bout. Des dénaturations croissantes étagent les perspectives de littérature dans un monde soumis à une connaissance du mal qui reloge l’esprit dans le cadre étroit de sa terre natale, ou de l’idée de terre natale si l’aventure l’a rendue si lointaine qu’elle n’est plus accessible que par le rêve et le témoignage. On devrait, dans ces conditions, se réduire à soi, et disparaître en soi. Mais l’existence a d’autres projets.


 La question de l’écrivain
Ernest Hemingway & Wystan Hugh Auden & Boris Vian

Tout autre est le portrait d’Aimé Césaire qu’André Breton trace comme l’écriture même dans ce décidément bon livre qu’est « Martinique, charmeuse de serpents ». Il m’a toujours semblé, mais depuis le temps a passé et c’est maintenant une quasi-certitude, que ce portrait est plus généralement celui de l’écrivain idéal selon Breton. En huit points :


 La question du principe de poésie
Mort dans l’après-midi

Dire : qu’entre la canaille de Voltaire et l’inéduqué de Breton, mon cœur ne balance pas ; qu’on considère qu’il est inutile d’éduquer les masses sauf pour les mettre à l’ouvrage des ambitions nationales, ou que cette éducation passe par la pratique de la poésie (dans un sens général), ne résout absolument pas la question de savoir jusqu’à quel point je peux sacrifier ce fragment de moi-même, toujours croissant, dont l’absence me permet d’agir avec les autres.


 Conclusion
Ionisation

J’ai opté pour ma langue maternelle, le français, plus par facilité que par référence à son enfance maternée. Je pense qu’on peut aussi bien écrire dans une langue qu’on ne maîtrise pas que dans celle qui a assisté aux croissances de la connaissance et des comportements . Manipuler autre chose que le texte, quand on écrit, ne relève que de la ruse et non pas de cette profondeur de l’allusion savante ou purement aléatoire dont on prétend meubler nos instants de solitude vraie. Je ne sais pas, pour ne pas l’avoir pratiquée, si l’invention d’une langue est nécessaire ou simplement utile.
2004/2010 Revue d'art et de littérature, musique

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