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Revue d’art et de littérature, musique
Numéros 64-65 - juillet-août 2010
Revue mensuelle en ligne - prochain numéro: 15 septembre 2010

 

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jardin du causse - Cathy GARCIA
éditions À tire d’ailes

 

Un jardin sur le causse au fil des saisons, une petite fille qui y grandit le regard d’une mère... et puis tout le reste.

Publié aux éditions à tire d’ailes, tirage maison sur papier recyclé, format b5, 112 pages, illustrations originales de Joaquim Hock, illustrateur attitré de la revue Nouveaux Délits :

Pour lire des extraits, Délit de poésie et Planetexpo (dans les communiqués de presse)

Voici la préface (de Mireille Disdero, des ed. Alba)

Un long poème sur un cycle de l’existence, le déroulement des saisons en parallèle avec le mouvement intérieur des saisons d’une femme et sa richesse de vivre.

En écrivant Jardin du Causse, Cathy Garcia franchit un seuil, une étape importante. Elle sait que dans une vie, plusieurs jardins sont cultivés et aimés. Tous comptent, sont essentiels. Avant de quitter celui-ci, elle note précieusement chaque éclat au fil des jours, patiemment et jusqu’à l’ infiniment petit, sachant que ce sont les petites choses qui comptent et que le temps humain est court, la mémoire sélective ou incertaine. Elle écrit des moucherons au soleil car elle possède la connaissance de leur participation à la beauté de l’infime.

Ce beau poème apporte énergie et enthousiasme à celui qui le découvre. Cathy montre - comme il est écrit dans le dictionnaire des symboles (Robert Laffont 1982) - que « le jardin est le lieu de la croissance, de la culture des phénomènes vitaux et intérieurs ».

jardin du causse
l’enfant
progresse
sans cesse
apprend
à marcher
tourne
autour de la mère

Elle connaît le nom des plantes. La lisant, l’herboriste trouvera son bonheur. Mais également, elle sait retranscrire la magie naturelle du règne végétal et des éléments.

Dans le Jardin du Causse on croise la féerie d’un concombre à carapace de dragon, une fée lutine, des fleurs ailées qui enchantent le ciel... le brouillard sorcier, une demi-noix vide devenue berceau de fée, une princesse. tombée de son dragon, et des recettes guérisseuses :

 

fleurs d’hysope
violet vif
poignée de sarriette
poignée de thym
en tisane du matin
effarouchent le rhume

Une lecture régénératrice et harmonique, reliant la chorale des arbres, à

la fille
une pierre
dans chaque main
retrace les origines

Enfin dans le poème, lieu et temps jumeaux se lisent à rebours, au fil des mois. Cheminant dans ses vers, nous vient le sentiment d’un poème juste et clair, accordé comme une note de musique peut l’être, et la sensation que rien ne se perd puisque tout se transforme, chaque chose - si infime soit-elle - étant écrite et illustrée dans le Jardin du Causse, de Cathy Garcia.

Mireille Disdero, décembre 2004 (dans le jardin de La Barben en Provence).

 

et le mot de Patrick Devaux, jardin du causse :

 

Après avoir parcouru l’Europe et plus encore en saltimbanque, la poétesse Cathy Garcia s’affirme totalement et se responsabilise dans ses proximités.

Dans ce jardin du causse, tout est effleurement, précision des gestes de l’enfance apprivoisant la Vie, la saveur d’être.

Cette enfance observée sans paternité, évolutive, à découvrir à travers de grands ciels, la douce fragilité des papillons, semble résulter d’une détermination biologique dans ce superbe jardin éthique où la nomenclature précise de la botanique rivalise de talent avec la simplicité des mots de tous les jours, mis à leur place dans la gestuelle d’une petite fille que le texte couvre de mots d’amour et de lumière écologique.

Le lecteur reconnaîtra facilement le jardin et aura envie, parfois, de prendre sa propre enfance sur ses genoux.

Patrick Devaux, poète, Rixensart, Belgique, Janvier 2005

 

EXTRAIT :

OCTOBRE

I

jardin du causse
l’heure des chiens
qui aboient
odeurs de soupe
échappées des cuisines
dernières touches
de pinceau solaire
sur le ciel
peuplé d’anges
plus ou moins
sereins
haleine du vent
en douces rafales
sur ma joue
caressante

jardin du causse
j’ai le cour de saison
mi figue mi raisin
partagé
entre nécessité
du calme
et attrait
de l’intensité
mettre la bride
aux élans trop
passionnés
jouer prudence mais
pourquoi ?
je ne suis pas
je n’aime pas
la prudence
des sentiments

jardin du causse
ma princesse
me raccroche
au présent
tombée de son dragon
m’offre une baleine

voilà l’erreur
songer ailleurs
alors que c’est
hic et nunc
les sens
ciel

II

jardin du causse
boire l’été
jusqu’à la lie
breuvage
bouquet
fruits décomposés
voir sans effroi
le soleil
se glacer
d’ennui
se dissoudre
en un clin de brume

jardin du causse
marcher
sur le magma
noir gluant
de ce qui fut
jeunes feuilles
rieuses
écouter
l’éponge des pas
la plainte rauque
des freux
serrer sur soi
la veste de grosse laine
et rentrer
attirée par le fumet
d’une soupe
d’un feu

III

jardin du causse
belle journée
pour panser l’âme
morose
à force de ciel bas
pissant son eau
froide
pendre le linge
aux branches du soleil
ramasser les jouets
qui jonchent le jardin
champignons étranges
et colorés
ranger les pots
les outils rouillés
tailler les roses
fanées
les aromatiques
ramasser le bois
mort
les têtes noires
hérissées de graines
des échinacées
abriter les jeunes cactus
sur les bords de fenêtre

jardin du causse
le potager
me tend
ses dernières
tomates
qui font baver
les limaces
petites bouches
voraces

jardin du causse
la petite fée
mouche et renifle
aide aux travaux
de fin d’été
ose des cueillettes
prohibées
éclate de rire
bouche pleine
de physalis
encore verts
au nez de sa mère
forcément
courroucée
se vautre
dans l’herbe
humide
qui lui chatouille
la figure
chante
chante
tourterelle

D’autres extraits sur Délit de poésie

 

 

 

 

2004/2010 Revue d'art et de littérature, musique

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